Galerie Egypte

L’Egypte comme nous l’avons vécue!

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Jordanie 1/2 – Du poisson dans le désert

Salut les jambons et les saucisses végétariennes. Deux mois et demi seulement après avoir quitté la Jordanie, c’est avec outrecuidance et oronymie que nous vous offrons la première partie de nos périples jourdains. Nous avons décidé de changer un peu notre style d’écriture et de jongler avec les pronoms personnels, confondant nos points de vue en un seul personnage. Ça vous en bouche un coin-coin ?

Jusqu’à ce qu’on me pose à la frontière entre Israël et la Jordanie, tout allait bien. Et puis là c’est devenu la fête à la bêtise, aux bureaux et aux files d’attente, aux douaniers légèrement stupides qui tamponnent mon passeport alors que j’avais bien demandé de le faire sur un papier séparé. Et à la sortie, la foire aux taxis en tout sens, le fameux effet frontière. J’arrive à trouver un camion qui traverse doucement les petits villages jusqu’à Amman. BOUF, je prends une claque ! La Turquie m’avait surpris sur pas mal d’aspects, mais était restée en comparaison très européenne, on était loin de cet amas d’ânes et son lot de bordel, certaines routes ayant une plus grande proportion de trous que de bitume. De chaque côté les gens étalent leurs gadgets en plastique décoloré par le soleil, leurs barres chocolatés brillantes et leurs légumes poussiéreux mais magnifiques. Après utilisation, chaque emballage est soigneusement rangé pour occuper tout l’espace public, les bords de route étant bien sûr les privilégiés des paquets de chips et de cigarettes.

A Amman je repère le jeune qui a la démarche la plus détendue. Marie que je devais retrouver ne donne aucun signe de vie, donc après avoir imaginé pendant un bon moment tous les scénarios possibles de ce qui aurait pu lui arriver, je me mets à suivre le jeune et ses potes qui sortent l’Arak en regardant les lumières d’Amman depuis les collines, pour finir par squatter cet appartement rempli de fumée de chicha et de jeunes mâles. Marie se pointe le lendemain comme une fleur, elle qui ne s’est pas doutée que je l’ai attendue toute la nuit en me demandant où elle était. On s’était simplement donné rendez-vous un jour trop tôt.

Deuxième soir en Jordanie pour moi et on remet la session Arak ensemble cette fois. Notre hôte et guide est perdu entre deux cultures, entre Pink Floyd dont il mime tous les instruments un à un, ses expressions faciales suivant la puissance de la musique, et entre le Ramadan qui commence bientôt, une société masculine et religieuse et un peu archaïque dans laquelle ce à quoi il aspire n’a que peu de sens.

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Le grand axe en face de l’appartement nous ouvre la route de l’aventure, et on arrive rapidement au premier village. Le magasin de bricolage nous offre le pain. Plus loin sur une petite route qui traverse un parc, une famille nous oblige à venir manger le barbecue confortablement installés sur leurs tapis. Cinq minutes après avoir quitté la tribu, c’est le whisky et la bière qui nous tombent dessus avec deux jeunes ingénieurs. Trouvant sûrement le temps long avant que maman ait finit de préparer le repas, ils font 20km de détour pour aller chercher une nouvelle bière à tous, pendant que détendus par la première, nous regardons dans un vent frais le soleil couchant qui découpe les pierres du château d’Ajlun. Sous les étoiles autours du feu, j’écoute les coyotes hurler en me demandant s’ils oseraient m’attaquer. Si la Jordanie continue comme ça, je ne vois pas l’intérêt d’acheter à manger.

Profitant de ma naïveté, un conducteur parvient à m’éloigner pour prendre la main de Marie et l’emmener plus loin dans la forêt. Il comprend vite qu’elle ne veut pas et mort de honte il démarre en trombe alors que j’accours vers la voiture. C’est triste, mais c’est sûrement mieux pour une fille de ne pas se retrouver seule.

