Une maison à Leipzig

Salut les petits poulets, ça caille l’hiver ?

Vous vous demandez sûrement pourquoi passer par Leipzig pour faire Grenoble-Istanbul.

Début mai 2014, je sonne à la porte du 125. Quelqu’un m’interpelle en allemand depuis une fenêtre puis vient m’ouvrir. Je monte quatre étages avant de me retrouver dans un grenier, où une vingtaine de personnes discutent en sirotant des bières et fumant des clopes.

-« Hello, I am a friend of Fabian!»

-« Fabian? Who is Fabian? »

Après avoir passé deux mois au Maroc en compagnie de Fabian, un allemand que j’avais rencontré dans une rue de la Médina de Chefchaouen, il m’invite à venir le voir à Leipzig. J’ai une adresse et le numéro d’Isa, une amie à lui car Fabian n’a pas de téléphone.

« Aaah you mean Blocki! ». Après un petit moment tout le monde comprend que je veux parler de Blocki, c’est comme ça qu’il s’appelle ici. Fabian n’est pas là, il est à l’hôpital après avoir aspiré trop de poussière en nettoyant le grenier où je me trouve. Isa l’a accompagné et tout le monde les attend pour fêter l’anniversaire d’Isa. Moi je me retrouve là, on me tend une bière. Je viens de faire Paris-Leipzig en stop, épuisé, je ne parle pas trop, et je regarde autour de moi tous les allemands discuter entre eux. Eux me regardent et ne comprennent pas bien ce que je fais là.

Dans les jours qui viennent Arthur me rejoint. De grands préparatifs sont en cours : en effet, les locataires occupent la maison depuis l’automne 2013 et après maints travaux ont décidé d’organiser une crémaillère. Mais pas la crémaillère comme dans ton 17m². Celle-ci se déroulera sur trois journées et soirées entières, il y a aura une scène extérieure avec des petits concerts, il y aura le classique labyrinthe nocturne dans la cave, un bar intérieur et un bar extérieur, une salle de cinéma au grenier, et de nombreuses salles à thème. Salle déguisements, salle jeux de société, salle pour se faire une partie d’échec en buvant un petit verre de vin rouge, salle noire avec de la trance-goa en boucle, la Jam Zimmer (Jam Room) envahie de dizaines d’instruments pour de petites sessions musicales improvisées, la  »Tea Room » pour se détendre en dégustant un morceau de gâteau. Et bien sûr une salle enchaînant groupe punk et DJ toute la nuit. Spécial dédicace au DJ résidant Franz ! Franz, we love you, kiss kiss.

La Jam Room et son piano magiqueSur le week-end prolongé, il y aura eu une centaine de personnes à se faire héberger, une marée noire, verte, bleue et orange de duvets polluant le grenier. Mais attention, ne t’étonne pas si le matin on te réveille pour faire de la place au groupe ou au DJ qui va jouer là où tu avais posé ton petit matelas. Et ne t’étonne pas si tu descends dans la cuisine pour trouver un café et que tu finis par couper des légumes à tour de bras. Ne t’étonne pas si une fois ton café fini tu ouvres ta première Sterni, bière locale au rapport qualité-prix imbattable. Dans cette environnement alternatif, tout le monde est le bienvenu, l’entrée est libre, tout le monde met la main à la pâte, les repas toujours végétariens, souvent végétaliens, sont à prix libre. Tu n’entendras pas la même musique qu’à la radio, le bar a un prix plus qu’abordable, pas d’agent de sécurité, rien n’est vraiment officiel et l’organisation est collective. Ceci vous pouvez le retrouver dans de nombreux lieux alternatifs à Leipzig comme les cantines collectives (Volksküche). Tout au long de la semaine dans des lieux indépendants sont proposés des repas cuisinés sur place à prix libre. Les soirées dans ces milieux sont bien différents de ce qu’on a l’habitude de voir : entrez dans un appart d’apparence quelconque, découvrez une cuisine transformé en bar, un salon en salle de concert, et payez vos bières en mettant ce que vous jugez comme un bon prix dans un pot posé sur le bar.

