Israël, Palestine 2/3 – Encore des murs ?

Voici le deuxième article sur nos réflexions à propos d’Israël. Si vous n’avez pas lu le premier c’est par ici.

« Je me suis fait casser la fenêtre de ma voiture par un gamin qui m’a jeté une pierre. » nous dit une femme qui a voulu s’arrêter pour prendre un jeune Palestinien en stop.

Avant d’arriver, nous avions quelques problèmes pour comprendre vraiment ce qu’est la Palestine. Les territoires palestiniens sont composés de la Cisjordanie (West Bank in English) et de la bande de Gaza.

Palestine_Map_2007_(Settlements)

La Cisjordanie, la plus grande partie de ces territoires, est plus ou moins occupée par l’Israël qui ne reconnaît pas l’existence de la Palestine. Il y existe trois zones, A, B, et C. On a beau lire dix fois à quoi correspond chaque zone puis oublier, la différence devient très nette une fois sur place. Les zones A sont contrôlées par les Palestiniens, et les Israéliens n’ont pas le droit d’y aller, même si des soldats s’y rendent lors de raids ou d’opérations. Dans les zones B les Palestiniens sont en charge des affaires civiles et la sécurité est partagée entre les Israéliens et les Palestiniens. L’armée Israélienne y est omniprésente. En zone C, entièrement contrôlée par Israël, de nombreuses colonies se sont installées depuis 1967. Une colonie est en fait un petit village créé de toute pièce et entouré de barbelés avec un check-point à l’entrée, habité par des Israéliens souvent très sionistes. Une technique du gouvernement pour coloniser le territoire qui rend de plus en plus difficile une résolution du conflit. Les colons qui vont s’installer en Palestine considèrent que c’est leur droit de vivre ici en Terre Promise, et ce malgré le climat de terreur que les extrémistes peuvent leur inciter. Ils profitent par ailleurs des subventions du gouvernement pour les inciter aux joies de la colonie en famille.

L’autre partie de la Palestine, la bande de Gaza, est une petite région dans le sud-ouest de l’Israël. D’abord occupée militairement par ce dernier jusqu’à sa partielle gestion par l’Autorité Palestinienne en 1994 décidée par les Accords d’Oslo, la bande de Gaza s’auto-gère pleinement depuis la rétractation des colonies en 2005. Avec l’arrivée au pouvoir du Hamas en 2007 et le blocus israélo-égyptien, les rapports se sont fortement dégradés et de grands affrontements ont eu lieu. Entre blocus, état de guerre et attaques armées, le peuple de la bande de Gaza subit de graves crises humanitaires et sanitaires. De plus le Hamas a mis en place un régime très islamique où il existe très peu de libertés et dans lequel on apprend aux plus jeunes à être prêt à mourir en martyr dans des attentats suicides contre Israël.

Avec les récents affrontements, Israël a décidé de se protéger des attaques, comme les jets de pierre dont nous parle cette femme, et s’est rapidement équipé avec tout un arsenal de dispositifs anti-terroristes. La bande de Gaza a été complètement entourée par un mur empêchant les contacts avec le monde extérieur, d’où les tunnels de trafic qui se sont créés au fil des années. Les villes en zone A sont pareillement isolées avec assez peu de considération pour les enfants qui reviennent le soir de l’école et trouvent en face de leur maison un mur de 12 mètres de haut. Les routes à risques sont longées par un mur anti jet de pierre et les Israéliens n’y vont pas avec le dos de la main morte quand il s’agit de grillage et de barbelés. Un peu partout en Palestine, des check-points viennent fleurir les prairies.

« Pouvez-vous ouvrir vos sacs ? » nous demande un soldat armé à l’entrée de chaque lieu public.

A l’entrée de tous les centres commerciaux, universités et autres, les voitures doivent ouvrir leur coffre, nos sacs sont ouverts régulièrement pour une vérification plutôt superficielle et nous traversons tout le temps des portiques beep beep.

« On est obligé d’avoir un mur pour se protéger des terroristes. » Toutes les mesures de protection et de contrôle de la population sont justifiées par la lutte anti-terroriste. Et ça marche ! Les attaques subies par les Israéliens ont largement diminué tandis que les gens sont de plus en plus convaincus que ce sont des mesures inévitables. Pourtant ces techniques qui sont efficaces, peut-être même nécessaires, ne sont qu’une solution à court terme. Comment espérer que les Palestiniens vont se calmer alors qu’ils se sentent parqués comme des animaux ? Le gouvernement croit-il vraiment qu’il œuvre pour la paix quand il entrave la liberté de mouvement des Palestiniens ?

Lors d’une discussion avec un ami, nous nous sommes posés la question du terrorisme. Si le terrorisme est la création et l’emploi de la terreur, il est normal de se demander qui créé la peur. Pour les civils Palestiniens, c’est très largement le Tsahal, l’armée israélienne considérée comme légitime. Car en effet Israël est venu s’imposer de force là où les Palestiniens vivaient et ne se prive pas de tuer des civils pour leur cause. Alors que pour les Israéliens, ce sont les organisations internationalement déclarées comme « terroristes ». Alors est-il possible de parler de groupes terroristes et d’armée légitime ?

Les moteurs de la terreur dans ce conflit et les groupes qui les alimentent sont très présents des deux côtés. En Palestine par exemple nous voyons sur des affiches de propagande des photos de jeunes soldats avec leur plus belle mitrailleuse.

« De temps en temps y’a une vache qui explose dans le plateau du Golan. » nous dit un pote autour d’une bière. Ou deux. Je me souviens plus très bien.

