Egyptogramophologie

La première chose que nous voyons quand notre ferry nous dépose à Nueiba après nos quelques semaines en Jordanie, c’est une pyramide, oui le truc pointu là. Mais pas celle qu’on voit sur les cartes postales, ici c’est un bâtiment en métal un peu vieux avec des vitres sales. Nous avions lu que l’Egypte était un des pays qui avait le coût de la vie parmi les moins chers du monde, et la pauvreté nous a frappés quand nous nous sommes baladés entre les maisons de Nueiba dont, en général, une moitié est cassée et l’autre moitié pas finie. L’Egypte que nous allons découvrir semble bien différente de celle d’Astérix et Cléopâtre.

"Dromadaire dans son environnement naturel." "Camel in his natural environment."

De la grande pyramide en pierre à la petite pyramide en métal rouillé. Keskissépassé ?

Après que les chasseurs-cueilleurs aient épluché tous les bosquets des environs, ils ont commencé, à partir de -10 000 (à peu près hein), à se dire que ce serait bien de se poser un peu. Ils ont donc commencé à inventer l’agriculture puis l’écriture, à mettre en place tous pleins d’empires et à changer de pharaons souvent, se faire envahir par les Perses, les Ottomans and co, et à construire des pyramides, dont celles bien connus de Gizeh en -2 500. Nous allons vous laisser lire l’histoire de l’Egypte antique pour ceux qui veulent en savoir plus.

Le contrôle de l’Empire Ottoman tombe en 1914 pour faire place à un protectorat britannique jusqu’à ce que Nasser force pendant les révolutions de 1952 le roi Farouk à quitter le pouvoir. Nasser a été un grand acteur de cette époque rêvant d’une plus grande unicité des états arabes (panarabisme) et le moteur d’une grande vague de libéralisation de l’Egypte. Très autoritaire, ce qui lui a par ailleurs été souvent reproché, il a réussi à mettre en place toute une série de réformes concernant entre autres l’éducation, la place de la femme, la sécurité sociale, une nationalisation de grandes entreprises dont le canal de Suez. A la fin de son mandat, qui correspond aussi sa mort (et oui faut pas se stresser comme ça), la situation économique de l’Egypte est critique et celle-ci est loin d’être sortie de la pauvreté, mais elle est entre-temps devenue le centre culturel du monde arabe et très influente sur le reste du monde. On nous a dit que « les livres étaient écrits en Egypte, imprimés au Liban, et lus en Iraq» !

"Il y a beaucoup de vieux et beaux bâtiments au Caire que l'on trouve au hasard." "There are many old and nice buildings in Cairo you step randomly upon."

S’ensuit une décennie de Sadat, dont l’une des (seules) principales réussites est la reprise du Sinaï et un traité de paix avec Israël, qui se fait assassiner par un extrémiste. Moubarak prend le pouvoir de 1981 jusqu’aux récentes révolutions du Printemps Arabe en 2011.

Pendant toutes ces années, différents groupes extrémistes ont fait leur chemin en Egypte, notamment les Frères Musulmans. Depuis 1980, les attentats contre les touristes et les officiels sont relativement courants et Moubarak a bien du mal à contenir à la fois le sentiment de terreur qui envahit le pays accompagné d’une croissance énorme d’une population, qui, comme beaucoup de populations sur terre, aimerait bien travailler et s’alimenter un peu quand même.

En 2011 les Egyptiens en ont gros sur le pois chiche, c’est la révolution qui éclate. L’état d’urgence permanent, le manque de liberté et de justice, les abus des forces policières, la corruption et le prix excessif des biens de première nécessité comme le pain sont tous des facteurs du déclenchement de cette révolution. Les manifestants occupent les villes scandant « pain, liberté, justice sociale ! » et réclament la chute de Moubarak. Celui-ci finit par fuir le pays car les manifestations sont devenues trop importantes et les Frères Musulmans établissent leur contrôle du pays à travers Mohamed Morsi qui place à des postes importants un p’tit paquet de la bande. Mais bon, il ne restera pas longtemps sur son trône car Abdelfatah Khalil al-Sisi lui fera un sympathique coup d’Etat, comme ça, tranquille, en juillet 2013. Les Frères Musulmans, organisation reconnue terroriste par de nombreux gouvernements, est un ennemi puissant pour Sisi qui fait décimer ou emprisonner des centaines de partisans pendant les manifestations.

"Barrage anti-terroristes/anti-manifestants au centre-ville du Caire." "Downtown road block for terrorism and manifestation control."

C’est à ce moment qu’untourdeuxsinges débarque dans la place pour régler le conflit, comme à son habitude. Notre article est un peu à lire comme si nous étions en juillet 2015 car les choses changent vite en Egypte. Quand nous avons traversé le pays, le gouvernement égyptien était en pleine guerre contre les Frères Musulmans, tous ses partisans et affiliés. Par exemple, une amie de nos hôtes au Caire, étudiante en échange universitaire, s’est fait virer du pays alors qu’elle rédigeait son mémoire sur les Frères Musulmans et en ayant rencontré quelques-uns. L’Egypte est traditionnellement un pays très militarisé et en ce moment, les militaires sont encore plus en forme que d’habitude. La liberté de la presse est quasiment inexistante.

Nous, on arrive là-dedans avec nos beaux idéaux, que régler les problèmes en tuant des gens n’est jamais une solution, que les médias ne peuvent être censurés peut importe l’enjeu, et autre blabla de jeune européen. Des discussions que nous avons eues, surtout au Caire, la réalité ne semble pas si simple. Les manifestations et les diverses attaques avaient alors créé un vrai sentiment de terreur pour l’Egyptien, et surtout le Cairote moyen. La prise en charge de l’État par l’armée a vraiment calmé le jeu et amélioré la situation tendue, au prix de tous les journalistes et blogueurs enchaînés (au sens propre et au sens figuré) et de nombreux Frères Musulmans tués.

Alors, on l’a vu, c’est un peu le bazar en Egypte en ce moment.

utds_2015-07-12_17-53-20

Pénurie de tourisme et renfort de sécurité

Sur la route entre Nueiba et Dahab, la « Mecque hippie d’Egypte », incroyable zone de plongée qui a rendu la ville très touristique, nous faisons la course avec un chameau qui s’est retrouvé sur la route et nous nous arrêtons avec émotion à notre premier check-point égyptien. Ce ne sera pas la seule fois, loin de là, que nous nous ferons arrêter. S’ensuit un contrôle de papier pour vérifier que nous ne sommes pas des méchants terroristes (et oui, l’État Islamique est présent au Sinaï), et la mer Rouge s’ouvre de nouveau à nous. Surprise ici, le centre touristique auquel nous nous attendions est quasiment vide de touristes ! Tellement vide que nous arrivons à avoir, en négociant sans que ce ne soit vraiment notre intention, une chambre à un prix tellement ridicule que nous nous demandons si le propriétaire ne perd pas de l’argent en nous hébergeant. Depuis le printemps arabe, l’Egypte qui base une bonne partie de son revenu sur le canal du Suez et les touristes, s’est vue désertée par ces derniers pour le bonheur des pharaons qui sont enfin tranquilles dans leurs pyramides. Les énormes bateaux qui font les croisières sur le bord du Nil sont tous à quai. Les touristes ont pris peur et ont opté pour des destinations plus calmes, comme le Nord-Pas-de-Calais, alors que la police et l’armée font pourtant de leur mieux pour sécuriser les périmètres. Tout au long du pays, notre style de voyage nous a permis d’avoir des relations très intéressantes avec la « boulice » comme ils disent par ici. L’Egypte a tellement peur pour son image qu’il arrive quoi que se soit à un touriste que les policiers, voulant sûrement le mieux pour notre sécurité, nous interdisent de camper et nous font dormir au poste, ou nous interdisent le stop et nous paient le train ou le bus. Et puis en même temps, nous étions suspects à faire du stop, alors faisant leur devoir, ils nous arrêtaient à tous les check-points. Et puis des fois c’était juste pour faire les cowboys que, nous apercevant, ils nous poursuivaient dans leur belle voiture blindée pour interdire à notre chauffeur de nous déposer où que ce soit avant d’atteindre Suez (hors du Sinaï, et donc plus tranquille). En fait, c’est simple : il y a les endroits pour touristes, là c’est un peu nul, mais on a le droit d’y être. Et tout ce qui a entre deux sites touristiques est, pas en théorie mais en pratique, « interdit » au voyageur. L’Egypte avec notre style de voyage est difficile et fatigante, surtout dans nos relations avec la boulice.

utds_2015-07-10_17-19-54

De l’agressivité, de la tension, et de l’hospitalité

Mais fatigante aussi dans nos relations avec les rabatteurs de restaurant ou de centre de plongée qui ne sortent de leur sieste que pour nous sauter au cou, nous proposant des bonnes affaires de plus en plus folles, ou des tours en calèche avec des fevaux chaméliques. Euh non des chevaux faméliques. Comme nous sommes « pas autorisés » à rester dans les zones non-touristiques, nous n’avons presque que des relations monétaires avec les locaux. La négociation, talent que ni Rémi ni Arthur ne possède, est courante ici. Mais les vendeurs ne jouent pas vraiment le jeu : quand nous avons négocié le prix du pain le premier jour, nous revenons les jours d’après et le prix passera encore du simple au double. Les prix sont en fait complètement aléatoires et à chaque que l’on veut acheter quelque chose on doit s’y préparer. Pendant plusieurs jours à Aswan, plusieurs fois par jours, nous traversons le Nil dans un petit ferry, et à chaque fois il faut qu’on s’énerve parce qu’on connaît le prix que payent les locaux et c’est ce prix là qu’on aimerait bien payer. (S’énerver est une technique qui marche super bien d’ailleurs dans toutes relations égyptiennes.) Et les Égyptiens (comme les Jordaniens) tenteront toujours au petit bonheur la chance de tirer un peu d’argent du touriste : par exemple quand nous venons camper sur la plage à Nueiba le premier soir, les gens du coin essayent de nous faire payer, et puis quand ils comprennent qu’on ne payera pas, ils deviennent tout à fait sympas et nous laissent dormir où on veut.

"Les bateaux à Aswan qui font la traversée du Nil, entre la ville et les villages Nubiens. A droite sur l'image, le "Love Baot"." "The boats in Aswan crossing the Nile, between the city and the Nubian villages. On the right in the picture, the "Love Baot"."

La tension de fin de Ramadan, car les gens sont fatigués, ajoute beaucoup d’agressivité entre les gens et dans nos relations avec les vendeurs. Au Caire on verra plusieurs fois par jour des altercations qui bien évidemment attirent tout le quartier. Ici, on adore se mêler des affaires des autres. Les Egyptiens ne semblent aussi pas du tout avoir la même conception du sommeil que nous autres. Ils arrivent à dormir n’importe où, et c’est tout à faire normal de réveiller quelqu’un n’importe quand, à n’importe quelle heure, pour n’importe quelle raison. Par exemple les policiers qui nous ont empêchés de camper et nous ont fait dormir au poste nous réveillaient toutes les heures pour nous poser des questions comme « mais en fait vous financez comment votre voyage? ».

