Jordanie 2/2 – Perdus dans les paysages

Hey hey, tout de bon ? Voici notre deuxième article sur la Jordanie, dans la continuité du premier. Toujours à la première personne, mélange de nos personnalités, on a essayé du mieux qu’on pouvait d’intégrer notre réflexion et nos sentiments sur le pays au déroulement de notre voyage.

 

Depuis notre arrivée à Dana, la vallée nous titille. Nous décidons de faire une boucle et de revenir quelques jours plus tard dans le village, où nous laissons les affaires inutiles. Quelques courses en poche plus tard, nous la descendons cette vallée de Dana. C’est un peu trop pour moi, je sais plus où donner de la tête. Chaque centaine de mètres est différente de la précédente, entre des roches rouges plates, des galets qui tapissent la rivière asséchée, du sable ou des lames rocheuses qui sortent des flancs de la montagne. Chose rare en Jordanie, on ne voit personne pendant plus de quelques heures jusqu’à ce qu’on arrive aux tentes bédouines avant le désert. De quoi leurs tentes étaient faites avant que l’UNHCR viennent distribuer des bâches ou qu’ils récupèrent des vieux bouts de tissus par-ci par-là ? Et puis comment des gens en sont venus à s’installer là ??

"Tente bédouine en bas de la vallée." "Bedouin tent down the valley."

A la tombée de la nuit nous avons installé notre campement, après conseil d’un guide qui habite là, à l’écart des serpents qui rôdent autour des arbres. Nous grimpons la colline pour rejoindre les tentes du guide. Sous les étoiles du désert ces néo-bédouins ont installé des tapis et, en s’excusant de n’offrir que les restes, nous apporte de la nourriture ainsi qu’un sirop chimique dégueu que je prends soin de ne pas boire. Pendant que Marie, qui est pourtant ‘officiellement’ ma copine ce soir, se fait draguer par le gros lourd de guide, je dois subir une série de vidéos marrantes sur un téléphone connecté à Youtube. « Vous avez des instruments de musique? » « Oh mon grand-père il en a un, mais nous, on n’en a plus besoin, on a des téléphones. » Les bédouins aussi ont le droit d’avoir internet dans le désert, mais ça me fait quand même un peu mal aux oreilles d’entendre la même sonnerie de téléphone que mes anciens potes d’université et de voir que ces jeunes écoutent la même musique pourrie qu’on a sur nos radios en France. J’avoue que j’avais une autre image des bédouins, j’étais sûrement un peu naïf. Nous ne nous laissons pas avoir par notre ami bédouin qui essaye de décider à notre place que nous avons besoin d’un 4×4 pour porter nos affaire et qui nous affirme, sûr de lui, « This is the program ». On commence à avoir l’habitude de ces conversations. Marie ne se sera pas non plus laissée charmer, alors on rentre se coucher à ciel ouvert, juste en dehors de la tente qu’on avait pourtant plantée.

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On continue notre boucle en remontant par Wadi Ghuweir. Notre guide d’hier, loin de lui l’idée de nous vendre sa compagnie et le fameux 4×4 pour nous ramener à Dana, nous avait prévenu que l’entrée était bouchée par un gros caillou (impassable pour nous incapables européens). Mais bon je suis à 1/64ème guatémaltèque alors j’ai réussi à passer quand même. Là je prends encore une claque, c’est trop pour moi. Déjà c’est la première fois que je vois un canyon, un vrai de de vrai, avec de l’eau et des couloirs étroits, des roches blanches en forme de vague, des palmiers qui menacent de nous tomber dessus et tout et tout. C’est tellement un paradis, où nous sommes seuls et tranquilles que nous décidons de passer la nuit à mi-chemin. Marie se permet un bikini au soleil, luxe rare dans ces contrées. Mais elle est vite interrompue par l’un des frères du guide qui nous a rejoint avec son copain. Il vient lui offrir son cœur et veut passer la nuit avec nous. Je dois m’énerver pour qu’il accepte de nous laisser, et on bouge notre campement un peu plus haut au cas où il décide de revenir. L’endroit est incroyable, il regorge de vie, après avoir passé des jours dans le désert et affronté la Mer Morte, j’ai l’impression que nous sommes arrivés dans une oasis de bonheur, l’eau fraîche et potable est toujours à portée de main. Nous jouons avec nos ombres dansantes créées par le feu qui se reflètent sur les parois du canyon et je me plonge dans cette image de dessin animé.

