Brève – Eh mec ! Il est où mon appareil photo ?

Salut les filles et les gars et tous les autres.

Nous avons une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’on est à Addis Ababouille the capital of Ethiopie, que tout va bien et qu’on se fait héberger dans un chouette appart, avec douche chaude à souhait (première depuis des semaines, ou peut-être des mois), une cuisine, internet, électricité, et une belle vue sur la montagne environnante. C’est Ronen un cool gars trouvé sur Couchsurfing qui nous accueille pour quelques jours, et nous pouvons enfin vraiment nous poser après nos récentes aventures assez difficiles.

Et la mauvaise, c’est que quelqu’un a volé nos deux appareils photomatiques. Non mesdames et messieurs, pas un, mais bien deux appareils photos. Alors qu’on marchait sur la route pour aller faire du stop dans le bled de Kembolcha un tuk-tuk s’arrête et nous propose de nous avancer un peu gratuitement. Rémi monte à l’avant, Arthur à l’arrière avec deux autres gars et les sacs à dos. Les gars en profitent pour discrètement ouvrir les poches de nos deux petits sacs à dos que nous avons d’habitude tout le temps à l’œil, et embarquent ainsi les deux appareils photos, un microphone et un chargeur de téléphone.

Comme on le disait dans la brève précédente nous sommes arrivés en Afrique et ici notre style de voyage ne marche pas aussi bien qu’on le voudrait. Nous sommes vraiment les hommes blancs à qui une bonne partie des locaux essayent de nous soutirer ce qu’ils peuvent ou de profiter de nous. A peine une journée après le vol des appareils photos, c’est un gamin cette fois qui fait les poches de Rémi et réussi à choper son téléphone avant qu’on le récupère.

En fait la vraie mauvaise nouvelle c’est qu’ici on ne peut faire confiance à personne et qu’on ne peut pas voyager comme on le souhaite, sans compter que nous avons perdu toutes les photos de l’Éthiopie et que nous n’avons plus d’appareil photo pour la suite.

C’est pour fêter ça que nous avons décidé de créer une nouvelle catégorie : Objets volés.

Mais attention ne paniquons pas ! Une fois qu’on oublie tous les trucs qui rendent le voyage difficile on est quand même content d’être ici, de boire des bières au bar à 50 centimes la pinte, de monter dans des voitures disparues en Europe et de se faire inviter pour des cérémonies du café.

Allez à plus !

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Brève – ሰላምናችሁ l’Afrique

Selamnatchu ሰላምናችሁ !

Depuis environ une semaine nous voilà en Éthiopie. Nous avons donc quitté le monde Arabe pour entrer dans l’Afrique à proprement parler. Les premiers jours ont été assez difficiles. Il y a très peu de voitures et c’est donc super dur de faire du stop, beaucoup de gens nous demandent de l’argent, surtout les enfants qui nous suivent sur des centaines de mètres, et on essaye souvent de nous faire payer le « prix de l’homme blanc ». C’est la saison des pluies donc il pleut beaucoup, impossible de camper, difficile de se faire héberger, et on finit par payer des chambres d’hôtels. On vient d’arriver à Mekele où l’on trouve une ville plus grande, plus accueillante et des gens qui ont apparemment plus l’habitude des étrangers.

Depuis plusieurs mois nous prenons du retard sur nos articles. Chaque jour de 11h à 17h, Internet ne marche plus, de 17h à 21h il y a une coupure générale d’électricité, ce qui ne nous laisse que le créneau 9-11h pour s’amuser à charger 38 fois les mêmes pages en attendant que la connexion se stabilise. Les endroits confortables avec une prise électrique pour se poser et écrire sont rares, donc on se rabat sur les hôtels « chics » où l’on se prend un délicieux expresso éthiopien.

Après des mois de désert, nous sommes quand même bien content de traverser les collines, que dis-je, les montagnes verdoyantes de l’Éthiopie, d’avoir vu des singes sauvages (non papa pas encore d’éléphants) et d’avoir échangé le thé contre des bières bonnes pas chères. Et c’est ce que nous buvons quand la pluie est trop forte, pas le choix.

Mais les articles viendront. Soyez patients, on vous envoie plein de café télépathique en attendant.

Ciao !

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Galerie Jordanie

Les photoufs de la Jordanie, trois semaines que nous avons passées en compagnie de Marie, une amie française.

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Galerie Israël

Voilà la sélection de photos pour l’Israël.

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Israël, Palestine 3/3 – Tu me passes le houmous ?

