Ils sont gentils les Israéliens.

On nous demande souvent depuis combien de temps on voyage, et on répond neuf mois avant de se rendre compte que non, ça ne fait pas neuf mais dix mois déjà. Il y a quelques semaines, alors qu’on campait au bord du Nil, on décide de faire une liste des personnes qui nous ont marquées pendant notre voyage. Les gens avec qui nous passons du temps, avec qui nous discutons et créons des liens forment une bonne partie de ce voyage. Certains d’entre eux nous ont marqués durablement et nous aimerions bien les revoir si le hasard de la vie le permet. Dans notre liste, beaucoup de ces personnes sont des rencontres israéliennes.

Nous vous avons parlé de ce que nous avons perçu de l’Israël, de la Palestine, du conflit, d’une partie de la culture, mais nous n’avons pas encore parlé du voyage lui même.

Du début à la fin en Israël on n’a pas beaucoup eu besoin de réfléchir, les rencontres se sont enchaînées tout naturellement. Avant d’arriver nous avions un contact : Rémi avait rencontré Lauren en Albanie pendant une rencontre d’auto-stoppeur l’été précédent et l’avait marqué quand elle avait décrété en arrivant, remplie d’énergie, qu’il fallait aller ramasser les déchets avec les enfants du village. Ce qu’ils ont fait ! Elle vit à Nes Harim avec Alex et Johnny où tous les trois s’occupent dans une ferme d’un troupeau de chèvres et de quelques plantations. On a passé du temps à Nes Harim avec eux, le fromage et le yaourt de chèvre étaient une bénédiction et les longues soirées à boire et discuter sur la terrasse se sont trop vite enchaînées. Un matin difficile, nous avons réussi à nous extirper du sommeil au lever du soleil non sans l’aide des bergers armés d’eau, pour aller promener les chèvres avec eux qui profitaient de notre état de mollusque pour faire ce qu’elles voulaient. C’est un chouette endroit, un havre de paix avec un accueil magnifique et de la bonne bouffe et nous avons aussi mis la main à la pâte, en servant de cobaye pour la glace au curry par exemple. C’est Lauren qui nous a conseillé quelques lieux à visiter au sud d’Haïfa sur la route de la ferme et donc comme ça qu’on a découvert Ein Hod et Jisr az-Zarqa.

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Ein Hod est un village d’artistes à flanc de colline. Partout de nombreuses maisons plutôt richous, s’élèvent entre les œuvres d’arts, des sculptures de toutes sortes, des installations et des galeries. Alors que nous galérions pour trouver un endroit où camper, une personne nous interpelle de son balcon et nous demande en hébreu si nous faisons le « Shvil Yisra’el », un chemin de randonnée qui traverse l’Israël du nord au sud. Un peu de partout sur la route il y a des ‘Anges du Shvil’, des campements ou tout simplement des gens qui accueillent les marcheurs. Celui d’Ein Hod étant sûrement un peu différent des autres avec son grand tipi et ses sculptures géantes d’aigle. Chouette, nous nous y rendons et partageons la soirée avec quelques randonneurs qui pour l’occasion veilleront un peu plus tard et seront partis depuis longtemps quand ce sera à notre tour de se lever.

Le jour suivant nous nous rendons à Jisr az-Zarqa. C’est un petit village arabe et aussi le plus pauvre d’Israël. Pour y entrer on traverse un tunnel qui passe sous l’autoroute dont la façade est peinte de toutes les couleurs et qui annonce « Bienvenue à Jisr az-Zarqa ». Passer ce tunnel c’est un peu comme prendre une porte inter-dimensionnelle qui vous fait changer d’espace-temps. Nous voilà transportés dans un village arabe classique, avec son lot de bordel, de voitures qui klaxonnent et de déchets un peu partout. Les gens sont dehors, vous disent bonjour, les enfants jouent dans la rue et tout le monde se connaît. C’est un autre visage d’Israël qu’on découvre qui n’a rien à voir avec le reste.

