Ils sont gentils les Israéliens.

On nous demande souvent depuis combien de temps on voyage, et on répond neuf mois avant de se rendre compte que non, ça ne fait pas neuf mais dix mois déjà. Il y a quelques semaines, alors qu’on campait au bord du Nil, on décide de faire une liste des personnes qui nous ont marquées pendant notre voyage. Les gens avec qui nous passons du temps, avec qui nous discutons et créons des liens forment une bonne partie de ce voyage. Certains d’entre eux nous ont marqués durablement et nous aimerions bien les revoir si le hasard de la vie le permet. Dans notre liste, beaucoup de ces personnes sont des rencontres israéliennes.

Nous vous avons parlé de ce que nous avons perçu de l’Israël, de la Palestine, du conflit, d’une partie de la culture, mais nous n’avons pas encore parlé du voyage lui même.

Du début à la fin en Israël on n’a pas beaucoup eu besoin de réfléchir, les rencontres se sont enchaînées tout naturellement. Avant d’arriver nous avions un contact : Rémi avait rencontré Lauren en Albanie pendant une rencontre d’auto-stoppeur l’été précédent et l’avait marqué quand elle avait décrété en arrivant, remplie d’énergie, qu’il fallait aller ramasser les déchets avec les enfants du village. Ce qu’ils ont fait ! Elle vit à Nes Harim avec Alex et Johnny où tous les trois s’occupent dans une ferme d’un troupeau de chèvres et de quelques plantations. On a passé du temps à Nes Harim avec eux, le fromage et le yaourt de chèvre étaient une bénédiction et les longues soirées à boire et discuter sur la terrasse se sont trop vite enchaînées. Un matin difficile, nous avons réussi à nous extirper du sommeil au lever du soleil non sans l’aide des bergers armés d’eau, pour aller promener les chèvres avec eux qui profitaient de notre état de mollusque pour faire ce qu’elles voulaient. C’est un chouette endroit, un havre de paix avec un accueil magnifique et de la bonne bouffe et nous avons aussi mis la main à la pâte, en servant de cobaye pour la glace au curry par exemple. C’est Lauren qui nous a conseillé quelques lieux à visiter au sud d’Haïfa sur la route de la ferme et donc comme ça qu’on a découvert Ein Hod et Jisr az-Zarqa.

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Ein Hod est un village d’artistes à flanc de colline. Partout de nombreuses maisons plutôt richous, s’élèvent entre les œuvres d’arts, des sculptures de toutes sortes, des installations et des galeries. Alors que nous galérions pour trouver un endroit où camper, une personne nous interpelle de son balcon et nous demande en hébreu si nous faisons le « Shvil Yisra’el », un chemin de randonnée qui traverse l’Israël du nord au sud. Un peu de partout sur la route il y a des ‘Anges du Shvil’, des campements ou tout simplement des gens qui accueillent les marcheurs. Celui d’Ein Hod étant sûrement un peu différent des autres avec son grand tipi et ses sculptures géantes d’aigle. Chouette, nous nous y rendons et partageons la soirée avec quelques randonneurs qui pour l’occasion veilleront un peu plus tard et seront partis depuis longtemps quand ce sera à notre tour de se lever.

Le jour suivant nous nous rendons à Jisr az-Zarqa. C’est un petit village arabe et aussi le plus pauvre d’Israël. Pour y entrer on traverse un tunnel qui passe sous l’autoroute dont la façade est peinte de toutes les couleurs et qui annonce « Bienvenue à Jisr az-Zarqa ». Passer ce tunnel c’est un peu comme prendre une porte inter-dimensionnelle qui vous fait changer d’espace-temps. Nous voilà transportés dans un village arabe classique, avec son lot de bordel, de voitures qui klaxonnent et de déchets un peu partout. Les gens sont dehors, vous disent bonjour, les enfants jouent dans la rue et tout le monde se connaît. C’est un autre visage d’Israël qu’on découvre qui n’a rien à voir avec le reste.

