Jordanie 2/2 – Perdus dans les paysages

Hey hey, tout de bon ? Voici notre deuxième article sur la Jordanie, dans la continuité du premier. Toujours à la première personne, mélange de nos personnalités, on a essayé du mieux qu’on pouvait d’intégrer notre réflexion et nos sentiments sur le pays au déroulement de notre voyage.

 

Depuis notre arrivée à Dana, la vallée nous titille. Nous décidons de faire une boucle et de revenir quelques jours plus tard dans le village, où nous laissons les affaires inutiles. Quelques courses en poche plus tard, nous la descendons cette vallée de Dana. C’est un peu trop pour moi, je sais plus où donner de la tête. Chaque centaine de mètres est différente de la précédente, entre des roches rouges plates, des galets qui tapissent la rivière asséchée, du sable ou des lames rocheuses qui sortent des flancs de la montagne. Chose rare en Jordanie, on ne voit personne pendant plus de quelques heures jusqu’à ce qu’on arrive aux tentes bédouines avant le désert. De quoi leurs tentes étaient faites avant que l’UNHCR viennent distribuer des bâches ou qu’ils récupèrent des vieux bouts de tissus par-ci par-là ? Et puis comment des gens en sont venus à s’installer là ??

"Tente bédouine en bas de la vallée." "Bedouin tent down the valley."

A la tombée de la nuit nous avons installé notre campement, après conseil d’un guide qui habite là, à l’écart des serpents qui rôdent autour des arbres. Nous grimpons la colline pour rejoindre les tentes du guide. Sous les étoiles du désert ces néo-bédouins ont installé des tapis et, en s’excusant de n’offrir que les restes, nous apporte de la nourriture ainsi qu’un sirop chimique dégueu que je prends soin de ne pas boire. Pendant que Marie, qui est pourtant ‘officiellement’ ma copine ce soir, se fait draguer par le gros lourd de guide, je dois subir une série de vidéos marrantes sur un téléphone connecté à Youtube. « Vous avez des instruments de musique? » « Oh mon grand-père il en a un, mais nous, on n’en a plus besoin, on a des téléphones. » Les bédouins aussi ont le droit d’avoir internet dans le désert, mais ça me fait quand même un peu mal aux oreilles d’entendre la même sonnerie de téléphone que mes anciens potes d’université et de voir que ces jeunes écoutent la même musique pourrie qu’on a sur nos radios en France. J’avoue que j’avais une autre image des bédouins, j’étais sûrement un peu naïf. Nous ne nous laissons pas avoir par notre ami bédouin qui essaye de décider à notre place que nous avons besoin d’un 4×4 pour porter nos affaire et qui nous affirme, sûr de lui, « This is the program ». On commence à avoir l’habitude de ces conversations. Marie ne se sera pas non plus laissée charmer, alors on rentre se coucher à ciel ouvert, juste en dehors de la tente qu’on avait pourtant plantée.

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On continue notre boucle en remontant par Wadi Ghuweir. Notre guide d’hier, loin de lui l’idée de nous vendre sa compagnie et le fameux 4×4 pour nous ramener à Dana, nous avait prévenu que l’entrée était bouchée par un gros caillou (impassable pour nous incapables européens). Mais bon je suis à 1/64ème guatémaltèque alors j’ai réussi à passer quand même. Là je prends encore une claque, c’est trop pour moi. Déjà c’est la première fois que je vois un canyon, un vrai de de vrai, avec de l’eau et des couloirs étroits, des roches blanches en forme de vague, des palmiers qui menacent de nous tomber dessus et tout et tout. C’est tellement un paradis, où nous sommes seuls et tranquilles que nous décidons de passer la nuit à mi-chemin. Marie se permet un bikini au soleil, luxe rare dans ces contrées. Mais elle est vite interrompue par l’un des frères du guide qui nous a rejoint avec son copain. Il vient lui offrir son cœur et veut passer la nuit avec nous. Je dois m’énerver pour qu’il accepte de nous laisser, et on bouge notre campement un peu plus haut au cas où il décide de revenir. L’endroit est incroyable, il regorge de vie, après avoir passé des jours dans le désert et affronté la Mer Morte, j’ai l’impression que nous sommes arrivés dans une oasis de bonheur, l’eau fraîche et potable est toujours à portée de main. Nous jouons avec nos ombres dansantes créées par le feu qui se reflètent sur les parois du canyon et je me plonge dans cette image de dessin animé.

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Le lendemain il faut quitter avec regret notre vallée chérie car les vivres commencent à manquer et nous nous baignons encore à une ou deux reprise. Plus nous avançons plus l’eau se fait rare, la rivière disparaît sous la roche pour réapparaître cinquante mètres plus loin, puis se faufiler à nouveau dans les rochers. Nous finissons par quitter la vallée, je me demande si un jour je reviendrai et à quoi elle ressemblera. Les premiers signes de civilisation commencent à poindre sous la forme de bouteilles plastiques et d’aluminium pour les chichas, prenant son apogée quand nous croisons un chasseur alors que nous finissions les dernières miettes de vivres. Maintenant pas le choix il va falloir retourner à la civilisation si on ne veut pas mourir de faim.

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Nous voilà arrivé à un route asphalté déserte à l’exception d’une berline noire au loin qui nous dépose très gentiment à Shobak à la tombée de la nuit. Pendant la rupture du jeûne, l’iftar, c’est peine perdue de faire du stop, aucune voiture ne passe, car tout le monde est censé manger, alors autant faire de même. Juste à côté de la grande rue il y a une grande tente faite de ces tissus colorés que j’ai souvent vu dans ce pays. Dessous, quelques tables et chaises, ainsi que des plats de poulets et de riz et des dattes. Pendant le Ramadan, personne ne doit être exclu de repas, alors les gens s’organisent pour que même les pauvres puissent manger. Une fois de plus je suis impressionné par cette solidarité et cette générosité, et ce soir là en plus des nécessiteux et des gens de passages, il y aura trois voyageurs qui mangeront avec plaisir. Je me demande comment il est possible de détester et d’adorer à la fois une même culture, il va être important de garder les bons côtés.

Nous rentrons à Dana ce soir-là, il fait déjà nuit mais très rapidement quelqu’un nous prend en stop. A mon étonnement une grosse voiture de riche s’arrête, une première ici. C’est un jeune très sympa qui nous conduit presque jusqu’à Dana alors qu’il n’y va pas. Il nous parle de ses trente chameaux qu’il n’utilise pas vraiment pour faire un quelconque business, mais juste parce qu’il aime les chameaux. C’est sa collection, comme des timbres quoi, mais juste un peu plus gros. C’est incroyable.

Le lendemain il faut dire au revoir au petit gars de l’hôtel, Mohammed (nom très très rare dans le coin), puisque nous partons pour Pétra.

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Depuis que nous somme arrivés en Jordanie, et même avant, j’ai entendu parler de Pétra un nombre incalculable de fois, site incroyable, patrimoine mondiale incontournable et tutti quanti, si bien que j’ai presque pas envie d’y aller par pur esprit de contradiction. D’un bout à l’autre de la Jordanie on nous propose des taxis pour Pétra comme s’il n’y avait que ça. Bien sûr nous n’allons pas à Pétra en taxi mais en stop, jusqu’à ce qu’un de nos conducteur décide, sans vraiment nous demander, de nous ramener chez lui et de nous offrir le gîte et le couvert. C’est un peu un classique j’ai l’impression, où tout le monde pense savoir mieux que toi ce qui est bon pour toi, ce qui commence à m’énerver. Combien de fois j’entendrais dans ce périple à travers ces pays arabes que nous traversons le fameux « this is better for you » ? On s’éclipse de chez notre conducteur pour débarquer dans la ville de Wadi Musa qui jouxte le site archéologique. La Jordanie est un pays de bédouin donc pas de problème pour camper, mais là c’est un bon défi car nous sommes dans l’endroit le plus touristique du pays. En deux secondes, on se fait accoster par un gars qui tient un petit snack et nous paie le thé suivi du repas. Mille coups de fil plus tard et 500 « ouais-ouais-t’inquiète-mon-cousin-arrive-pour-venir-vous-chercher-ah-non-en-fait-ce-sera-pas-mon-cousin-mais-mon-pote », on se retrouve chez son frère qui a une bonne dégaine d’ex-taulard. Les Jordaniens, par ailleurs les gens les plus gentils du monde et les plus hospitaliers, sont parfois aussi un peu pressants et oppressants. Là c’est le contraire : assied-toi, prend un thé, moi je vais faire ma vie et je reviens toutes les demi-heures pour voir si tu manques de rien. Chacun dans son monde, chacun sur son petit canapé au sol, on se laisse aller doucement aux rêves.

Pétra la rose, Pétra la magnifique, Pétra l’incontournable, Pétra la super méga chère. Trop pour notre budget. Des Jordaniens nous expliquent que l’entrée est si chère car de nombreux touriste viennent en Jordanie seulement pour voir Pétra et sinon restent en Israël, et ne dépensent donc pas l’ombre d’une pesetas en Jordanie. Le site est immense et heureusement pour nous autres les pauvres, n’est pas barrièré. A nous trois, on tâte les différents canyons, on désescalade, on saute, jusqu’à ce qu’au détour de l’un d’entre eux une petite représentation gravée vient nous émerveiller et nous confirmer qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

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En bon VIP, nous arrivons par derrière et je vais vite me perdre dans les maisons roses taillées dans la roche. On m’avait dit incontournable, et je dois admettre que c’était vrai. Surtout en ce moment ! Les plusieurs milliers de touristes journaliers ont pris peur depuis le déclenchement de la guerre en Syrie et c’est la basse saison : nous sommes une cinquantaine sur le site immense. Avoir Pétra pour soi c’est pas mal, on remercie les gens d’avoir peur derrière leur télé alors que la Jordanie est sûrement l’un des pays les plus sûrs du Moyen-Orient. Fier comme un coq français, je quitte en fin de journée la belle Pétra par la grande porte avec un clin d’oeil narquois adressé à la police du tourisme.

Un autre truc marrant c’est que tous les rabatteurs pour touristes, organisateurs de tours de chameaux ou d’ânes sur le site, sont déguisés en Jack Sparrow, comme dans le flim. Si si, mais demandez pas pourquoi.

Le second ‘must’ de la Jordanie c’est le Wadi Rum, la vallée du Rhum. Enfin je crois que c’est ça la traduction, faut que je vérifie. Pas facile à rejoindre en stop, mais je me décide de ne plus dire de mal des touristes car c’est eux qui vont nous s’arrêter et nous y emmener. On s’éloigne du dernier village pour arriver à la source juste à l’entrée du désert. Boh, et quel désert. Rouge, sable fin, un couloir qui s’étend jusqu’à l’infini entouré de collines et montagnes en roches dénudées. Arrivés à la source nous installerons notre campement sous le seul arbre disponible.

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Deux cents mètres plus haut sur les rochers nous trouvons l’origine de le source, je me pose là et admire le désert qui s’étend au loin et dont les distances sont difficile à appréhender. Puis petit à petit je vois des points au loin qui grandissent et grandissent encore. Ce n’est pas des gens, ce n’est pas des voitures. Des dromadaires ! Je dévale les rochers sans me casser la margoulette et j’arrive à temps pour discuter avec un bédouin qui est venu voir ses chameaux. Ils vivent dans le désert en semi liberté et environ une fois par semaine ils reviennent à la source pour boire, le reste du temps se baladant à travers le désert pour chercher à manger. Quand la saison arrive où les dromadaires voudraient partir plus loin pour trouver leur nourriture, leur propriétaire leur entrave les pattes pour qu’ils ne puissent pas partir trop loin. J’imagine assez bien Momo dégainer son nouveau Samsung pour appeler Ahmed lorsqu’il voit passer les dromadaires de ce dernier « oh Habibi j’ai vu tes dromadaires là, ils sont sur la route de l’abreuvoir ». Sous le clair de lune au milieu de nos conversations, on voit des grands spectres avancer en se dodelinant pour rejoindre l’abreuvoir. Toute la nuit, différentes processions de dromadaires vont venir, avec des bébés bien mignons. Après ne pas avoir rempli leur bosse mais juste leur bidon, car c’est une légende que celle-ci est une réserve d’eau, la caravane de spectres va s’évanouir à nouveau dans le sable. Un moment magique, nous sommes arrivés dans la bonne période.

