Brève – On a un nouveau pote : Fil Topo

Dans les articles précédents nous avons parlé de Fil Topo, mais quelle est donc que cette étrange bestiole ? Sous ses airs de zèbre arc-en-ciel, il est néanmoins dur de s’y tromper, Fil Topo est un éléphant. Certaines mauvaises langues diront que c’est un pingouin, mais que nenni, c’est un éléphant.

C’est Ceylan, une amie turque qui nous l’a présenté en janvier 2015. Quand il a appris que nous voulions aller en Afrique, il nous a demandé si nous pouvions l’emmener voir ses congénères pour de vrai. Nous avons très vite sympathisé autour de baklavas et de bonnes parties d’Elephant Ball (Fil Topo veut en fait dire ‘balle éléphant’ en turc).

Cela fait donc quatre mois que Fil Topo se balade avec nous, dans nos sac à dos ou à l’air libre, il participe à nos restaurants et à nos diverses excursions. Ce n’est pas toujours facile de porter un éléphant, mais nous avons de sacrés biscottos alors on tient le coup.

On sent qu’il a beaucoup changé depuis qu’il nous a rencontré, et nous espérons qu’il n’est pas sur une mauvaise pente. Récemment, il est devenu punk avec son nouveau piercing et a fumé sa première clope… A bientôt pour de nouvelles aventures éléphantesques.

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Chypre, une île qu’elle est compliquée

C’est le 22 février que nous avons débarqué dans le port de Girne/Kyrenia à Chypre après une nuit en ferry. Nous arrivons sur l’île alors que nous venons de passer trois mois en Turquie, impatients de découvrir un nouveau pays. Chypre est composé de deux peuples, les Chypriotes Turcs au nord et les Chypriotes Grecs au sud. Avant dans les villages on pouvait voir mosquées et églises orthodoxes se côtoyer, ces deux différentes cultures vivant en paix. Mais les puissants en ont décidé autrement !

En 1974, en réponse au coup d’État organisé par la dictature militaire grecque de l’époque pour prendre le contrôle de Chypre, la Turquie envahit la partie nord du pays et instaure la République Turque de Chypre du Nord. Depuis sa création cet État n’est reconnu par aucun pays mis à part la Turquie, et les Chypriotes du sud en parlent encore aujourd’hui sous le nom de ‘zone occupée’. Au moment de la séparation les Chypriotes ont été forcé de s’exiler, ceux de culture grecque vers la partie sud, et ceux de culture turque vers la partie nord. De nombreux villes et villages jusque là mixtes se sont retrouvés vidés d’une partie de leurs habitants. Les vestiges de cette mixité encore visible de part et autre de l’île prennent la forme de nombreux bâtiments abandonnés ou d’églises transformées en mosquées.

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Depuis 2005 la frontière s’est ouverte progressivement et les Chypriotes peuvent passer librement de chaque côté, mais l’île reste officiellement une zone de conflit pour les Nations Unis. Le long de la frontière appelée ligne verte, une zone tampon contrôlée par les Nations Unis est instaurée, même s’il n’y a aucun affrontement ouvert. Il n’y a au jour d’aujourd’hui plus que deux villages toujours mixtes. Nous avons traversé celui de Pyla qui est à l’intérieur de la zone tampon. Dans ce village on peut voir une mosquée et une église orthodoxe, et sur la place du village un café turc faisant face à un café chypriote. Un des habitants du village nous dit avec enthousiasme « Here international! No problem! ». Et en plus des zones contrôlées par les Nations Unies, celle par les Chypriotes du sud et celle par les Chypriotes du nord (ce qui revient plus ou moins à un contrôle de la Turquie), il y a aussi deux zones british conservées depuis l’indépendance en 1960 de l’île vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Un beau bordel pour une si petite île !

Notre arrivée côté nord ne nous dépayse pas trop par rapport à la Turquie si ce n’est que les gens roulent à gauche et qu’il y a beaucoup plus d’inscriptions en anglais. Nous décidons d’aller visiter la péninsule de Dipkarpaz. La route côtière que nous empruntons est superbe si l’on enlève les hôtels et les lotissements posés comme une touffe de cheveux sur la soupe. L’invasion de touristes british et russes n’est définitivement pas une réussite pour la nature et la culture chypriote. Il y a aussi des centaines (milliers ?) d’hectares réservés à de nouvelles constructions pour ultra-riches.

On peut difficilement en vouloir aux touristes de venir visiter cette île et investir dans l’immobilier : trois cents jours de soleil par an, on peut traverser l’île en seulement moins de trois heures, les habitations y sont peu chers, et les infrastructures suivent les standards européens, tout cela est très alléchant.

Avant d’arriver à Chypre, nous imaginions la Grèce et ses petits villages pittoresques. Que nenni ! La très grande partie traditionnelle des villages a été détruite par la guerre ou par le temps et l’on ne voit presque plus que des bâtiments en ciment qui s’entassent les uns sur les autres. Les villes ont encore quelques restes des temps anciens mais sont majoritairement de nouvelles constructions un peu moches. Chypre est bien souvent assimilée à la Grèce car leur culture respective ont les mêmes racines, les Grecs ont d’ailleurs souvent eu l’intention d’opérer l’Énosis c’est à dire de rallier Chypre à la Grèce. En réalité, de nombreux Chypriotes aimeraient prendre leur distance par rapport à la Grèce, au niveau économique par exemple mais pas seulement. La langue chypriote, plus proche du grec ancien que le grec moderne, est un indicateur de cette différence culturelle.