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Sur les hauteurs de Nes Harim, qui est situé entre Jérusalem et Tel Aviv, quand on va voir le coucher de soleil on aperçoit les immeuble de Tel Aviv et même le soleil qui plonge dans la mer si le temps est dégagé. De l’autre côté de la colline on voit les premières habitations de la périphérie de Jérusalem. Il est temps de quitter les chèvres, nous levons donc nos pouces pour Jérusalem et c’est Elisha un ami de Fac de Lauren qui nous héberge. Ils font tous les deux des études de musiques orientales et nous en profitons pour écouter Elisha jouer sur son Saz et s’y essayer. Pour Elisha, hors de question que nous dormions sur le sol, alors il nous laisse son lit double hyper confortable et s’installe lui-même par terre. N’importe quel guide vous expliquera très bien comment ne pas manquer les immanquables à Jérusalem donc nous ne vous en parlerons pas. Mais certaines choses valent à nos yeux le détour. Lors de notre vagabondage dans les ruelles de la vielle ville nous sommes montés sur les toits après avoir tenté quelques cages d’escalier et c’est vraiment chouette de voir la ville d’un autre point de vue. Nous avons aussi aimé le marché Jehuda qui change complètement d’ambiance à la tombée de la nuit : le jour un marché animé et coloré, il se transforme la nuit quand les bars ouvrent et passent de la musique dans leurs hauts-parleurs et que des jeunes viennent traîner et faire résonner leurs instruments devant les rideaux de fers des maraîchers. Pendant ce temps de transition à la fin du marché, nous devons faire preuve de self-contrôle pour ne pas récupérer plus de fruits et légumes, jugés un peu trop vieux, que nous ne pouvons en consommer. Dans le quartier Nachlaot juste à côté du marché, nous avons adoré découvrir les ruelles et autres jardins cachés. Un autre soir nous sommes allés voir un concert de Bint el Funk, un groupe Israélien qui bouge bien (et qui fait bouger) mélangeant musique yéménite, funk et autres styles, avec des paroles en hébreu, arabe et anglais. Jérusalem est une ville très religieuse et très touristique, mais aussi une ville vivante qui réserve beaucoup de choses à découvrir. Elle nous a surpris quand nous avons essayé de faire du stop de nuit, en ville, et qu’un petit papy tout gentil nous a conduit jusqu’au tram.

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Après Jérusalem nous voulions aller voir Tel Aviv qui est à la fois la capitale économique de l’Israël, mais aussi la ville branchée, alternative, qui bouge, où par exemple les gays et lesbiennes vont souvent émigrer pour échapper à un conservatisme présent dans d’autres villes. Alex le berger nous accompagne et nous présente Oren qui sera notre premier hôte tel-avivien, grand nounours frisé qui s’entraîne à attraper les objets avec ses pieds. Alex se fait un devoir de nous amener au meilleur hummus d’Israël et de nous faire visiter tous les coins qu’il aime bien. Alex s’est juré de ne plus boire de bière tant qu’il n’aura pas pas brassé la sienne : aux dernières nouvelles, le matos était commandé et on espère qu’il n’a pas flanché, car pour un gars comme Alex, se priver de bière, c’est comme priver un Breton de sa crêpe. Quand nous avons quitté Oren, nous avons trouvé refuge vers le marché Karmel, cette fois chez Maxim ; et alors que sa copine nous abandonne pour le ‘concert retour des Backstreet Boy’, nous allons avec Maxim écouter un pianiste fou et ses acolytes dans un bar jazz. Yonathan, un pote de pote qui nous a présenté Maxim nous y rejoint un peu plus tard. Dans ce marché, tout comme à Jérusalem, les avocats abandonnés en fin de marché coulent à flots. Attention à arriver avant le gros méga bulldozer qui vient nettoyer. Bon un bulldozer pour nettoyer ça paraît bizarre mais c’est un pays bizarre de toute façon. Yonathan et Maxim se plieront en quatre pour nous faire faire de la longboard, nous faire manger du hummus (et oui encore), nous donner des vêtements ou nous aider à vendre des bières quand nous cassons l’ordinateur de Rémi et que la sac d’Arthur se fait voler.