"On observe des chameaux qui viennent à toute heure du jour ou de la nuit s'abreuver, avant de repartir pour une bonne semaine." "We observe camels that come night and day to drink, before going back for another week."

Bouger en journée se révèle une mission digne d’un chameau agent secret d’élite hyper entraîné, mais nous tenterons quand même plus tard une traversée. J’aurai juré que la montagne là-bas était à dix minutes de marche. Hum, il est bizarre ce désert, il est pas palpable. Marcher dans le désert, c’est assez spirituel en fait. On se sent tout petit, écrasé par la chaleur et l’immensité, les pas ne faisant aucunement avancer, alors je fais le vide et je me laisse absorber par le sable.

"Marie dans le sable." "Marie in the sand."

Notre dernière étape en Jordanie est Aqaba que nous rejoignons grâce à deux techniciens venus vérifier les antennes pour téléphones mobiles. Cela semble une évidence pour eux de nous inviter à manger chez eux. Notre hôte va soigneusement cacher sa femme pour que nous, hommes étrangers, ne puissions pas la voir. Alors que Marie fut invitée plusieurs fois pour discuter avec les femmes des gens nous accueillant, nous autres hommes n’avons que très peu d’interactions avec elles. Puis ils nous emmènent sur la plage au sud de la ville pour que nous y passions la nuit, je dis pas non à la proposition. C’est incroyable en Jordanie qu’on puisse squatter, camper ou dormir n’importe où, les gens s’en fichent, voire ils en sont contents. Il y a du vent, mais je commence à être un expert en protections en tous genres, alors je concocte un petit abri digne d’un grand. On squattera pendant 3 jours cette plage où les hommes peuvent, Ô folie, se baigner torse nu sans risquer la panique totale des foules. Notre copain qui tient le petit stand à côté nous emmène faire des tours de masque et tuba. Même dans l’eau, ce n’est pas nous qui choisissons ce que nous voulons voir et la vitesse à laquelle nous allons. « On va aller voir ce corail, puis ce corail, this is better for you ». C’est dommage car si les coraux et les poissons sont époustouflants à la Mer Rouge, on a un peu l’impression de les survoler, notre guide décidant du tempo. Et bien sûr, Marie, qui est une femme, donc faible, ne doit pas lâcher le bras de notre guide car il a décidé qu’elle ne sait pas bien nager. Je suis vraiment perplexe. Comment peut-on être si gentil, et en même temps ne pas laisser de liberté aux gens et réduire la condition des femmes comme cela ?

"En route pour le Wadi Rum." "On the way to Wadi Rum."

Deux kilomètres plus loin, une grosse marina pour riches Clubmédiens a été construite. Un autre univers, d’autres règles. Quand je suis arrivé en Jordanie, je croyais que c’était un pays où l’alcool coulait à flots et j’en avais été très surpris. En fait, je crois que les gens se préparaient en buvant leur saoul avant le Ramadan pendant lequel il est quasi-impossible d’acheter de l’alcool. La marina, ce n’est pas la Jordanie, c’est un ghetto pour riches, et là le magasin ne se privaient pas pour vendre ses bouteilles.

Avant de prendre le ferry, nous passons la nuit sur la plage du centre-ville qui est bondée pendant le Ramadan. Tout le monde vit la nuit pendant cette période. Mais personne ne vient réveiller les trois Français posés là à dormir.

Nous nous réveillons avec les premiers rayons du soleil pour prendre le ferry pour l’Egypte, la suite est une autre histoire.

 

Bisous d’Arthurémi. Et de Marie aussi, même si on pas demandé.

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Jordanie 1/2 – Du poisson dans le désert

Salut les jambons et les saucisses végétariennes. Deux mois et demi seulement après avoir quitté la Jordanie, c’est avec outrecuidance et oronymie que nous vous offrons la première partie de nos périples jourdains. Nous avons décidé de changer un peu notre style d’écriture et de jongler avec les pronoms personnels, confondant nos points de vue en un seul personnage. Ça vous en bouche un coin-coin ?

Jusqu’à ce qu’on me pose à la frontière entre Israël et la Jordanie, tout allait bien. Et puis là c’est devenu la fête à la bêtise, aux bureaux et aux files d’attente, aux douaniers légèrement stupides qui tamponnent mon passeport alors que j’avais bien demandé de le faire sur un papier séparé. Et à la sortie, la foire aux taxis en tout sens, le fameux effet frontière. J’arrive à trouver un camion qui traverse doucement les petits villages jusqu’à Amman. BOUF, je prends une claque ! La Turquie m’avait surpris sur pas mal d’aspects, mais était restée en comparaison très européenne, on était loin de cet amas d’ânes et son lot de bordel, certaines routes ayant une plus grande proportion de trous que de bitume. De chaque côté les gens étalent leurs gadgets en plastique décoloré par le soleil, leurs barres chocolatés brillantes et leurs légumes poussiéreux mais magnifiques. Après utilisation, chaque emballage est soigneusement rangé pour occuper tout l’espace public, les bords de route étant bien sûr les privilégiés des paquets de chips et de cigarettes.

A Amman je repère le jeune qui a la démarche la plus détendue. Marie que je devais retrouver ne donne aucun signe de vie, donc après avoir imaginé pendant un bon moment tous les scénarios possibles de ce qui aurait pu lui arriver, je me mets à suivre le jeune et ses potes qui sortent l’Arak en regardant les lumières d’Amman depuis les collines, pour finir par squatter cet appartement rempli de fumée de chicha et de jeunes mâles. Marie se pointe le lendemain comme une fleur, elle qui ne s’est pas doutée que je l’ai attendue toute la nuit en me demandant où elle était. On s’était simplement donné rendez-vous un jour trop tôt.

Deuxième soir en Jordanie pour moi et on remet la session Arak ensemble cette fois. Notre hôte et guide est perdu entre deux cultures, entre Pink Floyd dont il mime tous les instruments un à un, ses expressions faciales suivant la puissance de la musique, et entre le Ramadan qui commence bientôt, une société masculine et religieuse et un peu archaïque dans laquelle ce à quoi il aspire n’a que peu de sens.

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Le grand axe en face de l’appartement nous ouvre la route de l’aventure, et on arrive rapidement au premier village. Le magasin de bricolage nous offre le pain. Plus loin sur une petite route qui traverse un parc, une famille nous oblige à venir manger le barbecue confortablement installés sur leurs tapis. Cinq minutes après avoir quitté la tribu, c’est le whisky et la bière qui nous tombent dessus avec deux jeunes ingénieurs. Trouvant sûrement le temps long avant que maman ait finit de préparer le repas, ils font 20km de détour pour aller chercher une nouvelle bière à tous, pendant que détendus par la première, nous regardons dans un vent frais le soleil couchant qui découpe les pierres du château d’Ajlun. Sous les étoiles autours du feu, j’écoute les coyotes hurler en me demandant s’ils oseraient m’attaquer. Si la Jordanie continue comme ça, je ne vois pas l’intérêt d’acheter à manger.

Profitant de ma naïveté, un conducteur parvient à m’éloigner pour prendre la main de Marie et l’emmener plus loin dans la forêt. Il comprend vite qu’elle ne veut pas et mort de honte il démarre en trombe alors que j’accours vers la voiture. C’est triste, mais c’est sûrement mieux pour une fille de ne pas se retrouver seule.

La journée de police-stop commence. En fait je pense qu’en Jordanie la moitié des gens sont policiers ou militaires, j’arrive pas à savoir si c’est rassurant. Juste avant la traversée du désert pour Azraq, impossible de chercher du pain ou de l’eau tranquille sans se faire offrir de la pastèque. Policier ou militaire, on avait une chance sur deux, alors c’est un militaire qui se propose de nous héberger. Sous le grand marabout dans le jardin, on prend place en face de trois verres de Coca et de la famille au grand complet étendu aux enfants des voisins. Je suis cloué par les vingt-quatre yeux. S’ensuit un face à face de communication intensive qui prend son envol lorsque l’on sort papier et stylo pour soutenir l’anglais de notre jeune militaire et apprendre à écrire nos noms en lettres arabes. Le patriarche roule une clope et va s’asseoir dans le jardin près du tuyau d’arrosage qui inonde ses plantes. Il se relève, change le tuyau de place, s’assoit, roule une nouvelle clope. On va imiter le cri des ânes et des chameaux qui sont garés derrière l’enceinte de la maison et quand on revient le père a changé le tuyau de place et s’en est roulé encore une petite. Au menu ce soir, poisson-frites. Du poisson dans le désert. Je me demande si c’est quelque chose qu’on fait pour les invités, un signe de luxe. Pendant ce temps, le vieux en fume une ou deux. Tout le monde dort dehors, les hommes sous le marabout, les femmes et les enfants près de la maison.

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Ce désert est assez inhospitalier et je suis pas mécontent de le quitter. Sur la route se suivent les châteaux du désert. J’imagine, somnolant, les caravanes de marchands traversant le désert faisant halte dans les châteaux. Je repense au camp de réfugiés que nous avons vu la veille, énorme, à perte de vue, tout entouré de grillage. Entre les Palestiniens et les Syriens, c’est un tiers des résidents en Jordanie qui ont le statut de réfugié.

Le fou qui nous prend après fait un peu peur… Il double tout le monde, freine aux contrôles de police en leur faisant des grands signes amicaux pour tripler son allure 500 mètres plus loin. Il me donne trois fois le téléphone pour que sa cousine qui parle anglais puisse me répéter douze fois que son oncle est un type génial. Arrivés à Madaba, la référence chrétienne de la Jordanie, on joue au jeu des différences avec les villes musulmanes. En fait, pas grand-chose par rapport aux autres villes si ce n’est la grosse église qui a le dessus sur la mosquée et les petits poissons autocollants à l’arrière des voitures. Demain, c’est Ramadan qui commence. On refuse l’offre d’hébergement de notre prochain conducteur pour aller squatter quatre murs et une terrasse entre les collines rebondies qui s’ouvrent juste assez devant nos yeux pour qu’on voit la Mer Morte. En bons intendants que nous sommes, nous n’avons pas pris d’eau et de bouffe, ce qui s’avère très bien, parce que nous avons décidé de faire le Ramadan. On désescalade notre terrasse et là, c’est la descente aux enfers. La gorge est sèche et chaque pas est dur sous le poids de nos sacs à dos, et la voiture qui sillonne jusqu’aux -427 mètres de la Mer Morte nous dépose dans une zone vide de vie. A bout de forces je guette le soleil qui disparaît côté Israélien, là où on était il y a à peine quelques semaines. L’appel du muezzin sonne la délivrance alors qu’on passe à côté des grands signes des agents de sécurité qui n’ont pas besoin de nous convaincre pour qu’on vienne leur vider leur eau et leur riz au poulet.

"Squat d'un bâtiment dans les collines au dessus de la mer Morte." "Squat of a building in the hills above the Dead Sea."

On marche cinq minutes pour trouver l’endroit le moins horrible des environs. Je bricole un abri anti soleil pour le lendemain. L’eau qui venait du tuyau avait probablement quelque chose de louche. On tombe tous malade sous un soleil qui ne nous permet aucun mouvement. On va quand même flotter le cœur lourd, la tête enflée et l’estomac en vrac. L’endroit est tellement malsain qu’on ne peut pas rester, et ce malgré notre état qui ne nous incite pourtant pas à bouer. Alors on prend la dure route du Sud pour rejoindre les hauteurs et quitter cette bassine de la mort. J’en avais beaucoup rêvé depuis le début de la Jordanie quand c’est arrivé : on s’est fait prendre en stop par une femme dans un pays musulman. Deux étudiantes qui, parce que c’est Ramadan, trouvent une occupation. L’un des classiques est de prendre la voiture et d’aller faire un tour.

