Egyptogramophologie

La première chose que nous voyons quand notre ferry nous dépose à Nueiba après nos quelques semaines en Jordanie, c’est une pyramide, oui le truc pointu là. Mais pas celle qu’on voit sur les cartes postales, ici c’est un bâtiment en métal un peu vieux avec des vitres sales. Nous avions lu que l’Egypte était un des pays qui avait le coût de la vie parmi les moins chers du monde, et la pauvreté nous a frappés quand nous nous sommes baladés entre les maisons de Nueiba dont, en général, une moitié est cassée et l’autre moitié pas finie. L’Egypte que nous allons découvrir semble bien différente de celle d’Astérix et Cléopâtre.

"Dromadaire dans son environnement naturel." "Camel in his natural environment."

De la grande pyramide en pierre à la petite pyramide en métal rouillé. Keskissépassé ?

Après que les chasseurs-cueilleurs aient épluché tous les bosquets des environs, ils ont commencé, à partir de -10 000 (à peu près hein), à se dire que ce serait bien de se poser un peu. Ils ont donc commencé à inventer l’agriculture puis l’écriture, à mettre en place tous pleins d’empires et à changer de pharaons souvent, se faire envahir par les Perses, les Ottomans and co, et à construire des pyramides, dont celles bien connus de Gizeh en -2 500. Nous allons vous laisser lire l’histoire de l’Egypte antique pour ceux qui veulent en savoir plus.

Le contrôle de l’Empire Ottoman tombe en 1914 pour faire place à un protectorat britannique jusqu’à ce que Nasser force pendant les révolutions de 1952 le roi Farouk à quitter le pouvoir. Nasser a été un grand acteur de cette époque rêvant d’une plus grande unicité des états arabes (panarabisme) et le moteur d’une grande vague de libéralisation de l’Egypte. Très autoritaire, ce qui lui a par ailleurs été souvent reproché, il a réussi à mettre en place toute une série de réformes concernant entre autres l’éducation, la place de la femme, la sécurité sociale, une nationalisation de grandes entreprises dont le canal de Suez. A la fin de son mandat, qui correspond aussi sa mort (et oui faut pas se stresser comme ça), la situation économique de l’Egypte est critique et celle-ci est loin d’être sortie de la pauvreté, mais elle est entre-temps devenue le centre culturel du monde arabe et très influente sur le reste du monde. On nous a dit que « les livres étaient écrits en Egypte, imprimés au Liban, et lus en Iraq» !

"Il y a beaucoup de vieux et beaux bâtiments au Caire que l'on trouve au hasard." "There are many old and nice buildings in Cairo you step randomly upon."

S’ensuit une décennie de Sadat, dont l’une des (seules) principales réussites est la reprise du Sinaï et un traité de paix avec Israël, qui se fait assassiner par un extrémiste. Moubarak prend le pouvoir de 1981 jusqu’aux récentes révolutions du Printemps Arabe en 2011.

Pendant toutes ces années, différents groupes extrémistes ont fait leur chemin en Egypte, notamment les Frères Musulmans. Depuis 1980, les attentats contre les touristes et les officiels sont relativement courants et Moubarak a bien du mal à contenir à la fois le sentiment de terreur qui envahit le pays accompagné d’une croissance énorme d’une population, qui, comme beaucoup de populations sur terre, aimerait bien travailler et s’alimenter un peu quand même.

En 2011 les Egyptiens en ont gros sur le pois chiche, c’est la révolution qui éclate. L’état d’urgence permanent, le manque de liberté et de justice, les abus des forces policières, la corruption et le prix excessif des biens de première nécessité comme le pain sont tous des facteurs du déclenchement de cette révolution. Les manifestants occupent les villes scandant « pain, liberté, justice sociale ! » et réclament la chute de Moubarak. Celui-ci finit par fuir le pays car les manifestations sont devenues trop importantes et les Frères Musulmans établissent leur contrôle du pays à travers Mohamed Morsi qui place à des postes importants un p’tit paquet de la bande. Mais bon, il ne restera pas longtemps sur son trône car Abdelfatah Khalil al-Sisi lui fera un sympathique coup d’Etat, comme ça, tranquille, en juillet 2013. Les Frères Musulmans, organisation reconnue terroriste par de nombreux gouvernements, est un ennemi puissant pour Sisi qui fait décimer ou emprisonner des centaines de partisans pendant les manifestations.

"Barrage anti-terroristes/anti-manifestants au centre-ville du Caire." "Downtown road block for terrorism and manifestation control."

C’est à ce moment qu’untourdeuxsinges débarque dans la place pour régler le conflit, comme à son habitude. Notre article est un peu à lire comme si nous étions en juillet 2015 car les choses changent vite en Egypte. Quand nous avons traversé le pays, le gouvernement égyptien était en pleine guerre contre les Frères Musulmans, tous ses partisans et affiliés. Par exemple, une amie de nos hôtes au Caire, étudiante en échange universitaire, s’est fait virer du pays alors qu’elle rédigeait son mémoire sur les Frères Musulmans et en ayant rencontré quelques-uns. L’Egypte est traditionnellement un pays très militarisé et en ce moment, les militaires sont encore plus en forme que d’habitude. La liberté de la presse est quasiment inexistante.

Nous, on arrive là-dedans avec nos beaux idéaux, que régler les problèmes en tuant des gens n’est jamais une solution, que les médias ne peuvent être censurés peut importe l’enjeu, et autre blabla de jeune européen. Des discussions que nous avons eues, surtout au Caire, la réalité ne semble pas si simple. Les manifestations et les diverses attaques avaient alors créé un vrai sentiment de terreur pour l’Egyptien, et surtout le Cairote moyen. La prise en charge de l’État par l’armée a vraiment calmé le jeu et amélioré la situation tendue, au prix de tous les journalistes et blogueurs enchaînés (au sens propre et au sens figuré) et de nombreux Frères Musulmans tués.

Alors, on l’a vu, c’est un peu le bazar en Egypte en ce moment.

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Pénurie de tourisme et renfort de sécurité

Sur la route entre Nueiba et Dahab, la « Mecque hippie d’Egypte », incroyable zone de plongée qui a rendu la ville très touristique, nous faisons la course avec un chameau qui s’est retrouvé sur la route et nous nous arrêtons avec émotion à notre premier check-point égyptien. Ce ne sera pas la seule fois, loin de là, que nous nous ferons arrêter. S’ensuit un contrôle de papier pour vérifier que nous ne sommes pas des méchants terroristes (et oui, l’État Islamique est présent au Sinaï), et la mer Rouge s’ouvre de nouveau à nous. Surprise ici, le centre touristique auquel nous nous attendions est quasiment vide de touristes ! Tellement vide que nous arrivons à avoir, en négociant sans que ce ne soit vraiment notre intention, une chambre à un prix tellement ridicule que nous nous demandons si le propriétaire ne perd pas de l’argent en nous hébergeant. Depuis le printemps arabe, l’Egypte qui base une bonne partie de son revenu sur le canal du Suez et les touristes, s’est vue désertée par ces derniers pour le bonheur des pharaons qui sont enfin tranquilles dans leurs pyramides. Les énormes bateaux qui font les croisières sur le bord du Nil sont tous à quai. Les touristes ont pris peur et ont opté pour des destinations plus calmes, comme le Nord-Pas-de-Calais, alors que la police et l’armée font pourtant de leur mieux pour sécuriser les périmètres. Tout au long du pays, notre style de voyage nous a permis d’avoir des relations très intéressantes avec la « boulice » comme ils disent par ici. L’Egypte a tellement peur pour son image qu’il arrive quoi que se soit à un touriste que les policiers, voulant sûrement le mieux pour notre sécurité, nous interdisent de camper et nous font dormir au poste, ou nous interdisent le stop et nous paient le train ou le bus. Et puis en même temps, nous étions suspects à faire du stop, alors faisant leur devoir, ils nous arrêtaient à tous les check-points. Et puis des fois c’était juste pour faire les cowboys que, nous apercevant, ils nous poursuivaient dans leur belle voiture blindée pour interdire à notre chauffeur de nous déposer où que ce soit avant d’atteindre Suez (hors du Sinaï, et donc plus tranquille). En fait, c’est simple : il y a les endroits pour touristes, là c’est un peu nul, mais on a le droit d’y être. Et tout ce qui a entre deux sites touristiques est, pas en théorie mais en pratique, « interdit » au voyageur. L’Egypte avec notre style de voyage est difficile et fatigante, surtout dans nos relations avec la boulice.

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De l’agressivité, de la tension, et de l’hospitalité

Mais fatigante aussi dans nos relations avec les rabatteurs de restaurant ou de centre de plongée qui ne sortent de leur sieste que pour nous sauter au cou, nous proposant des bonnes affaires de plus en plus folles, ou des tours en calèche avec des fevaux chaméliques. Euh non des chevaux faméliques. Comme nous sommes « pas autorisés » à rester dans les zones non-touristiques, nous n’avons presque que des relations monétaires avec les locaux. La négociation, talent que ni Rémi ni Arthur ne possède, est courante ici. Mais les vendeurs ne jouent pas vraiment le jeu : quand nous avons négocié le prix du pain le premier jour, nous revenons les jours d’après et le prix passera encore du simple au double. Les prix sont en fait complètement aléatoires et à chaque que l’on veut acheter quelque chose on doit s’y préparer. Pendant plusieurs jours à Aswan, plusieurs fois par jours, nous traversons le Nil dans un petit ferry, et à chaque fois il faut qu’on s’énerve parce qu’on connaît le prix que payent les locaux et c’est ce prix là qu’on aimerait bien payer. (S’énerver est une technique qui marche super bien d’ailleurs dans toutes relations égyptiennes.) Et les Égyptiens (comme les Jordaniens) tenteront toujours au petit bonheur la chance de tirer un peu d’argent du touriste : par exemple quand nous venons camper sur la plage à Nueiba le premier soir, les gens du coin essayent de nous faire payer, et puis quand ils comprennent qu’on ne payera pas, ils deviennent tout à fait sympas et nous laissent dormir où on veut.

"Les bateaux à Aswan qui font la traversée du Nil, entre la ville et les villages Nubiens. A droite sur l'image, le "Love Baot"." "The boats in Aswan crossing the Nile, between the city and the Nubian villages. On the right in the picture, the "Love Baot"."