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A Tel-Aviv, nous avons apprécié Yaffo/Jaffa quartier à l’origine arabe et qui est bien plus joli que les nouveaux bâtiments et grands immeubles qui forment Tel-Aviv. Dans son marché aux puces très cool, nous rachetons une cafetière italienne, l’outil le plus indispensable de notre voyage.

Avec Manu le vrai Breton comme on les aime, trouvé entre deux patates et un citron à la fin du marché, nous avons rencontré un soir Laura sur la plage qui revenait du Midburn. Les jours qu’elle a passé là-bas lui ont fait changé de vision sur le monde, elle voulait aider tout le monde, s’en foutre et tout balancer. Elle nous a donc hébergé sans se poser de questions !

Quand on voyage, on se dit souvent avec les rencontres qu’on se revoit toujours deux fois. Et même des fois trois ! A Tel-Aviv nous avons recroisé au hasard Scott, déjà rencontré à Chypre, et Freddy avec qui nous avions partagé Noël en Turquie, et revu au hasard à Chypre aussi. Zincroyable.

Au hasard des recherches sur le net, nous voyons que Driss joue au festival Groove Attack. Le festival est bien trop cher pour nous, mais nous connaissons Driss car il était le président du festival Hadra à Grenoble où nous étions souvent bénévoles. Un petit mail, et l’invitation est dans la poche. On va donc se taquiner les oreilles avec le groupe Israélien Infected Mushrooms et d’autres très bons artistes. Driss aussi nous a mis le feu sous les vaporisateurs d’eau du chapiteau. De fil en aiguille, on retrouve le contact des organisateurs d’Exodus, festival où nous avions été bénévoles à Chypre. Sur une plage où ils organisent une soirée on rencontre toute l’équipe , sauf le grand Shaman que nous ne reverrons que plus tard, un grand fou, mais aussi un peu attendrissant une fois qu’on passe la première impression. C’est là où se fait voler notre sac et on découvre que l’écran de l’ordi est cassé !

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Il y a des fois où l’on en a un peu marre de faire du stop. Et quelque chose arrive qui nous rappelle pourquoi on fait tout ça : Rimoch et Jeky en font partie. A ce moment nous voulions déjà quitter Israël, mais Rimoch nous avait promis que nous pourrions boire de la bonne bière si nous venons dans leur kibboutz. On n’avait pas vu de kibboutz, alors on s’est laissé tenter ! Rimoch et Jeky sont ce couple qui font des concerts déguisés en lézards géants de l’espace. Rimoch parle sans interruption si tu n’arrives pas le maîtriser ce qui prend sûrement des années d’entraînement, sur tous les sujets, et en détail. Jeky n’écoute plus depuis bien longtemps ce que Rimoch dit mais lui cherche quand même tendrement des poux.

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Un kibboutz cékwa ? Les kibboutz sont des villages collectivistes créés par des mouvements sionistes lors de la colonisation d’Israël. D’abord essentiellement agricoles ils ont par la suite développé également des activités industrielles. Historiquement, les membres des kibboutz étaient connus pour être engagés et militants prônant des valeurs égalitaires, la coopération entre les membres et l’absence de propriété privé. Avec le temps les kibboutz ont bien changé, et aujourd’hui nombre d’entre eux n’ont pas gardé grand-chose de leurs valeurs pendant que leurs industries ou activités agricoles ont été majoritairement privatisées. L’importance des kibboutz dans la société israélienne et leur nombre est en nette diminution depuis 1970. Vous pouvez sûrement encore trouver des kibboutz avec ces valeurs initiales aujourd’hui, mais les autres oscillent entre village un poil plus communautaire et souvenir du passé.