La journée de police-stop commence. En fait je pense qu’en Jordanie la moitié des gens sont policiers ou militaires, j’arrive pas à savoir si c’est rassurant. Juste avant la traversée du désert pour Azraq, impossible de chercher du pain ou de l’eau tranquille sans se faire offrir de la pastèque. Policier ou militaire, on avait une chance sur deux, alors c’est un militaire qui se propose de nous héberger. Sous le grand marabout dans le jardin, on prend place en face de trois verres de Coca et de la famille au grand complet étendu aux enfants des voisins. Je suis cloué par les vingt-quatre yeux. S’ensuit un face à face de communication intensive qui prend son envol lorsque l’on sort papier et stylo pour soutenir l’anglais de notre jeune militaire et apprendre à écrire nos noms en lettres arabes. Le patriarche roule une clope et va s’asseoir dans le jardin près du tuyau d’arrosage qui inonde ses plantes. Il se relève, change le tuyau de place, s’assoit, roule une nouvelle clope. On va imiter le cri des ânes et des chameaux qui sont garés derrière l’enceinte de la maison et quand on revient le père a changé le tuyau de place et s’en est roulé encore une petite. Au menu ce soir, poisson-frites. Du poisson dans le désert. Je me demande si c’est quelque chose qu’on fait pour les invités, un signe de luxe. Pendant ce temps, le vieux en fume une ou deux. Tout le monde dort dehors, les hommes sous le marabout, les femmes et les enfants près de la maison.

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Ce désert est assez inhospitalier et je suis pas mécontent de le quitter. Sur la route se suivent les châteaux du désert. J’imagine, somnolant, les caravanes de marchands traversant le désert faisant halte dans les châteaux. Je repense au camp de réfugiés que nous avons vu la veille, énorme, à perte de vue, tout entouré de grillage. Entre les Palestiniens et les Syriens, c’est un tiers des résidents en Jordanie qui ont le statut de réfugié.

Le fou qui nous prend après fait un peu peur… Il double tout le monde, freine aux contrôles de police en leur faisant des grands signes amicaux pour tripler son allure 500 mètres plus loin. Il me donne trois fois le téléphone pour que sa cousine qui parle anglais puisse me répéter douze fois que son oncle est un type génial. Arrivés à Madaba, la référence chrétienne de la Jordanie, on joue au jeu des différences avec les villes musulmanes. En fait, pas grand-chose par rapport aux autres villes si ce n’est la grosse église qui a le dessus sur la mosquée et les petits poissons autocollants à l’arrière des voitures. Demain, c’est Ramadan qui commence. On refuse l’offre d’hébergement de notre prochain conducteur pour aller squatter quatre murs et une terrasse entre les collines rebondies qui s’ouvrent juste assez devant nos yeux pour qu’on voit la Mer Morte. En bons intendants que nous sommes, nous n’avons pas pris d’eau et de bouffe, ce qui s’avère très bien, parce que nous avons décidé de faire le Ramadan. On désescalade notre terrasse et là, c’est la descente aux enfers. La gorge est sèche et chaque pas est dur sous le poids de nos sacs à dos, et la voiture qui sillonne jusqu’aux -427 mètres de la Mer Morte nous dépose dans une zone vide de vie. A bout de forces je guette le soleil qui disparaît côté Israélien, là où on était il y a à peine quelques semaines. L’appel du muezzin sonne la délivrance alors qu’on passe à côté des grands signes des agents de sécurité qui n’ont pas besoin de nous convaincre pour qu’on vienne leur vider leur eau et leur riz au poulet.

"Squat d'un bâtiment dans les collines au dessus de la mer Morte." "Squat of a building in the hills above the Dead Sea."

On marche cinq minutes pour trouver l’endroit le moins horrible des environs. Je bricole un abri anti soleil pour le lendemain. L’eau qui venait du tuyau avait probablement quelque chose de louche. On tombe tous malade sous un soleil qui ne nous permet aucun mouvement. On va quand même flotter le cœur lourd, la tête enflée et l’estomac en vrac. L’endroit est tellement malsain qu’on ne peut pas rester, et ce malgré notre état qui ne nous incite pourtant pas à bouer. Alors on prend la dure route du Sud pour rejoindre les hauteurs et quitter cette bassine de la mort. J’en avais beaucoup rêvé depuis le début de la Jordanie quand c’est arrivé : on s’est fait prendre en stop par une femme dans un pays musulman. Deux étudiantes qui, parce que c’est Ramadan, trouvent une occupation. L’un des classiques est de prendre la voiture et d’aller faire un tour.