Dans l’Allemagne l’Est de nombreuses maisons ou bâtiments ont été abandonnés suite à l’exode vers l’Ouest depuis la chute du mur. A Leipzig entre autres, un grand nombre de projets fleurissent, suivant le modèle berlinois d’il y a quelques années, maintenant saturé. Beaucoup de ces projets se sont d’abord fait dans l’illégalité (squats, événements dans des bâtiments abandonnées, etc.), certains trouvant un moyen de survivre face à la puissance étatique, d’autres s’intégrant sous forme d’association par exemple. Leipzig aujourd’hui ressemble à Berlin il y a dix ans.

La maison dont vous nous parlons n’est pas un squat car les locataires paient un loyer. Ils ont récupéré cette maison abandonné, ils l’ont retapé et sont sur le point de l’acheter. C’est un lieu de vie en collectivité où chacun est impliqué, où chacun à son mot à dire. Chaque semaine ils ont  »plenum », sorte d’assemblée pour régler les questions du moment. Depuis cette été, ils louent un terrain à 30 km de la ville qu’ils préparent pour planter fruits et légumes afin d’être au maximum auto-suffisant. Ils se retrouvent là-bas tous les week-ends pour retourner la terre et planter des arbres.

Les habitants de la maison sont des étudiants, des futurs profs, font des petits jobs afin de couvrir leurs faibles dépenses, touchent les aides minimales ou le chômage, sont DJs, chanteurs d’opéra ou lanceurs d’apéro.

Après-midi de jardinageIls ont maintenant entrepris d’acheter la maison à travers un biais différent. Pour résumer, la maison est dans un premier temps montée en association et elle emprunte suffisamment d’argent pour payer le propriétaire. Les locataires cherchent à récolter l’argent en évitant au maximum les banques. Ce sont des individus trouvés grâce à leur réseau ou grâce à une petite publicité (dont flyers, site internet) qui fournissent la majorité des fonds. Ensuite, les locataires de la maison vont payer un loyer régulier pour rembourser les différents créanciers au travers de l’association qui est maintenant propriétaire de la maison. La propriété n’est donc pas donnée à des individus mais à l’association, permettant par la même occasion à chacun souhaitant quitter la maison de le faire librement en trouvant un locataire le remplaçant.

La maison dispose aussi d’une clause évitant la spéculation immobilière (interdiction de revendre la maison plus cher que le prix d’achat) ou de la revendre à des fins commerciales.

Tous ces projets sont épaulés et guidés par un « syndicat de location de maison » (Mietshäuser Syndikat). Plus de renseignements sur : http://www.syndikat.org/fr/

Depuis la crémaillère début mai, la maison a bien changé. Bien sûr le 125 n’est pas une éternelle fête comme décrit ci-dessus et les salles ont échangé leurs jeux de société et leurs déguisements pour ressembler d’avantage à des chambres classiques. Mais pas trop non plus, faut pas déconner. Les étudiants étudient, les chanteurs chantent, les glandeurs glandent, mais tous sacrifient une grande partie de leur temps au projet et en particulier à l’aménagement du jardin et de la maison.

Petits pots, petits déjsTous les matins, il est possible de participer au minimum à deux petits déjeuners si l’on a une bonne gestion du timing des étages. Souvent le soir, la nourriture est préparée au 1er pour être servie au 3ème avec les couverts du 2ème, ou vices et Versailles. Tout ça dans une ambiance des plus familiales. La plupart du temps vous pourrez déguster des repas végétaliens car de nombreux locataires sont végétaliens ou végétariens. Mais si vous avez beaucoup de chance, vous pouvez tomber sur le jour du lapin et vous retrouver avec les mangeurs de viandes et les mauvais végétariens pour déguster la bête venu de la campagne locale.

Voilà pourquoi notre chemin de Grenoble à Istanbul passe par Leipzig. Rémi y était déjà retourné plusieurs fois et c’était l’occasion de voir encore une fois nos amis et cette ambiance particulière. On peut dire que ce lieu nous fait tous les deux réfléchir et nous donne des idées pour notre mode de vie futur. Nous sommes maintenant sur la route d’Istanbul, et nous souhaitons une avenir radieux à la maison du 125.

Tchüss geilo krass der Hammer!

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C’est parti pour un tour !