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J’ai le corps tout retourné et éparpillé, mais je suis bien content quand j’aperçois notre destination le château de Karak et quand dans la ville les trois vendeurs de fruits nous offrent une cagette où poser mes fesses pour partager le repas de la rupture du jeûne. Le Ramadan est fini pour nous depuis hier, et on aura fièrement tenu un jour. La bonne nouvelle pour nous requinquer, c’est que le voyageur est exempté de Ramadan, comme la femme les jours de règles, le vieux et le jeune, ou le malade. La mauvaise, c’est qu’on est censé rattraper les jours qu’on a pas fait durant l’année qui vient. Les autres font ce qu’ils veulent, moi je les rattraperai peut-être l’année d’encore après. Ou la suivante.

Le lendemain, toujours en vrac, on rencontre deux policiers, malins comme des policiers, qui se mettent en tête de nous amener à la piscine. C’est juste une piscine en extérieur, assez sommaire dont les algues offrent de beaux reflets verts. Marie bien sûr ne peut pas découvrir un bout de peau (ce serait indécent) et se baigne donc habillée parmi les cowboys qui font des pirouettes et se prennent des plats pour impressionner la seule présence féminine. Les policiers veulent nous héberger, mais nous trouvons une combine pour qu’ils nous laissent repartir. C’est dans le prochain village qu’on découvre la technique magique. Quand je sors des toilettes de la mosquée, je vois que les autres ont disparu, et sans que j’ai le temps de m’affoler, un mec m’interpelle et me mène dans une maison deux rues plus loin où je les trouve assis autour d’un thé. Si tu as faim ou besoin d’un hébergement, il suffit d’aller traîner vers la mosquée à l’heure de la rupture du jeûne. Après le repas on est invité de maison en maison. C’est bien la première fois que je vois un polygame, et c’est tout à fait normal ici, un vieux pépé entouré de toute sa famille et qui a effectivement deux femmes. On nous dit que quand même c’est plutôt rare chez les nouvelles générations. Troisième jour de Ramadan, troisième fois que nous sommes invités à manger.

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Le jour suivant nous reprenons la route, rapidement c’est un policier qui s’arrête. Mais y’a d’autres professions dans ce pays ? Jusqu’à Al-Tafile la route est à couper le souffle. Je pose ma tête contre la vitre de la petite voiture et je rêve en voyant ces montagnes qui défilent. Elles sont beiges, vides et sèches, avec de temps à autre une tente bédouine surplombant la vallée. Je sors de ma rêverie une fois arrivés à la ville et nous trouvons vite des voitures pour le petit village de Dana. La grande vallée s’étend en ligne droit jusqu’au désert que l’on aperçoit au loin, et au commencement de cette vallée un petit village de maisons en pierres est posé sur une colline en bord de falaise. Les habitants ont déserté les maisons qui sont tombées en ruine, juste certaines d’entre elles ont été réhabilitées et transformées en hôtel. La source non loin qui alimente le village fait naître une petite rivière, l’eau y est bonne.

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Rapidement je décide que j’aime cette endroit. Après deux intenses secondes de négociation, nous trouvons un hôtel pour un dinar par personne, soit un euro vingt, acceptable même pour notre budget. J’aime nos moment sur la terrasse où l’on dore au soleil avec pour plus grande mission de préparer le café. Mohammed le petit gars de l’hôtel me fait rire, je l’aime bien aussi, il passe sa journée à nettoyer la terrasse et à arroser les quelques plantes qu’il fait pousser, et il n’a pas le sang chaud comme les autres mecs du pays. J’aime un peu moins Bilal le « manager » qui se la pète trop et essaie de draguer Marie en lui expliquant à quel point il est jeune et a réussi dans la vie, et qu’une femme ne pourrait jamais réaliser ce que lui a déjà fait. Nous restons quelques jours là pour se reposer, l’endroit à un calme magnifique. Tous les jours je demande à Mohammed si la connexion Internet qu’il nous a promit marche, et tous les jours il dit que ça va arriver. Je crois qu’il a décidé de construire tout Internet lui même, ça doit prendre du temps. Le deuxième groupe de touriste du village est un Saoudien qui vient nous apporter des abricots tous les matins, et discute avec intérêt avec nous de religion, de culture, de sexe, et ses avis sont bornés et ouverts dans un étrange mélange. Ces discussions m’amusent. Puis on fête l’anniversaire de Rémi et on fait péter le resto de l’hôtel, pas une goutte de vin, pas de gâteau, c’est bien une première, mais c’est comme ça et tout va bien.

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C’est tout pour le moment et la deuxième partie est en cours de fabrication. Pour patienter nous vous offrons un croûte-métrage avec de l’humour rigolo. A ciao banzaï !

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Ils sont gentils les Israéliens.

On nous demande souvent depuis combien de temps on voyage, et on répond neuf mois avant de se rendre compte que non, ça ne fait pas neuf mais dix mois déjà. Il y a quelques semaines, alors qu’on campait au bord du Nil, on décide de faire une liste des personnes qui nous ont marquées pendant notre voyage. Les gens avec qui nous passons du temps, avec qui nous discutons et créons des liens forment une bonne partie de ce voyage. Certains d’entre eux nous ont marqués durablement et nous aimerions bien les revoir si le hasard de la vie le permet. Dans notre liste, beaucoup de ces personnes sont des rencontres israéliennes.

Nous vous avons parlé de ce que nous avons perçu de l’Israël, de la Palestine, du conflit, d’une partie de la culture, mais nous n’avons pas encore parlé du voyage lui même.

Du début à la fin en Israël on n’a pas beaucoup eu besoin de réfléchir, les rencontres se sont enchaînées tout naturellement. Avant d’arriver nous avions un contact : Rémi avait rencontré Lauren en Albanie pendant une rencontre d’auto-stoppeur l’été précédent et l’avait marqué quand elle avait décrété en arrivant, remplie d’énergie, qu’il fallait aller ramasser les déchets avec les enfants du village. Ce qu’ils ont fait ! Elle vit à Nes Harim avec Alex et Johnny où tous les trois s’occupent dans une ferme d’un troupeau de chèvres et de quelques plantations. On a passé du temps à Nes Harim avec eux, le fromage et le yaourt de chèvre étaient une bénédiction et les longues soirées à boire et discuter sur la terrasse se sont trop vite enchaînées. Un matin difficile, nous avons réussi à nous extirper du sommeil au lever du soleil non sans l’aide des bergers armés d’eau, pour aller promener les chèvres avec eux qui profitaient de notre état de mollusque pour faire ce qu’elles voulaient. C’est un chouette endroit, un havre de paix avec un accueil magnifique et de la bonne bouffe et nous avons aussi mis la main à la pâte, en servant de cobaye pour la glace au curry par exemple. C’est Lauren qui nous a conseillé quelques lieux à visiter au sud d’Haïfa sur la route de la ferme et donc comme ça qu’on a découvert Ein Hod et Jisr az-Zarqa.

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Ein Hod est un village d’artistes à flanc de colline. Partout de nombreuses maisons plutôt richous, s’élèvent entre les œuvres d’arts, des sculptures de toutes sortes, des installations et des galeries. Alors que nous galérions pour trouver un endroit où camper, une personne nous interpelle de son balcon et nous demande en hébreu si nous faisons le « Shvil Yisra’el », un chemin de randonnée qui traverse l’Israël du nord au sud. Un peu de partout sur la route il y a des ‘Anges du Shvil’, des campements ou tout simplement des gens qui accueillent les marcheurs. Celui d’Ein Hod étant sûrement un peu différent des autres avec son grand tipi et ses sculptures géantes d’aigle. Chouette, nous nous y rendons et partageons la soirée avec quelques randonneurs qui pour l’occasion veilleront un peu plus tard et seront partis depuis longtemps quand ce sera à notre tour de se lever.

Le jour suivant nous nous rendons à Jisr az-Zarqa. C’est un petit village arabe et aussi le plus pauvre d’Israël. Pour y entrer on traverse un tunnel qui passe sous l’autoroute dont la façade est peinte de toutes les couleurs et qui annonce « Bienvenue à Jisr az-Zarqa ». Passer ce tunnel c’est un peu comme prendre une porte inter-dimensionnelle qui vous fait changer d’espace-temps. Nous voilà transportés dans un village arabe classique, avec son lot de bordel, de voitures qui klaxonnent et de déchets un peu partout. Les gens sont dehors, vous disent bonjour, les enfants jouent dans la rue et tout le monde se connaît. C’est un autre visage d’Israël qu’on découvre qui n’a rien à voir avec le reste.

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Sur les hauteurs de Nes Harim, qui est situé entre Jérusalem et Tel Aviv, quand on va voir le coucher de soleil on aperçoit les immeuble de Tel Aviv et même le soleil qui plonge dans la mer si le temps est dégagé. De l’autre côté de la colline on voit les premières habitations de la périphérie de Jérusalem. Il est temps de quitter les chèvres, nous levons donc nos pouces pour Jérusalem et c’est Elisha un ami de Fac de Lauren qui nous héberge. Ils font tous les deux des études de musiques orientales et nous en profitons pour écouter Elisha jouer sur son Saz et s’y essayer. Pour Elisha, hors de question que nous dormions sur le sol, alors il nous laisse son lit double hyper confortable et s’installe lui-même par terre. N’importe quel guide vous expliquera très bien comment ne pas manquer les immanquables à Jérusalem donc nous ne vous en parlerons pas. Mais certaines choses valent à nos yeux le détour. Lors de notre vagabondage dans les ruelles de la vielle ville nous sommes montés sur les toits après avoir tenté quelques cages d’escalier et c’est vraiment chouette de voir la ville d’un autre point de vue. Nous avons aussi aimé le marché Jehuda qui change complètement d’ambiance à la tombée de la nuit : le jour un marché animé et coloré, il se transforme la nuit quand les bars ouvrent et passent de la musique dans leurs hauts-parleurs et que des jeunes viennent traîner et faire résonner leurs instruments devant les rideaux de fers des maraîchers. Pendant ce temps de transition à la fin du marché, nous devons faire preuve de self-contrôle pour ne pas récupérer plus de fruits et légumes, jugés un peu trop vieux, que nous ne pouvons en consommer. Dans le quartier Nachlaot juste à côté du marché, nous avons adoré découvrir les ruelles et autres jardins cachés. Un autre soir nous sommes allés voir un concert de Bint el Funk, un groupe Israélien qui bouge bien (et qui fait bouger) mélangeant musique yéménite, funk et autres styles, avec des paroles en hébreu, arabe et anglais. Jérusalem est une ville très religieuse et très touristique, mais aussi une ville vivante qui réserve beaucoup de choses à découvrir. Elle nous a surpris quand nous avons essayé de faire du stop de nuit, en ville, et qu’un petit papy tout gentil nous a conduit jusqu’au tram.

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Après Jérusalem nous voulions aller voir Tel Aviv qui est à la fois la capitale économique de l’Israël, mais aussi la ville branchée, alternative, qui bouge, où par exemple les gays et lesbiennes vont souvent émigrer pour échapper à un conservatisme présent dans d’autres villes. Alex le berger nous accompagne et nous présente Oren qui sera notre premier hôte tel-avivien, grand nounours frisé qui s’entraîne à attraper les objets avec ses pieds. Alex se fait un devoir de nous amener au meilleur hummus d’Israël et de nous faire visiter tous les coins qu’il aime bien. Alex s’est juré de ne plus boire de bière tant qu’il n’aura pas pas brassé la sienne : aux dernières nouvelles, le matos était commandé et on espère qu’il n’a pas flanché, car pour un gars comme Alex, se priver de bière, c’est comme priver un Breton de sa crêpe. Quand nous avons quitté Oren, nous avons trouvé refuge vers le marché Karmel, cette fois chez Maxim ; et alors que sa copine nous abandonne pour le ‘concert retour des Backstreet Boy’, nous allons avec Maxim écouter un pianiste fou et ses acolytes dans un bar jazz. Yonathan, un pote de pote qui nous a présenté Maxim nous y rejoint un peu plus tard. Dans ce marché, tout comme à Jérusalem, les avocats abandonnés en fin de marché coulent à flots. Attention à arriver avant le gros méga bulldozer qui vient nettoyer. Bon un bulldozer pour nettoyer ça paraît bizarre mais c’est un pays bizarre de toute façon. Yonathan et Maxim se plieront en quatre pour nous faire faire de la longboard, nous faire manger du hummus (et oui encore), nous donner des vêtements ou nous aider à vendre des bières quand nous cassons l’ordinateur de Rémi et que la sac d’Arthur se fait voler.