La tension de fin de Ramadan, car les gens sont fatigués, ajoute beaucoup d’agressivité entre les gens et dans nos relations avec les vendeurs. Au Caire on verra plusieurs fois par jour des altercations qui bien évidemment attirent tout le quartier. Ici, on adore se mêler des affaires des autres. Les Egyptiens ne semblent aussi pas du tout avoir la même conception du sommeil que nous autres. Ils arrivent à dormir n’importe où, et c’est tout à faire normal de réveiller quelqu’un n’importe quand, à n’importe quelle heure, pour n’importe quelle raison. Par exemple les policiers qui nous ont empêchés de camper et nous ont fait dormir au poste nous réveillaient toutes les heures pour nous poser des questions comme « mais en fait vous financez comment votre voyage? ».

Et en même temps cachée parmi tous ces aspects difficiles de l’Egypte, on retrouve toujours cette hospitalité et cette gentillesse des gens. Alors que le concept européen du stop est inconnu, les voitures s’arrêtent pourtant rapidement et nous continuons facilement de voiture en voiture. Bon, après ils ont toujours pas compris alors ils nous déposent à l’arrêt de bus, mais l’intention y est ! Quand nous cherchons la plage publique à Cherm el-Cheikh pour y passer la nuit, la première réponse est « non non pas possible ». Cinq minutes et une légère négociation plus tard, nous voilà à dormir le nez face à la mer, les gens des alentours nous apportant plus de nourriture que nos trois estomacs peuvent en engloutir, et même à chacun deux bières du bar d’à côté.

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Conservatisme et autres mondes

Nous en parlons un peu dans notre article sur la Jordanie, et en Egypte aussi nous nous faisons aussi inviter plusieurs fois à manger pendant l’Iftar, que ce soit sur le trottoir entre les voitures du Caire, avec des bédouins au milieu du désert du Sinaï ou avec les policiers du check-point. C’est la tradition : lors du Ramadan tout le monde, surtout le voyageur, doit pouvoir manger lors tombée de la nuit. Cette tradition religieuse n’est pas le seul signe d’un conservatisme fort en Egypte qui est en total opposition avec les univers d’expats et touristiques. Alors que pendant l’époque de Nasser la société était bien plus ouverte, elle s’est tournée à nouveau vers des valeurs plus proches de l’Islam en essayant de se séparer de l’influence occidentale. La plupart des femmes sont couvertes, et un pourcentage impressionnant le sont beaucoup (niqab and co). Les bars ne sont, légalement, pas autorisé à servir de l’alcool à des citoyens Egyptiens en période de Ramadan, peu importe s’ils sont musulmans ou autre, ce qui fait que les Egyptiens chrétiens doivent suivre cette loi. Les bières que nos gentils hôtes de la plage de Cherm el-Cheik nous ont offertes nous semblent donc à la limite de la loi. Mais les « parcs à touristes » sont des exceptions, tout comme les « rooftops » (toits) des hôtels de luxe qui sont une fourmilière à expatriés. La ville de Cherm el-Cheik, un Russoland géant, est une grande roue de hamster pour Russes et British qui viennent acheter des souvenirs en plastique et regarder de faux derviches tourneurs. Et là, la loi égyptienne ne s’applique pas vraiment, tout comme à Dahab dont nous avons parlé précédemment.

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Nous devons aussi subir de temps en temps quelques remarques sexistes quand nous voyagions avec notre amie Marie, ou ce classique prêcheur qui veut que tu lises le Coran, soit persuadé que tu deviendras une meilleure personne si tu le fais, soit parce qu’il a peur pour toi lorsque tu te retrouveras devant la Mort sans t’être précédemment converti.

Nous avons parlé de la pauvreté qui nous avait frappée à Nueiba, mais il y a une autre chose qui nous a étonnée : c’est cette énorme mosquée, neuve et propre, brillante et pimpante, toute entourée de ces maisons brinquebalantes et de cette pauvreté.

Que j’te trimballe des poules, que j’te trimballe des pastèques

En voyageant ici, il y a quelque chose auquel on ne peut échapper et qui semble être au cœur de la culture égyptienne : le bazar. Alors oui, y’a le bazar originel, là où on vend des galabiyas et des épices, mais nous on parle du bazar, du bordel quoi. C’est l’image pour nous de l’Egypte : des gens de partout à toute heure, des voitures qui klaxonnent, du bruit, des chameaux sur la route, des chèvres au milieu du soukh du Caire, et mille autres choses incroyables dont le Caire est une parfaite illustration. Au Caire, quand tu ne sais pas quoi faire, vas simplement te balader dans la rue car ce qui s’y passe est un théâtre géant. Tellement impressionnant qu’en une demi-heure, ton cerveau est surpassé par toute cette agitation ! Nous avons eu la totale avec la fin du Ramadan, où tout le monde est nerveux et fatigué, et où les gens arrêtent de dormir la nuit. Alors les gens s’embrouillent à longueur de journée, ou bien dorment DE PARTOUT, dans les endroits les plus improbables.

"Le Caire est une ville très agréable pour les piétons, et la circulation y est très bien régulée comme vous pouvez le voir." "Cairo is a very nice city for pedestrians and car circulation is very well organised as you can see."

Le Caire est considéré comme la ville la plus bruyante au monde, et de notre expérience, c’est vérifié ! Ici il vaut mieux se dire que les klaxons sont des chants de petits oiseaux mignons, bien qu’on finisse par s’y faire (un peu). Les bars à chicha présents un peu partout dans la ville sont souvent bondés, et le chaos qui y règne est très organisé, avec des serveurs qui passent voir chaque cinq minutes si ton charbon brûle encore, et dont l’un d’eux passe sa nuit à seulement préparer les chichas à la chaîne. On y boit du thé, on y discute politique, on essaie d’interpeller les serveurs pour leur faire des blagues. Et bien sûr, que des hommes ou des étrangères.

Traverser la route au Caire, c’est un sport, un art. On traverse la première file, puis on s’arrête le temps que deux bus nous passent devant et derrière, on fait 3 pas, la voiture nous évite, on avance à nouveau. Ceux qui sont vraiment bons ou nés au Caire développent un sixième sens et arrivent à calculer instinctivement la manière de marcher pour, sans changer d’allure, passer entre toutes les voitures qui elles vont toute à des vitesses différentes ! On a essayé, mais pas tout le temps réussi. Et au milieu des voitures, il y a une espèce très spéciale, le livreur-de-pain-sur-vélo. C’est quelqu’un, qui sur un vélo, zigzague entre toutes les voitures (ce qui est déjà un exploit en soi), mais en même temps transporte sur sa tête une grille en bois de 3 mètres de long soutenant une pyramide de pain. Cela permet au pain de refroidir et au livreur de ne pas se brûler entre la boulangerie et l’endroit où il doit l’apporter.

"J'ai jamais vu quelqu'un distribuer autant de pains à la fois." "Who wants sooooome breaaaad???"

Voici notre Egypte, article écrit avec pas mal de recul car nous y étions il y a plus de 7 mois !

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Musafir largue les amarres

Ohé moussaillons !

Non on n’a toujours pas de nouvel article, nous sommes maintenant à Ikhwezi Lokusa une ferme qui fait de la permaculture vers East London toujours en Afrique du Sud, où nous venons de passer trois super semaines. Nous partons bientôt en direction du Swaziland avant que notre visa se termine. Nous avons encore pris du retard sur les articles et celui sur l’Égypte n’est toujours pas terminé, mais pour vous consoler vous pouvez quand même voir les photos du Soudan que nous avons mises en ligne.

Lorsque que nous étions au Kenya nous avons passé un mois à Musafir afin de participer à ce magnifique projet mais surtout de commencer notre initiation à la vie de pirate. Musafir c’est le projet de construire un énorme bateau en bois à l’ancienne, de partir à l’aventure avec et de promouvoir une vie simple et durable en harmonie avec son entourage.

Le bateau est maintenant presque fini et les musafiris ont lancés une campagne de financement participatif afin de couvrir les derniers frais avant de pouvoir larguer les amarres fin mars si tout se passe bien. Vous pouvez aller jeter un coup d’œil à la campagne de dons.

La bise.

Armi et Rétur.

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Brève – Remise à niveau : arrivée à Cape Town

Bonjour mes petits pâtés chéris,

Comme vous le savez tous (car vous suivez tous notre blog avec plus d’avidité que Facebook ou le Monde.fr), nous sommes arrivés à Cape Town-Le Cap, au début du mois de Décembre avec l’ambitieux objectif de trouver un appartement et un travail, de se poser, et de se faire un solide réseau d’amis gentils et mignons. Ce qui n’a pas du tout marché.

Première arrivée au Cap, nous avons eu le temps de poser nos affaires avant d’aller faire du bénévolat au festival Vortex, et même de se faire un peu de sous en proposant notre aide. Après cette pause dans une micro-société très cool de 24h/24h de musique et de bonne guinche, retour en ville.

Allant de galère en galère, notre “Cape Town Master Plan” comme nous l’avons appelé sur notre feuille de papier est toujours loin d’être accompli. Pour ne citer que quelques galères : des Capetowniens qui promettent tous de nous héberger et qui nous lâchent comme des princes, un appart d’une amie française qu’on peut squatter pendant un mois jusqu’à ce que l’agence se dise que “non, c’est pas possible que vous restiez, c’est une question de principe”- ooh les beaux principes que vous avez Mr Immobilier.

Alors on a abandonné cette ville trop difficile juste après un ENOORME NOËËL avec repas digne de la grande bouffe et une après midi du 25 passé sur la plage pour rejoindre le Learning Man, un autre festival organisé complètement différemment que le Vortex. Le but est dans le titre : apprendre. C’est un petit village qui s’est mis en place pendant ces huit jours, sans hiérarchie et où chacun était libre d’apprendre ou d’enseigner à travers des ateliers, des échanges formels ou spontanés, et où toutes les générations se sont confrontés avec une tolérance incroyable. On a aussi pu y expérimenter le Community Exchange System, une alternative à nos monnaies, puisqu’il n’y avait pas d’argent en circulation sur le festival mais seulement ce système « d’échange de talents ».

learningman

Mais nous avions laissé nos vélos et quelques autres affaires en ville, monstrueuse entité… Au moment où nous entrons dans la cuisine, le téléphone sonne : un restaurant a besoin d’Arthur pour un boulot dans les deux heures qui arrivent. Arthur passe donc la semaine à travailler, en même temps que nous finissons nos derniers préparatifs, notamment la vente de nos superbes vélos.

Arthur a failli partir au Brésil en voilier-stop, mais ça ne s’est finalement pas concrétisé. Les deux compères vont donc reprendre la route ensemble demain pour aller faire un peu de bénévolat dans une ferme en permaculture.

Et puis comme on sera posé, ce serait ptêtre pas mal d’en profiter pour écrire un ou deux articles, non les gars ?

Maxibises,

Rémur et Arthi

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Brève – Panne de blog

Hey les ptits chamallows,

De retour sur le blog après une longue période d’inactivité, pour en fait dire qu’on ne va pas pouvoir s’en occuper avant quelques semaines !