Voici le troisième et dernier article sur nos réflexions sur Israël. On espère que vous tenez le coup, et qu’au moins un ou deux d’entre vous liront jusqu’au bout. Si vous avez raté les épisodes précédents voici l’article 1 et l’article 2, pratique !

« Je me suis rendu compte que je ne faisais pas que défendre mon pays. » nous dit un ami qui a signé un contrat de 10 ans après son service militaire.

Invoquant le self-défense, Israël se permet de répliquer avec beaucoup de puissance. La technologie militaire et les moyens mis en œuvre par Israël sont largement supérieurs à ceux de la Palestine, comme le Dôme de Fer par exemple. Sur le site Breaking the Silence des soldats parlent de leur expérience, ils expliquent que souvent les ordres ne sont pas donnés dans le respect des conventions de guerre et que les civils ne sont pas épargnés autant qu’ils le devraient. Le déséquilibre des forces est flagrant, l’armée Israélienne est surpuissante, et même s’il paraît normal de se défendre contre des attaques terroristes, la vérité n’est souvent pas aussi simple. De nombreux civils palestiniens sont tués tandis que le nombre de morts côté israélien est ridiculement inférieur. Très souvent nous entendons dire que la faute est aux « terroristes » qui se serviraient des civils comme de boucliers humains et lanceraient leurs roquettes depuis des lieux habités (école, bâtiments publics,…). Même s’il est probable qu’ils utilisent ces méthodes et commettent de nombreux crimes de guerre, Israël ne fait pas tout le temps l’effort de protéger les civils comme les conventions internationales le prévoient. En lisant certains témoignages de soldats on se rend vite compte que l’armée israélienne, bien que considérée légitime, n’est absolument pas irréprochable. A titre d’exemple durant la dernière guerre contre Gaza en été 2014 (opération « bordure protectrice »), il y aurait eu selon l’ONU 1400 civils palestiniens tués contre 6 civils israéliens.

Mais le déséquilibre n’existe pas seulement dans le compte des morts de chaque camps. Le peuple Palestinien souffre, son pays n’est pas reconnu et est en train de se faire entourer d’un mur, leur liberté est réprimée. Et pendant ce temps-là, dans la bulle Tel-Aviv à une heure de voiture, David fait son footing et sa muscu à la plage. Un espèce de décalage sur-réaliste qui fait qu’on oublie assez facilement tout le reste après quelques jours passés à Tel-Aviv à jouer à la raquette au bord de l’eau.

« Ah c’est une ville d’Arabes ça. » nous dit un de nos premiers conducteurs.

« Hein ? Mais qu’est-ce-que tu veux dire par là ? » Nous sommes un peu choqués au début quand nous entendons les gens parler « des arabes là-bas ». Mais en fait la société israélienne est vraiment organisée comme ça : il y a des villages classiques, « juifs » et des villages arabes situés à quelques kilomètres l’un de l’autre et qui n’ont que très peu d’échanges entre eux. Une village arabe est différent d’un village palestinien car il est sur le territoire d’Israël et les Arabes qui y vivent ont la nationalité. Mais c’est aussi un autre monde, où les lois et l’organisation ne sont pas tout à fait les mêmes qu’autre part. Ce phénomène de ghetto, présent partout sur la planète, semble très fort en Israël. La société est divisée en une multitude de mini-groupes, les Arabes dans leurs villages, les colons dans leurs nouveaux lotissements barbelés, les Palestiniens entourés par des murs, mais aussi le quartier soudanais, les kibboutz et les villes de Druzes, un courant assez spécial de l’Islam. C’est presque comme s’il y avait une volonté de séparer les gens, mieux vaut que les différentes populations ne se rencontrent pas trop. Les Arabes israéliens par ailleurs sont exemptés de service militaire, leur allégeance à Israël ou Palestine pouvant être douteuse, mais ce qui au final sépare encore plus les deux peuples. Si au lieu de ne rien faire ils devaient faire un service civique pour s’intégrer plus au système global ?

Nous nous interrogeons sur les programmes inter Israël-Palestine qui existent vraiment. Les gens nous parlaient souvent des Arabes, qui sont comme ci, qui construisent leurs maisons comme ça et autres. Et comme bien des préjugés, il y a une part de vérité. « Mais tu y es allé en Palestine ? » « Euh non pas vraiment ou alors j’étais petit. » On a envie de le comparer aux banlieues en France, où les gens qui n’y ont jamais mis les pieds se permettent de les critiquer. Quand on ne vit qu’avec ses semblables et que les mélanges sont rares cela ne facilite pas la compréhension et n’aide pas vraiment la disparition de la haine.