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A Tel-Aviv, nous avons apprécié Yaffo/Jaffa quartier à l’origine arabe et qui est bien plus joli que les nouveaux bâtiments et grands immeubles qui forment Tel-Aviv. Dans son marché aux puces très cool, nous rachetons une cafetière italienne, l’outil le plus indispensable de notre voyage.

Avec Manu le vrai Breton comme on les aime, trouvé entre deux patates et un citron à la fin du marché, nous avons rencontré un soir Laura sur la plage qui revenait du Midburn. Les jours qu’elle a passé là-bas lui ont fait changé de vision sur le monde, elle voulait aider tout le monde, s’en foutre et tout balancer. Elle nous a donc hébergé sans se poser de questions !

Quand on voyage, on se dit souvent avec les rencontres qu’on se revoit toujours deux fois. Et même des fois trois ! A Tel-Aviv nous avons recroisé au hasard Scott, déjà rencontré à Chypre, et Freddy avec qui nous avions partagé Noël en Turquie, et revu au hasard à Chypre aussi. Zincroyable.

Au hasard des recherches sur le net, nous voyons que Driss joue au festival Groove Attack. Le festival est bien trop cher pour nous, mais nous connaissons Driss car il était le président du festival Hadra à Grenoble où nous étions souvent bénévoles. Un petit mail, et l’invitation est dans la poche. On va donc se taquiner les oreilles avec le groupe Israélien Infected Mushrooms et d’autres très bons artistes. Driss aussi nous a mis le feu sous les vaporisateurs d’eau du chapiteau. De fil en aiguille, on retrouve le contact des organisateurs d’Exodus, festival où nous avions été bénévoles à Chypre. Sur une plage où ils organisent une soirée on rencontre toute l’équipe , sauf le grand Shaman que nous ne reverrons que plus tard, un grand fou, mais aussi un peu attendrissant une fois qu’on passe la première impression. C’est là où se fait voler notre sac et on découvre que l’écran de l’ordi est cassé !

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Il y a des fois où l’on en a un peu marre de faire du stop. Et quelque chose arrive qui nous rappelle pourquoi on fait tout ça : Rimoch et Jeky en font partie. A ce moment nous voulions déjà quitter Israël, mais Rimoch nous avait promis que nous pourrions boire de la bonne bière si nous venons dans leur kibboutz. On n’avait pas vu de kibboutz, alors on s’est laissé tenter ! Rimoch et Jeky sont ce couple qui font des concerts déguisés en lézards géants de l’espace. Rimoch parle sans interruption si tu n’arrives pas le maîtriser ce qui prend sûrement des années d’entraînement, sur tous les sujets, et en détail. Jeky n’écoute plus depuis bien longtemps ce que Rimoch dit mais lui cherche quand même tendrement des poux.

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Un kibboutz cékwa ? Les kibboutz sont des villages collectivistes créés par des mouvements sionistes lors de la colonisation d’Israël. D’abord essentiellement agricoles ils ont par la suite développé également des activités industrielles. Historiquement, les membres des kibboutz étaient connus pour être engagés et militants prônant des valeurs égalitaires, la coopération entre les membres et l’absence de propriété privé. Avec le temps les kibboutz ont bien changé, et aujourd’hui nombre d’entre eux n’ont pas gardé grand-chose de leurs valeurs pendant que leurs industries ou activités agricoles ont été majoritairement privatisées. L’importance des kibboutz dans la société israélienne et leur nombre est en nette diminution depuis 1970. Vous pouvez sûrement encore trouver des kibboutz avec ces valeurs initiales aujourd’hui, mais les autres oscillent entre village un poil plus communautaire et souvenir du passé.

Ginegar, le kibboutz dans lequel nous sommes restés quelques jours garde encore quelques traces de cette histoire. La lessive commune ou la salle à manger sont encore là, et alors qu’elles étaient jadis des composantes importantes, elles sont maintenant devenues facultatives. Les nouveaux arrivants qui viennent emménager dans les kibboutz ne partagent pas forcément ses valeurs égalitaires et ne font pas vraiment partie de la communauté. A cela il faut ajouter que la population des kibboutz vieillit beaucoup. Néanmoins il est vrai que nous y ressentons une ambiance particulière, le sentiment de communauté existe vraiment, les gens ont l’air heureux, s’entendent bien et la religion y est presque inexistante, chose étonnante pour ce pays.

Ginegar est un endroit très vert, les bâtiments ont un allure étrange (qui a dit soviétique?), et jouxtant le village une énorme exploitation bovine avec des vaches qui ne voient que du béton toute leur vie. Preuve que l’industrialisation a eu raison de l’agriculture traditionnelle. Nous gardons aussi en tête l’image des golfettes qui se baladent partout car très peu de voitures circulent et dont nous adorons observer les va et vient.

C’est Rimoch et Jeky qui nous ont conseillé le coin près de la Mer Morte où nous sommes allés avec Johnny. Johnny, vous vous rappelez ? C’est notre pote berger. Si Alex et Lauren sont jeunes en âge (comme nous), Johnny est jeune dans sa tête (comme nous). C’est ce Sud-Africain qui a un moment s’est demandé ce qu’il foutait avec sa vie. Il a décidé de tout lâcher et d’aller méditer dans les montagnes du Sinaï. Il a trouvé sa chance avec la ferme qu’il gère magnifiquement. Un grand esprit, qui apprend par l’expérience, son fromage s’améliore à chaque tournée et son troupeau est de plus en plus sage. Même sur sa glace au curry il devient bon. Les côtes de la Mer Morte sont vraiment impressionnantes. Nous sommes allés non loin de Metsokei Dragot, où les gens se baignent tout nu, où personne vient t’embrouiller ou te vendre un spa régénérant. Là, c’est posé, y’a un petit bassin d’eau non salée pour aller se rincer que l’on partage avec les gens qui passent. C’est là que nous avons rencontré Rivi et Katja, Rivi nous a par la suite ramenés à Jérusalem où nous sommes allés ensemble à la fête des lumières de la ville. Rivi étudie aux États-Unis à Naropa University (Boulder), une université alternative bien spéciale qui a l’air de lui plaire, peut-être irons nous lui rendre visite un jour.

En Israël, les gens sont cools et ouverts. Peut-être un peu trop speed, un peu trop à te couper la parole et à ne pas t’écouter (n’est-ce-pas Rivi ?), mais on les aime bien quand même. Nous sommes autant en désaccord avec le gouvernement et sa façon de gérer le conflit et des problèmes internes dont nous avons parlé dans nos autres articles, que nous nous sommes sentis bien avec les gens que nous avons rencontrés. Il y a dans ce pays une sorte de solidarité dure à retranscrire à l’écrit, une sorte de confiance réciproque et de communication facile et franche. Israël fut vraiment un très bon moment de notre voyage.

Voilà pour notre quatrième et dernier article à propos d’Israël, si vous avez encore des questions n’hésitez pas.

Flex !

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Naufragés à Chypre

Après avoir partagé nos impressions sur Chypre, nous voulions quand même faire un plus court article sur ce que nous avons vu et fait.

Deux mois et demi alors que nous comptions rester deux ou trois semaines. Un vrai naufrage pour notre groupe, mais aucun regret.

Fabian, qui nous avait rejoint en Turquie, a continué le voyage avec nous pendant trois semaines à Chypre. Exploration de la partie turque de Chypre du Nord faite, nous avons squatté pendant quelques jours un bâtiment abandonné à Nicosia. Un peu en galère de douche et de lessive, nous avons quitté la ville pour les montagnes de Trodoos après avoir trouvé toutes nos bonnes adresses (bières et pain pas cher) et fêté l’anniversaire d’Arthur avec un Fabian malade comme un éléphant vert. De petit village en petit village, nous nous arrêtons pour goûter les fleurs d’amandiers qui remplissent les versants. A Alona, dont les rues sont protégées du soleil par de vieilles vignes, probablement magnifique en automne, nous retrouvons au hasard le vieux coach de foot qui nous avait offert une douche à Nicosia, entouré de ses potes d’enfances, et celui-ci s’excuse de ne pouvoir nous offrir que les restes de leur repas. Nous retrouverons aussi Doria, une amie de Grenoble, qui va se payer le luxe de nous suivre dans nos aventures pendant deux semaines et nous aider dans la construction de barrages de rivière.

Fabian a ensuite à son habitude presque loupé son avion, et Doria l’a suivi dans la foulée. Nous avons poursuivi avec notre super coupain Olex from Ukrain, qui après avoir cassé la poignée de notre cafetière à Antalya, s’est mis en tête de remettre ça avec le couvercle et de brûler le matelas d’Arthur en testant une technique révolutionnaire de sable chauffant (demandez-nous si vraiment ça vous intéresse).

Après un mois sans shampoing, nous avons trouvé notre oasis : quatre filles en service volontaire européen avec une maison, une douche, une machine à laver, une terrasse et un chat homosexuel. Ce sera notre quartier général pendant plus d’un mois de va et vient alors que la suite se met en place.

En voyant une affiche de festival trance dans la rue, nous avons décidé d’y être bénévole : une semaine donc de nettoyage, de construction de tente, ansi que trois jours de musique avec toute l’équipe d’Exodus, un paquet d’Israéliens soutenus par les Chypriotes.

Puis la famille chérie de Rémi est venue nous rendre visite, permettant grâce à ‘Super Voiture De Location’ d’accéder à des coins plus reculés comme les gorges d’Akavas, dans le parc d’Akamas. Ces derniers, conformément à nos exigences, ont débarqué avec plus de fromage et de charcuterie que de vêtements.

Mais l’aventure chypriote commençait à s’éterniser, deux mois, et il était temps de trouver un bateau à voile pour l’Égypte. On a tout essayé, toutes les marinas et les ports, on s’est fait arrêter par la police qui nous pensait Jihadistes en herbe sur la route de la Syrie, pour finalement devoir se rabattre sur Israël que nous voulions éviter. Et puis finalement, on a payé un cargo à un prix défiant toutes les concurrences : 230, deux fois le prix de l’avion. Mais nous n’avons pas flanché, non, l’avion et ses prix ridiculement bas ne nous aura pas encore.

Israël, Palestine, préparez-vous à résoudre votre conflit, on débarque !

Fil Topo, Rémi et Arthur.

Quelques photos d’endroits que nous avons aimés.

utds_IMG_1446Vue sur la péninsule de Dipkarpaz, Chypre Nord.

utds_IMG_1201Une des plages de Dipkarpaz.

utds_IMG_5114Rue côté turc à Nicosia. Pleins de bâtiments abandonnés facile à squatter pour passer un moment dans la capitale.

utds_IMG_1272Les montagnes de Trodoos, ici le village de Palaichori.

utds_IMG_1375Squat d’une ancienne boîte de nuit à Paphos. Arthur rêvait d’y ouvrir son prochain bar.

utds_IMG_9227Plage dans le parc d’Akamas.

utds_IMG_1388Pyla, l’un des derniers villages où Chypriotes turcs et grecs vivent ensemble.

utds_IMG_9196Capo Greko côté Nord de l’île.

utds_IMG_1570La plage après le village d’Akdeniz, nord de Chypre.