Et en même temps cachée parmi tous ces aspects difficiles de l’Egypte, on retrouve toujours cette hospitalité et cette gentillesse des gens. Alors que le concept européen du stop est inconnu, les voitures s’arrêtent pourtant rapidement et nous continuons facilement de voiture en voiture. Bon, après ils ont toujours pas compris alors ils nous déposent à l’arrêt de bus, mais l’intention y est ! Quand nous cherchons la plage publique à Cherm el-Cheikh pour y passer la nuit, la première réponse est « non non pas possible ». Cinq minutes et une légère négociation plus tard, nous voilà à dormir le nez face à la mer, les gens des alentours nous apportant plus de nourriture que nos trois estomacs peuvent en engloutir, et même à chacun deux bières du bar d’à côté.

utds_2015-07-22_14-25-37

Conservatisme et autres mondes

Nous en parlons un peu dans notre article sur la Jordanie, et en Egypte aussi nous nous faisons aussi inviter plusieurs fois à manger pendant l’Iftar, que ce soit sur le trottoir entre les voitures du Caire, avec des bédouins au milieu du désert du Sinaï ou avec les policiers du check-point. C’est la tradition : lors du Ramadan tout le monde, surtout le voyageur, doit pouvoir manger lors tombée de la nuit. Cette tradition religieuse n’est pas le seul signe d’un conservatisme fort en Egypte qui est en total opposition avec les univers d’expats et touristiques. Alors que pendant l’époque de Nasser la société était bien plus ouverte, elle s’est tournée à nouveau vers des valeurs plus proches de l’Islam en essayant de se séparer de l’influence occidentale. La plupart des femmes sont couvertes, et un pourcentage impressionnant le sont beaucoup (niqab and co). Les bars ne sont, légalement, pas autorisé à servir de l’alcool à des citoyens Egyptiens en période de Ramadan, peu importe s’ils sont musulmans ou autre, ce qui fait que les Egyptiens chrétiens doivent suivre cette loi. Les bières que nos gentils hôtes de la plage de Cherm el-Cheik nous ont offertes nous semblent donc à la limite de la loi. Mais les « parcs à touristes » sont des exceptions, tout comme les « rooftops » (toits) des hôtels de luxe qui sont une fourmilière à expatriés. La ville de Cherm el-Cheik, un Russoland géant, est une grande roue de hamster pour Russes et British qui viennent acheter des souvenirs en plastique et regarder de faux derviches tourneurs. Et là, la loi égyptienne ne s’applique pas vraiment, tout comme à Dahab dont nous avons parlé précédemment.

utds_2015-07-13_18-38-55

Nous devons aussi subir de temps en temps quelques remarques sexistes quand nous voyagions avec notre amie Marie, ou ce classique prêcheur qui veut que tu lises le Coran, soit persuadé que tu deviendras une meilleure personne si tu le fais, soit parce qu’il a peur pour toi lorsque tu te retrouveras devant la Mort sans t’être précédemment converti.

Nous avons parlé de la pauvreté qui nous avait frappée à Nueiba, mais il y a une autre chose qui nous a étonnée : c’est cette énorme mosquée, neuve et propre, brillante et pimpante, toute entourée de ces maisons brinquebalantes et de cette pauvreté.

Que j’te trimballe des poules, que j’te trimballe des pastèques

En voyageant ici, il y a quelque chose auquel on ne peut échapper et qui semble être au cœur de la culture égyptienne : le bazar. Alors oui, y’a le bazar originel, là où on vend des galabiyas et des épices, mais nous on parle du bazar, du bordel quoi. C’est l’image pour nous de l’Egypte : des gens de partout à toute heure, des voitures qui klaxonnent, du bruit, des chameaux sur la route, des chèvres au milieu du soukh du Caire, et mille autres choses incroyables dont le Caire est une parfaite illustration. Au Caire, quand tu ne sais pas quoi faire, vas simplement te balader dans la rue car ce qui s’y passe est un théâtre géant. Tellement impressionnant qu’en une demi-heure, ton cerveau est surpassé par toute cette agitation ! Nous avons eu la totale avec la fin du Ramadan, où tout le monde est nerveux et fatigué, et où les gens arrêtent de dormir la nuit. Alors les gens s’embrouillent à longueur de journée, ou bien dorment DE PARTOUT, dans les endroits les plus improbables.

"Le Caire est une ville très agréable pour les piétons, et la circulation y est très bien régulée comme vous pouvez le voir." "Cairo is a very nice city for pedestrians and car circulation is very well organised as you can see."

Le Caire est considéré comme la ville la plus bruyante au monde, et de notre expérience, c’est vérifié ! Ici il vaut mieux se dire que les klaxons sont des chants de petits oiseaux mignons, bien qu’on finisse par s’y faire (un peu). Les bars à chicha présents un peu partout dans la ville sont souvent bondés, et le chaos qui y règne est très organisé, avec des serveurs qui passent voir chaque cinq minutes si ton charbon brûle encore, et dont l’un d’eux passe sa nuit à seulement préparer les chichas à la chaîne. On y boit du thé, on y discute politique, on essaie d’interpeller les serveurs pour leur faire des blagues. Et bien sûr, que des hommes ou des étrangères.

Traverser la route au Caire, c’est un sport, un art. On traverse la première file, puis on s’arrête le temps que deux bus nous passent devant et derrière, on fait 3 pas, la voiture nous évite, on avance à nouveau. Ceux qui sont vraiment bons ou nés au Caire développent un sixième sens et arrivent à calculer instinctivement la manière de marcher pour, sans changer d’allure, passer entre toutes les voitures qui elles vont toute à des vitesses différentes ! On a essayé, mais pas tout le temps réussi. Et au milieu des voitures, il y a une espèce très spéciale, le livreur-de-pain-sur-vélo. C’est quelqu’un, qui sur un vélo, zigzague entre toutes les voitures (ce qui est déjà un exploit en soi), mais en même temps transporte sur sa tête une grille en bois de 3 mètres de long soutenant une pyramide de pain. Cela permet au pain de refroidir et au livreur de ne pas se brûler entre la boulangerie et l’endroit où il doit l’apporter.

"J'ai jamais vu quelqu'un distribuer autant de pains à la fois." "Who wants sooooome breaaaad???"

Voici notre Egypte, article écrit avec pas mal de recul car nous y étions il y a plus de 7 mois !

Lire la suite

Jordanie 2/2 – Perdus dans les paysages

Hey hey, tout de bon ? Voici notre deuxième article sur la Jordanie, dans la continuité du premier. Toujours à la première personne, mélange de nos personnalités, on a essayé du mieux qu’on pouvait d’intégrer notre réflexion et nos sentiments sur le pays au déroulement de notre voyage.

 

Depuis notre arrivée à Dana, la vallée nous titille. Nous décidons de faire une boucle et de revenir quelques jours plus tard dans le village, où nous laissons les affaires inutiles. Quelques courses en poche plus tard, nous la descendons cette vallée de Dana. C’est un peu trop pour moi, je sais plus où donner de la tête. Chaque centaine de mètres est différente de la précédente, entre des roches rouges plates, des galets qui tapissent la rivière asséchée, du sable ou des lames rocheuses qui sortent des flancs de la montagne. Chose rare en Jordanie, on ne voit personne pendant plus de quelques heures jusqu’à ce qu’on arrive aux tentes bédouines avant le désert. De quoi leurs tentes étaient faites avant que l’UNHCR viennent distribuer des bâches ou qu’ils récupèrent des vieux bouts de tissus par-ci par-là ? Et puis comment des gens en sont venus à s’installer là ??

"Tente bédouine en bas de la vallée." "Bedouin tent down the valley."

A la tombée de la nuit nous avons installé notre campement, après conseil d’un guide qui habite là, à l’écart des serpents qui rôdent autour des arbres. Nous grimpons la colline pour rejoindre les tentes du guide. Sous les étoiles du désert ces néo-bédouins ont installé des tapis et, en s’excusant de n’offrir que les restes, nous apporte de la nourriture ainsi qu’un sirop chimique dégueu que je prends soin de ne pas boire. Pendant que Marie, qui est pourtant ‘officiellement’ ma copine ce soir, se fait draguer par le gros lourd de guide, je dois subir une série de vidéos marrantes sur un téléphone connecté à Youtube. « Vous avez des instruments de musique? » « Oh mon grand-père il en a un, mais nous, on n’en a plus besoin, on a des téléphones. » Les bédouins aussi ont le droit d’avoir internet dans le désert, mais ça me fait quand même un peu mal aux oreilles d’entendre la même sonnerie de téléphone que mes anciens potes d’université et de voir que ces jeunes écoutent la même musique pourrie qu’on a sur nos radios en France. J’avoue que j’avais une autre image des bédouins, j’étais sûrement un peu naïf. Nous ne nous laissons pas avoir par notre ami bédouin qui essaye de décider à notre place que nous avons besoin d’un 4×4 pour porter nos affaire et qui nous affirme, sûr de lui, « This is the program ». On commence à avoir l’habitude de ces conversations. Marie ne se sera pas non plus laissée charmer, alors on rentre se coucher à ciel ouvert, juste en dehors de la tente qu’on avait pourtant plantée.

utds_2015_06_23-18_05_39

On continue notre boucle en remontant par Wadi Ghuweir. Notre guide d’hier, loin de lui l’idée de nous vendre sa compagnie et le fameux 4×4 pour nous ramener à Dana, nous avait prévenu que l’entrée était bouchée par un gros caillou (impassable pour nous incapables européens). Mais bon je suis à 1/64ème guatémaltèque alors j’ai réussi à passer quand même. Là je prends encore une claque, c’est trop pour moi. Déjà c’est la première fois que je vois un canyon, un vrai de de vrai, avec de l’eau et des couloirs étroits, des roches blanches en forme de vague, des palmiers qui menacent de nous tomber dessus et tout et tout. C’est tellement un paradis, où nous sommes seuls et tranquilles que nous décidons de passer la nuit à mi-chemin. Marie se permet un bikini au soleil, luxe rare dans ces contrées. Mais elle est vite interrompue par l’un des frères du guide qui nous a rejoint avec son copain. Il vient lui offrir son cœur et veut passer la nuit avec nous. Je dois m’énerver pour qu’il accepte de nous laisser, et on bouge notre campement un peu plus haut au cas où il décide de revenir. L’endroit est incroyable, il regorge de vie, après avoir passé des jours dans le désert et affronté la Mer Morte, j’ai l’impression que nous sommes arrivés dans une oasis de bonheur, l’eau fraîche et potable est toujours à portée de main. Nous jouons avec nos ombres dansantes créées par le feu qui se reflètent sur les parois du canyon et je me plonge dans cette image de dessin animé.

utds_2015_06_23-10_40_11

Le lendemain il faut quitter avec regret notre vallée chérie car les vivres commencent à manquer et nous nous baignons encore à une ou deux reprise. Plus nous avançons plus l’eau se fait rare, la rivière disparaît sous la roche pour réapparaître cinquante mètres plus loin, puis se faufiler à nouveau dans les rochers. Nous finissons par quitter la vallée, je me demande si un jour je reviendrai et à quoi elle ressemblera. Les premiers signes de civilisation commencent à poindre sous la forme de bouteilles plastiques et d’aluminium pour les chichas, prenant son apogée quand nous croisons un chasseur alors que nous finissions les dernières miettes de vivres. Maintenant pas le choix il va falloir retourner à la civilisation si on ne veut pas mourir de faim.

utds_2015_06_25-13_26_25

Nous voilà arrivé à un route asphalté déserte à l’exception d’une berline noire au loin qui nous dépose très gentiment à Shobak à la tombée de la nuit. Pendant la rupture du jeûne, l’iftar, c’est peine perdue de faire du stop, aucune voiture ne passe, car tout le monde est censé manger, alors autant faire de même. Juste à côté de la grande rue il y a une grande tente faite de ces tissus colorés que j’ai souvent vu dans ce pays. Dessous, quelques tables et chaises, ainsi que des plats de poulets et de riz et des dattes. Pendant le Ramadan, personne ne doit être exclu de repas, alors les gens s’organisent pour que même les pauvres puissent manger. Une fois de plus je suis impressionné par cette solidarité et cette générosité, et ce soir là en plus des nécessiteux et des gens de passages, il y aura trois voyageurs qui mangeront avec plaisir. Je me demande comment il est possible de détester et d’adorer à la fois une même culture, il va être important de garder les bons côtés.

Nous rentrons à Dana ce soir-là, il fait déjà nuit mais très rapidement quelqu’un nous prend en stop. A mon étonnement une grosse voiture de riche s’arrête, une première ici. C’est un jeune très sympa qui nous conduit presque jusqu’à Dana alors qu’il n’y va pas. Il nous parle de ses trente chameaux qu’il n’utilise pas vraiment pour faire un quelconque business, mais juste parce qu’il aime les chameaux. C’est sa collection, comme des timbres quoi, mais juste un peu plus gros. C’est incroyable.

