Zigzag dans les Balkans (2/2)

Salut bande de petits loukoums, comment va la vie en rose ?

Dans le dernier article nous étions arrivé à Shkodër en Albanie chez Jacques. Notre hôte part travailler tôt le matin et c’est donc en même temps que lui que nous nous levons. La journée commence à 6h du matin par un petit café accompagné de son verre de raki. C’est un peu tôt pour la goutte, et nous ne buvons que ce que la politesse exige.

Avec la victoire du Parti Démocratique en 1992, l’Albanie tourne la page sur un régime encore plus fermé sur lui même que l’était le reste des Balkans. Son ouverture sur le monde, encore marquée par des années communistes, se fait sans contrôle. Depuis plusieurs années, l’Albanie  rêve d’intégrer l’Union Européenne et s’efforce de remplir les conditions posées par cette dernière, chamboulant tout le paysage géographique mais aussi culturel. Il suffit de voir la vitesse à laquelle les routes et autoroutes se construisent et les stations essences et hôtels poussent. Mais pour l’instant, c’est encore une Albanie très « typique » que nous trouvons, une hospitalité et une gentillesse incroyable. Alors que nous attendions rarement moins d’une heure dans le reste des Balkans, en Albanie nous n’avons pas été plus de cinq minutes sur le bord de la route, et nous quittons hélas trop rapidement ce pays à 10 heures du matin, heure à laquelle nous sommes habituellement encore dans nos duvets. Nous arrivons au Kosovo et décidons de faire une courte escale à Prizren, ou nous nous arrêtons dans un café attirés par les basses d’un son hip-hop.

Nous sommes de retour dans les Balkans que nous connaissons et attendons donc deux heures à la sortie de Prizren. La journée se passe en trois conducteurs, toujours avec de l’attente à gogo. Nous avons un hôte à la capitale macédonienne Skopje et nous ne sommes plus qu’à 50km. La nuit tombe sur l’arrêt de bus où sommes arrêtés, il fait incroyablement froid et aucun lampadaire pour nous éclairer. Le bus coûte deux euros, et nous décidons de le prendre s’il arrive ! Mais ce ne sera pas cette fois que nous paierons pour notre transport, car une voiture s’arrête, nous emmène jusqu’à Skopje et nous dépose près de l’Alexander Palace. Là, notre hôte Dobre et l’un de ses quatre colocataires viennent nous chercher et nous ouvrent les portes de leur appartement d’étudiant. C’est un plaisir de voir que partout, les appartements d’étudiants se ressemblent et l’on se sent tout de suite à l’aise à l’intérieur, entourés de nos hôtes nounours. Ces deux nuits nous permettent de recharger nos batteries, de laver un caleçon ou deux, de marcher sur le boulevard Alexandre le Grand, d’admirer la statue d’Alexandre dominant ses quatre lions de bronze, de manger un burger aussi grand que le courage d’Alexandre. Oui, la Macédoine est fière de son héros national. En partant, nous prenons l’autoroute Alexandre de Macédoine et nous apercevons le panneau indiquant l’aéroport Alexandre le Grand.

Après ces deux jours nous quittons Skopje, pour nous diriger vers Sofia. En quittant la Macédoine nous n’avions pas prévu que la frontière avec la Bulgarie était à plus de 1000 mètres d’altitude . Nous pouvons apercevoir de la neige sur les sommets légèrement plus élevés. Après avoir profité des derniers rayons de soleil, celui-ci se couche et il ne fait pas froid, il fait très froid. Nous tentons de faire du stop, mais vite découragés, nous allons nous réfugier dans une petite pièce chauffée des toilettes de la douane. Nous ressortons une dernière fois histoire de tenter, une voiture s’arrête nous proposant de nous amener 20 kilomètres plus loin, ce que nous refusons. Au moins dans les toilettes il fait chaud ! Le tableau de bord de la voiture indique -4°, nous comprenons pourquoi nous avons froid. De retour dans les toilettes, nous prenons soin de fermer la porte de notre petite pièce afin de ne pas être repérés et déroulons nos tapis de sol, nos duvets et ouvrons notre sac de nourriture. Il y a une prise électrique, nous regardons le film Carne Tremula de Pedro Almodóvar le dos posé contre le radiateur. Nous interrompons nos conversations et notre film suivant le va-et-vient des douaniers allant se délester, quand soudain l’un d’eux ouvre la porte. Presque sans un mot, il réussit tant bien que mal à enjamber notre campement et va remplir sa bouteille d’eau. Apparemment les autostoppeurs ne posent pas de problèmes aux douaniers bulgares, et pourtant les douaniers ne sont vraiment pas connus pour être les forces de l’ordre les plus aimables.