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J’ai le corps tout retourné et éparpillé, mais je suis bien content quand j’aperçois notre destination le château de Karak et quand dans la ville les trois vendeurs de fruits nous offrent une cagette où poser mes fesses pour partager le repas de la rupture du jeûne. Le Ramadan est fini pour nous depuis hier, et on aura fièrement tenu un jour. La bonne nouvelle pour nous requinquer, c’est que le voyageur est exempté de Ramadan, comme la femme les jours de règles, le vieux et le jeune, ou le malade. La mauvaise, c’est qu’on est censé rattraper les jours qu’on a pas fait durant l’année qui vient. Les autres font ce qu’ils veulent, moi je les rattraperai peut-être l’année d’encore après. Ou la suivante.

Le lendemain, toujours en vrac, on rencontre deux policiers, malins comme des policiers, qui se mettent en tête de nous amener à la piscine. C’est juste une piscine en extérieur, assez sommaire dont les algues offrent de beaux reflets verts. Marie bien sûr ne peut pas découvrir un bout de peau (ce serait indécent) et se baigne donc habillée parmi les cowboys qui font des pirouettes et se prennent des plats pour impressionner la seule présence féminine. Les policiers veulent nous héberger, mais nous trouvons une combine pour qu’ils nous laissent repartir. C’est dans le prochain village qu’on découvre la technique magique. Quand je sors des toilettes de la mosquée, je vois que les autres ont disparu, et sans que j’ai le temps de m’affoler, un mec m’interpelle et me mène dans une maison deux rues plus loin où je les trouve assis autour d’un thé. Si tu as faim ou besoin d’un hébergement, il suffit d’aller traîner vers la mosquée à l’heure de la rupture du jeûne. Après le repas on est invité de maison en maison. C’est bien la première fois que je vois un polygame, et c’est tout à fait normal ici, un vieux pépé entouré de toute sa famille et qui a effectivement deux femmes. On nous dit que quand même c’est plutôt rare chez les nouvelles générations. Troisième jour de Ramadan, troisième fois que nous sommes invités à manger.

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Le jour suivant nous reprenons la route, rapidement c’est un policier qui s’arrête. Mais y’a d’autres professions dans ce pays ? Jusqu’à Al-Tafile la route est à couper le souffle. Je pose ma tête contre la vitre de la petite voiture et je rêve en voyant ces montagnes qui défilent. Elles sont beiges, vides et sèches, avec de temps à autre une tente bédouine surplombant la vallée. Je sors de ma rêverie une fois arrivés à la ville et nous trouvons vite des voitures pour le petit village de Dana. La grande vallée s’étend en ligne droit jusqu’au désert que l’on aperçoit au loin, et au commencement de cette vallée un petit village de maisons en pierres est posé sur une colline en bord de falaise. Les habitants ont déserté les maisons qui sont tombées en ruine, juste certaines d’entre elles ont été réhabilitées et transformées en hôtel. La source non loin qui alimente le village fait naître une petite rivière, l’eau y est bonne.