En effet nous avons subit des très sévères attaques de plages intensives contre lesquelles nous n’avons rien pu faire, et encore, s’il n’y avait que cela… Nous avons aussi subit un complot interstellaire pour nous éloigner d’internet (Rémi pense que c’est les aliens, Arthur parie plutôt sur les cookies géants). Afin d’ajouter un peu de piment dans notre communication, c’est le clavier de l’ordi qui a fini par faire des siennes. Sans les , les , les , et la barred’espace, la communication donnait à peu près ça : BojouousousappellosAthuetémietousaosublogsupechouette. Pas vraiment pratique. Nous sommes depuis hier propriétaire d’un gros clavier externe. L’ordi portable devient de plus en plus fixe.

Nous sommes en ce moment sur l’île de Zanzibar que nous allons quitter pour aller très vite en Afrique du Sud où nous avons rendez-vous début décembre avec un festival de musique, offrir un peu de nos muscles pour la préparation et un peu de nos jambes pour la guinche. C’est aussi pour cela, que sur la route intensive de quelques milliers de kilomètres à parcourir en deux semaines, nous ne nous occuperons pas du blog. Une fois un petit nid trouvé au Cap, nous nous attellerons à rattraper tout ce beau retard. Au programme, Égypte, Soudan, Éthiopie, Kenya, Tanzanie/Zanzibar, la route entre Zanzibar et l’Afrique du Sud, et sûrement un petit quelque chose sur notre arrivée au Cap.

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On va quand même se permettre de vous donner une esquisse rapide de nos dernières semaines !

Nous avons quitté une Éthiopie en fin de saison des pluies pour retrouver une petite France chez des amis de la famille à Nairobi. Arthur y a soigné son furoncle comme un grand. Le fromage et le vin qui nous avaient tant manqués ont sûrement bien plus aidé que les antibiotiques du médecin. Et beh oui on dit qu’il faut un verre de rouge par jour et trois produits laitiers, alors on a rattrapé le retard. Ensuite nous sommes partis pour une semaine aider le projet Musafir, un groupe de grands enfants qui se sont dit qu’ils allaient construire un énorme bateau en bois pour voyager autour du monde. Et nous ne sommes repartis que quatre semaines plus tard. Le piège de la plage paradisiaque à cinquante mètres, de la bonne ambiance et un concert avec Mungo’s HiFi à l’auberge juste à côté. On a pris la route pour un court séjour à Zanzibar qui s’est un peu allongé (hein ? Encore ?).

On se retrouve dans quelques semaines alors ?

Bisnouilles,

Arthur, Rémi et leur nouveau clavier.

PS : Pour ceux qui suivent ça fait maintenant un an qu’on voyage. Ah bah dis donc alors !  Notre prochain article sera sûrement un petit bilan de cette année.

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Jordanie 2/2 – Perdus dans les paysages

Hey hey, tout de bon ? Voici notre deuxième article sur la Jordanie, dans la continuité du premier. Toujours à la première personne, mélange de nos personnalités, on a essayé du mieux qu’on pouvait d’intégrer notre réflexion et nos sentiments sur le pays au déroulement de notre voyage.

 

Depuis notre arrivée à Dana, la vallée nous titille. Nous décidons de faire une boucle et de revenir quelques jours plus tard dans le village, où nous laissons les affaires inutiles. Quelques courses en poche plus tard, nous la descendons cette vallée de Dana. C’est un peu trop pour moi, je sais plus où donner de la tête. Chaque centaine de mètres est différente de la précédente, entre des roches rouges plates, des galets qui tapissent la rivière asséchée, du sable ou des lames rocheuses qui sortent des flancs de la montagne. Chose rare en Jordanie, on ne voit personne pendant plus de quelques heures jusqu’à ce qu’on arrive aux tentes bédouines avant le désert. De quoi leurs tentes étaient faites avant que l’UNHCR viennent distribuer des bâches ou qu’ils récupèrent des vieux bouts de tissus par-ci par-là ? Et puis comment des gens en sont venus à s’installer là ??

"Tente bédouine en bas de la vallée." "Bedouin tent down the valley."

A la tombée de la nuit nous avons installé notre campement, après conseil d’un guide qui habite là, à l’écart des serpents qui rôdent autour des arbres. Nous grimpons la colline pour rejoindre les tentes du guide. Sous les étoiles du désert ces néo-bédouins ont installé des tapis et, en s’excusant de n’offrir que les restes, nous apporte de la nourriture ainsi qu’un sirop chimique dégueu que je prends soin de ne pas boire. Pendant que Marie, qui est pourtant ‘officiellement’ ma copine ce soir, se fait draguer par le gros lourd de guide, je dois subir une série de vidéos marrantes sur un téléphone connecté à Youtube. « Vous avez des instruments de musique? » « Oh mon grand-père il en a un, mais nous, on n’en a plus besoin, on a des téléphones. » Les bédouins aussi ont le droit d’avoir internet dans le désert, mais ça me fait quand même un peu mal aux oreilles d’entendre la même sonnerie de téléphone que mes anciens potes d’université et de voir que ces jeunes écoutent la même musique pourrie qu’on a sur nos radios en France. J’avoue que j’avais une autre image des bédouins, j’étais sûrement un peu naïf. Nous ne nous laissons pas avoir par notre ami bédouin qui essaye de décider à notre place que nous avons besoin d’un 4×4 pour porter nos affaire et qui nous affirme, sûr de lui, « This is the program ». On commence à avoir l’habitude de ces conversations. Marie ne se sera pas non plus laissée charmer, alors on rentre se coucher à ciel ouvert, juste en dehors de la tente qu’on avait pourtant plantée.

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On continue notre boucle en remontant par Wadi Ghuweir. Notre guide d’hier, loin de lui l’idée de nous vendre sa compagnie et le fameux 4×4 pour nous ramener à Dana, nous avait prévenu que l’entrée était bouchée par un gros caillou (impassable pour nous incapables européens). Mais bon je suis à 1/64ème guatémaltèque alors j’ai réussi à passer quand même. Là je prends encore une claque, c’est trop pour moi. Déjà c’est la première fois que je vois un canyon, un vrai de de vrai, avec de l’eau et des couloirs étroits, des roches blanches en forme de vague, des palmiers qui menacent de nous tomber dessus et tout et tout. C’est tellement un paradis, où nous sommes seuls et tranquilles que nous décidons de passer la nuit à mi-chemin. Marie se permet un bikini au soleil, luxe rare dans ces contrées. Mais elle est vite interrompue par l’un des frères du guide qui nous a rejoint avec son copain. Il vient lui offrir son cœur et veut passer la nuit avec nous. Je dois m’énerver pour qu’il accepte de nous laisser, et on bouge notre campement un peu plus haut au cas où il décide de revenir. L’endroit est incroyable, il regorge de vie, après avoir passé des jours dans le désert et affronté la Mer Morte, j’ai l’impression que nous sommes arrivés dans une oasis de bonheur, l’eau fraîche et potable est toujours à portée de main. Nous jouons avec nos ombres dansantes créées par le feu qui se reflètent sur les parois du canyon et je me plonge dans cette image de dessin animé.

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Le lendemain il faut quitter avec regret notre vallée chérie car les vivres commencent à manquer et nous nous baignons encore à une ou deux reprise. Plus nous avançons plus l’eau se fait rare, la rivière disparaît sous la roche pour réapparaître cinquante mètres plus loin, puis se faufiler à nouveau dans les rochers. Nous finissons par quitter la vallée, je me demande si un jour je reviendrai et à quoi elle ressemblera. Les premiers signes de civilisation commencent à poindre sous la forme de bouteilles plastiques et d’aluminium pour les chichas, prenant son apogée quand nous croisons un chasseur alors que nous finissions les dernières miettes de vivres. Maintenant pas le choix il va falloir retourner à la civilisation si on ne veut pas mourir de faim.

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Nous voilà arrivé à un route asphalté déserte à l’exception d’une berline noire au loin qui nous dépose très gentiment à Shobak à la tombée de la nuit. Pendant la rupture du jeûne, l’iftar, c’est peine perdue de faire du stop, aucune voiture ne passe, car tout le monde est censé manger, alors autant faire de même. Juste à côté de la grande rue il y a une grande tente faite de ces tissus colorés que j’ai souvent vu dans ce pays. Dessous, quelques tables et chaises, ainsi que des plats de poulets et de riz et des dattes. Pendant le Ramadan, personne ne doit être exclu de repas, alors les gens s’organisent pour que même les pauvres puissent manger. Une fois de plus je suis impressionné par cette solidarité et cette générosité, et ce soir là en plus des nécessiteux et des gens de passages, il y aura trois voyageurs qui mangeront avec plaisir. Je me demande comment il est possible de détester et d’adorer à la fois une même culture, il va être important de garder les bons côtés.

Nous rentrons à Dana ce soir-là, il fait déjà nuit mais très rapidement quelqu’un nous prend en stop. A mon étonnement une grosse voiture de riche s’arrête, une première ici. C’est un jeune très sympa qui nous conduit presque jusqu’à Dana alors qu’il n’y va pas. Il nous parle de ses trente chameaux qu’il n’utilise pas vraiment pour faire un quelconque business, mais juste parce qu’il aime les chameaux. C’est sa collection, comme des timbres quoi, mais juste un peu plus gros. C’est incroyable.

Le lendemain il faut dire au revoir au petit gars de l’hôtel, Mohammed (nom très très rare dans le coin), puisque nous partons pour Pétra.

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Depuis que nous somme arrivés en Jordanie, et même avant, j’ai entendu parler de Pétra un nombre incalculable de fois, site incroyable, patrimoine mondiale incontournable et tutti quanti, si bien que j’ai presque pas envie d’y aller par pur esprit de contradiction. D’un bout à l’autre de la Jordanie on nous propose des taxis pour Pétra comme s’il n’y avait que ça. Bien sûr nous n’allons pas à Pétra en taxi mais en stop, jusqu’à ce qu’un de nos conducteur décide, sans vraiment nous demander, de nous ramener chez lui et de nous offrir le gîte et le couvert. C’est un peu un classique j’ai l’impression, où tout le monde pense savoir mieux que toi ce qui est bon pour toi, ce qui commence à m’énerver. Combien de fois j’entendrais dans ce périple à travers ces pays arabes que nous traversons le fameux « this is better for you » ? On s’éclipse de chez notre conducteur pour débarquer dans la ville de Wadi Musa qui jouxte le site archéologique. La Jordanie est un pays de bédouin donc pas de problème pour camper, mais là c’est un bon défi car nous sommes dans l’endroit le plus touristique du pays. En deux secondes, on se fait accoster par un gars qui tient un petit snack et nous paie le thé suivi du repas. Mille coups de fil plus tard et 500 « ouais-ouais-t’inquiète-mon-cousin-arrive-pour-venir-vous-chercher-ah-non-en-fait-ce-sera-pas-mon-cousin-mais-mon-pote », on se retrouve chez son frère qui a une bonne dégaine d’ex-taulard. Les Jordaniens, par ailleurs les gens les plus gentils du monde et les plus hospitaliers, sont parfois aussi un peu pressants et oppressants. Là c’est le contraire : assied-toi, prend un thé, moi je vais faire ma vie et je reviens toutes les demi-heures pour voir si tu manques de rien. Chacun dans son monde, chacun sur son petit canapé au sol, on se laisse aller doucement aux rêves.

