On a un turc à vous dire

Nous sommes de retour à Istanbul pour passer le Nouvel An ! Nous nous y étions déjà arrêtés quelques jours après nos aventures dans les Balkans puis étions descendus dans le Sud de la Truquie pour se sédentariser deux mois.

En effet pendant deux mois Rémi participe à un projet pour le meilleur site web du monde, hitchwiki.org, un site web collaboratif pour les autostoppeurs. Existant depuis 2006 il a changé et grossi, de façon plutôt désorganisée. Avec son acolyte Mikael, ils décident de se mettre au boulot pour refaire une version toute belle toute neuve du site. Petite page de donation, et assez d’argent est récolté pour louer un appart et payer la bouffe. Ça sera dans le sud de la Turquie, car il y fait plus chaud qu’en Europe et que c’est sur la route d’Arthur et Rémi.

Mais revenons à Istanbul. Ici pour les touristes, ces expressions sont courantes. « Je vais en Asie », « -C’est où ça ? -C’est en Europe », « Waaaah on passe de l’Europe à l’Asie ». Les Trucs, eux, se contentent de dire qu’ils vont « de l’autre côté ».

Et pourtant pour nous, bien que la séparation géographique soit distincte, Istanbul n’est pour nous ni Europe ni Asie. En fait c’est un peu des deux, c’est une ville-jonction posée entre l’Est et l’Ouest qui s’est nourrie au fil du temps de toutes les influences. C’est peut-être banal, mais lorsque que l’on dit qu’Istanbul est au carrefour des civilisations, c’est vrai. Alors que nous entendons les minarets chanter dans une langue étrange à nos oreilles, nous reconnaissons des morceaux de vieux rock joués par des jeunes dans la rue. Plus loin, c’est une mélodie turque qui crée un cercle, plusieurs gens dansant au milieu, le tout devant un Starbucks Coffee.

Nous avons la chance de passer pour des turcs, Arthur avec ses yeux semi-bridés et Rémi avec son teint mat et ses cheveux noir de jais. Les gens nous demandent dans la rue où trouver le metrobüs ou le stadyum, nous répondons « turkish yok »; « pas turc » avec notre plus bel accent. Mais au moins, on ne se fait pas harceler comme les touristes allemands, proies potentielles repérables à deux kilomètres par les yeux aiguisés des vendeurs de döner.

Nous nous attendions à un choc culturel plus important, mais Istanbul n’est pas tout à fait représentative du reste de la Truquie, elle est alternative et conservatrice, ancestrale et moderne. Nous logeons à Kadıköy, district d’Istanbul, chez Mathieu, Lena et Alican (prononcer Alijan), un trio germano-franco-turc de choc. Mathieu s’est posé pour quelques mois à Istanbul avant de repartir voyager, Lena est en Erasmus et Alican travaille en tant que développeur informatique. C’est un appartement actif et activiste dans lequel nous sommes arrivés, la sonnette retentit tout le temps, apportant son lot de surprises et de visiteurs. Nous ne sommes pas les premiers hébergés dans cet appartement, loin de là, car la porte est toujours ouverte aux voyageurs et aux amis.

Pendant notre premier séjour, nous avons visité les coins touristiques bien sûr, la Mosquée Bleue et Hagia Sophia ou Basilique Sainte-Sophie, le Grand Bazar (non on ne parle pas de ta chambre), l’avenue Istiklal toujours bondée. Nous avons juste échappé à la place Taksim, centre des manifestations en 2013 suite à un projet de centre commercial, manifestations rapidement devenus un mouvement de mécontentement général en réponse à un gouvernement de plus en plus conservateur. (Plus de lecture sur Wikipedia.)

Mais nous avons aussi participé à la vie nocturne d’Istanbul, dans les bars bien cachés des rues perpendiculaires à Istiklal. Une montée d’immeuble presque classique, mais à chaque étage un bar différent, et au dernier étage dans le bar le plus haut perché, une terrasse. Nous participons donc en tant que spectateurs à une jam session, séance d’improvisation musicale. Nous nous rendons vite compte que la bière est chère, et notre budget va vite exploser pendant ces quelques jours à Istanbul.

Le samedi, nous participons à Food Not Bombs avec nos hôtes. Le principe de Food Not Bombs est de récupérer de la nourriture qui irait normalement à la poubelle, de cuisiner des plats végétariens ou végétaliens et de l’offrir à tous. L’organisation se veut complètement indépendante, et chaque groupe de Food Not Bombs est libre de s’organiser comme il le souhaite. Nous rejoignons le squat Don Quichotte, qui n’a ni eau ni électricité, et nous nous mettons à nettoyer et préparer les fruits et légumes dans la rue. A 18h, quand le repas est prêt, diverses personnes viennent partager un moment ensemble autour du dîner. Il y a plusieurs Food Not Bombs à Istanbul, mais celui-là vient de se lancer et il reste un peu de chemin et d’organisation avant que le projet ne décolle vraiment. C’est un plaisir de voir l’investissement de toutes ses personnes pour lutter à petite échelle contre le gaspillage mondial. C’est aussi une manière de recréer les liens sociaux et d’intégrer toute sorte de population dans un quartier. La rue est à nous, il faut l’utiliser !!