   Tout au long du mois de septembre et d’octobre, Rémi est resté sur Grenoble afin de bosser pour développer un site web, et cela lui a permis de se préparer tranquillement pour le voyage. Arthur a fait un peu de vendanges et quelques petits boulots chez sa famille. Je tiens à remercier d´ailleurs tous mes sponsors, Tata Anne-Marie, big up à Papi, Florence la meilleure marraine (encore désolé pour les trous dans ton mur…), et évidemment papa et maman sans qui rien de tout cela n´aurait été possible.
   Rémi, n´en pouvant plus de la lenteur légendaire d´Arthur, a décidé de partir en ce début de semaine (3 novembre 2014) par une journée ensoleillée à Grenoble mais qui s´est vite détériorée après avoir traversé la frontière iséroise. Arthur l´a rejoint le vendredi 7 novembre une fois avoir détruit un bout de mur chez sa marraine en essayant d’installer une étagère. Destruction non intentionnelle je précise.
  Nous sommes donc tous les deux partis avec quelques jours d’intervalle en direction de Leipzig, ville que nous avions déjà sublimé de notre présence par le passé. En effet nous y avons de bons amis qui vivent à 20 dans une énorme maison qu’ils ont retapée, et portent un projet de vie en collectivité (« Hausprojekt » dans la langue locale). Au programme : bière pas bien chère, gâteaux végétaliens, soirées improbables, travail de la terre, ragondins trop trop mignons, immersion dans la culture germanique… On vous en reparlera dans un prochain épisode.

    Le voyage de Remi

        Le week-end précédent le départ fut chargé. Toute la semaine a été occupée par les derniers préparatifs. Vendredi soir et samedi soir, on a fait la fête histoire de marquer le coup. Mes parents et ceux d’Arthur font un peu plus connaissance. Le lundi matin je rejoins ma mère et mon père en ville après avoir préparé mon sac, ma foi plutôt lourd. Je fais quelques courses pour la route, je vois une dernière fois mes parents, je prends une photo avec eux mon sac sur le dos. Ils sont plutôt souriants, je crois qu’ils comprennent. 
        Il est déjà midi passé quand je commence le stop à Porte de France, le fameux point de départ de Grenoble, direction Leipzig en Allemagne. C’est loin d’être la première fois que je fais ce trajet en stop. Cette fois j’ai décidé de ne pas faire de panneau, pour me prouver une fois de plus que Grenoble est vraiment the ville du stop. 5 minutes après, une femme me prend, il y a un bébé à l’arrière. Je lui dis qu’elle est la première conductrice de mon tour du monde, plutôt cool, je lui file l’adresse de notre blog. Après, les voitures s’enchaînent, comme d’hab petite galère à l’Isle-d’Abeau en essayant de trouver une voiture pour Bourg-en-Bresse, je finis par monter dans une voiture qui va à Paris, je m’arrête à Beaune. Petit casse-croûte puis c’est reparti. Je trouve une voiture avec une représentante d’une marque de cosmétique, en la voyant je n’aurais pas pensé qu’elle me prendrait, comme quoi il faut toujours tenter. Elle m’emmène jusqu’à Mulhouse, 18h et quelques, il fait déjà nuit, c’est le problème de l’hiver. Je trouve une dernière voiture qui me fait passer la frontière jusqu’à Karlsruhe. Pas de chance cette station n’est pas très fréquentée, dommage je voulais continuer à faire du stop le plus tard possible. J’attends jusqu’à minuit et des brouettes. Tant pis je vais planter ma tente. Je commence à la monter assez près de la station, par flemme d’aller plus loin, et la police débarque, youpi ! Finalement ils voulaient juste voir mes papiers pour vérifier que je ne suis pas un migrant, ou une personne recherchée. Avis à tous les migrants soit-disant « illégaux », plantez votre tente un peu plus loin de la station. Le lendemain matin les voitures s’enchaînent assez bien jusqu’à être déposé dans une fameuse Autohof, les stations essence en Allemagne qui ne sont pas directement sur l’autoroute. Beaucoup de trafic local, je jongle entre la station essence et le McDo, demandant à tous les gens que je vois, j’assiste au spectacle étrange d’un bus entier de soldats américains qui vient manger au McDo. Apparemment il y a une base militaire américaine pas loin. Après deux heures infructueuses, je finis par trouver quelqu’un qui va dans ma direction, qui veut bien me prendre, avec qui je parcours la moitié de la distance me séparant de Leipzig à environ 200km/h. En fait il ne pouvait pas aller plus vite parce qu’il avait des pneus hiver, c’est con. Déposé sur une aire de repos, je trouve un dernier conducteur, sympathique business man écolo en fauteuil roulant, avec qui je discute beaucoup et qui m’emmène jusqu’à Leipzig. J’arrive à Leipzig, je trouve mon chemin, prends un bus, un tramway, puis arrive enfin à « la maison de Leipzig », où je retrouve mes amis allemands, je me sens comme à la maison. 