« No English » nous répond un orthodoxe quand nous lui demandons notre chemin.

S’il y a bien une communauté étonnante, pour ne pas dire étrange, en Israël, ce sont les Juifs ultra-orthodoxes, les Haredim. Ce sont des personnes qui vouent leur vie à la religion et l’étude de la Thora et qui suivent la Halakha, la Loi Juive, à la lettre. Il existe différents courants dans cette communauté. L’homme adulte ultra-orthodoxe classique se balade en costume noir, chapeau noir à bord large et chemise blanche. Bien souvent il porte une longue barbe, a des genres de longues nattes en tire-bouchon qui poussent au niveau de la tempe (des papillotes) et porte les tsitsits, genre de fils tressés qui pendent au niveau du pantalon, afin de leur rappeler les commandements de Dieu. On ne peut pas les louper. Les femmes ont aussi un style vestimentaire officiel, plutôt pas sexy, agrémenté d’une coiffure assez moche. Elles passent leur temps à pousser des poussettes. Des poussettes, des poussettes, des poussettes partout, les Juifs orthodoxes font énormément d’enfants et les fratries de plus de dix frères et sœurs ne sont pas rares. Ils vivent reclus dans des quartiers ou dans des villes entières, les enfants vont dans des écoles spéciales. Ils ne rencontrent que des personnes de leur milieu et ne font qu’apprendre la Thora, et oui pas de mathématique ou d’anglais pour les petits orthodoxes. Il devient alors difficile de sortir de ce milieu dans lequel leurs pensées sont complètement tournées vers une seule étroite direction, et les gens qui en ont le courage se retrouvent complètement en marge, pour trouver un travail par exemple car ils manquent cruellement de compétences. Alors entendre quelqu’un nous dire « no English » dans un pays où tout le monde parle parfaitement anglais, c’est un peu bizarre.

Avec un mariage jeune et un nombre d’enfants par couple démesuré, on s’imagine bien comment la population de Juifs orthodoxes croît et à quel point il devient important pour le gouvernement israélien de gagner les votes de cette communauté.

Cette part de la population qui voue leur vie à Dieu et à la lecture de la Torah est un problème qui touche le reste des Israéliens. Comme ils ne travaillent pas, ils (sur)vivent des aides de l’État, notamment des allocations familiales, et en faisant des arrangements au sein de leur cercle très fermé. Avec une petite signature du rabbin, ils sont aussi exemptés de service militaire. Mais bon, ils ont déjà une bonne dose de lavage de cerveau dû à leur mode de vie et de la religion, c’est déjà ça.

A la ghettoisation dont nous avons parlé plus haut avec les Arabes, il faut bien sûr rajouter les ultra-orthodoxes qui en sont une superbe illustration !

« Ne montez pas en stop avec un Arabe. » nous disent environ 10000 Israéliens.

Les Israéliens ont peur, ils ont peur des Palestiniens, ils ont peur des roquettes. Souvent quand nous parlons de notre voyage et que nous disons que nous voulons nous rendre en Palestine, en Jordanie ou en Égypte, ils nous prennent pour des fous, nous disent que nous allons nous faire exécuter. Tous les Israéliens nous répètent qu’il ne faut absolument pas monter dans une voiture arabe quand nous faisons du stop, ces même Israéliens qui ne sont jamais allés en Palestine.

Cette peur nous fais souvent rire et est en décalage complet avec nos expériences de stop en Israël, où il n’est pas rare qu’un jeune femme prenne en stop les deux barbus que nous sommes, de nuit, sur une petite route. Ce qui n’arrive pas ou très rarement en Europe.

« Aujourd’hui on fête le jour où Jérusalem a été capturée. On dit capturée ou délivrée ? » « Bin ça dépend du point de vue. » répondons-nous à un ado Israélien qui hésite sur son Français.

Jérusalem est un des points de discorde majeur du conflit. Haut-lieu de bon nombres de courants religieux, Jérusalem accueille des touristes et pèlerins du monde entier. Depuis 1967 suite à la Guerre des Six Jours, Israël contrôle l’intégrité de la ville, et tous les ans les Juifs ultra-nationalistes se font une joie de se le remémorer avec une gigantesque manifestation lors de Yom Yeroushalayim, la Journée de Jérusalem. Bien sûr, les Palestiniens ne sont pas d’accord avec cette occupation. Alors que Jérusalem pourrait être un lieu où toutes les religions vivent en paix, elle est plutôt la démonstration de cet incapacité de certains hommes à gérer leurs différences.