Après ces cinq jours à Istanbul, il est temps pour nous de nous remettre en route, direction Fethiye dans le Sud. Nous rejoignons cette petite ville en deux jours de stop avec une nuit sur le côté du péage vers Izmir. Là, nous retrouvons Mikael et Simona, que Rémi connaît depuis un an, et nos deux hôtes iraniennes. Nous cherchons à nous poser pour deux mois, et nous voulons donc une ville avec un peu d’activité. Fethiye a un environnement magnifique et certains quartiers, enchevêtrement d’escaliers et passerelles, nous attirent. Malheureusement, les cinq bars du centre ne suffiront pas à nous convaincre que nous voudrions passer deux mois ici. Nous arrivons donc à Antalya où nous rencontrons Federrico, un acolyte autstoppeur, et Ceylan sa copine/future femme turque. Pendant trois jours nous restons dans la maison de Ceylan avec sa mère et sa sœur qui nous accueillent comme des rois, surtout Arthur, devinez pourquoi. Impossible d’aider pour quoi que ce soit et nous goûtons à notre première grosse tranche d’hospitalité turque. Grâce à une efficace technique de spam de Mikael et à Ceylan notre interprète officielle, nous trouvons rapidement un appartement qui nous plaît. Première visite, l’appartement est sale et pas très accueillant, mais nous en faisons dès notre arrivée notre petit nid en refaisant l’organisation et la décoration, à base de cartes de tous les pays sur les murs ! Nous avons accès au toit pour les petits cafés ensoleillés, entre 15 et 20° en décembre quand il ne pleut pas, nous n’avons pas à nous plaindre.

Antalya, bien que beaucoup plus grande que Fethiye, n’a cependant rien à voir avec Istanbul. Ville touristique côtière, l’activité est relativement nulle en hiver. Beaucoup de gens dans la rue, mais pas du tout la même ambiance alternative qu’à Istanbul. Ici, c’est le tourisme avant tout. Nous organisons donc notre quotidien assez rapidement. Rémi et Mikael codent une bonne partie de la journée, Simona travaille à distance sur son ordinateur, et Arthur lit, joue un peu d’harmonica et s’entraîne pour faire de la magie, investissement pour la suite du voyage afin de faire disparaître des pièces de monnaie sur les terrasses des cafés.

Un week-end nous décidons de faire une excursion en dehors d’Antalya avec deux nomades de passage. Nous marchons trois jours et 20 km sur les 500 qui forment la voie Lycienne de Fethiye à Antalya. Sac à dos, tente, réchaud, enceintes et nous voilà partis. Nous crapahutons de plage en plage et établissons nos campement sur deux d’entre elles. Feu de camp pour lutter contre l’humidité nocturne, bain de nuit au milieu du plancton luminescent, bain de matin pour bien commencer la journée et cueillette de champignons. De retour à la civilisation nous traversons un étrange village, la quasi-totalité des inscriptions en russes, déserté des touristes estivaux, nous laissons ici Monsieur Chien, le cleb’s qui nous a suivis jusque-là pendant trois jours. Puis nous faisons du stop pour rentrer à Antalya, où nous reprenons notre train-train jusqu’à ce que Noël arrive.

C’est un bonheur absolu d’être loin des magazines de Noël, des décorations de Noël, de la pub de Noël. Ici, en pays musulman, rien de tout ça. En fait, ce n’est tellement pas dans leur culture que les Trucs disent « Christmas » pour désigner le Nouvel An, et l’on ne voit des Pères Noël que le jour du 31 décembre ! Mais tout même fidèles à nos racines chrétiennes, nous invitons le 24 nos divers connaissances à partager des mets venus de tous horizons, avec une grosse île flottante en dessert, ouaiiiiiiis !

Nous décidons de passer le Nouvel An à Istanbul, tandis que Mikael et Simona restent à Antalya. Après une journée de stop, peut-être la meilleure session de notre voyage jusque-là, 700 kilomètres, une guimbarde et un téléphone de perdus, plein de nourriture offerte dont de délicieuses saucisses cuites au feu d’huile de moteur et de sacs plastiques, nous sommes déposés au pied de l’escalier de l’appartement à 23h. C’est ça la classe

Des Germains, tout droit venus de Germanieland, sont venus visiter Lena et nous acceptons donc de partager notre salon avec eux. Oui, le salon nous appartient un peu depuis que nous sommes venus la première fois. Nous sommes à Istanbul, alors nous décidons de faire la fête, enfin c’est plutôt la fête qui nous tombe dessus. Cette fois, nous passons par la place Taksim, et c’est là que nous réalisons que nous avions échappé à cette visite la dernière fois.

Le Nouvel An, c’est pas moins de 25 personnes dans l’appartement, 12 personnes dormant dans le salon, d’autres un peu éparpillées dans les chambres et une grosse araignée de mer que Rémi et Arthur partagent pour commencer la soirée, pour le plus grand plaisir des végétariens présents. Désolé Mère Nature.

Nous refaisons une session de Food Not Bombs, dont l’organisation a bien changé depuis la dernière fois. Maintenant ce n’est plus au squat que la nourriture se prépare, mais dans un café marxiste.

Istanbul est une ville superbe sur pleins d’aspects, mais il est temps de rentrer à la maison. Arthur part d’abord explorer Çanakkale tandis que Rémi rentre directement à Antalya.

Bon à nez à tous, j’espère que le père Fouettard vous a gâté, n’oubliez pas de prendre vos résolutions, j’ai confiance en vous, cette année vous arriverez à les tenir, pas comme l’année dernière.

Cette année, vous allez faire du sport, perdre du poids, vous mettre à la guitare, apprendre l’españolito, arrêter de fumer et de boire de la bière. Oui, c’est promis. Et si vous le faites, promis on s’y met aussi.

Pour plus de photos allez faire un tour dans la galerie.

2 réponses à “On a un turc à vous dire

  1. Yeah ça pète, bravo pour l’intégration ala turca!
    Pour les appartements à Antalya, y’a un mec qui m’a rappelé tout le mois de décembre :D.
    Vous restez jusqu’à quand en Turquie?

    Kolay Gelsin
    El turco

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