Un départ matinal nous permet d’être à Sofia, capitale des yaourts, en fin de matinée. Nous retrouvons cette ville que nous avions visité trois ans auparavant avec quatre autres coupains, pendant un voyage de trois semaines en Grèce, Bulgarie et Roumanie à six dans une voiture neuf places ! Nous retrouvons Art Hostel et son ambiance détendue, auberge de jeunesse/bar où nous passons une partie de l’après-midi en attendant notre hôte qui finit de travailler à 22h. Après la collocation des 4 mecs, c’est celle de 3 filles que nous visitons ! Là encore, nous nous retrouvons en terrain connu, comme une sorte d’ambiance universelle, et cela fait plaisir de se retrouver là.

Un départ matinal, (mais qu’est-ce-qui nous arrive ??) et nous faisons la route jusque Istanbul en une journée.
Arthur somnole dans le camion qui nous prend de la frontière turque à Istanbul, pendant que Rémi, les yeux ébahis, s’émerveille de la taille de la ville et de ses bouchons. Nous traversons le pont qui franchit le Bosphore, détroit qui sépare cette gigantesque ville en deux. Puis déposés à un arrêt de bus sur le côté du « périphérique » si l’on peut l’appeler ainsi, avec zéro lira en poche (monnaie turque), nous voulons marcher afin de rejoindre l’appartement de notre contact Mathieu habitant à Kadıköy, un quartier d’Istanbul. On va vite comprendre qu’Istanbul c’est pas Grenoble niveau distance, et que marcher semble irréaliste. En demandant aux locaux, ils nous conseillent très très vivement de prendre un bus. En fait nous n’avons pas vraiment le choix. A partir de là, nous sommes pris en charge par la gentillesse turque : quelqu’un explique au chauffeur que nous n’avons pas un sou, no problemo. Puis un autre nous fait descendre au bon arrêt. Puis en demandant une carte d’Istanbul à l’agent de sécurité du métro, celui-ci nous ouvre les tourniquets sans nous faire payer et nous indique dans quel sens prendre le métro. Et enfin arrivés à Kadıköy, nous demandons la route à trois jeunes et devons insister pour qu’ils ne fassent pas toute la route avec nous ! 1 heure du matin, Mathieu n’est pas là mais Alican son colocataire nous ouvre gentiment la porte. C’est bon, on y est.

Allez, tchou tchou
Teşekkür ederim !

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Zigzag dans les Balkans (1/2)

Nous avons décidé de passer deux semaines seulement dans les Balkans avant de rejoindre rapidement Istanbul pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’il fait froid, et que le froid est à l’auto-stoppeur ce que la Team Rocket est à Pikachu : l’hiver ça se passe en tongs sous les cocotiers de Noël. La deuxième est que Rémi doit commencer début décembre un projet obscur dont nous vous parlerons plus tard (plus d’info sur http://love.hitchwiki.net).

Départ de Leipzig le 13 novembre 2014. Il est 11h quand on commence à faire du stop. Les voitures s’enchaînent rapidement. On passe par Prague et notre conducteur en profite pour passer par la ville. Nous apercevons le chouette centre-ville de Prague, plutôt cool. Quelques voitures de plus et nous voilà en Hongrie après avoir passé un tout petit bout de Slovaquie. Il est environ 22h quand la dernière voiture de la journée nous pose à une station essence près de Budapest. Après avoir tenté de continuer encore une ou deux heures, nous allons poser notre tente pas loin.
Dès le lendemain nous commençons à prendre l’habitude d’un rythme soutenu, réveil à 11h, petit déj d’une heure et demi. Même à l’armée ils font pas ça. Nous adorons l’hiver, en effet, nos matinées chargées nous font commencer le stop entre midi et quatorze heures, ce qui nous laisse environ trois heures de soleil avant de se geler les pouces. Nous voilà donc sur la route de la Croatie. Les voitures s’enchaînent plutôt bien jusqu’à arriver à la frontière. La nuit tombe, et personne ne s’arrête. Nous décidons de marcher jusqu’à la prochaine ville. Ça y est on peut enfin manger notre premier Bürek, met typique des Balkans qui deviendra notre régime alimentaire quotidien.
C’est là que les choses se compliquent. Alors qu’il fait nuit depuis un bon moment, notre premiers conducteur conducteur croate, Igor, nous invite à faire une petite visite culturel du bar local. Igor est un sacré personnage et cet unijambiste en costume nous offre quelques bières, mais bientôt son état d’ébriété avancé lui empêchera de nous emmener plus loin. C’est donc ça copine qui  nous remet sur la route ! Nos pouces sont à peine tendus, que nous tombons encore une fois dans le fameux guet-apens croate en répondant à l’invitation d’un autre local à rentrer dans la bar à quelques mètres à peine.