Pétra la rose, Pétra la magnifique, Pétra l’incontournable, Pétra la super méga chère. Trop pour notre budget. Des Jordaniens nous expliquent que l’entrée est si chère car de nombreux touriste viennent en Jordanie seulement pour voir Pétra et sinon restent en Israël, et ne dépensent donc pas l’ombre d’une pesetas en Jordanie. Le site est immense et heureusement pour nous autres les pauvres, n’est pas barrièré. A nous trois, on tâte les différents canyons, on désescalade, on saute, jusqu’à ce qu’au détour de l’un d’entre eux une petite représentation gravée vient nous émerveiller et nous confirmer qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

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En bon VIP, nous arrivons par derrière et je vais vite me perdre dans les maisons roses taillées dans la roche. On m’avait dit incontournable, et je dois admettre que c’était vrai. Surtout en ce moment ! Les plusieurs milliers de touristes journaliers ont pris peur depuis le déclenchement de la guerre en Syrie et c’est la basse saison : nous sommes une cinquantaine sur le site immense. Avoir Pétra pour soi c’est pas mal, on remercie les gens d’avoir peur derrière leur télé alors que la Jordanie est sûrement l’un des pays les plus sûrs du Moyen-Orient. Fier comme un coq français, je quitte en fin de journée la belle Pétra par la grande porte avec un clin d’oeil narquois adressé à la police du tourisme.

Un autre truc marrant c’est que tous les rabatteurs pour touristes, organisateurs de tours de chameaux ou d’ânes sur le site, sont déguisés en Jack Sparrow, comme dans le flim. Si si, mais demandez pas pourquoi.

Le second ‘must’ de la Jordanie c’est le Wadi Rum, la vallée du Rhum. Enfin je crois que c’est ça la traduction, faut que je vérifie. Pas facile à rejoindre en stop, mais je me décide de ne plus dire de mal des touristes car c’est eux qui vont nous s’arrêter et nous y emmener. On s’éloigne du dernier village pour arriver à la source juste à l’entrée du désert. Boh, et quel désert. Rouge, sable fin, un couloir qui s’étend jusqu’à l’infini entouré de collines et montagnes en roches dénudées. Arrivés à la source nous installerons notre campement sous le seul arbre disponible.

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Deux cents mètres plus haut sur les rochers nous trouvons l’origine de le source, je me pose là et admire le désert qui s’étend au loin et dont les distances sont difficile à appréhender. Puis petit à petit je vois des points au loin qui grandissent et grandissent encore. Ce n’est pas des gens, ce n’est pas des voitures. Des dromadaires ! Je dévale les rochers sans me casser la margoulette et j’arrive à temps pour discuter avec un bédouin qui est venu voir ses chameaux. Ils vivent dans le désert en semi liberté et environ une fois par semaine ils reviennent à la source pour boire, le reste du temps se baladant à travers le désert pour chercher à manger. Quand la saison arrive où les dromadaires voudraient partir plus loin pour trouver leur nourriture, leur propriétaire leur entrave les pattes pour qu’ils ne puissent pas partir trop loin. J’imagine assez bien Momo dégainer son nouveau Samsung pour appeler Ahmed lorsqu’il voit passer les dromadaires de ce dernier « oh Habibi j’ai vu tes dromadaires là, ils sont sur la route de l’abreuvoir ». Sous le clair de lune au milieu de nos conversations, on voit des grands spectres avancer en se dodelinant pour rejoindre l’abreuvoir. Toute la nuit, différentes processions de dromadaires vont venir, avec des bébés bien mignons. Après ne pas avoir rempli leur bosse mais juste leur bidon, car c’est une légende que celle-ci est une réserve d’eau, la caravane de spectres va s’évanouir à nouveau dans le sable. Un moment magique, nous sommes arrivés dans la bonne période.

"On observe des chameaux qui viennent à toute heure du jour ou de la nuit s'abreuver, avant de repartir pour une bonne semaine." "We observe camels that come night and day to drink, before going back for another week."

Bouger en journée se révèle une mission digne d’un chameau agent secret d’élite hyper entraîné, mais nous tenterons quand même plus tard une traversée. J’aurai juré que la montagne là-bas était à dix minutes de marche. Hum, il est bizarre ce désert, il est pas palpable. Marcher dans le désert, c’est assez spirituel en fait. On se sent tout petit, écrasé par la chaleur et l’immensité, les pas ne faisant aucunement avancer, alors je fais le vide et je me laisse absorber par le sable.

"Marie dans le sable." "Marie in the sand."

Notre dernière étape en Jordanie est Aqaba que nous rejoignons grâce à deux techniciens venus vérifier les antennes pour téléphones mobiles. Cela semble une évidence pour eux de nous inviter à manger chez eux. Notre hôte va soigneusement cacher sa femme pour que nous, hommes étrangers, ne puissions pas la voir. Alors que Marie fut invitée plusieurs fois pour discuter avec les femmes des gens nous accueillant, nous autres hommes n’avons que très peu d’interactions avec elles. Puis ils nous emmènent sur la plage au sud de la ville pour que nous y passions la nuit, je dis pas non à la proposition. C’est incroyable en Jordanie qu’on puisse squatter, camper ou dormir n’importe où, les gens s’en fichent, voire ils en sont contents. Il y a du vent, mais je commence à être un expert en protections en tous genres, alors je concocte un petit abri digne d’un grand. On squattera pendant 3 jours cette plage où les hommes peuvent, Ô folie, se baigner torse nu sans risquer la panique totale des foules. Notre copain qui tient le petit stand à côté nous emmène faire des tours de masque et tuba. Même dans l’eau, ce n’est pas nous qui choisissons ce que nous voulons voir et la vitesse à laquelle nous allons. « On va aller voir ce corail, puis ce corail, this is better for you ». C’est dommage car si les coraux et les poissons sont époustouflants à la Mer Rouge, on a un peu l’impression de les survoler, notre guide décidant du tempo. Et bien sûr, Marie, qui est une femme, donc faible, ne doit pas lâcher le bras de notre guide car il a décidé qu’elle ne sait pas bien nager. Je suis vraiment perplexe. Comment peut-on être si gentil, et en même temps ne pas laisser de liberté aux gens et réduire la condition des femmes comme cela ?

"En route pour le Wadi Rum." "On the way to Wadi Rum."

Deux kilomètres plus loin, une grosse marina pour riches Clubmédiens a été construite. Un autre univers, d’autres règles. Quand je suis arrivé en Jordanie, je croyais que c’était un pays où l’alcool coulait à flots et j’en avais été très surpris. En fait, je crois que les gens se préparaient en buvant leur saoul avant le Ramadan pendant lequel il est quasi-impossible d’acheter de l’alcool. La marina, ce n’est pas la Jordanie, c’est un ghetto pour riches, et là le magasin ne se privaient pas pour vendre ses bouteilles.

Avant de prendre le ferry, nous passons la nuit sur la plage du centre-ville qui est bondée pendant le Ramadan. Tout le monde vit la nuit pendant cette période. Mais personne ne vient réveiller les trois Français posés là à dormir.

Nous nous réveillons avec les premiers rayons du soleil pour prendre le ferry pour l’Egypte, la suite est une autre histoire.

 

Bisous d’Arthurémi. Et de Marie aussi, même si on pas demandé.

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Jordanie 1/2 – Du poisson dans le désert

Salut les jambons et les saucisses végétariennes. Deux mois et demi seulement après avoir quitté la Jordanie, c’est avec outrecuidance et oronymie que nous vous offrons la première partie de nos périples jourdains. Nous avons décidé de changer un peu notre style d’écriture et de jongler avec les pronoms personnels, confondant nos points de vue en un seul personnage. Ça vous en bouche un coin-coin ?

Jusqu’à ce qu’on me pose à la frontière entre Israël et la Jordanie, tout allait bien. Et puis là c’est devenu la fête à la bêtise, aux bureaux et aux files d’attente, aux douaniers légèrement stupides qui tamponnent mon passeport alors que j’avais bien demandé de le faire sur un papier séparé. Et à la sortie, la foire aux taxis en tout sens, le fameux effet frontière. J’arrive à trouver un camion qui traverse doucement les petits villages jusqu’à Amman. BOUF, je prends une claque ! La Turquie m’avait surpris sur pas mal d’aspects, mais était restée en comparaison très européenne, on était loin de cet amas d’ânes et son lot de bordel, certaines routes ayant une plus grande proportion de trous que de bitume. De chaque côté les gens étalent leurs gadgets en plastique décoloré par le soleil, leurs barres chocolatés brillantes et leurs légumes poussiéreux mais magnifiques. Après utilisation, chaque emballage est soigneusement rangé pour occuper tout l’espace public, les bords de route étant bien sûr les privilégiés des paquets de chips et de cigarettes.

A Amman je repère le jeune qui a la démarche la plus détendue. Marie que je devais retrouver ne donne aucun signe de vie, donc après avoir imaginé pendant un bon moment tous les scénarios possibles de ce qui aurait pu lui arriver, je me mets à suivre le jeune et ses potes qui sortent l’Arak en regardant les lumières d’Amman depuis les collines, pour finir par squatter cet appartement rempli de fumée de chicha et de jeunes mâles. Marie se pointe le lendemain comme une fleur, elle qui ne s’est pas doutée que je l’ai attendue toute la nuit en me demandant où elle était. On s’était simplement donné rendez-vous un jour trop tôt.

Deuxième soir en Jordanie pour moi et on remet la session Arak ensemble cette fois. Notre hôte et guide est perdu entre deux cultures, entre Pink Floyd dont il mime tous les instruments un à un, ses expressions faciales suivant la puissance de la musique, et entre le Ramadan qui commence bientôt, une société masculine et religieuse et un peu archaïque dans laquelle ce à quoi il aspire n’a que peu de sens.