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Rapidement je décide que j’aime cette endroit. Après deux intenses secondes de négociation, nous trouvons un hôtel pour un dinar par personne, soit un euro vingt, acceptable même pour notre budget. J’aime nos moment sur la terrasse où l’on dore au soleil avec pour plus grande mission de préparer le café. Mohammed le petit gars de l’hôtel me fait rire, je l’aime bien aussi, il passe sa journée à nettoyer la terrasse et à arroser les quelques plantes qu’il fait pousser, et il n’a pas le sang chaud comme les autres mecs du pays. J’aime un peu moins Bilal le « manager » qui se la pète trop et essaie de draguer Marie en lui expliquant à quel point il est jeune et a réussi dans la vie, et qu’une femme ne pourrait jamais réaliser ce que lui a déjà fait. Nous restons quelques jours là pour se reposer, l’endroit à un calme magnifique. Tous les jours je demande à Mohammed si la connexion Internet qu’il nous a promit marche, et tous les jours il dit que ça va arriver. Je crois qu’il a décidé de construire tout Internet lui même, ça doit prendre du temps. Le deuxième groupe de touriste du village est un Saoudien qui vient nous apporter des abricots tous les matins, et discute avec intérêt avec nous de religion, de culture, de sexe, et ses avis sont bornés et ouverts dans un étrange mélange. Ces discussions m’amusent. Puis on fête l’anniversaire de Rémi et on fait péter le resto de l’hôtel, pas une goutte de vin, pas de gâteau, c’est bien une première, mais c’est comme ça et tout va bien.

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C’est tout pour le moment et la deuxième partie est en cours de fabrication. Pour patienter nous vous offrons un croûte-métrage avec de l’humour rigolo. A ciao banzaï !

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Ils sont gentils les Israéliens.

On nous demande souvent depuis combien de temps on voyage, et on répond neuf mois avant de se rendre compte que non, ça ne fait pas neuf mais dix mois déjà. Il y a quelques semaines, alors qu’on campait au bord du Nil, on décide de faire une liste des personnes qui nous ont marquées pendant notre voyage. Les gens avec qui nous passons du temps, avec qui nous discutons et créons des liens forment une bonne partie de ce voyage. Certains d’entre eux nous ont marqués durablement et nous aimerions bien les revoir si le hasard de la vie le permet. Dans notre liste, beaucoup de ces personnes sont des rencontres israéliennes.

Nous vous avons parlé de ce que nous avons perçu de l’Israël, de la Palestine, du conflit, d’une partie de la culture, mais nous n’avons pas encore parlé du voyage lui même.

Du début à la fin en Israël on n’a pas beaucoup eu besoin de réfléchir, les rencontres se sont enchaînées tout naturellement. Avant d’arriver nous avions un contact : Rémi avait rencontré Lauren en Albanie pendant une rencontre d’auto-stoppeur l’été précédent et l’avait marqué quand elle avait décrété en arrivant, remplie d’énergie, qu’il fallait aller ramasser les déchets avec les enfants du village. Ce qu’ils ont fait ! Elle vit à Nes Harim avec Alex et Johnny où tous les trois s’occupent dans une ferme d’un troupeau de chèvres et de quelques plantations. On a passé du temps à Nes Harim avec eux, le fromage et le yaourt de chèvre étaient une bénédiction et les longues soirées à boire et discuter sur la terrasse se sont trop vite enchaînées. Un matin difficile, nous avons réussi à nous extirper du sommeil au lever du soleil non sans l’aide des bergers armés d’eau, pour aller promener les chèvres avec eux qui profitaient de notre état de mollusque pour faire ce qu’elles voulaient. C’est un chouette endroit, un havre de paix avec un accueil magnifique et de la bonne bouffe et nous avons aussi mis la main à la pâte, en servant de cobaye pour la glace au curry par exemple. C’est Lauren qui nous a conseillé quelques lieux à visiter au sud d’Haïfa sur la route de la ferme et donc comme ça qu’on a découvert Ein Hod et Jisr az-Zarqa.

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Ein Hod est un village d’artistes à flanc de colline. Partout de nombreuses maisons plutôt richous, s’élèvent entre les œuvres d’arts, des sculptures de toutes sortes, des installations et des galeries. Alors que nous galérions pour trouver un endroit où camper, une personne nous interpelle de son balcon et nous demande en hébreu si nous faisons le « Shvil Yisra’el », un chemin de randonnée qui traverse l’Israël du nord au sud. Un peu de partout sur la route il y a des ‘Anges du Shvil’, des campements ou tout simplement des gens qui accueillent les marcheurs. Celui d’Ein Hod étant sûrement un peu différent des autres avec son grand tipi et ses sculptures géantes d’aigle. Chouette, nous nous y rendons et partageons la soirée avec quelques randonneurs qui pour l’occasion veilleront un peu plus tard et seront partis depuis longtemps quand ce sera à notre tour de se lever.