Le lendemain il faut dire au revoir au petit gars de l’hôtel, Mohammed (nom très très rare dans le coin), puisque nous partons pour Pétra.

utds_2015_06_27-11_42_34

Depuis que nous somme arrivés en Jordanie, et même avant, j’ai entendu parler de Pétra un nombre incalculable de fois, site incroyable, patrimoine mondiale incontournable et tutti quanti, si bien que j’ai presque pas envie d’y aller par pur esprit de contradiction. D’un bout à l’autre de la Jordanie on nous propose des taxis pour Pétra comme s’il n’y avait que ça. Bien sûr nous n’allons pas à Pétra en taxi mais en stop, jusqu’à ce qu’un de nos conducteur décide, sans vraiment nous demander, de nous ramener chez lui et de nous offrir le gîte et le couvert. C’est un peu un classique j’ai l’impression, où tout le monde pense savoir mieux que toi ce qui est bon pour toi, ce qui commence à m’énerver. Combien de fois j’entendrais dans ce périple à travers ces pays arabes que nous traversons le fameux « this is better for you » ? On s’éclipse de chez notre conducteur pour débarquer dans la ville de Wadi Musa qui jouxte le site archéologique. La Jordanie est un pays de bédouin donc pas de problème pour camper, mais là c’est un bon défi car nous sommes dans l’endroit le plus touristique du pays. En deux secondes, on se fait accoster par un gars qui tient un petit snack et nous paie le thé suivi du repas. Mille coups de fil plus tard et 500 « ouais-ouais-t’inquiète-mon-cousin-arrive-pour-venir-vous-chercher-ah-non-en-fait-ce-sera-pas-mon-cousin-mais-mon-pote », on se retrouve chez son frère qui a une bonne dégaine d’ex-taulard. Les Jordaniens, par ailleurs les gens les plus gentils du monde et les plus hospitaliers, sont parfois aussi un peu pressants et oppressants. Là c’est le contraire : assied-toi, prend un thé, moi je vais faire ma vie et je reviens toutes les demi-heures pour voir si tu manques de rien. Chacun dans son monde, chacun sur son petit canapé au sol, on se laisse aller doucement aux rêves.

Pétra la rose, Pétra la magnifique, Pétra l’incontournable, Pétra la super méga chère. Trop pour notre budget. Des Jordaniens nous expliquent que l’entrée est si chère car de nombreux touriste viennent en Jordanie seulement pour voir Pétra et sinon restent en Israël, et ne dépensent donc pas l’ombre d’une pesetas en Jordanie. Le site est immense et heureusement pour nous autres les pauvres, n’est pas barrièré. A nous trois, on tâte les différents canyons, on désescalade, on saute, jusqu’à ce qu’au détour de l’un d’entre eux une petite représentation gravée vient nous émerveiller et nous confirmer qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

utds_2015_06_27-10_57_03

En bon VIP, nous arrivons par derrière et je vais vite me perdre dans les maisons roses taillées dans la roche. On m’avait dit incontournable, et je dois admettre que c’était vrai. Surtout en ce moment ! Les plusieurs milliers de touristes journaliers ont pris peur depuis le déclenchement de la guerre en Syrie et c’est la basse saison : nous sommes une cinquantaine sur le site immense. Avoir Pétra pour soi c’est pas mal, on remercie les gens d’avoir peur derrière leur télé alors que la Jordanie est sûrement l’un des pays les plus sûrs du Moyen-Orient. Fier comme un coq français, je quitte en fin de journée la belle Pétra par la grande porte avec un clin d’oeil narquois adressé à la police du tourisme.

Un autre truc marrant c’est que tous les rabatteurs pour touristes, organisateurs de tours de chameaux ou d’ânes sur le site, sont déguisés en Jack Sparrow, comme dans le flim. Si si, mais demandez pas pourquoi.

Le second ‘must’ de la Jordanie c’est le Wadi Rum, la vallée du Rhum. Enfin je crois que c’est ça la traduction, faut que je vérifie. Pas facile à rejoindre en stop, mais je me décide de ne plus dire de mal des touristes car c’est eux qui vont nous s’arrêter et nous y emmener. On s’éloigne du dernier village pour arriver à la source juste à l’entrée du désert. Boh, et quel désert. Rouge, sable fin, un couloir qui s’étend jusqu’à l’infini entouré de collines et montagnes en roches dénudées. Arrivés à la source nous installerons notre campement sous le seul arbre disponible.

utds_2015_06_30-09_14_07

Deux cents mètres plus haut sur les rochers nous trouvons l’origine de le source, je me pose là et admire le désert qui s’étend au loin et dont les distances sont difficile à appréhender. Puis petit à petit je vois des points au loin qui grandissent et grandissent encore. Ce n’est pas des gens, ce n’est pas des voitures. Des dromadaires ! Je dévale les rochers sans me casser la margoulette et j’arrive à temps pour discuter avec un bédouin qui est venu voir ses chameaux. Ils vivent dans le désert en semi liberté et environ une fois par semaine ils reviennent à la source pour boire, le reste du temps se baladant à travers le désert pour chercher à manger. Quand la saison arrive où les dromadaires voudraient partir plus loin pour trouver leur nourriture, leur propriétaire leur entrave les pattes pour qu’ils ne puissent pas partir trop loin. J’imagine assez bien Momo dégainer son nouveau Samsung pour appeler Ahmed lorsqu’il voit passer les dromadaires de ce dernier « oh Habibi j’ai vu tes dromadaires là, ils sont sur la route de l’abreuvoir ». Sous le clair de lune au milieu de nos conversations, on voit des grands spectres avancer en se dodelinant pour rejoindre l’abreuvoir. Toute la nuit, différentes processions de dromadaires vont venir, avec des bébés bien mignons. Après ne pas avoir rempli leur bosse mais juste leur bidon, car c’est une légende que celle-ci est une réserve d’eau, la caravane de spectres va s’évanouir à nouveau dans le sable. Un moment magique, nous sommes arrivés dans la bonne période.

"On observe des chameaux qui viennent à toute heure du jour ou de la nuit s'abreuver, avant de repartir pour une bonne semaine." "We observe camels that come night and day to drink, before going back for another week."

Bouger en journée se révèle une mission digne d’un chameau agent secret d’élite hyper entraîné, mais nous tenterons quand même plus tard une traversée. J’aurai juré que la montagne là-bas était à dix minutes de marche. Hum, il est bizarre ce désert, il est pas palpable. Marcher dans le désert, c’est assez spirituel en fait. On se sent tout petit, écrasé par la chaleur et l’immensité, les pas ne faisant aucunement avancer, alors je fais le vide et je me laisse absorber par le sable.

"Marie dans le sable." "Marie in the sand."

Notre dernière étape en Jordanie est Aqaba que nous rejoignons grâce à deux techniciens venus vérifier les antennes pour téléphones mobiles. Cela semble une évidence pour eux de nous inviter à manger chez eux. Notre hôte va soigneusement cacher sa femme pour que nous, hommes étrangers, ne puissions pas la voir. Alors que Marie fut invitée plusieurs fois pour discuter avec les femmes des gens nous accueillant, nous autres hommes n’avons que très peu d’interactions avec elles. Puis ils nous emmènent sur la plage au sud de la ville pour que nous y passions la nuit, je dis pas non à la proposition. C’est incroyable en Jordanie qu’on puisse squatter, camper ou dormir n’importe où, les gens s’en fichent, voire ils en sont contents. Il y a du vent, mais je commence à être un expert en protections en tous genres, alors je concocte un petit abri digne d’un grand. On squattera pendant 3 jours cette plage où les hommes peuvent, Ô folie, se baigner torse nu sans risquer la panique totale des foules. Notre copain qui tient le petit stand à côté nous emmène faire des tours de masque et tuba. Même dans l’eau, ce n’est pas nous qui choisissons ce que nous voulons voir et la vitesse à laquelle nous allons. « On va aller voir ce corail, puis ce corail, this is better for you ». C’est dommage car si les coraux et les poissons sont époustouflants à la Mer Rouge, on a un peu l’impression de les survoler, notre guide décidant du tempo. Et bien sûr, Marie, qui est une femme, donc faible, ne doit pas lâcher le bras de notre guide car il a décidé qu’elle ne sait pas bien nager. Je suis vraiment perplexe. Comment peut-on être si gentil, et en même temps ne pas laisser de liberté aux gens et réduire la condition des femmes comme cela ?

"En route pour le Wadi Rum." "On the way to Wadi Rum."

Deux kilomètres plus loin, une grosse marina pour riches Clubmédiens a été construite. Un autre univers, d’autres règles. Quand je suis arrivé en Jordanie, je croyais que c’était un pays où l’alcool coulait à flots et j’en avais été très surpris. En fait, je crois que les gens se préparaient en buvant leur saoul avant le Ramadan pendant lequel il est quasi-impossible d’acheter de l’alcool. La marina, ce n’est pas la Jordanie, c’est un ghetto pour riches, et là le magasin ne se privaient pas pour vendre ses bouteilles.

Avant de prendre le ferry, nous passons la nuit sur la plage du centre-ville qui est bondée pendant le Ramadan. Tout le monde vit la nuit pendant cette période. Mais personne ne vient réveiller les trois Français posés là à dormir.

Nous nous réveillons avec les premiers rayons du soleil pour prendre le ferry pour l’Egypte, la suite est une autre histoire.

 

Bisous d’Arthurémi. Et de Marie aussi, même si on pas demandé.

Lire la suite

Jordanie 1/2 – Du poisson dans le désert

Salut les jambons et les saucisses végétariennes. Deux mois et demi seulement après avoir quitté la Jordanie, c’est avec outrecuidance et oronymie que nous vous offrons la première partie de nos périples jourdains. Nous avons décidé de changer un peu notre style d’écriture et de jongler avec les pronoms personnels, confondant nos points de vue en un seul personnage. Ça vous en bouche un coin-coin ?

Jusqu’à ce qu’on me pose à la frontière entre Israël et la Jordanie, tout allait bien. Et puis là c’est devenu la fête à la bêtise, aux bureaux et aux files d’attente, aux douaniers légèrement stupides qui tamponnent mon passeport alors que j’avais bien demandé de le faire sur un papier séparé. Et à la sortie, la foire aux taxis en tout sens, le fameux effet frontière. J’arrive à trouver un camion qui traverse doucement les petits villages jusqu’à Amman. BOUF, je prends une claque ! La Turquie m’avait surpris sur pas mal d’aspects, mais était restée en comparaison très européenne, on était loin de cet amas d’ânes et son lot de bordel, certaines routes ayant une plus grande proportion de trous que de bitume. De chaque côté les gens étalent leurs gadgets en plastique décoloré par le soleil, leurs barres chocolatés brillantes et leurs légumes poussiéreux mais magnifiques. Après utilisation, chaque emballage est soigneusement rangé pour occuper tout l’espace public, les bords de route étant bien sûr les privilégiés des paquets de chips et de cigarettes.

A Amman je repère le jeune qui a la démarche la plus détendue. Marie que je devais retrouver ne donne aucun signe de vie, donc après avoir imaginé pendant un bon moment tous les scénarios possibles de ce qui aurait pu lui arriver, je me mets à suivre le jeune et ses potes qui sortent l’Arak en regardant les lumières d’Amman depuis les collines, pour finir par squatter cet appartement rempli de fumée de chicha et de jeunes mâles. Marie se pointe le lendemain comme une fleur, elle qui ne s’est pas doutée que je l’ai attendue toute la nuit en me demandant où elle était. On s’était simplement donné rendez-vous un jour trop tôt.

Deuxième soir en Jordanie pour moi et on remet la session Arak ensemble cette fois. Notre hôte et guide est perdu entre deux cultures, entre Pink Floyd dont il mime tous les instruments un à un, ses expressions faciales suivant la puissance de la musique, et entre le Ramadan qui commence bientôt, une société masculine et religieuse et un peu archaïque dans laquelle ce à quoi il aspire n’a que peu de sens.

utds_2015_06_11-16_20_04

Le grand axe en face de l’appartement nous ouvre la route de l’aventure, et on arrive rapidement au premier village. Le magasin de bricolage nous offre le pain. Plus loin sur une petite route qui traverse un parc, une famille nous oblige à venir manger le barbecue confortablement installés sur leurs tapis. Cinq minutes après avoir quitté la tribu, c’est le whisky et la bière qui nous tombent dessus avec deux jeunes ingénieurs. Trouvant sûrement le temps long avant que maman ait finit de préparer le repas, ils font 20km de détour pour aller chercher une nouvelle bière à tous, pendant que détendus par la première, nous regardons dans un vent frais le soleil couchant qui découpe les pierres du château d’Ajlun. Sous les étoiles autours du feu, j’écoute les coyotes hurler en me demandant s’ils oseraient m’attaquer. Si la Jordanie continue comme ça, je ne vois pas l’intérêt d’acheter à manger.