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C’est la fin des loukoums

Ça fait déjà presque deux mois que nous avons quitté notre appartement à Antalya. Il nous restait alors quinze jours avant la fin de notre visa turc. Nous avions envisagé de dépasser la date limite avant de quitter la Turquie pour Chypre et finalement sommes partis le dernier jour encore en règle, et nous ne le regrettons pas car nous avons découvert que l’amende est élevée même pour un court dépassement. Notre ami Fede a eu l’agréable surprise d’une amende de plus de 400 lira lorsqu’il a voulu quitter la Turquie (c’est 400 lira dès le premier jour, puis ça monte tout doucement).

Ces derniers quinze jours en Turquie ont été plutôt mouvementés car nous avons du combiner nos envies avec celles des gens qui sont venus nous visiter, et tout ça dans un temps limité.

En partant d’Antalya avec Flo qui transite par la Turquie pour rejoindre l’Iran, nous quittons aussi le soleil pour se taper cinq jours de pluie non stop sans entracte. Et il a fallu attendre sept jours et la ville de Mardin pour apercevoir le soleil à travers les nuages. Pendant ce temps nous avons l’occasion de nous réfugier dans le magnifique château d’Anamur, où nous échangeons plus amplement avec Flo. Nous perpétuons la tradition de l’appartement à Antalya et prenons le luxe chaque soir d’allumer la chicha contre vents et marées, cette fois abrités dans l’une des grottes du château.

Flo nous quitte rapidement pour retourner à Olympus, là où le Winter Hitchgathering, une rencontre d’autostoppeurs, a eu lieu. Nous restons donc 24 heures seuls avant de retrouver Mathilde, une amie de Grenoble à Adana. Si la ville abrite la plus grande mosquée de Turquie de la galaxie, Adana est surtout connue pour avoir les meilleurs kebabs de la Turquie et donc du monde. Avant que Mathilde arrive, nous y passons deux nuits, une dans le parc de la mosquée et l’autre dans un appartement grâce au réseau ultra-efficace d’hébergement turc, accueilli par le pote du mec qui vend son pain à la grand-mère du gars qui ne pouvait pas nous accueillir. Ou un truc du genre. Mathou restera dix jours avec nous, fera un tour au Kurdistan dans les villes d’Urfa et de Mardin, s’occupera de Fil Topo comme il se doit et supportera notre bon goût pour la franche rigolade.

Urfa sera la première ville du Kurdistan dans laquelle nous faisons étape. Abraham, ou Ibrahim pour les musulmans serait né à Urfa et est l’un des principaux personnages des trois religions monothéistes (chrétienne, musulmane et juive). La ville lui a érigé une grande et très belle mosquée et est un lieu de pèlerinage pour beaucoup de croyants. Selon la légende, le roi d’Assyrie Nimrod aurait tenté de le jeter dans une fournaise qui se transforma tout de suite en un bassin rempli de carpes qui sont toujours là aujourd’hui. Quiconque tentera de les pêcher deviendra aveugle. Nous campons comme des princes entre cette mosquée et le château qui domine la ville. Puis la route reprend après un court arrêt à Göbekli Tepe qui est le vestige du plus vieux temple connu.

A Mardin nous avons un hôte, Ibrahim, qui nous fait visiter la ville et les monuments des alentours avec son pote Ibrahim, puis les deux nous invitent ensuite au restaurant. La vieille ville posée sur une grande colline rocailleuse est magnifique. Mais plus que les visites et la nourriture, nous avons eu la chance de découvrir le point de vue de nos hôtes Kurdes concernant leur culture, le PKK, le reste de la Turquie et Atatürk.

Lors de son année d’étude en Australie, Arthur était en colloc avec Natacha, une Grenobloise, et Antonia de Santiago au Chili. Antonia en tour d’Europe devait passer par la Turquie, alors autant se voir. Quant à Natacha, mettant en pause son compteur carbone, elle a sauté dans un avion. Mathilde et nous les retrouverons donc dans une Cappadoce recouverte par la neige (Cappadocia) dans le petit village de Göreme. Deux nuits passés en auberge pour cause de neige et de ‘glaglailfaitquandmêmeunpeufroid’ et une soirée feu de camp et dodo dans une des caves. Wikipédia vous expliquera sûrement tout aussi bien que nous l’histoire de ce lieu unique, mais ne retranscrit pas vraiment l’ambiance de ce jeu d’enfants pour adultes que nous visitons les pieds mouillés. Voir la Cappadoce sous la neige est vraiment une chance, les parties non enneigées formant des veines dans la neige immaculée.

Nous quittons après quatre jours ce lieu à la fois mystique et touristique. Et oui, avec Istanbul et Pamukkale, c’est probablement le lieu le plus visité de Turquie. Alors que personne, ou pas loin, ne parle anglais en Turquie, le village de Göreme a une densité d’anglophones un peu déstabilisante. On se sent presque mal à l’aise avec nos dix mots de turc ! C’est néanmoins un endroit superbe et relativement déserté au milieu de l’hiver, et il tout à fait possible de squatter l’une des innombrables caves qui composent le lieu tout au long de l’année pour échapper aux autres touristes.

En une seule journée nous passons de la neige au short en arrivant dans la marina de Mersin. Les gens du port nous disent qu’en hiver, presque personne ne part de Turquie pour rejoindre Chypre. C’est à ce moment que nous décidons de prendre un ferry. Nous passons notre première nuit dans une mosquée, qui est d’ailleurs un assez bon plan pour les voyageurs, étant donné qu’il y fait assez chaud, qu’il y a de l’eau, des toilettes et des tapis pour être bien calé. Le lendemain nous allons retrouver Fabian à Alanya avant de repartir pour le ferry de Taşucu. Fabian est un bon ami de Rémi qui vit à Leipzig dans une maison communautaire. Mais nous en avons déjà parlé plus longuement dans un précédent article !

Nous passons donc la nuit dans la ville d’Alanya avant d’aller s’endormir sous les chauffe-eau solaires du toit de l’hôtel en construction. Nous sommes six à débarquer le lendemain entre les travailleurs qui nous saluent avec un grand sourire. La vieille ville d’Alanya part de la mer et s’étend sur la colline au travers de ses maisons qui menacent de s’écrouler si on les touche trop. Le coucher de soleil depuis la muraille est magnifique et nous redescendons dans l’obscurité pour nous séparer quelques heures plus tard, les filles rentrant à la maison. Seuls restent Fabian et nous, prenant un camion qui nous dépose au château d’Anamur que nous avions déjà squatté avec Flo. Très différent de la dernière fois où il tombait plusieurs centaines de millimètres de pluie à la seconde, nous prenons cette fois le café au soleil. C’est notre dernier jour des 90 passés en Turquie, et il a fallu attendre le marché de Taşucu pour trouver le meilleur fromage que nous avons mangé en Turquie. Ceci dit, les fromages turcs sont très honorables ! Nous remercions la Turquie de nous laisser l’opportunité de découvrir encore quelques surprises pour notre prochain passage dans quelques années, Inch Allah.

Nous faisons un tour du monde en stop sans prendre l’avion pour plusieurs raisons, et l’une d’entre elle est d’avoir un impact environnemental réduit. Nous tenons donc à remercier très fortement Mathilde, Antonia, Natacha et Fabian pour avoir pris des avions pour venir nous voir (alors qu’ils seraient restés chez eux à regarder des séries) et ainsi faire sauter notre bilan carbone.

Pour les infos pratiques, c’est possible de chercher un bateau à voile pour Chypre ou autre depuis plusieurs marinas. D’est en ouest : Fethiye, un peu au sud-ouest d’Antalya, Alanya, Mersin. Regardez ces deux sites pour des informations complémentaires hé hé : Wikipédia (anglais) et un autre site (en turc, mais c’est tout à fait compréhensible).

Poisson jambon pinard et confiture à vous tous.

Pour voir plus de photos faites un tour sur la galerie !

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Sous le soleil de la Turquie

Je tenais à vous raconter ce petit épisode de stop qui m’est arrivé après avoir passé le nouvel an à Istanbul. Arthur et moi nous avions décidé de se séparer pour rentrer à Antalya. Alors qu’Arthur fait un croché par l’ouest de la Turquie, je rentre directement, en repassant par le même chemin que celui qu’on avait pris à l’aller.

Le matin, on se sépare à Kadikoy. Je met environ 20 minutes à comprendre le système des bus d’Istanbul puis j’arrive, sans me tromper de bus, à une aire de repos sur le bord de l’autoroute. En deux ou trois mouvements je rejoins une plus petite route, qui traverse la Turquie du Nord au Sud, d’Adapazarı à Antalya, une genre de grosse nationale.

J’enchaîne les petits trajets assez rapidement, à chaque fois les voitures me déposent vraiment au milieu de rien, mais l’efficacité Turque fait encore une fois ses preuves, et à chaque fois je n’attends pas trop longtemps.

Bon les voitures s’enchaînent bien, mais le problème c’est qu’il fait froid, la route monte en altitude et je m’approche dangereusement de la neige. Puis un camion me prend pour plusieurs heures jusqu’à Afyon, cette fois ça y est, le paysage est complètement blanc, je ne m’attendais pas à voir autant de neige en Turquie.

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Bon c’est cool deux minutes les bonhommes de neige, mais le problème c’est qu’on peut pas dire que j’ai l’équipement adéquat pour survivre dans ces températures. Arrivé à Afyon, il neige, il fait froid, il fait nuit. Je décide de ne pas m’arrêter pour trouver un endroit pour dormir, mais de continuer coûte que coûte. Je rentre dans les toilettes d’un centre commercial, et je met le plus d’habits possible sur moi, en mode cosmonaute. Quadruple couche en haut, doubles chaussettes plus sac plastiques pour l’isolation aux pieds, bonnet, écharpe, et les gants que papa m’a filé juste avant de partir de Grenoble. Ouf même s’ils sont fins ils m’ont bien servis.

Hop de retour sur le bord de la route je me sens invincible, je lève mon pouce et fais des signes à tout les camions qui passent, espérant que l’un d’eux ira jusqu’à Antalya. Pendant ce temps la neige s’accumule sur mon sac posé juste à côté.

Finalement un camion s’arrête, et il va à … Antalya ! Youpi ! Je suis sauvé, et à l’abri. A l’intérieur du camion, il fait chaud et la seule chose qu’on aperçoit dans l’obscurité, sont les flocons de neige qui virevoltent autours de nous, je me sens comme dans un vaisseau spatial qui traverse une champ de météorites de neige.

Le camion monte, monte sur une route couverte de neige. Par moment j’ai un peu peur que le camion dérape, mais le conducteur à l’air de savoir ce qu’il fait. Mais finalement ça arrive, le camion glisse légèrement sur la neige, une fois, deux fois. Plus le choix, il faut mettre les chaînes. Nous sortons du camion et la chute de neige s’est transformé en tempête. Je remonte mon écharpe pour couvrir mon visage, et me protéger des flocons qui m’assaillent, emportés par de violentes bourrasques. Dans le chaos de la tempête mon conducteur me tend une lampe de poche et me fait comprendre qu’il faut que je l’éclaire, il ouvre un coffre situé sur le côté du camion , nous sortons des chaînes pour les accrocher aux énorme roues du semi-remorque. Après vingts bonne minutes de galère nous finissons le travail, et j’ai vraiment l’impression qu’il n’a pas l’habitude de faire ça, le résultat semble douteux. En effet nous remontons dans le camion et essayons de redémarrer, nous ne faisons que 100m avant d’être stoppé à nouveau, puis nous devons ressortir encore deux fois pour arranger le bricolage, avant que le camion veule bien avancer. Doucement.

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Nous arrivons enfin à un semblant de civilisation sous la forme d’une station essence, où le camionneur décide de s’arrêter. Nous rentrons dans un espèce de café resto, où de nombreux autres camionneurs sont là, coincés comme nous par la tempête. Nous buvons çai après çai, ils ne parlent pas Anglais, je ne comprends pas vraiment de quoi ils discutent, mais ils finissent par m’expliquer que nous allons passer la nuit là. Mon camionneur m’offre une soupe de lentille, puis me laisse dormir dans la cabine de son camion, équipé d’une deuxième couchette, et surtout d’un chauffage !