Le jour suivant nous nous rendons à Jisr az-Zarqa. C’est un petit village arabe et aussi le plus pauvre d’Israël. Pour y entrer on traverse un tunnel qui passe sous l’autoroute dont la façade est peinte de toutes les couleurs et qui annonce « Bienvenue à Jisr az-Zarqa ». Passer ce tunnel c’est un peu comme prendre une porte inter-dimensionnelle qui vous fait changer d’espace-temps. Nous voilà transportés dans un village arabe classique, avec son lot de bordel, de voitures qui klaxonnent et de déchets un peu partout. Les gens sont dehors, vous disent bonjour, les enfants jouent dans la rue et tout le monde se connaît. C’est un autre visage d’Israël qu’on découvre qui n’a rien à voir avec le reste.

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Sur les hauteurs de Nes Harim, qui est situé entre Jérusalem et Tel Aviv, quand on va voir le coucher de soleil on aperçoit les immeuble de Tel Aviv et même le soleil qui plonge dans la mer si le temps est dégagé. De l’autre côté de la colline on voit les premières habitations de la périphérie de Jérusalem. Il est temps de quitter les chèvres, nous levons donc nos pouces pour Jérusalem et c’est Elisha un ami de Fac de Lauren qui nous héberge. Ils font tous les deux des études de musiques orientales et nous en profitons pour écouter Elisha jouer sur son Saz et s’y essayer. Pour Elisha, hors de question que nous dormions sur le sol, alors il nous laisse son lit double hyper confortable et s’installe lui-même par terre. N’importe quel guide vous expliquera très bien comment ne pas manquer les immanquables à Jérusalem donc nous ne vous en parlerons pas. Mais certaines choses valent à nos yeux le détour. Lors de notre vagabondage dans les ruelles de la vielle ville nous sommes montés sur les toits après avoir tenté quelques cages d’escalier et c’est vraiment chouette de voir la ville d’un autre point de vue. Nous avons aussi aimé le marché Jehuda qui change complètement d’ambiance à la tombée de la nuit : le jour un marché animé et coloré, il se transforme la nuit quand les bars ouvrent et passent de la musique dans leurs hauts-parleurs et que des jeunes viennent traîner et faire résonner leurs instruments devant les rideaux de fers des maraîchers. Pendant ce temps de transition à la fin du marché, nous devons faire preuve de self-contrôle pour ne pas récupérer plus de fruits et légumes, jugés un peu trop vieux, que nous ne pouvons en consommer. Dans le quartier Nachlaot juste à côté du marché, nous avons adoré découvrir les ruelles et autres jardins cachés. Un autre soir nous sommes allés voir un concert de Bint el Funk, un groupe Israélien qui bouge bien (et qui fait bouger) mélangeant musique yéménite, funk et autres styles, avec des paroles en hébreu, arabe et anglais. Jérusalem est une ville très religieuse et très touristique, mais aussi une ville vivante qui réserve beaucoup de choses à découvrir. Elle nous a surpris quand nous avons essayé de faire du stop de nuit, en ville, et qu’un petit papy tout gentil nous a conduit jusqu’au tram.