Profitant de ma naïveté, un conducteur parvient à m’éloigner pour prendre la main de Marie et l’emmener plus loin dans la forêt. Il comprend vite qu’elle ne veut pas et mort de honte il démarre en trombe alors que j’accours vers la voiture. C’est triste, mais c’est sûrement mieux pour une fille de ne pas se retrouver seule.

La journée de police-stop commence. En fait je pense qu’en Jordanie la moitié des gens sont policiers ou militaires, j’arrive pas à savoir si c’est rassurant. Juste avant la traversée du désert pour Azraq, impossible de chercher du pain ou de l’eau tranquille sans se faire offrir de la pastèque. Policier ou militaire, on avait une chance sur deux, alors c’est un militaire qui se propose de nous héberger. Sous le grand marabout dans le jardin, on prend place en face de trois verres de Coca et de la famille au grand complet étendu aux enfants des voisins. Je suis cloué par les vingt-quatre yeux. S’ensuit un face à face de communication intensive qui prend son envol lorsque l’on sort papier et stylo pour soutenir l’anglais de notre jeune militaire et apprendre à écrire nos noms en lettres arabes. Le patriarche roule une clope et va s’asseoir dans le jardin près du tuyau d’arrosage qui inonde ses plantes. Il se relève, change le tuyau de place, s’assoit, roule une nouvelle clope. On va imiter le cri des ânes et des chameaux qui sont garés derrière l’enceinte de la maison et quand on revient le père a changé le tuyau de place et s’en est roulé encore une petite. Au menu ce soir, poisson-frites. Du poisson dans le désert. Je me demande si c’est quelque chose qu’on fait pour les invités, un signe de luxe. Pendant ce temps, le vieux en fume une ou deux. Tout le monde dort dehors, les hommes sous le marabout, les femmes et les enfants près de la maison.

utds_2015_06_16-19_14_25

Ce désert est assez inhospitalier et je suis pas mécontent de le quitter. Sur la route se suivent les châteaux du désert. J’imagine, somnolant, les caravanes de marchands traversant le désert faisant halte dans les châteaux. Je repense au camp de réfugiés que nous avons vu la veille, énorme, à perte de vue, tout entouré de grillage. Entre les Palestiniens et les Syriens, c’est un tiers des résidents en Jordanie qui ont le statut de réfugié.

Le fou qui nous prend après fait un peu peur… Il double tout le monde, freine aux contrôles de police en leur faisant des grands signes amicaux pour tripler son allure 500 mètres plus loin. Il me donne trois fois le téléphone pour que sa cousine qui parle anglais puisse me répéter douze fois que son oncle est un type génial. Arrivés à Madaba, la référence chrétienne de la Jordanie, on joue au jeu des différences avec les villes musulmanes. En fait, pas grand-chose par rapport aux autres villes si ce n’est la grosse église qui a le dessus sur la mosquée et les petits poissons autocollants à l’arrière des voitures. Demain, c’est Ramadan qui commence. On refuse l’offre d’hébergement de notre prochain conducteur pour aller squatter quatre murs et une terrasse entre les collines rebondies qui s’ouvrent juste assez devant nos yeux pour qu’on voit la Mer Morte. En bons intendants que nous sommes, nous n’avons pas pris d’eau et de bouffe, ce qui s’avère très bien, parce que nous avons décidé de faire le Ramadan. On désescalade notre terrasse et là, c’est la descente aux enfers. La gorge est sèche et chaque pas est dur sous le poids de nos sacs à dos, et la voiture qui sillonne jusqu’aux -427 mètres de la Mer Morte nous dépose dans une zone vide de vie. A bout de forces je guette le soleil qui disparaît côté Israélien, là où on était il y a à peine quelques semaines. L’appel du muezzin sonne la délivrance alors qu’on passe à côté des grands signes des agents de sécurité qui n’ont pas besoin de nous convaincre pour qu’on vienne leur vider leur eau et leur riz au poulet.

"Squat d'un bâtiment dans les collines au dessus de la mer Morte." "Squat of a building in the hills above the Dead Sea."

On marche cinq minutes pour trouver l’endroit le moins horrible des environs. Je bricole un abri anti soleil pour le lendemain. L’eau qui venait du tuyau avait probablement quelque chose de louche. On tombe tous malade sous un soleil qui ne nous permet aucun mouvement. On va quand même flotter le cœur lourd, la tête enflée et l’estomac en vrac. L’endroit est tellement malsain qu’on ne peut pas rester, et ce malgré notre état qui ne nous incite pourtant pas à bouer. Alors on prend la dure route du Sud pour rejoindre les hauteurs et quitter cette bassine de la mort. J’en avais beaucoup rêvé depuis le début de la Jordanie quand c’est arrivé : on s’est fait prendre en stop par une femme dans un pays musulman. Deux étudiantes qui, parce que c’est Ramadan, trouvent une occupation. L’un des classiques est de prendre la voiture et d’aller faire un tour.

utds_2015_06_18-14_25_41

J’ai le corps tout retourné et éparpillé, mais je suis bien content quand j’aperçois notre destination le château de Karak et quand dans la ville les trois vendeurs de fruits nous offrent une cagette où poser mes fesses pour partager le repas de la rupture du jeûne. Le Ramadan est fini pour nous depuis hier, et on aura fièrement tenu un jour. La bonne nouvelle pour nous requinquer, c’est que le voyageur est exempté de Ramadan, comme la femme les jours de règles, le vieux et le jeune, ou le malade. La mauvaise, c’est qu’on est censé rattraper les jours qu’on a pas fait durant l’année qui vient. Les autres font ce qu’ils veulent, moi je les rattraperai peut-être l’année d’encore après. Ou la suivante.

Le lendemain, toujours en vrac, on rencontre deux policiers, malins comme des policiers, qui se mettent en tête de nous amener à la piscine. C’est juste une piscine en extérieur, assez sommaire dont les algues offrent de beaux reflets verts. Marie bien sûr ne peut pas découvrir un bout de peau (ce serait indécent) et se baigne donc habillée parmi les cowboys qui font des pirouettes et se prennent des plats pour impressionner la seule présence féminine. Les policiers veulent nous héberger, mais nous trouvons une combine pour qu’ils nous laissent repartir. C’est dans le prochain village qu’on découvre la technique magique. Quand je sors des toilettes de la mosquée, je vois que les autres ont disparu, et sans que j’ai le temps de m’affoler, un mec m’interpelle et me mène dans une maison deux rues plus loin où je les trouve assis autour d’un thé. Si tu as faim ou besoin d’un hébergement, il suffit d’aller traîner vers la mosquée à l’heure de la rupture du jeûne. Après le repas on est invité de maison en maison. C’est bien la première fois que je vois un polygame, et c’est tout à fait normal ici, un vieux pépé entouré de toute sa famille et qui a effectivement deux femmes. On nous dit que quand même c’est plutôt rare chez les nouvelles générations. Troisième jour de Ramadan, troisième fois que nous sommes invités à manger.

utds_2015_06_19-16_01_57

Le jour suivant nous reprenons la route, rapidement c’est un policier qui s’arrête. Mais y’a d’autres professions dans ce pays ? Jusqu’à Al-Tafile la route est à couper le souffle. Je pose ma tête contre la vitre de la petite voiture et je rêve en voyant ces montagnes qui défilent. Elles sont beiges, vides et sèches, avec de temps à autre une tente bédouine surplombant la vallée. Je sors de ma rêverie une fois arrivés à la ville et nous trouvons vite des voitures pour le petit village de Dana. La grande vallée s’étend en ligne droit jusqu’au désert que l’on aperçoit au loin, et au commencement de cette vallée un petit village de maisons en pierres est posé sur une colline en bord de falaise. Les habitants ont déserté les maisons qui sont tombées en ruine, juste certaines d’entre elles ont été réhabilitées et transformées en hôtel. La source non loin qui alimente le village fait naître une petite rivière, l’eau y est bonne.

utds_2015_06_21-16_36_25

Rapidement je décide que j’aime cette endroit. Après deux intenses secondes de négociation, nous trouvons un hôtel pour un dinar par personne, soit un euro vingt, acceptable même pour notre budget. J’aime nos moment sur la terrasse où l’on dore au soleil avec pour plus grande mission de préparer le café. Mohammed le petit gars de l’hôtel me fait rire, je l’aime bien aussi, il passe sa journée à nettoyer la terrasse et à arroser les quelques plantes qu’il fait pousser, et il n’a pas le sang chaud comme les autres mecs du pays. J’aime un peu moins Bilal le « manager » qui se la pète trop et essaie de draguer Marie en lui expliquant à quel point il est jeune et a réussi dans la vie, et qu’une femme ne pourrait jamais réaliser ce que lui a déjà fait. Nous restons quelques jours là pour se reposer, l’endroit à un calme magnifique. Tous les jours je demande à Mohammed si la connexion Internet qu’il nous a promit marche, et tous les jours il dit que ça va arriver. Je crois qu’il a décidé de construire tout Internet lui même, ça doit prendre du temps. Le deuxième groupe de touriste du village est un Saoudien qui vient nous apporter des abricots tous les matins, et discute avec intérêt avec nous de religion, de culture, de sexe, et ses avis sont bornés et ouverts dans un étrange mélange. Ces discussions m’amusent. Puis on fête l’anniversaire de Rémi et on fait péter le resto de l’hôtel, pas une goutte de vin, pas de gâteau, c’est bien une première, mais c’est comme ça et tout va bien.

utds_2015_06_21-16_36_46

C’est tout pour le moment et la deuxième partie est en cours de fabrication. Pour patienter nous vous offrons un croûte-métrage avec de l’humour rigolo. A ciao banzaï !

Lire la suite

Israël, Palestine 3/3 – Tu me passes le houmous ?

Voici le troisième et dernier article sur nos réflexions sur Israël. On espère que vous tenez le coup, et qu’au moins un ou deux d’entre vous liront jusqu’au bout. Si vous avez raté les épisodes précédents voici l’article 1 et l’article 2, pratique !

« Je me suis rendu compte que je ne faisais pas que défendre mon pays. » nous dit un ami qui a signé un contrat de 10 ans après son service militaire.

Invoquant le self-défense, Israël se permet de répliquer avec beaucoup de puissance. La technologie militaire et les moyens mis en œuvre par Israël sont largement supérieurs à ceux de la Palestine, comme le Dôme de Fer par exemple. Sur le site Breaking the Silence des soldats parlent de leur expérience, ils expliquent que souvent les ordres ne sont pas donnés dans le respect des conventions de guerre et que les civils ne sont pas épargnés autant qu’ils le devraient. Le déséquilibre des forces est flagrant, l’armée Israélienne est surpuissante, et même s’il paraît normal de se défendre contre des attaques terroristes, la vérité n’est souvent pas aussi simple. De nombreux civils palestiniens sont tués tandis que le nombre de morts côté israélien est ridiculement inférieur. Très souvent nous entendons dire que la faute est aux « terroristes » qui se serviraient des civils comme de boucliers humains et lanceraient leurs roquettes depuis des lieux habités (école, bâtiments publics,…). Même s’il est probable qu’ils utilisent ces méthodes et commettent de nombreux crimes de guerre, Israël ne fait pas tout le temps l’effort de protéger les civils comme les conventions internationales le prévoient. En lisant certains témoignages de soldats on se rend vite compte que l’armée israélienne, bien que considérée légitime, n’est absolument pas irréprochable. A titre d’exemple durant la dernière guerre contre Gaza en été 2014 (opération « bordure protectrice »), il y aurait eu selon l’ONU 1400 civils palestiniens tués contre 6 civils israéliens.

Mais le déséquilibre n’existe pas seulement dans le compte des morts de chaque camps. Le peuple Palestinien souffre, son pays n’est pas reconnu et est en train de se faire entourer d’un mur, leur liberté est réprimée. Et pendant ce temps-là, dans la bulle Tel-Aviv à une heure de voiture, David fait son footing et sa muscu à la plage. Un espèce de décalage sur-réaliste qui fait qu’on oublie assez facilement tout le reste après quelques jours passés à Tel-Aviv à jouer à la raquette au bord de l’eau.

« Ah c’est une ville d’Arabes ça. » nous dit un de nos premiers conducteurs.