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L’île de part son emplacement stratégique entre Europe, Asie et Afrique, entre Orient et Occident, a été influencée par de nombreuses cultures. De plus jusqu’en 1960 l’île était une colonie de la Grande-Bretagne, d’où le sens de circulation inversé et autres influences britanniques d’un intérêt discutable. Par ailleurs une question qui revient souvent de la part des gens ne connaissant pas l’île est de savoir si Chypre est vraiment un pays ou bien une région rattachée à la Grèce ? Chypre est bel et bien un pays faisant partie de l’Union Européenne. Tout cela forme un espèce d’ensemble bizarroïde à la croisée des chemins, difficile à comprendre au premier abord.

Lors de notre séjour, nous avons passé une bonne partie de notre temps à Nicosia. Cette ville, capitale des deux parties de l’île, est tout à fait atypique. Elle est la dernière capitale séparée en deux par un mur et les contrastes formant l’île y sont bien visibles. A l’intérieur de la vielle ville vous pouvez passer du côté nord au côté sud par une douane piétonne. Vous passez alors de petites rues étroites souvent délabrées, désertes dès la tombée de la nuit, à la beauté de l’Europe et de la mondialisation, rue propre avec McDo, Starbucks et restaurants pour touristes. De manière générale à Chypre du Sud l’influence du monde capitaliste, de l’Europe et en particulier du Royaume-Uni ne passe pas inaperçue. On y trouve de nombreuses grandes chaînes de magasins, tout le monde parle anglais, tout est plus organisé.

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On a aussi remarqué que le vol et la triche n’étaient quasiment pas présents à Chypre, et même si l’évolution de la société a l’air de changer tout ça petit à petit, les gens ont l’air de se faire confiance et nous voyons très souvent des maisons la porte grande ouverte. En fait Chypre est un grand village où tout le monde se connaît avec les avantages et les inconvénients que cela possède. De notre côté nous avons très rapidement rencontré tout le réseau alternatif notamment grâce aux gens d’Utopia, un café associatif. Chypre reste un pays relativement conservateur et religieux mais montre une forte tendance à l’ouverture pour les mouvements alternatifs. Depuis plusieurs années maintenant les éco-villages se développent, les soirées cherchant à s’éloigner de celles des discothèques classiques se multiplient, des parades sont organisées ou bien des repas à prix libre sont proposés. L’influence européenne joue probablement un rôle là-dedans. Certes ces mouvements sont encore petits, mais ils sont soutenus par des gens motivés.

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Et dans tout ça, a-t-on vraiment espoir de voir les deux zones se réunifier après quarante ans de séparation ? La tendance semble aller vers un mince espoir, mais l’on a peur que le processus ne prenne trop de temps. Depuis plusieurs années, les Chypriotes ont enfin le droit de traverser les frontières et peuvent donc créer un contact entre eux. Mustafa Akinci élu fin avril 2015 à la tête de la République Turque de Chypre du Nord est lui aussi en faveur d’une réunification. Mais bon, la Turquie a des effectifs militaires sur l’île largement supérieurs en nombre et puissance et Erdoğan, le président de la Turquie, ne semble pas être d’accord sur la question. Actuellement sur l’île il y a trente milles soldats trucs contre neuf milles Nord Chypriotes.

Il y a une grande propagande des deux côtés, notamment soutenue par un long service militaire, vingt-quatre mois pour le sud et jusqu’à quinze mois pour le nord. Les jeunes générations, qui ne sont pas nées avec cette mixité culturelle, n’ont de manière générale plus la même sensibilité et respect pour l’autre peuple et le voient comme un étranger. Des Chypriotes que nous avons rencontrés nous disent qu’il y a aussi une grande propagande à l’école, où de chaque côté il est dit que le côté opposé était coupable d’atrocités, alors que la faute est en vérité bien plus partagée qu’on veut le laisser croire. Nous nous sommes aussi rendu compte que nombreuses personnes ne traversent pas la frontière par principe, certaines probablement dû au souvenir de l’invasion et beaucoup pour protester contre le fait de devoir montrer son passeport ou carte d’identité pour circuler dans son propre pays. En plus de soldats, la Turquie suit le modèle classique de bon nombre d’envahisseurs en envoyant des civils turcs à Chypre, sorte de « colons » qui vont petit à petit transformer la culture chypriote turque et éloigner ces derniers de leurs anciens confrères du sud. Il paraît difficile d’imaginer une réunification rapide, mais dans vingt ans, quand les deux peuples se seront trop éloignés, pourra-t-on vraiment revenir en arrière ?

L’ouzo côtoiera t-il un jour à nouveau le baklava ?

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Brève – Prépare tes falafels Israël

Salut les petits loulous en sucre et autres sardines à l’huile en boîte,

Comme vous le savez, nous avons décidé de faire un tour du monde sans dépense en transport. C’est donc mission réussie grâce à un superbe cargo qui nous a transporté de Chypre à Israël pour la modique somme de 235 euros par personne. Et oui, l’équivalent d’un mois et demi de voyage et un trajet encore plus cher que si nous avions pris l’avion. Heureusement que nous avons des convictions et des principes en béton armé et que nous préférons nous priver de bière plutôt que de prendre l’avion. Pourquoi ne pas prendre l’avion nous direz-vous ? A lire dans un prochain article.

Nous voici donc arrivés à Haifa après un interrogatoire de 547 heures sur les raisons de notre visite en Israël, qui nous connaissons ici, si nous avons des armes dans nos sacs, pourquoi nous avons trop la classe et pleins d’autres questions pièges pour vérifier que nous ne sommes pas des nuisibles à l’état Israélien ou autre djihadistes en herbe. En ce moment hébergés dans le quartier ultra-orthodoxe, nous nous promenons au gré des armes portés par les militaires et des petits drapeaux nationalistes accrochés aux immeubles et aux voitures.

Bisous bien baveux pleins de houmous,

Fil Topo, Rémi et Arthur.

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Galerie Chypre

Sélection de photos de Chypre.

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