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Après Jérusalem nous voulions aller voir Tel Aviv qui est à la fois la capitale économique de l’Israël, mais aussi la ville branchée, alternative, qui bouge, où par exemple les gays et lesbiennes vont souvent émigrer pour échapper à un conservatisme présent dans d’autres villes. Alex le berger nous accompagne et nous présente Oren qui sera notre premier hôte tel-avivien, grand nounours frisé qui s’entraîne à attraper les objets avec ses pieds. Alex se fait un devoir de nous amener au meilleur hummus d’Israël et de nous faire visiter tous les coins qu’il aime bien. Alex s’est juré de ne plus boire de bière tant qu’il n’aura pas pas brassé la sienne : aux dernières nouvelles, le matos était commandé et on espère qu’il n’a pas flanché, car pour un gars comme Alex, se priver de bière, c’est comme priver un Breton de sa crêpe. Quand nous avons quitté Oren, nous avons trouvé refuge vers le marché Karmel, cette fois chez Maxim ; et alors que sa copine nous abandonne pour le ‘concert retour des Backstreet Boy’, nous allons avec Maxim écouter un pianiste fou et ses acolytes dans un bar jazz. Yonathan, un pote de pote qui nous a présenté Maxim nous y rejoint un peu plus tard. Dans ce marché, tout comme à Jérusalem, les avocats abandonnés en fin de marché coulent à flots. Attention à arriver avant le gros méga bulldozer qui vient nettoyer. Bon un bulldozer pour nettoyer ça paraît bizarre mais c’est un pays bizarre de toute façon. Yonathan et Maxim se plieront en quatre pour nous faire faire de la longboard, nous faire manger du hummus (et oui encore), nous donner des vêtements ou nous aider à vendre des bières quand nous cassons l’ordinateur de Rémi et que la sac d’Arthur se fait voler.

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A Tel-Aviv, nous avons apprécié Yaffo/Jaffa quartier à l’origine arabe et qui est bien plus joli que les nouveaux bâtiments et grands immeubles qui forment Tel-Aviv. Dans son marché aux puces très cool, nous rachetons une cafetière italienne, l’outil le plus indispensable de notre voyage.

Avec Manu le vrai Breton comme on les aime, trouvé entre deux patates et un citron à la fin du marché, nous avons rencontré un soir Laura sur la plage qui revenait du Midburn. Les jours qu’elle a passé là-bas lui ont fait changé de vision sur le monde, elle voulait aider tout le monde, s’en foutre et tout balancer. Elle nous a donc hébergé sans se poser de questions !

Quand on voyage, on se dit souvent avec les rencontres qu’on se revoit toujours deux fois. Et même des fois trois ! A Tel-Aviv nous avons recroisé au hasard Scott, déjà rencontré à Chypre, et Freddy avec qui nous avions partagé Noël en Turquie, et revu au hasard à Chypre aussi. Zincroyable.

Au hasard des recherches sur le net, nous voyons que Driss joue au festival Groove Attack. Le festival est bien trop cher pour nous, mais nous connaissons Driss car il était le président du festival Hadra à Grenoble où nous étions souvent bénévoles. Un petit mail, et l’invitation est dans la poche. On va donc se taquiner les oreilles avec le groupe Israélien Infected Mushrooms et d’autres très bons artistes. Driss aussi nous a mis le feu sous les vaporisateurs d’eau du chapiteau. De fil en aiguille, on retrouve le contact des organisateurs d’Exodus, festival où nous avions été bénévoles à Chypre. Sur une plage où ils organisent une soirée on rencontre toute l’équipe , sauf le grand Shaman que nous ne reverrons que plus tard, un grand fou, mais aussi un peu attendrissant une fois qu’on passe la première impression. C’est là où se fait voler notre sac et on découvre que l’écran de l’ordi est cassé !

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Il y a des fois où l’on en a un peu marre de faire du stop. Et quelque chose arrive qui nous rappelle pourquoi on fait tout ça : Rimoch et Jeky en font partie. A ce moment nous voulions déjà quitter Israël, mais Rimoch nous avait promis que nous pourrions boire de la bonne bière si nous venons dans leur kibboutz. On n’avait pas vu de kibboutz, alors on s’est laissé tenter ! Rimoch et Jeky sont ce couple qui font des concerts déguisés en lézards géants de l’espace. Rimoch parle sans interruption si tu n’arrives pas le maîtriser ce qui prend sûrement des années d’entraînement, sur tous les sujets, et en détail. Jeky n’écoute plus depuis bien longtemps ce que Rimoch dit mais lui cherche quand même tendrement des poux.