C’est quand nous demandons un garçon dans la rue lors de Yom Yeroushalayim, l’air de rien savoir, quel est l’origine de cette agitation qu’il nous répond cette superbe phrase. Pendant des heures, nous allons faire une indigestion de drapeaux bleus et blancs et de nationalisme exacerbé. Des Juifs de tout le pays sont venus pour suivre le cortège dans les rues de Jérusalem. Des adolescents balancent des prospectus réclamant l’expulsion des Musulmans du dernier bastion de la vieille ville qu’ils contrôlent encore vraiment, le Mont du Temple. Nous étions prévenus, la police et l’armée est présente en masse et c’est d’ailleurs assez normal quand on voit que la marche passe par le quartier musulman en s’égosillant avec des slogans niveau CE2 comme le trop classique « Mort aux Arabes ! » Un peu d’originalité aurait été appréciée. Les altercations sont nombreuses avec les pro-Palestiniens, et la contre-manifestation de ces derniers est bien entendu mise à l’écart par les forces de l’ « ordre ».

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Et dans tout ce bordel, une petite dizaine de personnes transportaient des roses pour les offrir à la foule afin de calmer les ardeurs. Que ce soit côté pro-Palestinien ou pro-Israélien, les manifestants demandaient une fleur avec un grand sourire avant de la détruire pétale par pétale en face de leur visage et de leur jeter dessus. C’est assez difficile d’exprimer la folie humaine que nous avons vécue cet après-midi là. Ce n’était plus des hommes, mais seulement des moutons enragés s’abreuvant à chaque slogan, en attente de la prochaine petite friction pour se donner une raison de détester encore plus l’autre côté, et si possible de se battre un peu.

Les femmes quant à elle ont un tracé différent de celui des hommes et que nous n’avons pas suivi, donc nous ne saurions vous dire si elles aussi ont osé détruire les roses.

En fait, c’était une journée assez triste pour nous et nous sommes rentrés le cœur lourd. Mais ceci étant dit, nous avons vu la ville pendant des journées plus normales, et Jérusalem est une ville vraiment chouette !

Nous avons fait une petite vidéo pour montrer à quoi Yom Yerushalayim ressemble.

« Le meilleur humus c’est ici. » On a toujours pas compris où c’était, chaque Israélien a une adresse différente.

Les Israéliens sont fiers de leurs quelques spécialités. Ils connaissent tous la meilleure adresse en Israël pour manger des falafels ou du humus, et ils ont tous la meilleure recette pour faire une shakshuka ou préparer le tahini. Au final, et ils l’admettent, ces plats sont des plats arabes qu’ils ont intégrés à leur culture. Quand on commence à se familiariser avec les deux cultures, cela devient un jeu de noter tous les points communs entre les Israéliens et les Arabes. La langue est un bon exemple, la majorité des mots hébreux est d’origine arabe.

« Make hummus not walls» (faites du humus pas des murs), la solution est toute trouvée pour ce tagueur sur le mur de séparation de la Palestine à Bethléem.

« Ah mais en France vous avez pas peur de la montée de l’extrémisme?! » nous disent de nombreux conducteurs.

En Israël, et surtout à Tel-Aviv, on entend tout le temps parler français. De nombreux Juifs français, souvent parisiens, ont émigré en Israël profitant de la loi du retour pour obtenir la nationalité israélienne. Beaucoup d’entre eux ont déménagé car ils pensent être plus en sécurité en Israël. Nous avons souvent eu cette même discussion avec des Israéliens nous expliquant qu’ils ont vu à la télé qu’il est très dangereux d’être Juif en France et que celle-ci est remplie d’islamistes et d’antisémites. Nous tombons un peu des nues et devons chaque fois expliquer que non, les extrémistes islamiques ne font pas la loi en France, et que non il n’est pas vraiment dangereux d’être Juif en France. Notre connaissance limitée de la question nous fait nous poser des questions mais nous avons quand même l’impression que la communauté juive française, fermée sur elle même, tend à exagérer l’antisémitisme et les problèmes que les Juifs auraient à faire face dans l’Hexagone.

En essayant de tout résumer, nous avons fini par un truc assez long et nous n’avons pas du tout parlé de notre expérience en tant que voyageurs (qui fut un délice), et ce sera chose faite dans un prochain article.

Hummus à tous,

Arfer and Raymi.

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