Le lendemain je me réveille, tout est blanc, et par certains endroit au moins trente centimètres de neige se sont accumulés. Nous retournons dans le café, le conducteur me dit qu’on ne peut pas partir avant 10h. Sûrement le temps que les routes soient dégagés ou que la neige fonde un peu. J’aurais le droit à une énorme assiette de tahin et pekmes accompagné de çai pour un petit déj turc classique. Finalement nous partirons vers 12h, la neige a quand même bien fondue, après une demi heure de route, nous pouvons retirer les chaînes. Sur la route plusieurs voitures et camions sont dans le fossé, je me sens chanceux que mon camionneur ait été prudent. J’arrive à Antalya en fin de journée. Sacré trajet !

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Calé à Çanakkale

Premier article débarrassé de la relecture de Rémi !

D’habitude, nous écrivons nos articles à deux, 500 mots chacun. Arthur corrige les fautes d’orthographe de Rémi pendant que ce dernier enlève les parenthèses à gogo d’Arthur et lui explique en quoi son paragraphe n’était pas tout à fait compréhensible. Cette fois, c’est la liberté  !

Départ de Bougetonboule après une nuit de trois heures pour cause de petite soirée tranquille et histoire de profiter de la collocation de Kadıköy une dernière fois. Rémi part vers l’Est pour Antalya et je me dirige vers l’Ouest afin d’aller voir l’oncle et la tante de Gizem, une amie rencontrée à Istanbul. C’est la première fois que nous nous séparons depuis le début du voyage et bien sûr nous pleurons, nous avons peur, mais nous décidons de surmonter cette épreuve tout en gardant l’espoir que l’autre arrive à survivre.

Je descends dans les profondeurs du Marmaray, le métro sous le Bosphore. Je somnole tout le long mais une dizaine d’arrêts avant le mien, le Marmaray s’arrête et tout le monde descend. Aaaah, les rails en pointillés sur le plan veulent donc dire que la ligne est en construction, et non pas que le métro devient aérien comme je le pensais. Comme quoi c’est toujours bien de lire la légende sur les cartes, j’aurais dû écouter mon papa.

Je reviens en arrière, nouveau métro, puis « metrobüs », bus express avec voie réservée sur l’autoroute qui traverse Istanbul d’Ouest en Est. A chaque fois je dois sortir et repayer, je m’en sors donc pour quatre fois le prix initialement prévu mais j’arrive après 2h à l’endroit de stop repéré sur hitchwiki.org.

Istanbul s’étend sur tellement de kilomètres qu’il est irréaliste de vouloir sortir en une fois. J’ai l’impression que la meilleure technique est tout simplement de se mettre sur le bord de l’autoroute, là où les voitures peuvent plus ou moins s’arrêter, et d’avancer voiture par voiture à coup de dizaines de kilomètres. Les Trucs ne sont pas vraiment gênés pour s’arrêter au milieu de l’inarrêtable, l’autoroute ne pose donc pas vraiment de problème, toute proportion gardée bien entendue !

En début d’après-midi je suis à Tekirdağ, qui semble bien loin du metrobüs bondé d’Istanbul. Il fait froid, mais le grand soleil rend la chose très supportable. Posé devant l’usine de rakı, eau-de-vie de raisin aromatisée à l’anis, ça pue bien la mort ! J’attends un long moment, et finalement me rend compte que je n’attends pas sur la route que je voulais prendre. Je rejoins cette dernière à pied et me fait prendre en cinq minutes. Comme une grande partie des Trucs, mon chauffeur ne parle pas un mot d’anglais. Il tente de m’expliquer quelque chose, et croyant m’arrêter pour une pause pipi, je me retrouve dans la mosquée du village à prier. Ensuite il me paie le Balıkçı, restaurant de poisson. Et bien sûr, après le repas, un autre petit coup de prière.

Bien qu’agnostique et tout de même spirituel, l’acte de prier sans conviction ne me dérange pas vraiment, je le prends comme une expérience. Cependant, en sortant de la mosquée, il fait nuit et ça c’est pas cool. J’essaie tant bien que mal d’expliquer à tous les fidèles encore présents « otobüs yok, OTOSTOP« . Je veux pas prendre le bus, je veux faire du stop. Non, je vais pas me faire attaquer par les chiens. Et non, je veux pas que tu me donnes tes chaussures, j’ai ce qu’il faut. C’est peine perdue, et le chauffeur me ramène à Tekirdağ, insiste pour me payer le bus. Impossible de négocier quoi que soit, alors je monte dans le bus et je m’endors. Je me réveille lorsque le bus monte dans le ferry qui me fait passer de l’Europe à l’Asie, je vais prendre l’air sur le pont. Sur le port, Sedat, Nürsel et une amie arrivent en trombe pour me prendre et m’amènent chez eux. Anglais limité de leur côté, « turkçe çatpat », « un peu turc » du mien, mais à force de dessins nous nous laissons dériver sur tous les sujets autour d’un petit plat chaud.

Le lendemain, visite de Çanakkale et de sa réplique merveilleuse du cheval de Troie, utilisée dans le film américain de 2004. Çanakkale est fière d’avoir été le lieu où les troupes et bateaux français, anglais et australiens ont été stoppés pendant la Première Guerre Mondiale, et ça se voit. Je me balade hors des sentiers battus et me retrouve vite dans une sorte de ghetto, plein de couleurs, d’ordures et de robes roses en séchage grâce aux barbelés du camp militaire voisin. Le soir, je participe à la répétition de chants folkloriques turcs avec mes hôtes ! Sedat me montre la météo des prochains jours sur la route que je veux prendre. Il n’y a que des températures négatives jusque Antalya et des pointes à -10°, voire -14° la nuit. C’est une vague de froid globale sur toute la Truquie. J’ai pour tout équipement un pull et une veste de pluie légèrement coupe-vent, no problem pour les guerriers de l’extrême.

Quand je pars le lendemain, ils me donnent des fruits mais surtout ils me présentent à mes nouveaux amis : gants, bonnet et écharpes d’un magnifique gris très tendance du temps de l’URSS. J’essaie de refuser et je rendrai compte par la suite que j’aurai eu tort d’avoir réussi à les convaincre. J’arrive à Troie grâce à mon pouce, mais l’entrée est trop chère et même mon admirable capacité de persuasion ne fera pas chavirer le cœur du guichetier en ma faveur.

Alors je continue et me retrouve sur la route de campagne d’Alexandrie de Troade et d’Assos, villes « antik » comme tous les Trucs s’efforcent de me faire comprendre. Probablement très visitées en été, les routes sont maintenant vides. Toutes les demi-heures, une voiture. Mais à chaque fois elle s’arrête, et une fois sur deux m’offre un « çai » – un thé ! Il doit faire aux alentours de 0° mais le soleil brille sans aucun nuage, Renaud et Massilia Sound System vont m’accompagner grâce à quelques paroles de chansons imprimés auparavant. Je marche, je chante, je visite les ruines sur le côté de la route jusqu’à ce qu’une voiture passe et m’amène un peu plus loin, et de là je me remets à marcher et chanter. Le paysage est sublime. Imaginez un gazon bien vert sur lequel des géants auraient joué à la pétanque avec des rochers de toutes les tailles et auraient oublié de range leur bordel ensuite. De temps en temps, une vue imprenable sur la mer, le soleil de fin d’après-midi se reflétant dedans. « Çok güzel, doğa dağ denize güzel » – Très beau, nature montagne mer beau.

Peu après la tombée de nuit, je me fais poser sur la route principale. Une fois le soleil parti, fini la caresse du vent. Ce dernier devient agressif, mais j’arrive à rejoindre une route encore plus grosse qui mène à Izmir, la grosse ville de la côte Ouest. Je suis toujours à 200km de la ville, je n’ai aucune idée où dormir et il commence à neiger. Je me dis qu’il serait temps de trouver un coin où passer la nuit au chaud, quand sorti de nul part, un vieux papi me prend et me dépose 200km, un kebab et une çorba plus loin au milieu de l’autoroute. Il est trop tard pour aller toquer aux portes des maisons, je décide de continuer inch’Allah. A l’embranchement, je trouve en 5 minutes encore une voiture puis un camion pour Aydın. Ici il ne neige pas et je trouve refuge sur le balcon d’un appartement à vendre du rez-de-chaussée. Nuit fraîche, mais très supportable, -4° apparemment.

Impossible de se lever avant 11h30, j’étais beaucoup trop bien dans mon duvet, mais il est temps de repartir. Au fur et à mesure des voitures, les montagnes enneigés se dessinent, et je me retrouve bientôt les pieds dans la neige. Je croyais ne pas revoir la neige avant un moment, et cette douce vague blanche est un bonheur visuel ! Petite galère à la sortie de Denizli, je commence à me dire que je n’ai pas envie de repasser une nuit dehors, et qu’il est toujours possible de rejoindre Antalya ce soir. Alors je prends mon turc à deux mains et je me place au feu rouge, sautant de voiture en voiture et après dix minutes je suis hors de la ville.

Nous attaquons la grimpette de la montagne tandis que sur notre droite se trouve une file de camions, bloqués le temps de mettre les chaînes. Bien qu’étant une route principale, la voie n’est pas du tout déneigée, elle est à peine tassée. Je suis posé au niveau du col à l’intersection entre deux routes, loin de tout village et il fait nuit. Une fois le coucher de soleil sur la neige admiré, je me dis qu’il serait quand même bien temps de trouver une voiture. J’avais repéré une station essence juste avant au cas où, mais je commence par allumer ma lampe frontale, clignotant rouge en marche (t’as vu maman je fais attention). Vu l’état de la route, les voitures roulent lentement, et ce n’est qu’une question de quart d’heure avant de trouver un chauffeur. Finalement, à 170km d’Antalya, je trouve mon champion qui me dépose à cinq minutes à pied de l’appart.

Enfin, l’aventure n’est pas finie. Car la porte de la montée d’immeuble est fermée, et je n’ai aucun numéro de téléphone. Je vois de la lumière qui sort par la fenêtre du 3ème et je demande donc à un jeune « telefon internet var ? » pour envoyer un email tout en lui montrant la porte fermée. Celui-ci me répond en anglais, imaginez ma surprise après quatre jours sans avoir rencontré un seul Turc anglophone ! Il m’invite dans sa collocation d’étudiants pour un café turc en attendant la réponse des mes indignes amis. Mais bon, ce sont des geeks, alors ils ne tardent pas à répondre à mon email et après avoir promis à mes nouveaux coupains que l’on ferait un repas turc-dessert français, puis la revanche repas français-dessert turc, je retourne dans mon chez-moi. Il y a deux nouveaux habitants temporaires, mais qui repartent le lendemain !

Alors, c’était bien cet article sans Rémi ?

Görüşürüz, n’oubliez pas de faire du ski pour moi et si vous pouviez me faire parvenir une veste d’hiver ce serait parfait !

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On a un turc à vous dire

Nous sommes de retour à Istanbul pour passer le Nouvel An ! Nous nous y étions déjà arrêtés quelques jours après nos aventures dans les Balkans puis étions descendus dans le Sud de la Truquie pour se sédentariser deux mois.

En effet pendant deux mois Rémi participe à un projet pour le meilleur site web du monde, hitchwiki.org, un site web collaboratif pour les autostoppeurs. Existant depuis 2006 il a changé et grossi, de façon plutôt désorganisée. Avec son acolyte Mikael, ils décident de se mettre au boulot pour refaire une version toute belle toute neuve du site. Petite page de donation, et assez d’argent est récolté pour louer un appart et payer la bouffe. Ça sera dans le sud de la Turquie, car il y fait plus chaud qu’en Europe et que c’est sur la route d’Arthur et Rémi.

Mais revenons à Istanbul. Ici pour les touristes, ces expressions sont courantes. « Je vais en Asie », « -C’est où ça ? -C’est en Europe », « Waaaah on passe de l’Europe à l’Asie ». Les Trucs, eux, se contentent de dire qu’ils vont « de l’autre côté ».