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Sur les hauteurs de Nes Harim, qui est situé entre Jérusalem et Tel Aviv, quand on va voir le coucher de soleil on aperçoit les immeuble de Tel Aviv et même le soleil qui plonge dans la mer si le temps est dégagé. De l’autre côté de la colline on voit les premières habitations de la périphérie de Jérusalem. Il est temps de quitter les chèvres, nous levons donc nos pouces pour Jérusalem et c’est Elisha un ami de Fac de Lauren qui nous héberge. Ils font tous les deux des études de musiques orientales et nous en profitons pour écouter Elisha jouer sur son Saz et s’y essayer. Pour Elisha, hors de question que nous dormions sur le sol, alors il nous laisse son lit double hyper confortable et s’installe lui-même par terre. N’importe quel guide vous expliquera très bien comment ne pas manquer les immanquables à Jérusalem donc nous ne vous en parlerons pas. Mais certaines choses valent à nos yeux le détour. Lors de notre vagabondage dans les ruelles de la vielle ville nous sommes montés sur les toits après avoir tenté quelques cages d’escalier et c’est vraiment chouette de voir la ville d’un autre point de vue. Nous avons aussi aimé le marché Jehuda qui change complètement d’ambiance à la tombée de la nuit : le jour un marché animé et coloré, il se transforme la nuit quand les bars ouvrent et passent de la musique dans leurs hauts-parleurs et que des jeunes viennent traîner et faire résonner leurs instruments devant les rideaux de fers des maraîchers. Pendant ce temps de transition à la fin du marché, nous devons faire preuve de self-contrôle pour ne pas récupérer plus de fruits et légumes, jugés un peu trop vieux, que nous ne pouvons en consommer. Dans le quartier Nachlaot juste à côté du marché, nous avons adoré découvrir les ruelles et autres jardins cachés. Un autre soir nous sommes allés voir un concert de Bint el Funk, un groupe Israélien qui bouge bien (et qui fait bouger) mélangeant musique yéménite, funk et autres styles, avec des paroles en hébreu, arabe et anglais. Jérusalem est une ville très religieuse et très touristique, mais aussi une ville vivante qui réserve beaucoup de choses à découvrir. Elle nous a surpris quand nous avons essayé de faire du stop de nuit, en ville, et qu’un petit papy tout gentil nous a conduit jusqu’au tram.

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Après Jérusalem nous voulions aller voir Tel Aviv qui est à la fois la capitale économique de l’Israël, mais aussi la ville branchée, alternative, qui bouge, où par exemple les gays et lesbiennes vont souvent émigrer pour échapper à un conservatisme présent dans d’autres villes. Alex le berger nous accompagne et nous présente Oren qui sera notre premier hôte tel-avivien, grand nounours frisé qui s’entraîne à attraper les objets avec ses pieds. Alex se fait un devoir de nous amener au meilleur hummus d’Israël et de nous faire visiter tous les coins qu’il aime bien. Alex s’est juré de ne plus boire de bière tant qu’il n’aura pas pas brassé la sienne : aux dernières nouvelles, le matos était commandé et on espère qu’il n’a pas flanché, car pour un gars comme Alex, se priver de bière, c’est comme priver un Breton de sa crêpe. Quand nous avons quitté Oren, nous avons trouvé refuge vers le marché Karmel, cette fois chez Maxim ; et alors que sa copine nous abandonne pour le ‘concert retour des Backstreet Boy’, nous allons avec Maxim écouter un pianiste fou et ses acolytes dans un bar jazz. Yonathan, un pote de pote qui nous a présenté Maxim nous y rejoint un peu plus tard. Dans ce marché, tout comme à Jérusalem, les avocats abandonnés en fin de marché coulent à flots. Attention à arriver avant le gros méga bulldozer qui vient nettoyer. Bon un bulldozer pour nettoyer ça paraît bizarre mais c’est un pays bizarre de toute façon. Yonathan et Maxim se plieront en quatre pour nous faire faire de la longboard, nous faire manger du hummus (et oui encore), nous donner des vêtements ou nous aider à vendre des bières quand nous cassons l’ordinateur de Rémi et que la sac d’Arthur se fait voler.

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A Tel-Aviv, nous avons apprécié Yaffo/Jaffa quartier à l’origine arabe et qui est bien plus joli que les nouveaux bâtiments et grands immeubles qui forment Tel-Aviv. Dans son marché aux puces très cool, nous rachetons une cafetière italienne, l’outil le plus indispensable de notre voyage.

Avec Manu le vrai Breton comme on les aime, trouvé entre deux patates et un citron à la fin du marché, nous avons rencontré un soir Laura sur la plage qui revenait du Midburn. Les jours qu’elle a passé là-bas lui ont fait changé de vision sur le monde, elle voulait aider tout le monde, s’en foutre et tout balancer. Elle nous a donc hébergé sans se poser de questions !

Quand on voyage, on se dit souvent avec les rencontres qu’on se revoit toujours deux fois. Et même des fois trois ! A Tel-Aviv nous avons recroisé au hasard Scott, déjà rencontré à Chypre, et Freddy avec qui nous avions partagé Noël en Turquie, et revu au hasard à Chypre aussi. Zincroyable.

Au hasard des recherches sur le net, nous voyons que Driss joue au festival Groove Attack. Le festival est bien trop cher pour nous, mais nous connaissons Driss car il était le président du festival Hadra à Grenoble où nous étions souvent bénévoles. Un petit mail, et l’invitation est dans la poche. On va donc se taquiner les oreilles avec le groupe Israélien Infected Mushrooms et d’autres très bons artistes. Driss aussi nous a mis le feu sous les vaporisateurs d’eau du chapiteau. De fil en aiguille, on retrouve le contact des organisateurs d’Exodus, festival où nous avions été bénévoles à Chypre. Sur une plage où ils organisent une soirée on rencontre toute l’équipe , sauf le grand Shaman que nous ne reverrons que plus tard, un grand fou, mais aussi un peu attendrissant une fois qu’on passe la première impression. C’est là où se fait voler notre sac et on découvre que l’écran de l’ordi est cassé !