Alors que la Jordanie et l’Égypte ont signé un traité de paix, l’Israël est toujours en guerre avec deux pays frontaliers, le Liban et la Syrie. Les frontières avec ces deux pays sont complètement fermées et opaques. Le plateau du Golan, une zone dans le Nord toujours disputée avec la Syrie et témoin de différents affrontements, est parsemé de mines bien pratiques pour empêcher les Syriens de passer. Et de temps en temps une toute gentille vache, totalement perdue dans ce conflit, se fait exploser le ciboulot alors qu’elle broutait tranquillement son herbe.

« L’été dernier on voyait souvent des missiles au dessus de la ferme. » nous disent nos amis bergers à Nes Harim.

Quand on voyage en Israël il est facile d’oublier que c’est un pays en guerre et même s’il arrive qu’il ne se passe pas grand-chose pendant de longues périodes, un climat de tension est présent dans la tête des Israéliens et de nombreux détails nous rappellent quotidiennement la situation. On voit des avions de chasse qui passent les uns après les autres au-dessus de la plage, on voit des militaires faire des courses avec leur fusil d’assaut, on voit des voitures blindées tous les jours, on voit des gens avec un flingue qui sort de la ceinture et des bunkers dans les immeubles. Il n’est pas rare d’entendre parler de « l’été dernier » quand des missiles volaient tout le temps. Nous avons aussi été témoins d’une simulation de guerre, un jour durant lesquelles des sirènes sonnent à travers le pays, prévenant d’une attaque combinée d’à peu près tous leurs ennemis.

Dans la même lignée que les protections anti-terroristes, Israël est reconnue pour son « Dôme de Fer » (Iron Dome), installation ingénieuse qui intercepte les missiles extérieurs si ceux-ci menacent de tomber en zone peuplée, et qui a un très bon taux d’interception (pour un coût en accord avec l’efficacité).

Israël est en fait une île entourée de terres, position pas facile à tenir en ces temps.

« Qu’est-ce-que c’est que ça ? Tu fêtes tes 18 ans et on te met un flingue dans la main. C’est comme ça que tu commences ta vie d’adulte. » nous dit une jeune conductrice qui, elle, pour une fois, est déjà allée en Palestine.

Premier jour en Israël, on voit un militaire avec un énorme fusil dans une librairie à la recherche d’un livre pour sa petite sœur. Et puis on n’arrête pas d’en voir partout, et puis on s’y habitue un peu. Israël est un petit pays, mais avec un service militaire de trois ans (selon le grade, l’unité ou autre, c’est deux ans ou bien des fois cinq), presque tous les citoyens, même les femmes, sont des soldats potentiels. Les gens que nous rencontrons nous disent qu’ils sont pilotes d’avion de chasse, qu’ils apprenaient aux recrues à conduire un tank, ou encore servaient dans un sous-marin. Régulièrement, les anciens du service militaire doivent revenir pour une petite période. Un bon moyen de faire rentrer dans la tête de jeunes ados de 18 ans le message du gouvernement. L’argument utilisé ? « On a besoin que tout le monde soit un soldat vu notre position ». Bien que le service militaire ne soit pas aussi dur que l’armée professionnelle, une fois fini, les jeunes Israéliens s’en vont envahir l’Inde et l’Amérique du Sud pour décompresser.

Le service militaire est très efficace pour contrôler les esprits des jeunes israéliens. Il n’est qu’un moyen parmi tant d’autres qui font que de nombreux Israéliens ne sont au courant que de la moitié de ce qui se passe, remettent rarement en question la légitimité de l’Israël et ne réalisent pas à quel point Israël impose son pouvoir et sa volonté sur le peuple palestinien.

Israël a besoin d’une armée, c’est indéniable pour l’instant. Mais a-t-elle vraiment besoin que toute sa population soit des soldats ? Que se passerait-il si la moitié d’entre eux faisaient un service civique œuvrant pour la résolution de conflit ?

« Ce sont des soldats solitaires. » nous dit un barman désignant une table.

Comme les Juifs sont présents un peu partout dans le monde et certains se sentent très proches d’Israël, des jeunes non Israéliens viennent aussi faire le service militaire sous la pression sociale, répondant à des obligations familiales par exemple. Ce sont les « lonely soldiers » (soldats solitaires), souvent Américains, qui font leur service en Israël mais qui n’ont pas de famille sur place avec qui passer leur permissions. La loi du retour, un des principes de l’État d’Israël, garantit à tout Juif le droit d’immigrer et donc d’obtenir la nationalité israélienne. Un melting-pot de cultures et d’opinions se rencontrent donc partout dans le pays, de même qu’une certaine tolérance.

« Non mais je m’en fous moi, je préfère leur donner pleins de terres et qu’on fasse la paix. » nous dit un jeune.

Les Sionistes ne seraient sûrement pas d’accord et pas du tout prêts à lâcher la Terre Promise. Cependant une très large partie de la population préférerait que le conflit soit résolu et faire deux pays complètement indépendants. C’est d’ailleurs la solution la plus soutenue au niveau international plutôt que l’intégration de la Palestine à Israël qui ne semble plus une option possible depuis longtemps.

Et bientôt, la troisième et dernière partie qui va vous transcender, vous émerveiller, si vous arrivez à la lire en entier.

Amour à la pelle,

Nous.

Une réponse à “Israël, Palestine 2/3 – Encore des murs ?

  1. Y’a peu de visage de vos amis de rencontre, j’aurai bien aimé voir une tête de berger ou les restes de la vache, non là j’déconne =).
    Merci les gars, c’est super ces articles, j’ai lu jusqu’au bout et kj’attends le troisième.

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