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Le grand axe en face de l’appartement nous ouvre la route de l’aventure, et on arrive rapidement au premier village. Le magasin de bricolage nous offre le pain. Plus loin sur une petite route qui traverse un parc, une famille nous oblige à venir manger le barbecue confortablement installés sur leurs tapis. Cinq minutes après avoir quitté la tribu, c’est le whisky et la bière qui nous tombent dessus avec deux jeunes ingénieurs. Trouvant sûrement le temps long avant que maman ait finit de préparer le repas, ils font 20km de détour pour aller chercher une nouvelle bière à tous, pendant que détendus par la première, nous regardons dans un vent frais le soleil couchant qui découpe les pierres du château d’Ajlun. Sous les étoiles autours du feu, j’écoute les coyotes hurler en me demandant s’ils oseraient m’attaquer. Si la Jordanie continue comme ça, je ne vois pas l’intérêt d’acheter à manger.

Profitant de ma naïveté, un conducteur parvient à m’éloigner pour prendre la main de Marie et l’emmener plus loin dans la forêt. Il comprend vite qu’elle ne veut pas et mort de honte il démarre en trombe alors que j’accours vers la voiture. C’est triste, mais c’est sûrement mieux pour une fille de ne pas se retrouver seule.

La journée de police-stop commence. En fait je pense qu’en Jordanie la moitié des gens sont policiers ou militaires, j’arrive pas à savoir si c’est rassurant. Juste avant la traversée du désert pour Azraq, impossible de chercher du pain ou de l’eau tranquille sans se faire offrir de la pastèque. Policier ou militaire, on avait une chance sur deux, alors c’est un militaire qui se propose de nous héberger. Sous le grand marabout dans le jardin, on prend place en face de trois verres de Coca et de la famille au grand complet étendu aux enfants des voisins. Je suis cloué par les vingt-quatre yeux. S’ensuit un face à face de communication intensive qui prend son envol lorsque l’on sort papier et stylo pour soutenir l’anglais de notre jeune militaire et apprendre à écrire nos noms en lettres arabes. Le patriarche roule une clope et va s’asseoir dans le jardin près du tuyau d’arrosage qui inonde ses plantes. Il se relève, change le tuyau de place, s’assoit, roule une nouvelle clope. On va imiter le cri des ânes et des chameaux qui sont garés derrière l’enceinte de la maison et quand on revient le père a changé le tuyau de place et s’en est roulé encore une petite. Au menu ce soir, poisson-frites. Du poisson dans le désert. Je me demande si c’est quelque chose qu’on fait pour les invités, un signe de luxe. Pendant ce temps, le vieux en fume une ou deux. Tout le monde dort dehors, les hommes sous le marabout, les femmes et les enfants près de la maison.

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Ce désert est assez inhospitalier et je suis pas mécontent de le quitter. Sur la route se suivent les châteaux du désert. J’imagine, somnolant, les caravanes de marchands traversant le désert faisant halte dans les châteaux. Je repense au camp de réfugiés que nous avons vu la veille, énorme, à perte de vue, tout entouré de grillage. Entre les Palestiniens et les Syriens, c’est un tiers des résidents en Jordanie qui ont le statut de réfugié.

Le fou qui nous prend après fait un peu peur… Il double tout le monde, freine aux contrôles de police en leur faisant des grands signes amicaux pour tripler son allure 500 mètres plus loin. Il me donne trois fois le téléphone pour que sa cousine qui parle anglais puisse me répéter douze fois que son oncle est un type génial. Arrivés à Madaba, la référence chrétienne de la Jordanie, on joue au jeu des différences avec les villes musulmanes. En fait, pas grand-chose par rapport aux autres villes si ce n’est la grosse église qui a le dessus sur la mosquée et les petits poissons autocollants à l’arrière des voitures. Demain, c’est Ramadan qui commence. On refuse l’offre d’hébergement de notre prochain conducteur pour aller squatter quatre murs et une terrasse entre les collines rebondies qui s’ouvrent juste assez devant nos yeux pour qu’on voit la Mer Morte. En bons intendants que nous sommes, nous n’avons pas pris d’eau et de bouffe, ce qui s’avère très bien, parce que nous avons décidé de faire le Ramadan. On désescalade notre terrasse et là, c’est la descente aux enfers. La gorge est sèche et chaque pas est dur sous le poids de nos sacs à dos, et la voiture qui sillonne jusqu’aux -427 mètres de la Mer Morte nous dépose dans une zone vide de vie. A bout de forces je guette le soleil qui disparaît côté Israélien, là où on était il y a à peine quelques semaines. L’appel du muezzin sonne la délivrance alors qu’on passe à côté des grands signes des agents de sécurité qui n’ont pas besoin de nous convaincre pour qu’on vienne leur vider leur eau et leur riz au poulet.

"Squat d'un bâtiment dans les collines au dessus de la mer Morte." "Squat of a building in the hills above the Dead Sea."

On marche cinq minutes pour trouver l’endroit le moins horrible des environs. Je bricole un abri anti soleil pour le lendemain. L’eau qui venait du tuyau avait probablement quelque chose de louche. On tombe tous malade sous un soleil qui ne nous permet aucun mouvement. On va quand même flotter le cœur lourd, la tête enflée et l’estomac en vrac. L’endroit est tellement malsain qu’on ne peut pas rester, et ce malgré notre état qui ne nous incite pourtant pas à bouer. Alors on prend la dure route du Sud pour rejoindre les hauteurs et quitter cette bassine de la mort. J’en avais beaucoup rêvé depuis le début de la Jordanie quand c’est arrivé : on s’est fait prendre en stop par une femme dans un pays musulman. Deux étudiantes qui, parce que c’est Ramadan, trouvent une occupation. L’un des classiques est de prendre la voiture et d’aller faire un tour.

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J’ai le corps tout retourné et éparpillé, mais je suis bien content quand j’aperçois notre destination le château de Karak et quand dans la ville les trois vendeurs de fruits nous offrent une cagette où poser mes fesses pour partager le repas de la rupture du jeûne. Le Ramadan est fini pour nous depuis hier, et on aura fièrement tenu un jour. La bonne nouvelle pour nous requinquer, c’est que le voyageur est exempté de Ramadan, comme la femme les jours de règles, le vieux et le jeune, ou le malade. La mauvaise, c’est qu’on est censé rattraper les jours qu’on a pas fait durant l’année qui vient. Les autres font ce qu’ils veulent, moi je les rattraperai peut-être l’année d’encore après. Ou la suivante.

Le lendemain, toujours en vrac, on rencontre deux policiers, malins comme des policiers, qui se mettent en tête de nous amener à la piscine. C’est juste une piscine en extérieur, assez sommaire dont les algues offrent de beaux reflets verts. Marie bien sûr ne peut pas découvrir un bout de peau (ce serait indécent) et se baigne donc habillée parmi les cowboys qui font des pirouettes et se prennent des plats pour impressionner la seule présence féminine. Les policiers veulent nous héberger, mais nous trouvons une combine pour qu’ils nous laissent repartir. C’est dans le prochain village qu’on découvre la technique magique. Quand je sors des toilettes de la mosquée, je vois que les autres ont disparu, et sans que j’ai le temps de m’affoler, un mec m’interpelle et me mène dans une maison deux rues plus loin où je les trouve assis autour d’un thé. Si tu as faim ou besoin d’un hébergement, il suffit d’aller traîner vers la mosquée à l’heure de la rupture du jeûne. Après le repas on est invité de maison en maison. C’est bien la première fois que je vois un polygame, et c’est tout à fait normal ici, un vieux pépé entouré de toute sa famille et qui a effectivement deux femmes. On nous dit que quand même c’est plutôt rare chez les nouvelles générations. Troisième jour de Ramadan, troisième fois que nous sommes invités à manger.

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Le jour suivant nous reprenons la route, rapidement c’est un policier qui s’arrête. Mais y’a d’autres professions dans ce pays ? Jusqu’à Al-Tafile la route est à couper le souffle. Je pose ma tête contre la vitre de la petite voiture et je rêve en voyant ces montagnes qui défilent. Elles sont beiges, vides et sèches, avec de temps à autre une tente bédouine surplombant la vallée. Je sors de ma rêverie une fois arrivés à la ville et nous trouvons vite des voitures pour le petit village de Dana. La grande vallée s’étend en ligne droit jusqu’au désert que l’on aperçoit au loin, et au commencement de cette vallée un petit village de maisons en pierres est posé sur une colline en bord de falaise. Les habitants ont déserté les maisons qui sont tombées en ruine, juste certaines d’entre elles ont été réhabilitées et transformées en hôtel. La source non loin qui alimente le village fait naître une petite rivière, l’eau y est bonne.

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Rapidement je décide que j’aime cette endroit. Après deux intenses secondes de négociation, nous trouvons un hôtel pour un dinar par personne, soit un euro vingt, acceptable même pour notre budget. J’aime nos moment sur la terrasse où l’on dore au soleil avec pour plus grande mission de préparer le café. Mohammed le petit gars de l’hôtel me fait rire, je l’aime bien aussi, il passe sa journée à nettoyer la terrasse et à arroser les quelques plantes qu’il fait pousser, et il n’a pas le sang chaud comme les autres mecs du pays. J’aime un peu moins Bilal le « manager » qui se la pète trop et essaie de draguer Marie en lui expliquant à quel point il est jeune et a réussi dans la vie, et qu’une femme ne pourrait jamais réaliser ce que lui a déjà fait. Nous restons quelques jours là pour se reposer, l’endroit à un calme magnifique. Tous les jours je demande à Mohammed si la connexion Internet qu’il nous a promit marche, et tous les jours il dit que ça va arriver. Je crois qu’il a décidé de construire tout Internet lui même, ça doit prendre du temps. Le deuxième groupe de touriste du village est un Saoudien qui vient nous apporter des abricots tous les matins, et discute avec intérêt avec nous de religion, de culture, de sexe, et ses avis sont bornés et ouverts dans un étrange mélange. Ces discussions m’amusent. Puis on fête l’anniversaire de Rémi et on fait péter le resto de l’hôtel, pas une goutte de vin, pas de gâteau, c’est bien une première, mais c’est comme ça et tout va bien.

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C’est tout pour le moment et la deuxième partie est en cours de fabrication. Pour patienter nous vous offrons un croûte-métrage avec de l’humour rigolo. A ciao banzaï !

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Ils sont gentils les Israéliens.