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Le lendemain il faut quitter avec regret notre vallée chérie car les vivres commencent à manquer et nous nous baignons encore à une ou deux reprise. Plus nous avançons plus l’eau se fait rare, la rivière disparaît sous la roche pour réapparaître cinquante mètres plus loin, puis se faufiler à nouveau dans les rochers. Nous finissons par quitter la vallée, je me demande si un jour je reviendrai et à quoi elle ressemblera. Les premiers signes de civilisation commencent à poindre sous la forme de bouteilles plastiques et d’aluminium pour les chichas, prenant son apogée quand nous croisons un chasseur alors que nous finissions les dernières miettes de vivres. Maintenant pas le choix il va falloir retourner à la civilisation si on ne veut pas mourir de faim.

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Nous voilà arrivé à un route asphalté déserte à l’exception d’une berline noire au loin qui nous dépose très gentiment à Shobak à la tombée de la nuit. Pendant la rupture du jeûne, l’iftar, c’est peine perdue de faire du stop, aucune voiture ne passe, car tout le monde est censé manger, alors autant faire de même. Juste à côté de la grande rue il y a une grande tente faite de ces tissus colorés que j’ai souvent vu dans ce pays. Dessous, quelques tables et chaises, ainsi que des plats de poulets et de riz et des dattes. Pendant le Ramadan, personne ne doit être exclu de repas, alors les gens s’organisent pour que même les pauvres puissent manger. Une fois de plus je suis impressionné par cette solidarité et cette générosité, et ce soir là en plus des nécessiteux et des gens de passages, il y aura trois voyageurs qui mangeront avec plaisir. Je me demande comment il est possible de détester et d’adorer à la fois une même culture, il va être important de garder les bons côtés.

Nous rentrons à Dana ce soir-là, il fait déjà nuit mais très rapidement quelqu’un nous prend en stop. A mon étonnement une grosse voiture de riche s’arrête, une première ici. C’est un jeune très sympa qui nous conduit presque jusqu’à Dana alors qu’il n’y va pas. Il nous parle de ses trente chameaux qu’il n’utilise pas vraiment pour faire un quelconque business, mais juste parce qu’il aime les chameaux. C’est sa collection, comme des timbres quoi, mais juste un peu plus gros. C’est incroyable.

Le lendemain il faut dire au revoir au petit gars de l’hôtel, Mohammed (nom très très rare dans le coin), puisque nous partons pour Pétra.

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Depuis que nous somme arrivés en Jordanie, et même avant, j’ai entendu parler de Pétra un nombre incalculable de fois, site incroyable, patrimoine mondiale incontournable et tutti quanti, si bien que j’ai presque pas envie d’y aller par pur esprit de contradiction. D’un bout à l’autre de la Jordanie on nous propose des taxis pour Pétra comme s’il n’y avait que ça. Bien sûr nous n’allons pas à Pétra en taxi mais en stop, jusqu’à ce qu’un de nos conducteur décide, sans vraiment nous demander, de nous ramener chez lui et de nous offrir le gîte et le couvert. C’est un peu un classique j’ai l’impression, où tout le monde pense savoir mieux que toi ce qui est bon pour toi, ce qui commence à m’énerver. Combien de fois j’entendrais dans ce périple à travers ces pays arabes que nous traversons le fameux « this is better for you » ? On s’éclipse de chez notre conducteur pour débarquer dans la ville de Wadi Musa qui jouxte le site archéologique. La Jordanie est un pays de bédouin donc pas de problème pour camper, mais là c’est un bon défi car nous sommes dans l’endroit le plus touristique du pays. En deux secondes, on se fait accoster par un gars qui tient un petit snack et nous paie le thé suivi du repas. Mille coups de fil plus tard et 500 « ouais-ouais-t’inquiète-mon-cousin-arrive-pour-venir-vous-chercher-ah-non-en-fait-ce-sera-pas-mon-cousin-mais-mon-pote », on se retrouve chez son frère qui a une bonne dégaine d’ex-taulard. Les Jordaniens, par ailleurs les gens les plus gentils du monde et les plus hospitaliers, sont parfois aussi un peu pressants et oppressants. Là c’est le contraire : assied-toi, prend un thé, moi je vais faire ma vie et je reviens toutes les demi-heures pour voir si tu manques de rien. Chacun dans son monde, chacun sur son petit canapé au sol, on se laisse aller doucement aux rêves.