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Il y a des fois où l’on en a un peu marre de faire du stop. Et quelque chose arrive qui nous rappelle pourquoi on fait tout ça : Rimoch et Jeky en font partie. A ce moment nous voulions déjà quitter Israël, mais Rimoch nous avait promis que nous pourrions boire de la bonne bière si nous venons dans leur kibboutz. On n’avait pas vu de kibboutz, alors on s’est laissé tenter ! Rimoch et Jeky sont ce couple qui font des concerts déguisés en lézards géants de l’espace. Rimoch parle sans interruption si tu n’arrives pas le maîtriser ce qui prend sûrement des années d’entraînement, sur tous les sujets, et en détail. Jeky n’écoute plus depuis bien longtemps ce que Rimoch dit mais lui cherche quand même tendrement des poux.

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Un kibboutz cékwa ? Les kibboutz sont des villages collectivistes créés par des mouvements sionistes lors de la colonisation d’Israël. D’abord essentiellement agricoles ils ont par la suite développé également des activités industrielles. Historiquement, les membres des kibboutz étaient connus pour être engagés et militants prônant des valeurs égalitaires, la coopération entre les membres et l’absence de propriété privé. Avec le temps les kibboutz ont bien changé, et aujourd’hui nombre d’entre eux n’ont pas gardé grand-chose de leurs valeurs pendant que leurs industries ou activités agricoles ont été majoritairement privatisées. L’importance des kibboutz dans la société israélienne et leur nombre est en nette diminution depuis 1970. Vous pouvez sûrement encore trouver des kibboutz avec ces valeurs initiales aujourd’hui, mais les autres oscillent entre village un poil plus communautaire et souvenir du passé.

Ginegar, le kibboutz dans lequel nous sommes restés quelques jours garde encore quelques traces de cette histoire. La lessive commune ou la salle à manger sont encore là, et alors qu’elles étaient jadis des composantes importantes, elles sont maintenant devenues facultatives. Les nouveaux arrivants qui viennent emménager dans les kibboutz ne partagent pas forcément ses valeurs égalitaires et ne font pas vraiment partie de la communauté. A cela il faut ajouter que la population des kibboutz vieillit beaucoup. Néanmoins il est vrai que nous y ressentons une ambiance particulière, le sentiment de communauté existe vraiment, les gens ont l’air heureux, s’entendent bien et la religion y est presque inexistante, chose étonnante pour ce pays.

Ginegar est un endroit très vert, les bâtiments ont un allure étrange (qui a dit soviétique?), et jouxtant le village une énorme exploitation bovine avec des vaches qui ne voient que du béton toute leur vie. Preuve que l’industrialisation a eu raison de l’agriculture traditionnelle. Nous gardons aussi en tête l’image des golfettes qui se baladent partout car très peu de voitures circulent et dont nous adorons observer les va et vient.

C’est Rimoch et Jeky qui nous ont conseillé le coin près de la Mer Morte où nous sommes allés avec Johnny. Johnny, vous vous rappelez ? C’est notre pote berger. Si Alex et Lauren sont jeunes en âge (comme nous), Johnny est jeune dans sa tête (comme nous). C’est ce Sud-Africain qui a un moment s’est demandé ce qu’il foutait avec sa vie. Il a décidé de tout lâcher et d’aller méditer dans les montagnes du Sinaï. Il a trouvé sa chance avec la ferme qu’il gère magnifiquement. Un grand esprit, qui apprend par l’expérience, son fromage s’améliore à chaque tournée et son troupeau est de plus en plus sage. Même sur sa glace au curry il devient bon. Les côtes de la Mer Morte sont vraiment impressionnantes. Nous sommes allés non loin de Metsokei Dragot, où les gens se baignent tout nu, où personne vient t’embrouiller ou te vendre un spa régénérant. Là, c’est posé, y’a un petit bassin d’eau non salée pour aller se rincer que l’on partage avec les gens qui passent. C’est là que nous avons rencontré Rivi et Katja, Rivi nous a par la suite ramenés à Jérusalem où nous sommes allés ensemble à la fête des lumières de la ville. Rivi étudie aux États-Unis à Naropa University (Boulder), une université alternative bien spéciale qui a l’air de lui plaire, peut-être irons nous lui rendre visite un jour.

En Israël, les gens sont cools et ouverts. Peut-être un peu trop speed, un peu trop à te couper la parole et à ne pas t’écouter (n’est-ce-pas Rivi ?), mais on les aime bien quand même. Nous sommes autant en désaccord avec le gouvernement et sa façon de gérer le conflit et des problèmes internes dont nous avons parlé dans nos autres articles, que nous nous sommes sentis bien avec les gens que nous avons rencontrés. Il y a dans ce pays une sorte de solidarité dure à retranscrire à l’écrit, une sorte de confiance réciproque et de communication facile et franche. Israël fut vraiment un très bon moment de notre voyage.

Voilà pour notre quatrième et dernier article à propos d’Israël, si vous avez encore des questions n’hésitez pas.

Flex !

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