On nous demande souvent depuis combien de temps on voyage, et on répond neuf mois avant de se rendre compte que non, ça ne fait pas neuf mais dix mois déjà. Il y a quelques semaines, alors qu’on campait au bord du Nil, on décide de faire une liste des personnes qui nous ont marquées pendant notre voyage. Les gens avec qui nous passons du temps, avec qui nous discutons et créons des liens forment une bonne partie de ce voyage. Certains d’entre eux nous ont marqués durablement et nous aimerions bien les revoir si le hasard de la vie le permet. Dans notre liste, beaucoup de ces personnes sont des rencontres israéliennes.

Nous vous avons parlé de ce que nous avons perçu de l’Israël, de la Palestine, du conflit, d’une partie de la culture, mais nous n’avons pas encore parlé du voyage lui même.

Du début à la fin en Israël on n’a pas beaucoup eu besoin de réfléchir, les rencontres se sont enchaînées tout naturellement. Avant d’arriver nous avions un contact : Rémi avait rencontré Lauren en Albanie pendant une rencontre d’auto-stoppeur l’été précédent et l’avait marqué quand elle avait décrété en arrivant, remplie d’énergie, qu’il fallait aller ramasser les déchets avec les enfants du village. Ce qu’ils ont fait ! Elle vit à Nes Harim avec Alex et Johnny où tous les trois s’occupent dans une ferme d’un troupeau de chèvres et de quelques plantations. On a passé du temps à Nes Harim avec eux, le fromage et le yaourt de chèvre étaient une bénédiction et les longues soirées à boire et discuter sur la terrasse se sont trop vite enchaînées. Un matin difficile, nous avons réussi à nous extirper du sommeil au lever du soleil non sans l’aide des bergers armés d’eau, pour aller promener les chèvres avec eux qui profitaient de notre état de mollusque pour faire ce qu’elles voulaient. C’est un chouette endroit, un havre de paix avec un accueil magnifique et de la bonne bouffe et nous avons aussi mis la main à la pâte, en servant de cobaye pour la glace au curry par exemple. C’est Lauren qui nous a conseillé quelques lieux à visiter au sud d’Haïfa sur la route de la ferme et donc comme ça qu’on a découvert Ein Hod et Jisr az-Zarqa.

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Ein Hod est un village d’artistes à flanc de colline. Partout de nombreuses maisons plutôt richous, s’élèvent entre les œuvres d’arts, des sculptures de toutes sortes, des installations et des galeries. Alors que nous galérions pour trouver un endroit où camper, une personne nous interpelle de son balcon et nous demande en hébreu si nous faisons le « Shvil Yisra’el », un chemin de randonnée qui traverse l’Israël du nord au sud. Un peu de partout sur la route il y a des ‘Anges du Shvil’, des campements ou tout simplement des gens qui accueillent les marcheurs. Celui d’Ein Hod étant sûrement un peu différent des autres avec son grand tipi et ses sculptures géantes d’aigle. Chouette, nous nous y rendons et partageons la soirée avec quelques randonneurs qui pour l’occasion veilleront un peu plus tard et seront partis depuis longtemps quand ce sera à notre tour de se lever.

Le jour suivant nous nous rendons à Jisr az-Zarqa. C’est un petit village arabe et aussi le plus pauvre d’Israël. Pour y entrer on traverse un tunnel qui passe sous l’autoroute dont la façade est peinte de toutes les couleurs et qui annonce « Bienvenue à Jisr az-Zarqa ». Passer ce tunnel c’est un peu comme prendre une porte inter-dimensionnelle qui vous fait changer d’espace-temps. Nous voilà transportés dans un village arabe classique, avec son lot de bordel, de voitures qui klaxonnent et de déchets un peu partout. Les gens sont dehors, vous disent bonjour, les enfants jouent dans la rue et tout le monde se connaît. C’est un autre visage d’Israël qu’on découvre qui n’a rien à voir avec le reste.

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Sur les hauteurs de Nes Harim, qui est situé entre Jérusalem et Tel Aviv, quand on va voir le coucher de soleil on aperçoit les immeuble de Tel Aviv et même le soleil qui plonge dans la mer si le temps est dégagé. De l’autre côté de la colline on voit les premières habitations de la périphérie de Jérusalem. Il est temps de quitter les chèvres, nous levons donc nos pouces pour Jérusalem et c’est Elisha un ami de Fac de Lauren qui nous héberge. Ils font tous les deux des études de musiques orientales et nous en profitons pour écouter Elisha jouer sur son Saz et s’y essayer. Pour Elisha, hors de question que nous dormions sur le sol, alors il nous laisse son lit double hyper confortable et s’installe lui-même par terre. N’importe quel guide vous expliquera très bien comment ne pas manquer les immanquables à Jérusalem donc nous ne vous en parlerons pas. Mais certaines choses valent à nos yeux le détour. Lors de notre vagabondage dans les ruelles de la vielle ville nous sommes montés sur les toits après avoir tenté quelques cages d’escalier et c’est vraiment chouette de voir la ville d’un autre point de vue. Nous avons aussi aimé le marché Jehuda qui change complètement d’ambiance à la tombée de la nuit : le jour un marché animé et coloré, il se transforme la nuit quand les bars ouvrent et passent de la musique dans leurs hauts-parleurs et que des jeunes viennent traîner et faire résonner leurs instruments devant les rideaux de fers des maraîchers. Pendant ce temps de transition à la fin du marché, nous devons faire preuve de self-contrôle pour ne pas récupérer plus de fruits et légumes, jugés un peu trop vieux, que nous ne pouvons en consommer. Dans le quartier Nachlaot juste à côté du marché, nous avons adoré découvrir les ruelles et autres jardins cachés. Un autre soir nous sommes allés voir un concert de Bint el Funk, un groupe Israélien qui bouge bien (et qui fait bouger) mélangeant musique yéménite, funk et autres styles, avec des paroles en hébreu, arabe et anglais. Jérusalem est une ville très religieuse et très touristique, mais aussi une ville vivante qui réserve beaucoup de choses à découvrir. Elle nous a surpris quand nous avons essayé de faire du stop de nuit, en ville, et qu’un petit papy tout gentil nous a conduit jusqu’au tram.

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Après Jérusalem nous voulions aller voir Tel Aviv qui est à la fois la capitale économique de l’Israël, mais aussi la ville branchée, alternative, qui bouge, où par exemple les gays et lesbiennes vont souvent émigrer pour échapper à un conservatisme présent dans d’autres villes. Alex le berger nous accompagne et nous présente Oren qui sera notre premier hôte tel-avivien, grand nounours frisé qui s’entraîne à attraper les objets avec ses pieds. Alex se fait un devoir de nous amener au meilleur hummus d’Israël et de nous faire visiter tous les coins qu’il aime bien. Alex s’est juré de ne plus boire de bière tant qu’il n’aura pas pas brassé la sienne : aux dernières nouvelles, le matos était commandé et on espère qu’il n’a pas flanché, car pour un gars comme Alex, se priver de bière, c’est comme priver un Breton de sa crêpe. Quand nous avons quitté Oren, nous avons trouvé refuge vers le marché Karmel, cette fois chez Maxim ; et alors que sa copine nous abandonne pour le ‘concert retour des Backstreet Boy’, nous allons avec Maxim écouter un pianiste fou et ses acolytes dans un bar jazz. Yonathan, un pote de pote qui nous a présenté Maxim nous y rejoint un peu plus tard. Dans ce marché, tout comme à Jérusalem, les avocats abandonnés en fin de marché coulent à flots. Attention à arriver avant le gros méga bulldozer qui vient nettoyer. Bon un bulldozer pour nettoyer ça paraît bizarre mais c’est un pays bizarre de toute façon. Yonathan et Maxim se plieront en quatre pour nous faire faire de la longboard, nous faire manger du hummus (et oui encore), nous donner des vêtements ou nous aider à vendre des bières quand nous cassons l’ordinateur de Rémi et que la sac d’Arthur se fait voler.

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A Tel-Aviv, nous avons apprécié Yaffo/Jaffa quartier à l’origine arabe et qui est bien plus joli que les nouveaux bâtiments et grands immeubles qui forment Tel-Aviv. Dans son marché aux puces très cool, nous rachetons une cafetière italienne, l’outil le plus indispensable de notre voyage.

Avec Manu le vrai Breton comme on les aime, trouvé entre deux patates et un citron à la fin du marché, nous avons rencontré un soir Laura sur la plage qui revenait du Midburn. Les jours qu’elle a passé là-bas lui ont fait changé de vision sur le monde, elle voulait aider tout le monde, s’en foutre et tout balancer. Elle nous a donc hébergé sans se poser de questions !

Quand on voyage, on se dit souvent avec les rencontres qu’on se revoit toujours deux fois. Et même des fois trois ! A Tel-Aviv nous avons recroisé au hasard Scott, déjà rencontré à Chypre, et Freddy avec qui nous avions partagé Noël en Turquie, et revu au hasard à Chypre aussi. Zincroyable.

Au hasard des recherches sur le net, nous voyons que Driss joue au festival Groove Attack. Le festival est bien trop cher pour nous, mais nous connaissons Driss car il était le président du festival Hadra à Grenoble où nous étions souvent bénévoles. Un petit mail, et l’invitation est dans la poche. On va donc se taquiner les oreilles avec le groupe Israélien Infected Mushrooms et d’autres très bons artistes. Driss aussi nous a mis le feu sous les vaporisateurs d’eau du chapiteau. De fil en aiguille, on retrouve le contact des organisateurs d’Exodus, festival où nous avions été bénévoles à Chypre. Sur une plage où ils organisent une soirée on rencontre toute l’équipe , sauf le grand Shaman que nous ne reverrons que plus tard, un grand fou, mais aussi un peu attendrissant une fois qu’on passe la première impression. C’est là où se fait voler notre sac et on découvre que l’écran de l’ordi est cassé !

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Il y a des fois où l’on en a un peu marre de faire du stop. Et quelque chose arrive qui nous rappelle pourquoi on fait tout ça : Rimoch et Jeky en font partie. A ce moment nous voulions déjà quitter Israël, mais Rimoch nous avait promis que nous pourrions boire de la bonne bière si nous venons dans leur kibboutz. On n’avait pas vu de kibboutz, alors on s’est laissé tenter ! Rimoch et Jeky sont ce couple qui font des concerts déguisés en lézards géants de l’espace. Rimoch parle sans interruption si tu n’arrives pas le maîtriser ce qui prend sûrement des années d’entraînement, sur tous les sujets, et en détail. Jeky n’écoute plus depuis bien longtemps ce que Rimoch dit mais lui cherche quand même tendrement des poux.