    Le périple d´Arthur

        Pour mon départ, papa et maman sont venus avec moi et m´ont amené jusqu´à « Porte de France », l´endroit où se mettre pour stopper direction Lyon et Marseille. J´ai ajouté à mes deux sacs la housse d´ukulélé que la maman de Rémi m´a refilé avant de partir, remplie de choses utiles et d´autres moins. J´ai aussi pris ma poule en chocolat « parce que tu n´étais pas avec nous pour chercher les œufs de Pâques cette année ». Comme d´habitude, l´attente pour sortir de Grenoble n´a pas pris plus de 5 minutes. « Vous êtes la première voiture qui me prend pour mon tour du monde » plutôt hyper cool à dire… Me voici donc à la station essence juste avant le péage, et je trouve rapidement un chef d´entreprise pour la station essence un peu avant Lyon.
        Les choses sérieuses commencent ! J´attends une heure et demie sans grand résultat. Je commence à croire que personne ne veut aller dans la direction de Bourg-en-Bresse, bizarre ça… Heureusement, la carte Michelin des stations essences de France va me tirer d´affaire : je vais rejoindre le prochain péage, et de là je vais marcher 3-4km pour une station essence sur l´autoroute que je veux prendre. La nuit est tombée, et je n´ai que peu de chance de me faire prendre sur cette petite départementale peu éclairée. C´est là qu´après avoir marché dix minutes je vois une voiture sortir d´un petit lotissement et je lui fais signe : jackpot, c´est une roumaine qui me dépose à côté de la station !! I´m back in the game !
        J´arrive tranquillement à Mulhouse, il est un peu avant minuit. J´envoie mes derniers sms gratuits et j´attends. A 00:20, je demande à un sympathique polonais avec un beau et grand 4×4 vide s´il va en direction de Karlsruhe. Il me dit que oui. Je lui demande s´il va à Nürnberg. Il me dit que oui. Exité, je lui demande s´il ne passerait pas par Leipzig par hasard ?! Il me répond que oui !! Par contre, quand je demande si je peux monter avec lui, il me dit que ce n´est pas possible… Ne sachant pas trop si c´est une blague, je me permets d´insister gentiment. Mais non, y´a pas moyen et je me retrouve donc à attendre encore. A 00:45, c´est un groupe improbable de 3 jeunes Belfortains qui vont passer une soirée à « Karlstrou » qui me prennent (Karlstrou, c´est la prononciation berlfortaine de Karlsruhe). Je passe donc une heure et demie en compagnie d´une compilation de Jul avec de superbes titres comme « Sors le cross volé », « J´oublie tout », « Briganter » ou en featuring avec Kenzah Farah sur le titre « Problèmes », à faire semblant de boire de la vodka-red bull. Maman ne t´inquiète pas, le chauffeur ne buvait pas. Je me souviens de ce qu´on a convenu, si le chauffeur roule n´importe comment, je fais semblant d´avoir envie de vomir pour sortir de la voiture.
   Je passe donc ma première nuit avec mon nouveau duvet sur la station essence juste avant Karlstrou, réveil prévu a 7h. Alors là pour des raisons jusque là encore inexpliquées le réveil n´était effectif qu´à partir de 10h… La route jusqu’à Leipzig se déroule sans encombre grâce à 5 voitures roulant minimum à 130km/h (vive l´Allemagne et ses non limitations de vitesse).
   Il est 17h, je retrouve l´excellente ambiance de la maison de Leipzig et je me sens déjà comme chez moi ! Et oui, moi je dis tout pareil comme Rémi parce que j’ai pas d’imagination. En fait j´ai écrit ce texte avant Rémi donc c´est lui qui m´a copié.
   Voilà pour notre premier article. Rendez-vous au prochain épisode. From Germany with Love

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