« Hein ? Mais qu’est-ce-que tu veux dire par là ? » Nous sommes un peu choqués au début quand nous entendons les gens parler « des arabes là-bas ». Mais en fait la société israélienne est vraiment organisée comme ça : il y a des villages classiques, « juifs » et des villages arabes situés à quelques kilomètres l’un de l’autre et qui n’ont que très peu d’échanges entre eux. Une village arabe est différent d’un village palestinien car il est sur le territoire d’Israël et les Arabes qui y vivent ont la nationalité. Mais c’est aussi un autre monde, où les lois et l’organisation ne sont pas tout à fait les mêmes qu’autre part. Ce phénomène de ghetto, présent partout sur la planète, semble très fort en Israël. La société est divisée en une multitude de mini-groupes, les Arabes dans leurs villages, les colons dans leurs nouveaux lotissements barbelés, les Palestiniens entourés par des murs, mais aussi le quartier soudanais, les kibboutz et les villes de Druzes, un courant assez spécial de l’Islam. C’est presque comme s’il y avait une volonté de séparer les gens, mieux vaut que les différentes populations ne se rencontrent pas trop. Les Arabes israéliens par ailleurs sont exemptés de service militaire, leur allégeance à Israël ou Palestine pouvant être douteuse, mais ce qui au final sépare encore plus les deux peuples. Si au lieu de ne rien faire ils devaient faire un service civique pour s’intégrer plus au système global ?

Nous nous interrogeons sur les programmes inter Israël-Palestine qui existent vraiment. Les gens nous parlaient souvent des Arabes, qui sont comme ci, qui construisent leurs maisons comme ça et autres. Et comme bien des préjugés, il y a une part de vérité. « Mais tu y es allé en Palestine ? » « Euh non pas vraiment ou alors j’étais petit. » On a envie de le comparer aux banlieues en France, où les gens qui n’y ont jamais mis les pieds se permettent de les critiquer. Quand on ne vit qu’avec ses semblables et que les mélanges sont rares cela ne facilite pas la compréhension et n’aide pas vraiment la disparition de la haine.

« No English » nous répond un orthodoxe quand nous lui demandons notre chemin.

S’il y a bien une communauté étonnante, pour ne pas dire étrange, en Israël, ce sont les Juifs ultra-orthodoxes, les Haredim. Ce sont des personnes qui vouent leur vie à la religion et l’étude de la Thora et qui suivent la Halakha, la Loi Juive, à la lettre. Il existe différents courants dans cette communauté. L’homme adulte ultra-orthodoxe classique se balade en costume noir, chapeau noir à bord large et chemise blanche. Bien souvent il porte une longue barbe, a des genres de longues nattes en tire-bouchon qui poussent au niveau de la tempe (des papillotes) et porte les tsitsits, genre de fils tressés qui pendent au niveau du pantalon, afin de leur rappeler les commandements de Dieu. On ne peut pas les louper. Les femmes ont aussi un style vestimentaire officiel, plutôt pas sexy, agrémenté d’une coiffure assez moche. Elles passent leur temps à pousser des poussettes. Des poussettes, des poussettes, des poussettes partout, les Juifs orthodoxes font énormément d’enfants et les fratries de plus de dix frères et sœurs ne sont pas rares. Ils vivent reclus dans des quartiers ou dans des villes entières, les enfants vont dans des écoles spéciales. Ils ne rencontrent que des personnes de leur milieu et ne font qu’apprendre la Thora, et oui pas de mathématique ou d’anglais pour les petits orthodoxes. Il devient alors difficile de sortir de ce milieu dans lequel leurs pensées sont complètement tournées vers une seule étroite direction, et les gens qui en ont le courage se retrouvent complètement en marge, pour trouver un travail par exemple car ils manquent cruellement de compétences. Alors entendre quelqu’un nous dire « no English » dans un pays où tout le monde parle parfaitement anglais, c’est un peu bizarre.

Avec un mariage jeune et un nombre d’enfants par couple démesuré, on s’imagine bien comment la population de Juifs orthodoxes croît et à quel point il devient important pour le gouvernement israélien de gagner les votes de cette communauté.

Cette part de la population qui voue leur vie à Dieu et à la lecture de la Torah est un problème qui touche le reste des Israéliens. Comme ils ne travaillent pas, ils (sur)vivent des aides de l’État, notamment des allocations familiales, et en faisant des arrangements au sein de leur cercle très fermé. Avec une petite signature du rabbin, ils sont aussi exemptés de service militaire. Mais bon, ils ont déjà une bonne dose de lavage de cerveau dû à leur mode de vie et de la religion, c’est déjà ça.

A la ghettoisation dont nous avons parlé plus haut avec les Arabes, il faut bien sûr rajouter les ultra-orthodoxes qui en sont une superbe illustration !

« Ne montez pas en stop avec un Arabe. » nous disent environ 10000 Israéliens.

Les Israéliens ont peur, ils ont peur des Palestiniens, ils ont peur des roquettes. Souvent quand nous parlons de notre voyage et que nous disons que nous voulons nous rendre en Palestine, en Jordanie ou en Égypte, ils nous prennent pour des fous, nous disent que nous allons nous faire exécuter. Tous les Israéliens nous répètent qu’il ne faut absolument pas monter dans une voiture arabe quand nous faisons du stop, ces même Israéliens qui ne sont jamais allés en Palestine.

Cette peur nous fais souvent rire et est en décalage complet avec nos expériences de stop en Israël, où il n’est pas rare qu’un jeune femme prenne en stop les deux barbus que nous sommes, de nuit, sur une petite route. Ce qui n’arrive pas ou très rarement en Europe.

« Aujourd’hui on fête le jour où Jérusalem a été capturée. On dit capturée ou délivrée ? » « Bin ça dépend du point de vue. » répondons-nous à un ado Israélien qui hésite sur son Français.

Jérusalem est un des points de discorde majeur du conflit. Haut-lieu de bon nombres de courants religieux, Jérusalem accueille des touristes et pèlerins du monde entier. Depuis 1967 suite à la Guerre des Six Jours, Israël contrôle l’intégrité de la ville, et tous les ans les Juifs ultra-nationalistes se font une joie de se le remémorer avec une gigantesque manifestation lors de Yom Yeroushalayim, la Journée de Jérusalem. Bien sûr, les Palestiniens ne sont pas d’accord avec cette occupation. Alors que Jérusalem pourrait être un lieu où toutes les religions vivent en paix, elle est plutôt la démonstration de cet incapacité de certains hommes à gérer leurs différences.

C’est quand nous demandons un garçon dans la rue lors de Yom Yeroushalayim, l’air de rien savoir, quel est l’origine de cette agitation qu’il nous répond cette superbe phrase. Pendant des heures, nous allons faire une indigestion de drapeaux bleus et blancs et de nationalisme exacerbé. Des Juifs de tout le pays sont venus pour suivre le cortège dans les rues de Jérusalem. Des adolescents balancent des prospectus réclamant l’expulsion des Musulmans du dernier bastion de la vieille ville qu’ils contrôlent encore vraiment, le Mont du Temple. Nous étions prévenus, la police et l’armée est présente en masse et c’est d’ailleurs assez normal quand on voit que la marche passe par le quartier musulman en s’égosillant avec des slogans niveau CE2 comme le trop classique « Mort aux Arabes ! » Un peu d’originalité aurait été appréciée. Les altercations sont nombreuses avec les pro-Palestiniens, et la contre-manifestation de ces derniers est bien entendu mise à l’écart par les forces de l’ « ordre ».

utds_2015_05_17-17_40_26

Et dans tout ce bordel, une petite dizaine de personnes transportaient des roses pour les offrir à la foule afin de calmer les ardeurs. Que ce soit côté pro-Palestinien ou pro-Israélien, les manifestants demandaient une fleur avec un grand sourire avant de la détruire pétale par pétale en face de leur visage et de leur jeter dessus. C’est assez difficile d’exprimer la folie humaine que nous avons vécue cet après-midi là. Ce n’était plus des hommes, mais seulement des moutons enragés s’abreuvant à chaque slogan, en attente de la prochaine petite friction pour se donner une raison de détester encore plus l’autre côté, et si possible de se battre un peu.

Les femmes quant à elle ont un tracé différent de celui des hommes et que nous n’avons pas suivi, donc nous ne saurions vous dire si elles aussi ont osé détruire les roses.

En fait, c’était une journée assez triste pour nous et nous sommes rentrés le cœur lourd. Mais ceci étant dit, nous avons vu la ville pendant des journées plus normales, et Jérusalem est une ville vraiment chouette !

Nous avons fait une petite vidéo pour montrer à quoi Yom Yerushalayim ressemble.

« Le meilleur humus c’est ici. » On a toujours pas compris où c’était, chaque Israélien a une adresse différente.

Les Israéliens sont fiers de leurs quelques spécialités. Ils connaissent tous la meilleure adresse en Israël pour manger des falafels ou du humus, et ils ont tous la meilleure recette pour faire une shakshuka ou préparer le tahini. Au final, et ils l’admettent, ces plats sont des plats arabes qu’ils ont intégrés à leur culture. Quand on commence à se familiariser avec les deux cultures, cela devient un jeu de noter tous les points communs entre les Israéliens et les Arabes. La langue est un bon exemple, la majorité des mots hébreux est d’origine arabe.

« Make hummus not walls» (faites du humus pas des murs), la solution est toute trouvée pour ce tagueur sur le mur de séparation de la Palestine à Bethléem.

« Ah mais en France vous avez pas peur de la montée de l’extrémisme?! » nous disent de nombreux conducteurs.

En Israël, et surtout à Tel-Aviv, on entend tout le temps parler français. De nombreux Juifs français, souvent parisiens, ont émigré en Israël profitant de la loi du retour pour obtenir la nationalité israélienne. Beaucoup d’entre eux ont déménagé car ils pensent être plus en sécurité en Israël. Nous avons souvent eu cette même discussion avec des Israéliens nous expliquant qu’ils ont vu à la télé qu’il est très dangereux d’être Juif en France et que celle-ci est remplie d’islamistes et d’antisémites. Nous tombons un peu des nues et devons chaque fois expliquer que non, les extrémistes islamiques ne font pas la loi en France, et que non il n’est pas vraiment dangereux d’être Juif en France. Notre connaissance limitée de la question nous fait nous poser des questions mais nous avons quand même l’impression que la communauté juive française, fermée sur elle même, tend à exagérer l’antisémitisme et les problèmes que les Juifs auraient à faire face dans l’Hexagone.

En essayant de tout résumer, nous avons fini par un truc assez long et nous n’avons pas du tout parlé de notre expérience en tant que voyageurs (qui fut un délice), et ce sera chose faite dans un prochain article.

Hummus à tous,

Arfer and Raymi.

Lire la suite

Israël, Palestine 2/3 – Encore des murs ?

Voici le deuxième article sur nos réflexions à propos d’Israël. Si vous n’avez pas lu le premier c’est par ici.

« Je me suis fait casser la fenêtre de ma voiture par un gamin qui m’a jeté une pierre. » nous dit une femme qui a voulu s’arrêter pour prendre un jeune Palestinien en stop.

Avant d’arriver, nous avions quelques problèmes pour comprendre vraiment ce qu’est la Palestine. Les territoires palestiniens sont composés de la Cisjordanie (West Bank in English) et de la bande de Gaza.

Palestine_Map_2007_(Settlements)

La Cisjordanie, la plus grande partie de ces territoires, est plus ou moins occupée par l’Israël qui ne reconnaît pas l’existence de la Palestine. Il y existe trois zones, A, B, et C. On a beau lire dix fois à quoi correspond chaque zone puis oublier, la différence devient très nette une fois sur place. Les zones A sont contrôlées par les Palestiniens, et les Israéliens n’ont pas le droit d’y aller, même si des soldats s’y rendent lors de raids ou d’opérations. Dans les zones B les Palestiniens sont en charge des affaires civiles et la sécurité est partagée entre les Israéliens et les Palestiniens. L’armée Israélienne y est omniprésente. En zone C, entièrement contrôlée par Israël, de nombreuses colonies se sont installées depuis 1967. Une colonie est en fait un petit village créé de toute pièce et entouré de barbelés avec un check-point à l’entrée, habité par des Israéliens souvent très sionistes. Une technique du gouvernement pour coloniser le territoire qui rend de plus en plus difficile une résolution du conflit. Les colons qui vont s’installer en Palestine considèrent que c’est leur droit de vivre ici en Terre Promise, et ce malgré le climat de terreur que les extrémistes peuvent leur inciter. Ils profitent par ailleurs des subventions du gouvernement pour les inciter aux joies de la colonie en famille.