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Un kibboutz cékwa ? Les kibboutz sont des villages collectivistes créés par des mouvements sionistes lors de la colonisation d’Israël. D’abord essentiellement agricoles ils ont par la suite développé également des activités industrielles. Historiquement, les membres des kibboutz étaient connus pour être engagés et militants prônant des valeurs égalitaires, la coopération entre les membres et l’absence de propriété privé. Avec le temps les kibboutz ont bien changé, et aujourd’hui nombre d’entre eux n’ont pas gardé grand-chose de leurs valeurs pendant que leurs industries ou activités agricoles ont été majoritairement privatisées. L’importance des kibboutz dans la société israélienne et leur nombre est en nette diminution depuis 1970. Vous pouvez sûrement encore trouver des kibboutz avec ces valeurs initiales aujourd’hui, mais les autres oscillent entre village un poil plus communautaire et souvenir du passé.

Ginegar, le kibboutz dans lequel nous sommes restés quelques jours garde encore quelques traces de cette histoire. La lessive commune ou la salle à manger sont encore là, et alors qu’elles étaient jadis des composantes importantes, elles sont maintenant devenues facultatives. Les nouveaux arrivants qui viennent emménager dans les kibboutz ne partagent pas forcément ses valeurs égalitaires et ne font pas vraiment partie de la communauté. A cela il faut ajouter que la population des kibboutz vieillit beaucoup. Néanmoins il est vrai que nous y ressentons une ambiance particulière, le sentiment de communauté existe vraiment, les gens ont l’air heureux, s’entendent bien et la religion y est presque inexistante, chose étonnante pour ce pays.

Ginegar est un endroit très vert, les bâtiments ont un allure étrange (qui a dit soviétique?), et jouxtant le village une énorme exploitation bovine avec des vaches qui ne voient que du béton toute leur vie. Preuve que l’industrialisation a eu raison de l’agriculture traditionnelle. Nous gardons aussi en tête l’image des golfettes qui se baladent partout car très peu de voitures circulent et dont nous adorons observer les va et vient.

C’est Rimoch et Jeky qui nous ont conseillé le coin près de la Mer Morte où nous sommes allés avec Johnny. Johnny, vous vous rappelez ? C’est notre pote berger. Si Alex et Lauren sont jeunes en âge (comme nous), Johnny est jeune dans sa tête (comme nous). C’est ce Sud-Africain qui a un moment s’est demandé ce qu’il foutait avec sa vie. Il a décidé de tout lâcher et d’aller méditer dans les montagnes du Sinaï. Il a trouvé sa chance avec la ferme qu’il gère magnifiquement. Un grand esprit, qui apprend par l’expérience, son fromage s’améliore à chaque tournée et son troupeau est de plus en plus sage. Même sur sa glace au curry il devient bon. Les côtes de la Mer Morte sont vraiment impressionnantes. Nous sommes allés non loin de Metsokei Dragot, où les gens se baignent tout nu, où personne vient t’embrouiller ou te vendre un spa régénérant. Là, c’est posé, y’a un petit bassin d’eau non salée pour aller se rincer que l’on partage avec les gens qui passent. C’est là que nous avons rencontré Rivi et Katja, Rivi nous a par la suite ramenés à Jérusalem où nous sommes allés ensemble à la fête des lumières de la ville. Rivi étudie aux États-Unis à Naropa University (Boulder), une université alternative bien spéciale qui a l’air de lui plaire, peut-être irons nous lui rendre visite un jour.

En Israël, les gens sont cools et ouverts. Peut-être un peu trop speed, un peu trop à te couper la parole et à ne pas t’écouter (n’est-ce-pas Rivi ?), mais on les aime bien quand même. Nous sommes autant en désaccord avec le gouvernement et sa façon de gérer le conflit et des problèmes internes dont nous avons parlé dans nos autres articles, que nous nous sommes sentis bien avec les gens que nous avons rencontrés. Il y a dans ce pays une sorte de solidarité dure à retranscrire à l’écrit, une sorte de confiance réciproque et de communication facile et franche. Israël fut vraiment un très bon moment de notre voyage.

Voilà pour notre quatrième et dernier article à propos d’Israël, si vous avez encore des questions n’hésitez pas.

Flex !

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Brève – Eh mec ! Il est où mon appareil photo ?

Salut les filles et les gars et tous les autres.

Nous avons une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’on est à Addis Ababouille the capital of Ethiopie, que tout va bien et qu’on se fait héberger dans un chouette appart, avec douche chaude à souhait (première depuis des semaines, ou peut-être des mois), une cuisine, internet, électricité, et une belle vue sur la montagne environnante. C’est Ronen un cool gars trouvé sur Couchsurfing qui nous accueille pour quelques jours, et nous pouvons enfin vraiment nous poser après nos récentes aventures assez difficiles.

Et la mauvaise, c’est que quelqu’un a volé nos deux appareils photomatiques. Non mesdames et messieurs, pas un, mais bien deux appareils photos. Alors qu’on marchait sur la route pour aller faire du stop dans le bled de Kembolcha un tuk-tuk s’arrête et nous propose de nous avancer un peu gratuitement. Rémi monte à l’avant, Arthur à l’arrière avec deux autres gars et les sacs à dos. Les gars en profitent pour discrètement ouvrir les poches de nos deux petits sacs à dos que nous avons d’habitude tout le temps à l’œil, et embarquent ainsi les deux appareils photos, un microphone et un chargeur de téléphone.

Comme on le disait dans la brève précédente nous sommes arrivés en Afrique et ici notre style de voyage ne marche pas aussi bien qu’on le voudrait. Nous sommes vraiment les hommes blancs à qui une bonne partie des locaux essayent de nous soutirer ce qu’ils peuvent ou de profiter de nous. A peine une journée après le vol des appareils photos, c’est un gamin cette fois qui fait les poches de Rémi et réussi à choper son téléphone avant qu’on le récupère.

En fait la vraie mauvaise nouvelle c’est qu’ici on ne peut faire confiance à personne et qu’on ne peut pas voyager comme on le souhaite, sans compter que nous avons perdu toutes les photos de l’Éthiopie et que nous n’avons plus d’appareil photo pour la suite.

C’est pour fêter ça que nous avons décidé de créer une nouvelle catégorie : Objets volés.

Mais attention ne paniquons pas ! Une fois qu’on oublie tous les trucs qui rendent le voyage difficile on est quand même content d’être ici, de boire des bières au bar à 50 centimes la pinte, de monter dans des voitures disparues en Europe et de se faire inviter pour des cérémonies du café.

Allez à plus !

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Brève – ሰላምናችሁ l’Afrique

Selamnatchu ሰላምናችሁ !

Depuis environ une semaine nous voilà en Éthiopie. Nous avons donc quitté le monde Arabe pour entrer dans l’Afrique à proprement parler. Les premiers jours ont été assez difficiles. Il y a très peu de voitures et c’est donc super dur de faire du stop, beaucoup de gens nous demandent de l’argent, surtout les enfants qui nous suivent sur des centaines de mètres, et on essaye souvent de nous faire payer le « prix de l’homme blanc ». C’est la saison des pluies donc il pleut beaucoup, impossible de camper, difficile de se faire héberger, et on finit par payer des chambres d’hôtels. On vient d’arriver à Mekele où l’on trouve une ville plus grande, plus accueillante et des gens qui ont apparemment plus l’habitude des étrangers.

Depuis plusieurs mois nous prenons du retard sur nos articles. Chaque jour de 11h à 17h, Internet ne marche plus, de 17h à 21h il y a une coupure générale d’électricité, ce qui ne nous laisse que le créneau 9-11h pour s’amuser à charger 38 fois les mêmes pages en attendant que la connexion se stabilise. Les endroits confortables avec une prise électrique pour se poser et écrire sont rares, donc on se rabat sur les hôtels « chics » où l’on se prend un délicieux expresso éthiopien.

Après des mois de désert, nous sommes quand même bien content de traverser les collines, que dis-je, les montagnes verdoyantes de l’Éthiopie, d’avoir vu des singes sauvages (non papa pas encore d’éléphants) et d’avoir échangé le thé contre des bières bonnes pas chères. Et c’est ce que nous buvons quand la pluie est trop forte, pas le choix.

Mais les articles viendront. Soyez patients, on vous envoie plein de café télépathique en attendant.

Ciao !

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Israël, Palestine 3/3 – Tu me passes le houmous ?

Voici le troisième et dernier article sur nos réflexions sur Israël. On espère que vous tenez le coup, et qu’au moins un ou deux d’entre vous liront jusqu’au bout. Si vous avez raté les épisodes précédents voici l’article 1 et l’article 2, pratique !

« Je me suis rendu compte que je ne faisais pas que défendre mon pays. » nous dit un ami qui a signé un contrat de 10 ans après son service militaire.

Invoquant le self-défense, Israël se permet de répliquer avec beaucoup de puissance. La technologie militaire et les moyens mis en œuvre par Israël sont largement supérieurs à ceux de la Palestine, comme le Dôme de Fer par exemple. Sur le site Breaking the Silence des soldats parlent de leur expérience, ils expliquent que souvent les ordres ne sont pas donnés dans le respect des conventions de guerre et que les civils ne sont pas épargnés autant qu’ils le devraient. Le déséquilibre des forces est flagrant, l’armée Israélienne est surpuissante, et même s’il paraît normal de se défendre contre des attaques terroristes, la vérité n’est souvent pas aussi simple. De nombreux civils palestiniens sont tués tandis que le nombre de morts côté israélien est ridiculement inférieur. Très souvent nous entendons dire que la faute est aux « terroristes » qui se serviraient des civils comme de boucliers humains et lanceraient leurs roquettes depuis des lieux habités (école, bâtiments publics,…). Même s’il est probable qu’ils utilisent ces méthodes et commettent de nombreux crimes de guerre, Israël ne fait pas tout le temps l’effort de protéger les civils comme les conventions internationales le prévoient. En lisant certains témoignages de soldats on se rend vite compte que l’armée israélienne, bien que considérée légitime, n’est absolument pas irréprochable. A titre d’exemple durant la dernière guerre contre Gaza en été 2014 (opération « bordure protectrice »), il y aurait eu selon l’ONU 1400 civils palestiniens tués contre 6 civils israéliens.

Mais le déséquilibre n’existe pas seulement dans le compte des morts de chaque camps. Le peuple Palestinien souffre, son pays n’est pas reconnu et est en train de se faire entourer d’un mur, leur liberté est réprimée. Et pendant ce temps-là, dans la bulle Tel-Aviv à une heure de voiture, David fait son footing et sa muscu à la plage. Un espèce de décalage sur-réaliste qui fait qu’on oublie assez facilement tout le reste après quelques jours passés à Tel-Aviv à jouer à la raquette au bord de l’eau.

« Ah c’est une ville d’Arabes ça. » nous dit un de nos premiers conducteurs.

