Sous le soleil de la Turquie

Je tenais à vous raconter ce petit épisode de stop qui m’est arrivé après avoir passé le nouvel an à Istanbul. Arthur et moi nous avions décidé de se séparer pour rentrer à Antalya. Alors qu’Arthur fait un croché par l’ouest de la Turquie, je rentre directement, en repassant par le même chemin que celui qu’on avait pris à l’aller.

Le matin, on se sépare à Kadikoy. Je met environ 20 minutes à comprendre le système des bus d’Istanbul puis j’arrive, sans me tromper de bus, à une aire de repos sur le bord de l’autoroute. En deux ou trois mouvements je rejoins une plus petite route, qui traverse la Turquie du Nord au Sud, d’Adapazarı à Antalya, une genre de grosse nationale.

J’enchaîne les petits trajets assez rapidement, à chaque fois les voitures me déposent vraiment au milieu de rien, mais l’efficacité Turque fait encore une fois ses preuves, et à chaque fois je n’attends pas trop longtemps.

Bon les voitures s’enchaînent bien, mais le problème c’est qu’il fait froid, la route monte en altitude et je m’approche dangereusement de la neige. Puis un camion me prend pour plusieurs heures jusqu’à Afyon, cette fois ça y est, le paysage est complètement blanc, je ne m’attendais pas à voir autant de neige en Turquie.

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Bon c’est cool deux minutes les bonhommes de neige, mais le problème c’est qu’on peut pas dire que j’ai l’équipement adéquat pour survivre dans ces températures. Arrivé à Afyon, il neige, il fait froid, il fait nuit. Je décide de ne pas m’arrêter pour trouver un endroit pour dormir, mais de continuer coûte que coûte. Je rentre dans les toilettes d’un centre commercial, et je met le plus d’habits possible sur moi, en mode cosmonaute. Quadruple couche en haut, doubles chaussettes plus sac plastiques pour l’isolation aux pieds, bonnet, écharpe, et les gants que papa m’a filé juste avant de partir de Grenoble. Ouf même s’ils sont fins ils m’ont bien servis.

Hop de retour sur le bord de la route je me sens invincible, je lève mon pouce et fais des signes à tout les camions qui passent, espérant que l’un d’eux ira jusqu’à Antalya. Pendant ce temps la neige s’accumule sur mon sac posé juste à côté.

Finalement un camion s’arrête, et il va à … Antalya ! Youpi ! Je suis sauvé, et à l’abri. A l’intérieur du camion, il fait chaud et la seule chose qu’on aperçoit dans l’obscurité, sont les flocons de neige qui virevoltent autours de nous, je me sens comme dans un vaisseau spatial qui traverse une champ de météorites de neige.

Le camion monte, monte sur une route couverte de neige. Par moment j’ai un peu peur que le camion dérape, mais le conducteur à l’air de savoir ce qu’il fait. Mais finalement ça arrive, le camion glisse légèrement sur la neige, une fois, deux fois. Plus le choix, il faut mettre les chaînes. Nous sortons du camion et la chute de neige s’est transformé en tempête. Je remonte mon écharpe pour couvrir mon visage, et me protéger des flocons qui m’assaillent, emportés par de violentes bourrasques. Dans le chaos de la tempête mon conducteur me tend une lampe de poche et me fait comprendre qu’il faut que je l’éclaire, il ouvre un coffre situé sur le côté du camion , nous sortons des chaînes pour les accrocher aux énorme roues du semi-remorque. Après vingts bonne minutes de galère nous finissons le travail, et j’ai vraiment l’impression qu’il n’a pas l’habitude de faire ça, le résultat semble douteux. En effet nous remontons dans le camion et essayons de redémarrer, nous ne faisons que 100m avant d’être stoppé à nouveau, puis nous devons ressortir encore deux fois pour arranger le bricolage, avant que le camion veule bien avancer. Doucement.

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Nous arrivons enfin à un semblant de civilisation sous la forme d’une station essence, où le camionneur décide de s’arrêter. Nous rentrons dans un espèce de café resto, où de nombreux autres camionneurs sont là, coincés comme nous par la tempête. Nous buvons çai après çai, ils ne parlent pas Anglais, je ne comprends pas vraiment de quoi ils discutent, mais ils finissent par m’expliquer que nous allons passer la nuit là. Mon camionneur m’offre une soupe de lentille, puis me laisse dormir dans la cabine de son camion, équipé d’une deuxième couchette, et surtout d’un chauffage !

Le lendemain je me réveille, tout est blanc, et par certains endroit au moins trente centimètres de neige se sont accumulés. Nous retournons dans le café, le conducteur me dit qu’on ne peut pas partir avant 10h. Sûrement le temps que les routes soient dégagés ou que la neige fonde un peu. J’aurais le droit à une énorme assiette de tahin et pekmes accompagné de çai pour un petit déj turc classique. Finalement nous partirons vers 12h, la neige a quand même bien fondue, après une demi heure de route, nous pouvons retirer les chaînes. Sur la route plusieurs voitures et camions sont dans le fossé, je me sens chanceux que mon camionneur ait été prudent. J’arrive à Antalya en fin de journée. Sacré trajet !

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