L’autre partie de la Palestine, la bande de Gaza, est une petite région dans le sud-ouest de l’Israël. D’abord occupée militairement par ce dernier jusqu’à sa partielle gestion par l’Autorité Palestinienne en 1994 décidée par les Accords d’Oslo, la bande de Gaza s’auto-gère pleinement depuis la rétractation des colonies en 2005. Avec l’arrivée au pouvoir du Hamas en 2007 et le blocus israélo-égyptien, les rapports se sont fortement dégradés et de grands affrontements ont eu lieu. Entre blocus, état de guerre et attaques armées, le peuple de la bande de Gaza subit de graves crises humanitaires et sanitaires. De plus le Hamas a mis en place un régime très islamique où il existe très peu de libertés et dans lequel on apprend aux plus jeunes à être prêt à mourir en martyr dans des attentats suicides contre Israël.

Avec les récents affrontements, Israël a décidé de se protéger des attaques, comme les jets de pierre dont nous parle cette femme, et s’est rapidement équipé avec tout un arsenal de dispositifs anti-terroristes. La bande de Gaza a été complètement entourée par un mur empêchant les contacts avec le monde extérieur, d’où les tunnels de trafic qui se sont créés au fil des années. Les villes en zone A sont pareillement isolées avec assez peu de considération pour les enfants qui reviennent le soir de l’école et trouvent en face de leur maison un mur de 12 mètres de haut. Les routes à risques sont longées par un mur anti jet de pierre et les Israéliens n’y vont pas avec le dos de la main morte quand il s’agit de grillage et de barbelés. Un peu partout en Palestine, des check-points viennent fleurir les prairies.

« Pouvez-vous ouvrir vos sacs ? » nous demande un soldat armé à l’entrée de chaque lieu public.

A l’entrée de tous les centres commerciaux, universités et autres, les voitures doivent ouvrir leur coffre, nos sacs sont ouverts régulièrement pour une vérification plutôt superficielle et nous traversons tout le temps des portiques beep beep.

« On est obligé d’avoir un mur pour se protéger des terroristes. » Toutes les mesures de protection et de contrôle de la population sont justifiées par la lutte anti-terroriste. Et ça marche ! Les attaques subies par les Israéliens ont largement diminué tandis que les gens sont de plus en plus convaincus que ce sont des mesures inévitables. Pourtant ces techniques qui sont efficaces, peut-être même nécessaires, ne sont qu’une solution à court terme. Comment espérer que les Palestiniens vont se calmer alors qu’ils se sentent parqués comme des animaux ? Le gouvernement croit-il vraiment qu’il œuvre pour la paix quand il entrave la liberté de mouvement des Palestiniens ?

Lors d’une discussion avec un ami, nous nous sommes posés la question du terrorisme. Si le terrorisme est la création et l’emploi de la terreur, il est normal de se demander qui créé la peur. Pour les civils Palestiniens, c’est très largement le Tsahal, l’armée israélienne considérée comme légitime. Car en effet Israël est venu s’imposer de force là où les Palestiniens vivaient et ne se prive pas de tuer des civils pour leur cause. Alors que pour les Israéliens, ce sont les organisations internationalement déclarées comme « terroristes ». Alors est-il possible de parler de groupes terroristes et d’armée légitime ?

Les moteurs de la terreur dans ce conflit et les groupes qui les alimentent sont très présents des deux côtés. En Palestine par exemple nous voyons sur des affiches de propagande des photos de jeunes soldats avec leur plus belle mitrailleuse.

« De temps en temps y’a une vache qui explose dans le plateau du Golan. » nous dit un pote autour d’une bière. Ou deux. Je me souviens plus très bien.

Alors que la Jordanie et l’Égypte ont signé un traité de paix, l’Israël est toujours en guerre avec deux pays frontaliers, le Liban et la Syrie. Les frontières avec ces deux pays sont complètement fermées et opaques. Le plateau du Golan, une zone dans le Nord toujours disputée avec la Syrie et témoin de différents affrontements, est parsemé de mines bien pratiques pour empêcher les Syriens de passer. Et de temps en temps une toute gentille vache, totalement perdue dans ce conflit, se fait exploser le ciboulot alors qu’elle broutait tranquillement son herbe.

« L’été dernier on voyait souvent des missiles au dessus de la ferme. » nous disent nos amis bergers à Nes Harim.

Quand on voyage en Israël il est facile d’oublier que c’est un pays en guerre et même s’il arrive qu’il ne se passe pas grand-chose pendant de longues périodes, un climat de tension est présent dans la tête des Israéliens et de nombreux détails nous rappellent quotidiennement la situation. On voit des avions de chasse qui passent les uns après les autres au-dessus de la plage, on voit des militaires faire des courses avec leur fusil d’assaut, on voit des voitures blindées tous les jours, on voit des gens avec un flingue qui sort de la ceinture et des bunkers dans les immeubles. Il n’est pas rare d’entendre parler de « l’été dernier » quand des missiles volaient tout le temps. Nous avons aussi été témoins d’une simulation de guerre, un jour durant lesquelles des sirènes sonnent à travers le pays, prévenant d’une attaque combinée d’à peu près tous leurs ennemis.

Dans la même lignée que les protections anti-terroristes, Israël est reconnue pour son « Dôme de Fer » (Iron Dome), installation ingénieuse qui intercepte les missiles extérieurs si ceux-ci menacent de tomber en zone peuplée, et qui a un très bon taux d’interception (pour un coût en accord avec l’efficacité).

Israël est en fait une île entourée de terres, position pas facile à tenir en ces temps.

« Qu’est-ce-que c’est que ça ? Tu fêtes tes 18 ans et on te met un flingue dans la main. C’est comme ça que tu commences ta vie d’adulte. » nous dit une jeune conductrice qui, elle, pour une fois, est déjà allée en Palestine.

Premier jour en Israël, on voit un militaire avec un énorme fusil dans une librairie à la recherche d’un livre pour sa petite sœur. Et puis on n’arrête pas d’en voir partout, et puis on s’y habitue un peu. Israël est un petit pays, mais avec un service militaire de trois ans (selon le grade, l’unité ou autre, c’est deux ans ou bien des fois cinq), presque tous les citoyens, même les femmes, sont des soldats potentiels. Les gens que nous rencontrons nous disent qu’ils sont pilotes d’avion de chasse, qu’ils apprenaient aux recrues à conduire un tank, ou encore servaient dans un sous-marin. Régulièrement, les anciens du service militaire doivent revenir pour une petite période. Un bon moyen de faire rentrer dans la tête de jeunes ados de 18 ans le message du gouvernement. L’argument utilisé ? « On a besoin que tout le monde soit un soldat vu notre position ». Bien que le service militaire ne soit pas aussi dur que l’armée professionnelle, une fois fini, les jeunes Israéliens s’en vont envahir l’Inde et l’Amérique du Sud pour décompresser.

Le service militaire est très efficace pour contrôler les esprits des jeunes israéliens. Il n’est qu’un moyen parmi tant d’autres qui font que de nombreux Israéliens ne sont au courant que de la moitié de ce qui se passe, remettent rarement en question la légitimité de l’Israël et ne réalisent pas à quel point Israël impose son pouvoir et sa volonté sur le peuple palestinien.

Israël a besoin d’une armée, c’est indéniable pour l’instant. Mais a-t-elle vraiment besoin que toute sa population soit des soldats ? Que se passerait-il si la moitié d’entre eux faisaient un service civique œuvrant pour la résolution de conflit ?

« Ce sont des soldats solitaires. » nous dit un barman désignant une table.

Comme les Juifs sont présents un peu partout dans le monde et certains se sentent très proches d’Israël, des jeunes non Israéliens viennent aussi faire le service militaire sous la pression sociale, répondant à des obligations familiales par exemple. Ce sont les « lonely soldiers » (soldats solitaires), souvent Américains, qui font leur service en Israël mais qui n’ont pas de famille sur place avec qui passer leur permissions. La loi du retour, un des principes de l’État d’Israël, garantit à tout Juif le droit d’immigrer et donc d’obtenir la nationalité israélienne. Un melting-pot de cultures et d’opinions se rencontrent donc partout dans le pays, de même qu’une certaine tolérance.

« Non mais je m’en fous moi, je préfère leur donner pleins de terres et qu’on fasse la paix. » nous dit un jeune.

Les Sionistes ne seraient sûrement pas d’accord et pas du tout prêts à lâcher la Terre Promise. Cependant une très large partie de la population préférerait que le conflit soit résolu et faire deux pays complètement indépendants. C’est d’ailleurs la solution la plus soutenue au niveau international plutôt que l’intégration de la Palestine à Israël qui ne semble plus une option possible depuis longtemps.

Et bientôt, la troisième et dernière partie qui va vous transcender, vous émerveiller, si vous arrivez à la lire en entier.

Amour à la pelle,

Nous.

Lire la suite

Israël, Palestine 1/3 – Terre Promise ?

Israël est un pays complexe qui nous a fait nous poser de nombreuses questions. Nous avons décidé de séparer cet article en trois parties, car il y a trop de choses dont nous voulons parler et qui nous semblent indispensables pour comprendre le pays. Nous écrirons plus tard un article sur notre passage en Israël, où nous avons adoré voyager. Vous pouvez aussi voir nos photos dans la galerie.

« Ne vous inquiétez pas c’est la procédure. » nous dit la fille de l’immigration.

Nous débarquons à Haïfa dans le Nord de l’Israël. Après deux heures d’un interrogatoire durant lequel on nous demande ce que nous venons faire en Israël, pourquoi nous venons en bateau, qui nous connaissons en Israël et leur adresse, combien de temps nous allons rester, où nous allons après, mais aussi comment nous finançons notre voyage, etc … vient la fouille des sacs, suivie d’une deuxième personne qui vient poser les mêmes questions, et finalement nous avons notre tampon, sur papier séparé comme voulu. On le comprend, Israël ne rigole pas avec ses frontières et la peur du terrorisme les poussent à faire ces recherches en profondeur sur les voyageurs entrant le pays. D’autant plus que nous sommes deux petits Français arrivant par bateau avec une histoire de voyage peu orthodoxe, on ne rentre pas dans leurs cases et ils trouvent ça louche. On était prévenu, Israël est un pays assez spécial. A nous de le découvrir !

utds_2015_05_17-17_05_35

« Qu’est ce que vous pensez de ce miracle ? » nous demande un orthodoxe à l’allure cool.

«Quel miracle? » répondons nous. «Mais, ÇA!! » – en nous montrant le paysage – « Israël! ». Oh oui l’Israël, je vois. Pour comprendre ce pays nous avions besoin d’une petite remise à niveau historique.

Depuis la fin du XIXe siècle, les Juifs d’Europe subissent la montée de l’antisémitisme avec son apogée lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Les Juifs alors éparpillés dans le monde désirent créer un État Juif en retournant sur la Terre Promise décrite dans la Bible. Le Sionisme est la philosophie et le mouvement politique qui soutient l’existence d’un état pour le peuple juif en terre d’Israël, mais sur laquelle la Palestine s’était installée entre temps. Depuis le début du XXe siècle la communauté juive achète petit à petit des terres en Palestine. Après la Deuxième Guerre Mondiale la création d’Israël est rendue possible grâce au gouvernement britannique qui remet son mandat sur la Palestine aux Nations Unis.

En 1948, Israël fait sa déclaration d’indépendance qui entraîne une guerre avec les états arabes environnants. Les Israéliens gagnent cette guerre et de nombreux Palestiniens sont contraints à l’exil. Dans un grand mouvement d’humanisme et de compassion, ce qui sera plus tard Israël est venu s’imposer de force là où des gens vivaient depuis des générations et le savait très bien. Ben Gurion, alors premier ministre israélien, dit en 1938: “Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. ” (Adressé au comité politique Mapai (7 June 1938) cité dans Flapan, Simha, Zionism and the Palestinians)

Durant vingt ans le peuple israélien ne cesse de croître et l’aide économique de la diaspora permet à Israël de se développer rapidement. Cependant les tensions avec les pays arabes voisins ne disparaissent pas, ceux-ci continuent de voir d’un mauvaise œil la présence des Juifs dans la région, et des attentats meurtriers ont lieu à l’intérieur du pays. Le 5 juin 1967 les pays arabes voisins, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie attaquent simultanément Israël durant la « guerre des Six Jours ». L’armée israélienne, le Tsahal, riposte et écrase l’offensive arabe. Au terme des six jours, la guerre se termine et Israël, en plus de se défendre, a conquis la péninsule du Sinaï, Jérusalem-Est, la Bande de Gaza et le plateau du Golan, prouvant par la même occasion au monde sa supériorité face aux armées arabes.

utds_2015_06_08-08_54_31

En 1979 un traité de paix est signé avec l’Égypte, et en 1982 Israël se retire du Sinaï.