Et pourtant pour nous, bien que la séparation géographique soit distincte, Istanbul n’est pour nous ni Europe ni Asie. En fait c’est un peu des deux, c’est une ville-jonction posée entre l’Est et l’Ouest qui s’est nourrie au fil du temps de toutes les influences. C’est peut-être banal, mais lorsque que l’on dit qu’Istanbul est au carrefour des civilisations, c’est vrai. Alors que nous entendons les minarets chanter dans une langue étrange à nos oreilles, nous reconnaissons des morceaux de vieux rock joués par des jeunes dans la rue. Plus loin, c’est une mélodie turque qui crée un cercle, plusieurs gens dansant au milieu, le tout devant un Starbucks Coffee.

Nous avons la chance de passer pour des turcs, Arthur avec ses yeux semi-bridés et Rémi avec son teint mat et ses cheveux noir de jais. Les gens nous demandent dans la rue où trouver le metrobüs ou le stadyum, nous répondons « turkish yok »; « pas turc » avec notre plus bel accent. Mais au moins, on ne se fait pas harceler comme les touristes allemands, proies potentielles repérables à deux kilomètres par les yeux aiguisés des vendeurs de döner.

Nous nous attendions à un choc culturel plus important, mais Istanbul n’est pas tout à fait représentative du reste de la Truquie, elle est alternative et conservatrice, ancestrale et moderne. Nous logeons à Kadıköy, district d’Istanbul, chez Mathieu, Lena et Alican (prononcer Alijan), un trio germano-franco-turc de choc. Mathieu s’est posé pour quelques mois à Istanbul avant de repartir voyager, Lena est en Erasmus et Alican travaille en tant que développeur informatique. C’est un appartement actif et activiste dans lequel nous sommes arrivés, la sonnette retentit tout le temps, apportant son lot de surprises et de visiteurs. Nous ne sommes pas les premiers hébergés dans cet appartement, loin de là, car la porte est toujours ouverte aux voyageurs et aux amis.

Pendant notre premier séjour, nous avons visité les coins touristiques bien sûr, la Mosquée Bleue et Hagia Sophia ou Basilique Sainte-Sophie, le Grand Bazar (non on ne parle pas de ta chambre), l’avenue Istiklal toujours bondée. Nous avons juste échappé à la place Taksim, centre des manifestations en 2013 suite à un projet de centre commercial, manifestations rapidement devenus un mouvement de mécontentement général en réponse à un gouvernement de plus en plus conservateur. (Plus de lecture sur Wikipedia.)

Mais nous avons aussi participé à la vie nocturne d’Istanbul, dans les bars bien cachés des rues perpendiculaires à Istiklal. Une montée d’immeuble presque classique, mais à chaque étage un bar différent, et au dernier étage dans le bar le plus haut perché, une terrasse. Nous participons donc en tant que spectateurs à une jam session, séance d’improvisation musicale. Nous nous rendons vite compte que la bière est chère, et notre budget va vite exploser pendant ces quelques jours à Istanbul.

Le samedi, nous participons à Food Not Bombs avec nos hôtes. Le principe de Food Not Bombs est de récupérer de la nourriture qui irait normalement à la poubelle, de cuisiner des plats végétariens ou végétaliens et de l’offrir à tous. L’organisation se veut complètement indépendante, et chaque groupe de Food Not Bombs est libre de s’organiser comme il le souhaite. Nous rejoignons le squat Don Quichotte, qui n’a ni eau ni électricité, et nous nous mettons à nettoyer et préparer les fruits et légumes dans la rue. A 18h, quand le repas est prêt, diverses personnes viennent partager un moment ensemble autour du dîner. Il y a plusieurs Food Not Bombs à Istanbul, mais celui-là vient de se lancer et il reste un peu de chemin et d’organisation avant que le projet ne décolle vraiment. C’est un plaisir de voir l’investissement de toutes ses personnes pour lutter à petite échelle contre le gaspillage mondial. C’est aussi une manière de recréer les liens sociaux et d’intégrer toute sorte de population dans un quartier. La rue est à nous, il faut l’utiliser !!

Après ces cinq jours à Istanbul, il est temps pour nous de nous remettre en route, direction Fethiye dans le Sud. Nous rejoignons cette petite ville en deux jours de stop avec une nuit sur le côté du péage vers Izmir. Là, nous retrouvons Mikael et Simona, que Rémi connaît depuis un an, et nos deux hôtes iraniennes. Nous cherchons à nous poser pour deux mois, et nous voulons donc une ville avec un peu d’activité. Fethiye a un environnement magnifique et certains quartiers, enchevêtrement d’escaliers et passerelles, nous attirent. Malheureusement, les cinq bars du centre ne suffiront pas à nous convaincre que nous voudrions passer deux mois ici. Nous arrivons donc à Antalya où nous rencontrons Federrico, un acolyte autstoppeur, et Ceylan sa copine/future femme turque. Pendant trois jours nous restons dans la maison de Ceylan avec sa mère et sa sœur qui nous accueillent comme des rois, surtout Arthur, devinez pourquoi. Impossible d’aider pour quoi que ce soit et nous goûtons à notre première grosse tranche d’hospitalité turque. Grâce à une efficace technique de spam de Mikael et à Ceylan notre interprète officielle, nous trouvons rapidement un appartement qui nous plaît. Première visite, l’appartement est sale et pas très accueillant, mais nous en faisons dès notre arrivée notre petit nid en refaisant l’organisation et la décoration, à base de cartes de tous les pays sur les murs ! Nous avons accès au toit pour les petits cafés ensoleillés, entre 15 et 20° en décembre quand il ne pleut pas, nous n’avons pas à nous plaindre.

Antalya, bien que beaucoup plus grande que Fethiye, n’a cependant rien à voir avec Istanbul. Ville touristique côtière, l’activité est relativement nulle en hiver. Beaucoup de gens dans la rue, mais pas du tout la même ambiance alternative qu’à Istanbul. Ici, c’est le tourisme avant tout. Nous organisons donc notre quotidien assez rapidement. Rémi et Mikael codent une bonne partie de la journée, Simona travaille à distance sur son ordinateur, et Arthur lit, joue un peu d’harmonica et s’entraîne pour faire de la magie, investissement pour la suite du voyage afin de faire disparaître des pièces de monnaie sur les terrasses des cafés.

Un week-end nous décidons de faire une excursion en dehors d’Antalya avec deux nomades de passage. Nous marchons trois jours et 20 km sur les 500 qui forment la voie Lycienne de Fethiye à Antalya. Sac à dos, tente, réchaud, enceintes et nous voilà partis. Nous crapahutons de plage en plage et établissons nos campement sur deux d’entre elles. Feu de camp pour lutter contre l’humidité nocturne, bain de nuit au milieu du plancton luminescent, bain de matin pour bien commencer la journée et cueillette de champignons. De retour à la civilisation nous traversons un étrange village, la quasi-totalité des inscriptions en russes, déserté des touristes estivaux, nous laissons ici Monsieur Chien, le cleb’s qui nous a suivis jusque-là pendant trois jours. Puis nous faisons du stop pour rentrer à Antalya, où nous reprenons notre train-train jusqu’à ce que Noël arrive.

C’est un bonheur absolu d’être loin des magazines de Noël, des décorations de Noël, de la pub de Noël. Ici, en pays musulman, rien de tout ça. En fait, ce n’est tellement pas dans leur culture que les Trucs disent « Christmas » pour désigner le Nouvel An, et l’on ne voit des Pères Noël que le jour du 31 décembre ! Mais tout même fidèles à nos racines chrétiennes, nous invitons le 24 nos divers connaissances à partager des mets venus de tous horizons, avec une grosse île flottante en dessert, ouaiiiiiiis !

Nous décidons de passer le Nouvel An à Istanbul, tandis que Mikael et Simona restent à Antalya. Après une journée de stop, peut-être la meilleure session de notre voyage jusque-là, 700 kilomètres, une guimbarde et un téléphone de perdus, plein de nourriture offerte dont de délicieuses saucisses cuites au feu d’huile de moteur et de sacs plastiques, nous sommes déposés au pied de l’escalier de l’appartement à 23h. C’est ça la classe

Des Germains, tout droit venus de Germanieland, sont venus visiter Lena et nous acceptons donc de partager notre salon avec eux. Oui, le salon nous appartient un peu depuis que nous sommes venus la première fois. Nous sommes à Istanbul, alors nous décidons de faire la fête, enfin c’est plutôt la fête qui nous tombe dessus. Cette fois, nous passons par la place Taksim, et c’est là que nous réalisons que nous avions échappé à cette visite la dernière fois.

Le Nouvel An, c’est pas moins de 25 personnes dans l’appartement, 12 personnes dormant dans le salon, d’autres un peu éparpillées dans les chambres et une grosse araignée de mer que Rémi et Arthur partagent pour commencer la soirée, pour le plus grand plaisir des végétariens présents. Désolé Mère Nature.

Nous refaisons une session de Food Not Bombs, dont l’organisation a bien changé depuis la dernière fois. Maintenant ce n’est plus au squat que la nourriture se prépare, mais dans un café marxiste.

Istanbul est une ville superbe sur pleins d’aspects, mais il est temps de rentrer à la maison. Arthur part d’abord explorer Çanakkale tandis que Rémi rentre directement à Antalya.

Bon à nez à tous, j’espère que le père Fouettard vous a gâté, n’oubliez pas de prendre vos résolutions, j’ai confiance en vous, cette année vous arriverez à les tenir, pas comme l’année dernière.

Cette année, vous allez faire du sport, perdre du poids, vous mettre à la guitare, apprendre l’españolito, arrêter de fumer et de boire de la bière. Oui, c’est promis. Et si vous le faites, promis on s’y met aussi.

Pour plus de photos allez faire un tour dans la galerie.

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Zigzag dans les Balkans (2/2)

Salut bande de petits loukoums, comment va la vie en rose ?

Dans le dernier article nous étions arrivé à Shkodër en Albanie chez Jacques. Notre hôte part travailler tôt le matin et c’est donc en même temps que lui que nous nous levons. La journée commence à 6h du matin par un petit café accompagné de son verre de raki. C’est un peu tôt pour la goutte, et nous ne buvons que ce que la politesse exige.

Avec la victoire du Parti Démocratique en 1992, l’Albanie tourne la page sur un régime encore plus fermé sur lui même que l’était le reste des Balkans. Son ouverture sur le monde, encore marquée par des années communistes, se fait sans contrôle. Depuis plusieurs années, l’Albanie  rêve d’intégrer l’Union Européenne et s’efforce de remplir les conditions posées par cette dernière, chamboulant tout le paysage géographique mais aussi culturel. Il suffit de voir la vitesse à laquelle les routes et autoroutes se construisent et les stations essences et hôtels poussent. Mais pour l’instant, c’est encore une Albanie très « typique » que nous trouvons, une hospitalité et une gentillesse incroyable. Alors que nous attendions rarement moins d’une heure dans le reste des Balkans, en Albanie nous n’avons pas été plus de cinq minutes sur le bord de la route, et nous quittons hélas trop rapidement ce pays à 10 heures du matin, heure à laquelle nous sommes habituellement encore dans nos duvets. Nous arrivons au Kosovo et décidons de faire une courte escale à Prizren, ou nous nous arrêtons dans un café attirés par les basses d’un son hip-hop.

Nous sommes de retour dans les Balkans que nous connaissons et attendons donc deux heures à la sortie de Prizren. La journée se passe en trois conducteurs, toujours avec de l’attente à gogo. Nous avons un hôte à la capitale macédonienne Skopje et nous ne sommes plus qu’à 50km. La nuit tombe sur l’arrêt de bus où sommes arrêtés, il fait incroyablement froid et aucun lampadaire pour nous éclairer. Le bus coûte deux euros, et nous décidons de le prendre s’il arrive ! Mais ce ne sera pas cette fois que nous paierons pour notre transport, car une voiture s’arrête, nous emmène jusqu’à Skopje et nous dépose près de l’Alexander Palace. Là, notre hôte Dobre et l’un de ses quatre colocataires viennent nous chercher et nous ouvrent les portes de leur appartement d’étudiant. C’est un plaisir de voir que partout, les appartements d’étudiants se ressemblent et l’on se sent tout de suite à l’aise à l’intérieur, entourés de nos hôtes nounours. Ces deux nuits nous permettent de recharger nos batteries, de laver un caleçon ou deux, de marcher sur le boulevard Alexandre le Grand, d’admirer la statue d’Alexandre dominant ses quatre lions de bronze, de manger un burger aussi grand que le courage d’Alexandre. Oui, la Macédoine est fière de son héros national. En partant, nous prenons l’autoroute Alexandre de Macédoine et nous apercevons le panneau indiquant l’aéroport Alexandre le Grand.