Pétra la rose, Pétra la magnifique, Pétra l’incontournable, Pétra la super méga chère. Trop pour notre budget. Des Jordaniens nous expliquent que l’entrée est si chère car de nombreux touriste viennent en Jordanie seulement pour voir Pétra et sinon restent en Israël, et ne dépensent donc pas l’ombre d’une pesetas en Jordanie. Le site est immense et heureusement pour nous autres les pauvres, n’est pas barrièré. A nous trois, on tâte les différents canyons, on désescalade, on saute, jusqu’à ce qu’au détour de l’un d’entre eux une petite représentation gravée vient nous émerveiller et nous confirmer qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

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En bon VIP, nous arrivons par derrière et je vais vite me perdre dans les maisons roses taillées dans la roche. On m’avait dit incontournable, et je dois admettre que c’était vrai. Surtout en ce moment ! Les plusieurs milliers de touristes journaliers ont pris peur depuis le déclenchement de la guerre en Syrie et c’est la basse saison : nous sommes une cinquantaine sur le site immense. Avoir Pétra pour soi c’est pas mal, on remercie les gens d’avoir peur derrière leur télé alors que la Jordanie est sûrement l’un des pays les plus sûrs du Moyen-Orient. Fier comme un coq français, je quitte en fin de journée la belle Pétra par la grande porte avec un clin d’oeil narquois adressé à la police du tourisme.

Un autre truc marrant c’est que tous les rabatteurs pour touristes, organisateurs de tours de chameaux ou d’ânes sur le site, sont déguisés en Jack Sparrow, comme dans le flim. Si si, mais demandez pas pourquoi.

Le second ‘must’ de la Jordanie c’est le Wadi Rum, la vallée du Rhum. Enfin je crois que c’est ça la traduction, faut que je vérifie. Pas facile à rejoindre en stop, mais je me décide de ne plus dire de mal des touristes car c’est eux qui vont nous s’arrêter et nous y emmener. On s’éloigne du dernier village pour arriver à la source juste à l’entrée du désert. Boh, et quel désert. Rouge, sable fin, un couloir qui s’étend jusqu’à l’infini entouré de collines et montagnes en roches dénudées. Arrivés à la source nous installerons notre campement sous le seul arbre disponible.

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Deux cents mètres plus haut sur les rochers nous trouvons l’origine de le source, je me pose là et admire le désert qui s’étend au loin et dont les distances sont difficile à appréhender. Puis petit à petit je vois des points au loin qui grandissent et grandissent encore. Ce n’est pas des gens, ce n’est pas des voitures. Des dromadaires ! Je dévale les rochers sans me casser la margoulette et j’arrive à temps pour discuter avec un bédouin qui est venu voir ses chameaux. Ils vivent dans le désert en semi liberté et environ une fois par semaine ils reviennent à la source pour boire, le reste du temps se baladant à travers le désert pour chercher à manger. Quand la saison arrive où les dromadaires voudraient partir plus loin pour trouver leur nourriture, leur propriétaire leur entrave les pattes pour qu’ils ne puissent pas partir trop loin. J’imagine assez bien Momo dégainer son nouveau Samsung pour appeler Ahmed lorsqu’il voit passer les dromadaires de ce dernier « oh Habibi j’ai vu tes dromadaires là, ils sont sur la route de l’abreuvoir ». Sous le clair de lune au milieu de nos conversations, on voit des grands spectres avancer en se dodelinant pour rejoindre l’abreuvoir. Toute la nuit, différentes processions de dromadaires vont venir, avec des bébés bien mignons. Après ne pas avoir rempli leur bosse mais juste leur bidon, car c’est une légende que celle-ci est une réserve d’eau, la caravane de spectres va s’évanouir à nouveau dans le sable. Un moment magique, nous sommes arrivés dans la bonne période.