En 1982, Israël envahit le Liban dans le but de faire cesser les attaque de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), 17000 Arabes contre 670 soldats israéliens meurent. Pour certains, Israël a agit contrairement aux lois internationales et les Nations Unis ont considéré le massacre de Sabra et Shatila comme un génocide. Lors de ce massacre, les phalanges, un parti libanais de droite chrétienne, attaquent des camps de réfugiés et déciment de nombreux Palestiniens sous les yeux de l‘immobile armée israélienne.

Puis en 1987 la première intifada (soulèvement en arabe) éclate et s’étalera sur 6 ans en opposant des militaires sur-armés à des manifestants jetant des pierres. 1162 Palestiniens contre 160 Israéliens meurent.

Durant les années qui suivent différent traités assurant plus d’autonomie au peuple palestinien, notamment Gaza et certaines villes de Cisjordanie qui deviennent indépendantes, mais les tensions avec les Palestiniens restent très vives et Israël continue de se protéger. En 2000 une seconde intifada éclate, entraînant à nouveau la mort 4400 Palestiniens et 1000 Israéliens et c’est durant ces conflits qu’Israël entame la construction d’un mur de séparation entre Israël et la Palestine.

Jusqu’aujourd’hui différentes guerres et opérations militaires se succèdent opposant Israël aux groupes armés palestiniens, comme le Hamas qui a en 2006 pris le contrôle de Gaza lors d’une élection législative palestinienne. Des civils palestiniens sont tués à chaque fois pendant qu’Israël améliore la défense de son territoire assurant une baisse drastique du nombre de civils israéliens tués.

Pour les Sionistes comme notre orthodoxe, tout ce qui s’est passé est un miracle, Israël s’est imposé et le peuple juif a conquit la Terre Promise. Tout est rentré dans l’ordre !

utds_2015_06_15-12_19_48

Pendant tout ce temps, les premiers Juifs immigrants ont fait pleins de petits marmots, qui eux sont nés Israéliens, avec un passeport israélien et pas forcément celui de leur ancêtres. Alors bien que le conflit se soit enlisé, on ne peut pas les renvoyer ‘chez-eux’, il faut trouver une autre solution.

Sur la route, on passe devant de nombreux de bâtiments et parcs « généreusement offert par… »

Comment Israël a-t-il pu résister si longtemps et si efficacement alors que ce n’était qu’un état en construction ? En fait, Israël reçoit des sous qui viennent de partout : les Juifs autour du monde ont compté dans leurs rangs de très riches familles, beaucoup dans les places importantes de la société. De ce fait Israël a très largement bénéficié de l’aide économique de la diaspora. Les États-Unis sont le partenaire économique numéro un d’Israël et offre une grosse aide financière au pays.

Entre-temps le pays s’est modernisé rapidement et est maintenant à la pointe dans des domaines comme l’agriculture ou l’armement lui offrant une longueur d’avance au niveau des moyens sur ses voisins arabes.

« Êtes vous juifs? » nous demandent deux conducteurs sur trois.

« Euh non. » Une des questions que l’on nous a le plus posée. « Oh donc vous êtes Chrétiens? » Non toujours pas. Au début, nous ne comprenions pas très bien car certaines personnes nous disaient être juives mais n’étaient pas religieuses, ou n’avaient pas la foi. Ce n’est qu’après plusieurs semaines que nous avons eu le déclic. Pour faire court, être juif c’est se faire circoncire quand on a huit jours et avoir une maman juive et on ne peut pas vraiment y échapper. On ne perd pas son judaïsme comme on peut perdre sa chrétienté, et l’on peut être juif (appartenir au peuple juif) et à la fois être athée.

utds_2015_05_13-10_47_04

C’est bien sûr aussi une religion, mais c’est surtout une culture, avec pleins de rites et de règles que les gens suivent plus ou moins à la lettre. Le Sabbat, notre équivalent du dimanche, est un jour où l’on n’a pas le droit d’utiliser de boutons, ce qui inclut l’usage du téléphone, de l’ascenseur ou de la gazinière. On n’est aussi plus autorisé à se déplacer loin de chez soi.

Toutes ces règles amènent avec elles leur lot de choses étranges et de contournements. Par exemple, tout autour des villages, on voit une sorte de fil aérien à 4m de hauteur, comme un poteau électrique, mais qui sert juste à délimiter le village : en jour de Sabbat, on n’est pas censé le dépasser car on ne doit pas passer de la sphère privée (village ou quartier) à la sphère publique (le reste du monde). Hum. Il y a aussi le compteur électrique pour allumer automatiquement les appareils dans la maison sans avoir à toucher de boutons, ou bien l’ascenseur qui s’arrête à tous les étages pour la même raison.

L’État d’Israël est un état juif et qui respecte donc la loi juive du Talmud.

A suivre bientôt, le prochain zépisode.

Lire la suite

Chypre, une île qu’elle est compliquée

C’est le 22 février que nous avons débarqué dans le port de Girne/Kyrenia à Chypre après une nuit en ferry. Nous arrivons sur l’île alors que nous venons de passer trois mois en Turquie, impatients de découvrir un nouveau pays. Chypre est composé de deux peuples, les Chypriotes Turcs au nord et les Chypriotes Grecs au sud. Avant dans les villages on pouvait voir mosquées et églises orthodoxes se côtoyer, ces deux différentes cultures vivant en paix. Mais les puissants en ont décidé autrement !

En 1974, en réponse au coup d’État organisé par la dictature militaire grecque de l’époque pour prendre le contrôle de Chypre, la Turquie envahit la partie nord du pays et instaure la République Turque de Chypre du Nord. Depuis sa création cet État n’est reconnu par aucun pays mis à part la Turquie, et les Chypriotes du sud en parlent encore aujourd’hui sous le nom de ‘zone occupée’. Au moment de la séparation les Chypriotes ont été forcé de s’exiler, ceux de culture grecque vers la partie sud, et ceux de culture turque vers la partie nord. De nombreux villes et villages jusque là mixtes se sont retrouvés vidés d’une partie de leurs habitants. Les vestiges de cette mixité encore visible de part et autre de l’île prennent la forme de nombreux bâtiments abandonnés ou d’églises transformées en mosquées.

eglise-mosque

Depuis 2005 la frontière s’est ouverte progressivement et les Chypriotes peuvent passer librement de chaque côté, mais l’île reste officiellement une zone de conflit pour les Nations Unis. Le long de la frontière appelée ligne verte, une zone tampon contrôlée par les Nations Unis est instaurée, même s’il n’y a aucun affrontement ouvert. Il n’y a au jour d’aujourd’hui plus que deux villages toujours mixtes. Nous avons traversé celui de Pyla qui est à l’intérieur de la zone tampon. Dans ce village on peut voir une mosquée et une église orthodoxe, et sur la place du village un café turc faisant face à un café chypriote. Un des habitants du village nous dit avec enthousiasme « Here international! No problem! ». Et en plus des zones contrôlées par les Nations Unies, celle par les Chypriotes du sud et celle par les Chypriotes du nord (ce qui revient plus ou moins à un contrôle de la Turquie), il y a aussi deux zones british conservées depuis l’indépendance en 1960 de l’île vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Un beau bordel pour une si petite île !

Notre arrivée côté nord ne nous dépayse pas trop par rapport à la Turquie si ce n’est que les gens roulent à gauche et qu’il y a beaucoup plus d’inscriptions en anglais. Nous décidons d’aller visiter la péninsule de Dipkarpaz. La route côtière que nous empruntons est superbe si l’on enlève les hôtels et les lotissements posés comme une touffe de cheveux sur la soupe. L’invasion de touristes british et russes n’est définitivement pas une réussite pour la nature et la culture chypriote. Il y a aussi des centaines (milliers ?) d’hectares réservés à de nouvelles constructions pour ultra-riches.

On peut difficilement en vouloir aux touristes de venir visiter cette île et investir dans l’immobilier : trois cents jours de soleil par an, on peut traverser l’île en seulement moins de trois heures, les habitations y sont peu chers, et les infrastructures suivent les standards européens, tout cela est très alléchant.

Avant d’arriver à Chypre, nous imaginions la Grèce et ses petits villages pittoresques. Que nenni ! La très grande partie traditionnelle des villages a été détruite par la guerre ou par le temps et l’on ne voit presque plus que des bâtiments en ciment qui s’entassent les uns sur les autres. Les villes ont encore quelques restes des temps anciens mais sont majoritairement de nouvelles constructions un peu moches. Chypre est bien souvent assimilée à la Grèce car leur culture respective ont les mêmes racines, les Grecs ont d’ailleurs souvent eu l’intention d’opérer l’Énosis c’est à dire de rallier Chypre à la Grèce. En réalité, de nombreux Chypriotes aimeraient prendre leur distance par rapport à la Grèce, au niveau économique par exemple mais pas seulement. La langue chypriote, plus proche du grec ancien que le grec moderne, est un indicateur de cette différence culturelle.

grec-nicosia

L’île de part son emplacement stratégique entre Europe, Asie et Afrique, entre Orient et Occident, a été influencée par de nombreuses cultures. De plus jusqu’en 1960 l’île était une colonie de la Grande-Bretagne, d’où le sens de circulation inversé et autres influences britanniques d’un intérêt discutable. Par ailleurs une question qui revient souvent de la part des gens ne connaissant pas l’île est de savoir si Chypre est vraiment un pays ou bien une région rattachée à la Grèce ? Chypre est bel et bien un pays faisant partie de l’Union Européenne. Tout cela forme un espèce d’ensemble bizarroïde à la croisée des chemins, difficile à comprendre au premier abord.

Lors de notre séjour, nous avons passé une bonne partie de notre temps à Nicosia. Cette ville, capitale des deux parties de l’île, est tout à fait atypique. Elle est la dernière capitale séparée en deux par un mur et les contrastes formant l’île y sont bien visibles. A l’intérieur de la vielle ville vous pouvez passer du côté nord au côté sud par une douane piétonne. Vous passez alors de petites rues étroites souvent délabrées, désertes dès la tombée de la nuit, à la beauté de l’Europe et de la mondialisation, rue propre avec McDo, Starbucks et restaurants pour touristes. De manière générale à Chypre du Sud l’influence du monde capitaliste, de l’Europe et en particulier du Royaume-Uni ne passe pas inaperçue. On y trouve de nombreuses grandes chaînes de magasins, tout le monde parle anglais, tout est plus organisé.

IMG_5143

On a aussi remarqué que le vol et la triche n’étaient quasiment pas présents à Chypre, et même si l’évolution de la société a l’air de changer tout ça petit à petit, les gens ont l’air de se faire confiance et nous voyons très souvent des maisons la porte grande ouverte. En fait Chypre est un grand village où tout le monde se connaît avec les avantages et les inconvénients que cela possède. De notre côté nous avons très rapidement rencontré tout le réseau alternatif notamment grâce aux gens d’Utopia, un café associatif. Chypre reste un pays relativement conservateur et religieux mais montre une forte tendance à l’ouverture pour les mouvements alternatifs. Depuis plusieurs années maintenant les éco-villages se développent, les soirées cherchant à s’éloigner de celles des discothèques classiques se multiplient, des parades sont organisées ou bien des repas à prix libre sont proposés. L’influence européenne joue probablement un rôle là-dedans. Certes ces mouvements sont encore petits, mais ils sont soutenus par des gens motivés.

antifa-nicosia

Et dans tout ça, a-t-on vraiment espoir de voir les deux zones se réunifier après quarante ans de séparation ? La tendance semble aller vers un mince espoir, mais l’on a peur que le processus ne prenne trop de temps. Depuis plusieurs années, les Chypriotes ont enfin le droit de traverser les frontières et peuvent donc créer un contact entre eux. Mustafa Akinci élu fin avril 2015 à la tête de la République Turque de Chypre du Nord est lui aussi en faveur d’une réunification. Mais bon, la Turquie a des effectifs militaires sur l’île largement supérieurs en nombre et puissance et Erdoğan, le président de la Turquie, ne semble pas être d’accord sur la question. Actuellement sur l’île il y a trente milles soldats trucs contre neuf milles Nord Chypriotes.