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Un kibboutz cékwa ? Les kibboutz sont des villages collectivistes créés par des mouvements sionistes lors de la colonisation d’Israël. D’abord essentiellement agricoles ils ont par la suite développé également des activités industrielles. Historiquement, les membres des kibboutz étaient connus pour être engagés et militants prônant des valeurs égalitaires, la coopération entre les membres et l’absence de propriété privé. Avec le temps les kibboutz ont bien changé, et aujourd’hui nombre d’entre eux n’ont pas gardé grand-chose de leurs valeurs pendant que leurs industries ou activités agricoles ont été majoritairement privatisées. L’importance des kibboutz dans la société israélienne et leur nombre est en nette diminution depuis 1970. Vous pouvez sûrement encore trouver des kibboutz avec ces valeurs initiales aujourd’hui, mais les autres oscillent entre village un poil plus communautaire et souvenir du passé.

Ginegar, le kibboutz dans lequel nous sommes restés quelques jours garde encore quelques traces de cette histoire. La lessive commune ou la salle à manger sont encore là, et alors qu’elles étaient jadis des composantes importantes, elles sont maintenant devenues facultatives. Les nouveaux arrivants qui viennent emménager dans les kibboutz ne partagent pas forcément ses valeurs égalitaires et ne font pas vraiment partie de la communauté. A cela il faut ajouter que la population des kibboutz vieillit beaucoup. Néanmoins il est vrai que nous y ressentons une ambiance particulière, le sentiment de communauté existe vraiment, les gens ont l’air heureux, s’entendent bien et la religion y est presque inexistante, chose étonnante pour ce pays.

Ginegar est un endroit très vert, les bâtiments ont un allure étrange (qui a dit soviétique?), et jouxtant le village une énorme exploitation bovine avec des vaches qui ne voient que du béton toute leur vie. Preuve que l’industrialisation a eu raison de l’agriculture traditionnelle. Nous gardons aussi en tête l’image des golfettes qui se baladent partout car très peu de voitures circulent et dont nous adorons observer les va et vient.

C’est Rimoch et Jeky qui nous ont conseillé le coin près de la Mer Morte où nous sommes allés avec Johnny. Johnny, vous vous rappelez ? C’est notre pote berger. Si Alex et Lauren sont jeunes en âge (comme nous), Johnny est jeune dans sa tête (comme nous). C’est ce Sud-Africain qui a un moment s’est demandé ce qu’il foutait avec sa vie. Il a décidé de tout lâcher et d’aller méditer dans les montagnes du Sinaï. Il a trouvé sa chance avec la ferme qu’il gère magnifiquement. Un grand esprit, qui apprend par l’expérience, son fromage s’améliore à chaque tournée et son troupeau est de plus en plus sage. Même sur sa glace au curry il devient bon. Les côtes de la Mer Morte sont vraiment impressionnantes. Nous sommes allés non loin de Metsokei Dragot, où les gens se baignent tout nu, où personne vient t’embrouiller ou te vendre un spa régénérant. Là, c’est posé, y’a un petit bassin d’eau non salée pour aller se rincer que l’on partage avec les gens qui passent. C’est là que nous avons rencontré Rivi et Katja, Rivi nous a par la suite ramenés à Jérusalem où nous sommes allés ensemble à la fête des lumières de la ville. Rivi étudie aux États-Unis à Naropa University (Boulder), une université alternative bien spéciale qui a l’air de lui plaire, peut-être irons nous lui rendre visite un jour.

En Israël, les gens sont cools et ouverts. Peut-être un peu trop speed, un peu trop à te couper la parole et à ne pas t’écouter (n’est-ce-pas Rivi ?), mais on les aime bien quand même. Nous sommes autant en désaccord avec le gouvernement et sa façon de gérer le conflit et des problèmes internes dont nous avons parlé dans nos autres articles, que nous nous sommes sentis bien avec les gens que nous avons rencontrés. Il y a dans ce pays une sorte de solidarité dure à retranscrire à l’écrit, une sorte de confiance réciproque et de communication facile et franche. Israël fut vraiment un très bon moment de notre voyage.

Voilà pour notre quatrième et dernier article à propos d’Israël, si vous avez encore des questions n’hésitez pas.

Flex !

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