Après ces deux jours nous quittons Skopje, pour nous diriger vers Sofia. En quittant la Macédoine nous n’avions pas prévu que la frontière avec la Bulgarie était à plus de 1000 mètres d’altitude . Nous pouvons apercevoir de la neige sur les sommets légèrement plus élevés. Après avoir profité des derniers rayons de soleil, celui-ci se couche et il ne fait pas froid, il fait très froid. Nous tentons de faire du stop, mais vite découragés, nous allons nous réfugier dans une petite pièce chauffée des toilettes de la douane. Nous ressortons une dernière fois histoire de tenter, une voiture s’arrête nous proposant de nous amener 20 kilomètres plus loin, ce que nous refusons. Au moins dans les toilettes il fait chaud ! Le tableau de bord de la voiture indique -4°, nous comprenons pourquoi nous avons froid. De retour dans les toilettes, nous prenons soin de fermer la porte de notre petite pièce afin de ne pas être repérés et déroulons nos tapis de sol, nos duvets et ouvrons notre sac de nourriture. Il y a une prise électrique, nous regardons le film Carne Tremula de Pedro Almodóvar le dos posé contre le radiateur. Nous interrompons nos conversations et notre film suivant le va-et-vient des douaniers allant se délester, quand soudain l’un d’eux ouvre la porte. Presque sans un mot, il réussit tant bien que mal à enjamber notre campement et va remplir sa bouteille d’eau. Apparemment les autostoppeurs ne posent pas de problèmes aux douaniers bulgares, et pourtant les douaniers ne sont vraiment pas connus pour être les forces de l’ordre les plus aimables.

Un départ matinal nous permet d’être à Sofia, capitale des yaourts, en fin de matinée. Nous retrouvons cette ville que nous avions visité trois ans auparavant avec quatre autres coupains, pendant un voyage de trois semaines en Grèce, Bulgarie et Roumanie à six dans une voiture neuf places ! Nous retrouvons Art Hostel et son ambiance détendue, auberge de jeunesse/bar où nous passons une partie de l’après-midi en attendant notre hôte qui finit de travailler à 22h. Après la collocation des 4 mecs, c’est celle de 3 filles que nous visitons ! Là encore, nous nous retrouvons en terrain connu, comme une sorte d’ambiance universelle, et cela fait plaisir de se retrouver là.

Un départ matinal, (mais qu’est-ce-qui nous arrive ??) et nous faisons la route jusque Istanbul en une journée.
Arthur somnole dans le camion qui nous prend de la frontière turque à Istanbul, pendant que Rémi, les yeux ébahis, s’émerveille de la taille de la ville et de ses bouchons. Nous traversons le pont qui franchit le Bosphore, détroit qui sépare cette gigantesque ville en deux. Puis déposés à un arrêt de bus sur le côté du « périphérique » si l’on peut l’appeler ainsi, avec zéro lira en poche (monnaie turque), nous voulons marcher afin de rejoindre l’appartement de notre contact Mathieu habitant à Kadıköy, un quartier d’Istanbul. On va vite comprendre qu’Istanbul c’est pas Grenoble niveau distance, et que marcher semble irréaliste. En demandant aux locaux, ils nous conseillent très très vivement de prendre un bus. En fait nous n’avons pas vraiment le choix. A partir de là, nous sommes pris en charge par la gentillesse turque : quelqu’un explique au chauffeur que nous n’avons pas un sou, no problemo. Puis un autre nous fait descendre au bon arrêt. Puis en demandant une carte d’Istanbul à l’agent de sécurité du métro, celui-ci nous ouvre les tourniquets sans nous faire payer et nous indique dans quel sens prendre le métro. Et enfin arrivés à Kadıköy, nous demandons la route à trois jeunes et devons insister pour qu’ils ne fassent pas toute la route avec nous ! 1 heure du matin, Mathieu n’est pas là mais Alican son colocataire nous ouvre gentiment la porte. C’est bon, on y est.

Allez, tchou tchou
Teşekkür ederim !

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Zigzag dans les Balkans (1/2)

Nous avons décidé de passer deux semaines seulement dans les Balkans avant de rejoindre rapidement Istanbul pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’il fait froid, et que le froid est à l’auto-stoppeur ce que la Team Rocket est à Pikachu : l’hiver ça se passe en tongs sous les cocotiers de Noël. La deuxième est que Rémi doit commencer début décembre un projet obscur dont nous vous parlerons plus tard (plus d’info sur http://love.hitchwiki.net).

Départ de Leipzig le 13 novembre 2014. Il est 11h quand on commence à faire du stop. Les voitures s’enchaînent rapidement. On passe par Prague et notre conducteur en profite pour passer par la ville. Nous apercevons le chouette centre-ville de Prague, plutôt cool. Quelques voitures de plus et nous voilà en Hongrie après avoir passé un tout petit bout de Slovaquie. Il est environ 22h quand la dernière voiture de la journée nous pose à une station essence près de Budapest. Après avoir tenté de continuer encore une ou deux heures, nous allons poser notre tente pas loin.
Dès le lendemain nous commençons à prendre l’habitude d’un rythme soutenu, réveil à 11h, petit déj d’une heure et demi. Même à l’armée ils font pas ça. Nous adorons l’hiver, en effet, nos matinées chargées nous font commencer le stop entre midi et quatorze heures, ce qui nous laisse environ trois heures de soleil avant de se geler les pouces. Nous voilà donc sur la route de la Croatie. Les voitures s’enchaînent plutôt bien jusqu’à arriver à la frontière. La nuit tombe, et personne ne s’arrête. Nous décidons de marcher jusqu’à la prochaine ville. Ça y est on peut enfin manger notre premier Bürek, met typique des Balkans qui deviendra notre régime alimentaire quotidien.
C’est là que les choses se compliquent. Alors qu’il fait nuit depuis un bon moment, notre premiers conducteur conducteur croate, Igor, nous invite à faire une petite visite culturel du bar local. Igor est un sacré personnage et cet unijambiste en costume nous offre quelques bières, mais bientôt son état d’ébriété avancé lui empêchera de nous emmener plus loin. C’est donc ça copine qui  nous remet sur la route ! Nos pouces sont à peine tendus, que nous tombons encore une fois dans le fameux guet-apens croate en répondant à l’invitation d’un autre local à rentrer dans la bar à quelques mètres à peine.

Rémi et Arthur aiment à s’abreuver de toutes les cultures locales. Et voici donc nos premiers verres de raki servis. C’est quelques bières plus tard que nous sortirons la tête haute pour aller planter notre tente un peu plus loin, avec pour seul soutien notre détermination et deux bouteilles pour la route.
Les deux heures de petit déjeuner passées, nous rejoignons un énorme péage vide qui servira d’amphithéâtre à Arthur. La nuit commence à tomber, mais un sauveur nous met sur la voie de la Bosnie-Herzégovine, et un autre nous mène jusqu’à la frontière. Nous franchissons à pied le pont traversant la Sava, fleuve frontière entre la Croatie et la Bosnie, l’atmosphère est palpable : le brouillard créé par l’humidité se transforme en vagues blanches au passage de chaque camion. Plusieurs groupes de jeunes Bosniaques vêtus de leurs plus beaux atours traversent le pont pour passer le samedi soir en Croatie. La tente sera posée dans une sorte de marécage n’ayant rien à envier à ceux du Mordor.
Les choses se compliqueront encore plus à partir de maintenant, mais pas à cause des bars posés sur notre route. L’auto-stoppeur, surtout quand il prend la forme de deux hommes barbus, serait selon les dires des locaux, quelqu’un en qui on ne peut avoir confiance, voire quelqu’un de dangereux. Peut-être à cause des récents conflits des Balkans qui continuent d’affecter les esprits. De plus, nous sommes en hiver, en dehors de la saison touristique et nous sommes donc « suspects ». C’est en tout cas notre théorie, faute de mieux.

Deux lascars ne parlant pas un mot d’anglais nous demandent de chanter la Marseillaise puis nous déposent de nuit à un embranchement d’autoroute… Un rapide repérage des lieux nous fait dire que c’est vraiment un endroit pourri. Au moment de rejoindre un endroit plus approprié, Haris s’arrête en plein milieu de l’embranchement et nous dépose au centre de Sarajevo après nous avoir invité pour un rapide café internet chez lui ! Nous cachons nos gros sacs dans des buissons afin de pouvoir transporter plus de bière pour visiter la ville de nuit. Ensuite, n’ayant pas d’hébergement, nous sautons dans le premier tram qui passe et sortons au hasard pour se trouver nez à nez face à des bâtiments abandonnés que nous utiliserons comme hôtel de luxe. Enfin, comme hôtel de fortune.

Après Sarajevo, c’est Mostar et son magnifique pont, symbole des Balkans, que nous voulons rejoindre. Le bon côté de l’hiver, c’est que nous sommes les seuls touristes dans une ville normalement bondée pendant l’été. Une fois arrivé, nos pas nous guide sur une plate forme au bord de l’eau, où nous établissons notre campement.
L’intense pluie et la crainte de la montée des eaux nous fait quitter le campement (en précipitation. D’environ 150mm). Sortie de Mostar, trois heures d’attente, nous capitulons et décidons de marcher les 11 kilomètres qui nous séparent de l’embranchement, laissant la route touristique sur notre droite. Jusque là, la journée était un peu moisie. Il fallut une fois de plus attendre LE conducteur cool de la région, cette fois-ci sous la forme d’une vieille Volvo américaine. A l’intérieur, papou fan de France et de sa voiture, et fifille future avocate. Cette Volvo n’était pas une voiture, c’était un refuge, zigzaguant parmi le ciel étoilé au rythme des conversations chaleureuses.

Il fait nuit et nous restons bloqués à 40 kilomètres de la frontière avec le Monténégro sur le «Official Hitchhiking Spot » jusqu’au lendemain fin d’après-midi. Mais la forteresse de Kotor nous ouvre ses portes en début de soirée, révélant d’étroites rues et des escaliers étriqués, comme autant de passages libérés des habituels touristes estivaux. Nous repérons une maison abandonnée, que dis-je, un manoir de trois étages, terrasse, piscine, palmiers et oranger. Que ne fût pas notre surprise de voir l’intérieur de notre délicieuse demeure sans aucun plancher entre les étages, impossible de se poser sous les poutres qui menacent de nous tomber sur la margoulette. En revanche, la véranda est dans un état impeccable et offre un tancarville improvisé à nos affaires détrempées des deux nuits précédentes.

Enfin un petit déjeuner en T-shirt, sur notre terrasse ensoleillée qui nous offre une vue panoramix sur la montagne et la baie, promesse d’une incroyable journée de stop. Résultat, 100 kilomètres de galère et d’attente pour finalement nous retrouver encore bloqués, à 35 kilomètres de la frontière albanaise.

Le lendemain ne s’annonce guère mieux, il fait nuit et nous avons fait 30 kilomètres. Mais comme toujours dans le stop, il y a un sauveur : celui-là se présente à nous comme Jacques Chirac, un maçon albanais qui nous fait traverser la frontière puis nous invite chez lui, raki maison, yaourt de chèvre maison, potager géant, noisettes du jardin… La première partie de voyage dans les Balkans à la dure se termine donc avec lui. Neuf jours de tente s’achèvent, une unique douche dans la rivière glacée de Mostar, et nous apprécions donc notre premier repas dans une maison. Mais bon, on puait pas parce qu’il faisait froid alors zéro transpi sous les aisselles.

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