Il y a une grande propagande des deux côtés, notamment soutenue par un long service militaire, vingt-quatre mois pour le sud et jusqu’à quinze mois pour le nord. Les jeunes générations, qui ne sont pas nées avec cette mixité culturelle, n’ont de manière générale plus la même sensibilité et respect pour l’autre peuple et le voient comme un étranger. Des Chypriotes que nous avons rencontrés nous disent qu’il y a aussi une grande propagande à l’école, où de chaque côté il est dit que le côté opposé était coupable d’atrocités, alors que la faute est en vérité bien plus partagée qu’on veut le laisser croire. Nous nous sommes aussi rendu compte que nombreuses personnes ne traversent pas la frontière par principe, certaines probablement dû au souvenir de l’invasion et beaucoup pour protester contre le fait de devoir montrer son passeport ou carte d’identité pour circuler dans son propre pays. En plus de soldats, la Turquie suit le modèle classique de bon nombre d’envahisseurs en envoyant des civils turcs à Chypre, sorte de « colons » qui vont petit à petit transformer la culture chypriote turque et éloigner ces derniers de leurs anciens confrères du sud. Il paraît difficile d’imaginer une réunification rapide, mais dans vingt ans, quand les deux peuples se seront trop éloignés, pourra-t-on vraiment revenir en arrière ?

L’ouzo côtoiera t-il un jour à nouveau le baklava ?

Pour voir plus de photos faites un tour sur la galerie !

Lire la suite

On a pensé à un turc

Après avoir abandonné nos fans pendant deux mois pour cause de vagabondage intensif, nous prenons enfin le temps de vous parler de la Turquie.

Maintenant au sud de Chypre après 3 mois passés en Turquie, quelque chose nous manque : la bouffe ! Et ouais, pas facile de perdre du poids quand on est deux mois devant son ordinateur à enchaîner les ciğ köfte et les gözleme, avec de l’halva et des baklavas pour dessert, et le fameux mix tahin-pekmez en petit déj. Et encore, ce serait facile si Simona n’était pas aux aguets à chaque petite faim pour nous préparer un petit plat venus tout droit de Graisse avec les produits du marché. C’est d’ailleurs chaque semaine au grand marché couvert d’Antalya que nous faisions le plein de fruits, légumes, fromages et autres délicatesses locales comme le Redbull turc, la caroube. C’est si facile de se procurer des produits frais et locaux et bien souvent délicieux, qu’en trois mois nous ne serons allé au supermarché que pour faire le plein de PQ. Un rêve de débauche de nourriture, mais aussi un enfer quand la fille au fromage dégainait son sourire et ses yeux pour nous faire repartir avec notre tonne de fromton. « Did we buy some dates? No », ok let’s go pour de quoi tenir la semaine. Un arrêt chez Mister Olive pour la dégustation et on repart avec nos 2kg pour les apéros de la semaine.

IMG_4669

Enfin, apéros pas trop car si la bouffe est à des prix défiants toutes les concurrences, la bière est loin de faire la maline par rapport aux prix de sa voisine bulgare par exemple. En fait, on se demande comment les Turcs que l’on voit boire dans la rue font pour se payer de l’alcool plus cher qu’en France avec un salaire environ trois fois inférieur…

Avant d’aller se coucher, une tradition s’installe. L’alcool étant trop cher, et la ville d’Antalya un peu trop ennuyeuse, nous avons investit dans une chicha afin de pimenter notre quotidien. Nous nous asseyons sur notre terrasse installé dans nos duvets douillets, décapsulons une bouteille de Marmara, la bière la moins chère qu’on a pu trouver, nous nous essayons aux ronds de fumée de plus en plus parfait avec notre chicha, et regardons les Guignols sur l’ordinateur qui nous reconnecte directement avec le pays aux 300 fromages.

Lors des attentats chez Charlie Hebdo, nous suivons les événements depuis notre balcon. Et jusqu’en Turquie l’attentat aura eu des répercutions, la plupart des locaux ne savent pas exactement de quoi il retourne, il faut dire qu’un seul journal d’opposition a osé reproduire les caricatures de Mohammed. On ne peut pas dire que le gouvernement turc, de plus en plus conservateur et pro-islamique, soit très fort en terme de liberté de la presse, la Turquie étant d’ailleurs le pays au monde avec le plus de journalistes incarcérés. La façon de gouverner d’Erdoğan n’est pas des plus appréciées parmi les Turcs que nous avons rencontrés : il prône un retour à un Islam plus fondamentaliste, fait pousser des mosquées dans toutes les villes et même dans les universités, ce qui est un peu étrange de la part d’un des tout premiers pays laïcs.

IMG_4804

Quand Moustafa Kemal ‘Atatürk, littéralement « Père des Turcs » a bâti en 1923 la Turquie actuelle sur un Empire Ottoman en déclin, il a très vite entamé toute sorte de réformes relativement avant-gardiste, comme sur le droit des femmes et la laïcité. Depuis 12 ans maintenant, c’est l’AKP et Erdoğan qui gouvernent la Turquie et c’est un vrai retour en arrière pour tous les partisans d’Atatürk et de la laïcité. Les lois deviennent de plus en plus strictes, les taxes sur l’alcool augmentent (çok çok problem, grand grand problème), l’Islam reprend une part importante dans la société et dans tout ce qui est officiel. A Istanbul et dans les grandes villes, la tendance est nette : les gens sont contre ce gouvernement qui a toutes les chances de repartir pour un mandat aux prochaines élections. Dans les zones plus reculées, les efforts d’investissement pour le développement paient et les votes vont en faveur d’Erdoğan. Tous ces investissements se traduisent par un envahissement de la côte de milliers d’hôtels et dans les villes de magnifiques immeubles en parfait désaccord avec l’architecture traditionnelle et les superbes paysages turcs.

La Turquie est un pays remplie de paradoxe. Mais bon, c’est peut-être comme tous les pays au final ? Quand on voit Istanbul, tous ces bars, les squats qui se mettent en place depuis les manifestations de Gezi, on voit des gens ouverts sur le monde et on se sent comme dans beaucoup de villes européennes. Les campagnes elles sont toujours trente ans en arrière, un peu figées dans le temps. Les gens sont partagés entre une envie d’intégration à l’Europe et continuent d’avoir une culture turque très forte. Les jeunes mettent tous la ceinture de sécurité alors que cette dernière est parfois carrément coupée dans la voiture des vieux.

Il y a aussi une vrai différence entre l’est et l’ouest de la Turquie. Notre voyage nous a emmené brièvement au Kurdistan. Le Kurdistan est une région géographique et culturelle majoritairement peuplée de Kurdes qui se partagent entre quatre pays, la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, le Kurdistan Turc n’étant pas reconnu par le gouvernement. Depuis la création de la République Turque, les Kurdes sont victimes d’énormes discriminations; particulièrement sous la gouvernance de Kemal, mais encore maintenant. Lors de notre passage à Urfa et Mardin en Kurdistan turc nous avons pu en apprendre beaucoup sur ce peuple et son combat. Les villes que nous avons visitées ont tout de suite dénoté avec ce que nous avions vu dans le reste de la Turquie, plus authentiques, plus orientales et moins européennes. Et elles étaient clairement les plus belles villes que nous avons vu en Turquie, les autres n’étant qu’un entassement de vieux et nouveaux immeubles construits à l’arrache.IMG_1038

Nous avons aussi beaucoup discuté du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation qui mène une guérilla armée contre la Turquie pour plusieurs revendications. Ils se sont récemment rendu célèbres pour avoir libéré la ville syrienne Kobané de l’occupation de l’État Islamique notamment grâce à leur régiment de femmes soldats. Là où dans le reste de la Turquie les statues d’Atatürk fleurissent de toutes parts, et où toute la population le porte comme une idole, ici en Kurdistan nous découvrons l’autre face du « Père des Turcs » qui a entre autres massacré les Kurdes durant sa présidence. Alors que les Turcs sont serviables et généreux, c’est encore pire au Kurdistan ! On a aussi l’impression que les Kurdes sont plus au courant de ce qui se passent dans le monde, peut-être grâce aux combats menés depuis des années déjà et qui les rend sensibles à différentes causes en les faisant réfléchir. Ce qui ne change pas, c’est l’imperturbabilité que ce soit des Turcs ou des Kurdes. On peut tout à fait faire du stop à cinq personnes, neige sur la route et avoir une voiture avec déjà deux personnes qui s’arrête ‘problem yok’ pas de problème, de même que l’on peut dormir à six sur le toit d’un hôtel en construction à Alanya et se réveiller le matin sous les sourires des constructeurs avec pour seule remarque du manager « vous êtes mes premiers hôtes », ou être trois mecs sur l’autoroute la nuit et arrêter un camion avec facilité. De manière générale les turcs sont vraiment hospitaliers et le stop est d’une simplicité exceptionnelle. Conseil du jour : si vous avez faim en Turquie, allez faire du stop ! Environ une personne sur deux qui nous prend en stop nous invite à manger au resto ou au moins à boire le çai.IMG_1146

Le çai (prononcer « tchaille »), thé en turc, est une véritable institution, peu importe où vous êtes en Turquie vous trouverez un endroit où en prendre un. Et même de nombreux vendeurs ambulants passent un peu partout tenant leur plateau suspendu, rempli de verres de çai, se balançant au rythme de leurs pas. Les verres de çai sont typiques, exactement les mêmes dans toute la Turquie, en forme de tulipe, probablement étudiés pour qu’ils ne se renversent pas.

Les Turcs ne parlent en général pas un mot d’anglais, ne connaissent même pas le mot « no », ou alors ils savent juste dire « where are you from ? ». En faisant du stop, on apprend à imiter le bébé pour demander s’ils ont des enfants, et on apprend petit à petit le turc, langue plutôt facile. En 3 jours de stop, on apprend beaucoup plus qu’en étant un mois à Antalya à quitter l’appart seulement pour acheter du pain. On s’est donc débrouillé pour avoir des conversations, certes souvent basiques, mais pas tout le temps. En fonction du talent explicatif de notre conducteur et d’un peu d’internet sur le smartphone, on pouvait même aller très loin. Et lorsque qu’une personne s’arrêtait et parlait anglais, là c’était un peu un truc de malade, la surprise totale quoi, et l’on se permettait de poser toutes nos questions jusque là restées sans réponses. Ce qu’on a aussi remarqué, c’est que la radio avait beau jouer souvent les mêmes musiques, c’étaient rarement celles de nos radios. Et que la télé, allumée dans toutes les maisons et tous les snacks, jouait principalement des séries de production turque entre les émissions d’information et vidéos d’accidents de voiture. La Turquie a une sorte de culture locale de masse en fait. Premier producteur de série au monde, et oui, avant les États-Unis, elle jouit aussi d’une scène musicale énorme, à Istanbul ou ailleurs. Les gens savent chanter et le font, que ce soit dans la rue ou dans les voitures qui nous prennent. Les bars ont souvent des soirées live avec Monsieur Moustache jouant sur son bağlama. De même pour la nourriture, bien que les super pains de mie et le Nutella arrivent dans les supermarchés, les Turcs restent fidèles aux simits et aux œufs-tomates-concombres du matin.

Voici donc les quelques réflexions et impressions générales que nous avons eues en Turquie. On a vraiment aimé voyager en Turquie, pays dans lequel nous avons encore beaucoup à découvrir. Tout particulièrement nous aimerions explorer plus en profondeur le Kurdistan, région dans laquelle notre bref passage nous a laissés sur notre faim. Au retour de notre voyage nous irons dans la forêt nous entraîner un peu avec un régiment du PKK.

Dans un prochain article nous vous parlerons un peu plus du trajet qu’on a fait en Turquie, à base de squat de château en ruine, chicha dans des hôtels en construction et camping dans la neige. Tout ça agrémenté d’incroyables nouveaux protagonistes, que nous sommes sûr que vous adorerez !

Lire la suite