Rémi et Arthur aiment à s’abreuver de toutes les cultures locales. Et voici donc nos premiers verres de raki servis. C’est quelques bières plus tard que nous sortirons la tête haute pour aller planter notre tente un peu plus loin, avec pour seul soutien notre détermination et deux bouteilles pour la route.
Les deux heures de petit déjeuner passées, nous rejoignons un énorme péage vide qui servira d’amphithéâtre à Arthur. La nuit commence à tomber, mais un sauveur nous met sur la voie de la Bosnie-Herzégovine, et un autre nous mène jusqu’à la frontière. Nous franchissons à pied le pont traversant la Sava, fleuve frontière entre la Croatie et la Bosnie, l’atmosphère est palpable : le brouillard créé par l’humidité se transforme en vagues blanches au passage de chaque camion. Plusieurs groupes de jeunes Bosniaques vêtus de leurs plus beaux atours traversent le pont pour passer le samedi soir en Croatie. La tente sera posée dans une sorte de marécage n’ayant rien à envier à ceux du Mordor.
Les choses se compliqueront encore plus à partir de maintenant, mais pas à cause des bars posés sur notre route. L’auto-stoppeur, surtout quand il prend la forme de deux hommes barbus, serait selon les dires des locaux, quelqu’un en qui on ne peut avoir confiance, voire quelqu’un de dangereux. Peut-être à cause des récents conflits des Balkans qui continuent d’affecter les esprits. De plus, nous sommes en hiver, en dehors de la saison touristique et nous sommes donc « suspects ». C’est en tout cas notre théorie, faute de mieux.

Deux lascars ne parlant pas un mot d’anglais nous demandent de chanter la Marseillaise puis nous déposent de nuit à un embranchement d’autoroute… Un rapide repérage des lieux nous fait dire que c’est vraiment un endroit pourri. Au moment de rejoindre un endroit plus approprié, Haris s’arrête en plein milieu de l’embranchement et nous dépose au centre de Sarajevo après nous avoir invité pour un rapide café internet chez lui ! Nous cachons nos gros sacs dans des buissons afin de pouvoir transporter plus de bière pour visiter la ville de nuit. Ensuite, n’ayant pas d’hébergement, nous sautons dans le premier tram qui passe et sortons au hasard pour se trouver nez à nez face à des bâtiments abandonnés que nous utiliserons comme hôtel de luxe. Enfin, comme hôtel de fortune.

Après Sarajevo, c’est Mostar et son magnifique pont, symbole des Balkans, que nous voulons rejoindre. Le bon côté de l’hiver, c’est que nous sommes les seuls touristes dans une ville normalement bondée pendant l’été. Une fois arrivé, nos pas nous guide sur une plate forme au bord de l’eau, où nous établissons notre campement.
L’intense pluie et la crainte de la montée des eaux nous fait quitter le campement (en précipitation. D’environ 150mm). Sortie de Mostar, trois heures d’attente, nous capitulons et décidons de marcher les 11 kilomètres qui nous séparent de l’embranchement, laissant la route touristique sur notre droite. Jusque là, la journée était un peu moisie. Il fallut une fois de plus attendre LE conducteur cool de la région, cette fois-ci sous la forme d’une vieille Volvo américaine. A l’intérieur, papou fan de France et de sa voiture, et fifille future avocate. Cette Volvo n’était pas une voiture, c’était un refuge, zigzaguant parmi le ciel étoilé au rythme des conversations chaleureuses.

Il fait nuit et nous restons bloqués à 40 kilomètres de la frontière avec le Monténégro sur le «Official Hitchhiking Spot » jusqu’au lendemain fin d’après-midi. Mais la forteresse de Kotor nous ouvre ses portes en début de soirée, révélant d’étroites rues et des escaliers étriqués, comme autant de passages libérés des habituels touristes estivaux. Nous repérons une maison abandonnée, que dis-je, un manoir de trois étages, terrasse, piscine, palmiers et oranger. Que ne fût pas notre surprise de voir l’intérieur de notre délicieuse demeure sans aucun plancher entre les étages, impossible de se poser sous les poutres qui menacent de nous tomber sur la margoulette. En revanche, la véranda est dans un état impeccable et offre un tancarville improvisé à nos affaires détrempées des deux nuits précédentes.

Enfin un petit déjeuner en T-shirt, sur notre terrasse ensoleillée qui nous offre une vue panoramix sur la montagne et la baie, promesse d’une incroyable journée de stop. Résultat, 100 kilomètres de galère et d’attente pour finalement nous retrouver encore bloqués, à 35 kilomètres de la frontière albanaise.

Le lendemain ne s’annonce guère mieux, il fait nuit et nous avons fait 30 kilomètres. Mais comme toujours dans le stop, il y a un sauveur : celui-là se présente à nous comme Jacques Chirac, un maçon albanais qui nous fait traverser la frontière puis nous invite chez lui, raki maison, yaourt de chèvre maison, potager géant, noisettes du jardin… La première partie de voyage dans les Balkans à la dure se termine donc avec lui. Neuf jours de tente s’achèvent, une unique douche dans la rivière glacée de Mostar, et nous apprécions donc notre premier repas dans une maison. Mais bon, on puait pas parce qu’il faisait froid alors zéro transpi sous les aisselles.

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Galerie Allemagne et les Balkans

Une sélection de photos prisent pendant le début de notre voyage, en Allemagne et en Europe de l’Est.

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