"On observe des chameaux qui viennent à toute heure du jour ou de la nuit s'abreuver, avant de repartir pour une bonne semaine." "We observe camels that come night and day to drink, before going back for another week."

Bouger en journée se révèle une mission digne d’un chameau agent secret d’élite hyper entraîné, mais nous tenterons quand même plus tard une traversée. J’aurai juré que la montagne là-bas était à dix minutes de marche. Hum, il est bizarre ce désert, il est pas palpable. Marcher dans le désert, c’est assez spirituel en fait. On se sent tout petit, écrasé par la chaleur et l’immensité, les pas ne faisant aucunement avancer, alors je fais le vide et je me laisse absorber par le sable.

"Marie dans le sable." "Marie in the sand."

Notre dernière étape en Jordanie est Aqaba que nous rejoignons grâce à deux techniciens venus vérifier les antennes pour téléphones mobiles. Cela semble une évidence pour eux de nous inviter à manger chez eux. Notre hôte va soigneusement cacher sa femme pour que nous, hommes étrangers, ne puissions pas la voir. Alors que Marie fut invitée plusieurs fois pour discuter avec les femmes des gens nous accueillant, nous autres hommes n’avons que très peu d’interactions avec elles. Puis ils nous emmènent sur la plage au sud de la ville pour que nous y passions la nuit, je dis pas non à la proposition. C’est incroyable en Jordanie qu’on puisse squatter, camper ou dormir n’importe où, les gens s’en fichent, voire ils en sont contents. Il y a du vent, mais je commence à être un expert en protections en tous genres, alors je concocte un petit abri digne d’un grand. On squattera pendant 3 jours cette plage où les hommes peuvent, Ô folie, se baigner torse nu sans risquer la panique totale des foules. Notre copain qui tient le petit stand à côté nous emmène faire des tours de masque et tuba. Même dans l’eau, ce n’est pas nous qui choisissons ce que nous voulons voir et la vitesse à laquelle nous allons. « On va aller voir ce corail, puis ce corail, this is better for you ». C’est dommage car si les coraux et les poissons sont époustouflants à la Mer Rouge, on a un peu l’impression de les survoler, notre guide décidant du tempo. Et bien sûr, Marie, qui est une femme, donc faible, ne doit pas lâcher le bras de notre guide car il a décidé qu’elle ne sait pas bien nager. Je suis vraiment perplexe. Comment peut-on être si gentil, et en même temps ne pas laisser de liberté aux gens et réduire la condition des femmes comme cela ?

"En route pour le Wadi Rum." "On the way to Wadi Rum."

Deux kilomètres plus loin, une grosse marina pour riches Clubmédiens a été construite. Un autre univers, d’autres règles. Quand je suis arrivé en Jordanie, je croyais que c’était un pays où l’alcool coulait à flots et j’en avais été très surpris. En fait, je crois que les gens se préparaient en buvant leur saoul avant le Ramadan pendant lequel il est quasi-impossible d’acheter de l’alcool. La marina, ce n’est pas la Jordanie, c’est un ghetto pour riches, et là le magasin ne se privaient pas pour vendre ses bouteilles.

Avant de prendre le ferry, nous passons la nuit sur la plage du centre-ville qui est bondée pendant le Ramadan. Tout le monde vit la nuit pendant cette période. Mais personne ne vient réveiller les trois Français posés là à dormir.

Nous nous réveillons avec les premiers rayons du soleil pour prendre le ferry pour l’Egypte, la suite est une autre histoire.

 

Bisous d’Arthurémi. Et de Marie aussi, même si on pas demandé.

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