« Hein ? Mais qu’est-ce-que tu veux dire par là ? » Nous sommes un peu choqués au début quand nous entendons les gens parler « des arabes là-bas ». Mais en fait la société israélienne est vraiment organisée comme ça : il y a des villages classiques, « juifs » et des villages arabes situés à quelques kilomètres l’un de l’autre et qui n’ont que très peu d’échanges entre eux. Une village arabe est différent d’un village palestinien car il est sur le territoire d’Israël et les Arabes qui y vivent ont la nationalité. Mais c’est aussi un autre monde, où les lois et l’organisation ne sont pas tout à fait les mêmes qu’autre part. Ce phénomène de ghetto, présent partout sur la planète, semble très fort en Israël. La société est divisée en une multitude de mini-groupes, les Arabes dans leurs villages, les colons dans leurs nouveaux lotissements barbelés, les Palestiniens entourés par des murs, mais aussi le quartier soudanais, les kibboutz et les villes de Druzes, un courant assez spécial de l’Islam. C’est presque comme s’il y avait une volonté de séparer les gens, mieux vaut que les différentes populations ne se rencontrent pas trop. Les Arabes israéliens par ailleurs sont exemptés de service militaire, leur allégeance à Israël ou Palestine pouvant être douteuse, mais ce qui au final sépare encore plus les deux peuples. Si au lieu de ne rien faire ils devaient faire un service civique pour s’intégrer plus au système global ?

Nous nous interrogeons sur les programmes inter Israël-Palestine qui existent vraiment. Les gens nous parlaient souvent des Arabes, qui sont comme ci, qui construisent leurs maisons comme ça et autres. Et comme bien des préjugés, il y a une part de vérité. « Mais tu y es allé en Palestine ? » « Euh non pas vraiment ou alors j’étais petit. » On a envie de le comparer aux banlieues en France, où les gens qui n’y ont jamais mis les pieds se permettent de les critiquer. Quand on ne vit qu’avec ses semblables et que les mélanges sont rares cela ne facilite pas la compréhension et n’aide pas vraiment la disparition de la haine.

« No English » nous répond un orthodoxe quand nous lui demandons notre chemin.

S’il y a bien une communauté étonnante, pour ne pas dire étrange, en Israël, ce sont les Juifs ultra-orthodoxes, les Haredim. Ce sont des personnes qui vouent leur vie à la religion et l’étude de la Thora et qui suivent la Halakha, la Loi Juive, à la lettre. Il existe différents courants dans cette communauté. L’homme adulte ultra-orthodoxe classique se balade en costume noir, chapeau noir à bord large et chemise blanche. Bien souvent il porte une longue barbe, a des genres de longues nattes en tire-bouchon qui poussent au niveau de la tempe (des papillotes) et porte les tsitsits, genre de fils tressés qui pendent au niveau du pantalon, afin de leur rappeler les commandements de Dieu. On ne peut pas les louper. Les femmes ont aussi un style vestimentaire officiel, plutôt pas sexy, agrémenté d’une coiffure assez moche. Elles passent leur temps à pousser des poussettes. Des poussettes, des poussettes, des poussettes partout, les Juifs orthodoxes font énormément d’enfants et les fratries de plus de dix frères et sœurs ne sont pas rares. Ils vivent reclus dans des quartiers ou dans des villes entières, les enfants vont dans des écoles spéciales. Ils ne rencontrent que des personnes de leur milieu et ne font qu’apprendre la Thora, et oui pas de mathématique ou d’anglais pour les petits orthodoxes. Il devient alors difficile de sortir de ce milieu dans lequel leurs pensées sont complètement tournées vers une seule étroite direction, et les gens qui en ont le courage se retrouvent complètement en marge, pour trouver un travail par exemple car ils manquent cruellement de compétences. Alors entendre quelqu’un nous dire « no English » dans un pays où tout le monde parle parfaitement anglais, c’est un peu bizarre.

Avec un mariage jeune et un nombre d’enfants par couple démesuré, on s’imagine bien comment la population de Juifs orthodoxes croît et à quel point il devient important pour le gouvernement israélien de gagner les votes de cette communauté.

Cette part de la population qui voue leur vie à Dieu et à la lecture de la Torah est un problème qui touche le reste des Israéliens. Comme ils ne travaillent pas, ils (sur)vivent des aides de l’État, notamment des allocations familiales, et en faisant des arrangements au sein de leur cercle très fermé. Avec une petite signature du rabbin, ils sont aussi exemptés de service militaire. Mais bon, ils ont déjà une bonne dose de lavage de cerveau dû à leur mode de vie et de la religion, c’est déjà ça.

A la ghettoisation dont nous avons parlé plus haut avec les Arabes, il faut bien sûr rajouter les ultra-orthodoxes qui en sont une superbe illustration !

« Ne montez pas en stop avec un Arabe. » nous disent environ 10000 Israéliens.

Les Israéliens ont peur, ils ont peur des Palestiniens, ils ont peur des roquettes. Souvent quand nous parlons de notre voyage et que nous disons que nous voulons nous rendre en Palestine, en Jordanie ou en Égypte, ils nous prennent pour des fous, nous disent que nous allons nous faire exécuter. Tous les Israéliens nous répètent qu’il ne faut absolument pas monter dans une voiture arabe quand nous faisons du stop, ces même Israéliens qui ne sont jamais allés en Palestine.

Cette peur nous fais souvent rire et est en décalage complet avec nos expériences de stop en Israël, où il n’est pas rare qu’un jeune femme prenne en stop les deux barbus que nous sommes, de nuit, sur une petite route. Ce qui n’arrive pas ou très rarement en Europe.

« Aujourd’hui on fête le jour où Jérusalem a été capturée. On dit capturée ou délivrée ? » « Bin ça dépend du point de vue. » répondons-nous à un ado Israélien qui hésite sur son Français.

Jérusalem est un des points de discorde majeur du conflit. Haut-lieu de bon nombres de courants religieux, Jérusalem accueille des touristes et pèlerins du monde entier. Depuis 1967 suite à la Guerre des Six Jours, Israël contrôle l’intégrité de la ville, et tous les ans les Juifs ultra-nationalistes se font une joie de se le remémorer avec une gigantesque manifestation lors de Yom Yeroushalayim, la Journée de Jérusalem. Bien sûr, les Palestiniens ne sont pas d’accord avec cette occupation. Alors que Jérusalem pourrait être un lieu où toutes les religions vivent en paix, elle est plutôt la démonstration de cet incapacité de certains hommes à gérer leurs différences.

C’est quand nous demandons un garçon dans la rue lors de Yom Yeroushalayim, l’air de rien savoir, quel est l’origine de cette agitation qu’il nous répond cette superbe phrase. Pendant des heures, nous allons faire une indigestion de drapeaux bleus et blancs et de nationalisme exacerbé. Des Juifs de tout le pays sont venus pour suivre le cortège dans les rues de Jérusalem. Des adolescents balancent des prospectus réclamant l’expulsion des Musulmans du dernier bastion de la vieille ville qu’ils contrôlent encore vraiment, le Mont du Temple. Nous étions prévenus, la police et l’armée est présente en masse et c’est d’ailleurs assez normal quand on voit que la marche passe par le quartier musulman en s’égosillant avec des slogans niveau CE2 comme le trop classique « Mort aux Arabes ! » Un peu d’originalité aurait été appréciée. Les altercations sont nombreuses avec les pro-Palestiniens, et la contre-manifestation de ces derniers est bien entendu mise à l’écart par les forces de l’ « ordre ».

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Et dans tout ce bordel, une petite dizaine de personnes transportaient des roses pour les offrir à la foule afin de calmer les ardeurs. Que ce soit côté pro-Palestinien ou pro-Israélien, les manifestants demandaient une fleur avec un grand sourire avant de la détruire pétale par pétale en face de leur visage et de leur jeter dessus. C’est assez difficile d’exprimer la folie humaine que nous avons vécue cet après-midi là. Ce n’était plus des hommes, mais seulement des moutons enragés s’abreuvant à chaque slogan, en attente de la prochaine petite friction pour se donner une raison de détester encore plus l’autre côté, et si possible de se battre un peu.

Les femmes quant à elle ont un tracé différent de celui des hommes et que nous n’avons pas suivi, donc nous ne saurions vous dire si elles aussi ont osé détruire les roses.

En fait, c’était une journée assez triste pour nous et nous sommes rentrés le cœur lourd. Mais ceci étant dit, nous avons vu la ville pendant des journées plus normales, et Jérusalem est une ville vraiment chouette !

Nous avons fait une petite vidéo pour montrer à quoi Yom Yerushalayim ressemble.

« Le meilleur humus c’est ici. » On a toujours pas compris où c’était, chaque Israélien a une adresse différente.

Les Israéliens sont fiers de leurs quelques spécialités. Ils connaissent tous la meilleure adresse en Israël pour manger des falafels ou du humus, et ils ont tous la meilleure recette pour faire une shakshuka ou préparer le tahini. Au final, et ils l’admettent, ces plats sont des plats arabes qu’ils ont intégrés à leur culture. Quand on commence à se familiariser avec les deux cultures, cela devient un jeu de noter tous les points communs entre les Israéliens et les Arabes. La langue est un bon exemple, la majorité des mots hébreux est d’origine arabe.

« Make hummus not walls» (faites du humus pas des murs), la solution est toute trouvée pour ce tagueur sur le mur de séparation de la Palestine à Bethléem.

« Ah mais en France vous avez pas peur de la montée de l’extrémisme?! » nous disent de nombreux conducteurs.

En Israël, et surtout à Tel-Aviv, on entend tout le temps parler français. De nombreux Juifs français, souvent parisiens, ont émigré en Israël profitant de la loi du retour pour obtenir la nationalité israélienne. Beaucoup d’entre eux ont déménagé car ils pensent être plus en sécurité en Israël. Nous avons souvent eu cette même discussion avec des Israéliens nous expliquant qu’ils ont vu à la télé qu’il est très dangereux d’être Juif en France et que celle-ci est remplie d’islamistes et d’antisémites. Nous tombons un peu des nues et devons chaque fois expliquer que non, les extrémistes islamiques ne font pas la loi en France, et que non il n’est pas vraiment dangereux d’être Juif en France. Notre connaissance limitée de la question nous fait nous poser des questions mais nous avons quand même l’impression que la communauté juive française, fermée sur elle même, tend à exagérer l’antisémitisme et les problèmes que les Juifs auraient à faire face dans l’Hexagone.

En essayant de tout résumer, nous avons fini par un truc assez long et nous n’avons pas du tout parlé de notre expérience en tant que voyageurs (qui fut un délice), et ce sera chose faite dans un prochain article.

Hummus à tous,

Arfer and Raymi.

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