Ginegar, le kibboutz dans lequel nous sommes restés quelques jours garde encore quelques traces de cette histoire. La lessive commune ou la salle à manger sont encore là, et alors qu’elles étaient jadis des composantes importantes, elles sont maintenant devenues facultatives. Les nouveaux arrivants qui viennent emménager dans les kibboutz ne partagent pas forcément ses valeurs égalitaires et ne font pas vraiment partie de la communauté. A cela il faut ajouter que la population des kibboutz vieillit beaucoup. Néanmoins il est vrai que nous y ressentons une ambiance particulière, le sentiment de communauté existe vraiment, les gens ont l’air heureux, s’entendent bien et la religion y est presque inexistante, chose étonnante pour ce pays.

Ginegar est un endroit très vert, les bâtiments ont un allure étrange (qui a dit soviétique?), et jouxtant le village une énorme exploitation bovine avec des vaches qui ne voient que du béton toute leur vie. Preuve que l’industrialisation a eu raison de l’agriculture traditionnelle. Nous gardons aussi en tête l’image des golfettes qui se baladent partout car très peu de voitures circulent et dont nous adorons observer les va et vient.

C’est Rimoch et Jeky qui nous ont conseillé le coin près de la Mer Morte où nous sommes allés avec Johnny. Johnny, vous vous rappelez ? C’est notre pote berger. Si Alex et Lauren sont jeunes en âge (comme nous), Johnny est jeune dans sa tête (comme nous). C’est ce Sud-Africain qui a un moment s’est demandé ce qu’il foutait avec sa vie. Il a décidé de tout lâcher et d’aller méditer dans les montagnes du Sinaï. Il a trouvé sa chance avec la ferme qu’il gère magnifiquement. Un grand esprit, qui apprend par l’expérience, son fromage s’améliore à chaque tournée et son troupeau est de plus en plus sage. Même sur sa glace au curry il devient bon. Les côtes de la Mer Morte sont vraiment impressionnantes. Nous sommes allés non loin de Metsokei Dragot, où les gens se baignent tout nu, où personne vient t’embrouiller ou te vendre un spa régénérant. Là, c’est posé, y’a un petit bassin d’eau non salée pour aller se rincer que l’on partage avec les gens qui passent. C’est là que nous avons rencontré Rivi et Katja, Rivi nous a par la suite ramenés à Jérusalem où nous sommes allés ensemble à la fête des lumières de la ville. Rivi étudie aux États-Unis à Naropa University (Boulder), une université alternative bien spéciale qui a l’air de lui plaire, peut-être irons nous lui rendre visite un jour.

En Israël, les gens sont cools et ouverts. Peut-être un peu trop speed, un peu trop à te couper la parole et à ne pas t’écouter (n’est-ce-pas Rivi ?), mais on les aime bien quand même. Nous sommes autant en désaccord avec le gouvernement et sa façon de gérer le conflit et des problèmes internes dont nous avons parlé dans nos autres articles, que nous nous sommes sentis bien avec les gens que nous avons rencontrés. Il y a dans ce pays une sorte de solidarité dure à retranscrire à l’écrit, une sorte de confiance réciproque et de communication facile et franche. Israël fut vraiment un très bon moment de notre voyage.

Voilà pour notre quatrième et dernier article à propos d’Israël, si vous avez encore des questions n’hésitez pas.

Flex !

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Israël, Palestine 3/3 – Tu me passes le houmous ?

Voici le troisième et dernier article sur nos réflexions sur Israël. On espère que vous tenez le coup, et qu’au moins un ou deux d’entre vous liront jusqu’au bout. Si vous avez raté les épisodes précédents voici l’article 1 et l’article 2, pratique !

« Je me suis rendu compte que je ne faisais pas que défendre mon pays. » nous dit un ami qui a signé un contrat de 10 ans après son service militaire.

Invoquant le self-défense, Israël se permet de répliquer avec beaucoup de puissance. La technologie militaire et les moyens mis en œuvre par Israël sont largement supérieurs à ceux de la Palestine, comme le Dôme de Fer par exemple. Sur le site Breaking the Silence des soldats parlent de leur expérience, ils expliquent que souvent les ordres ne sont pas donnés dans le respect des conventions de guerre et que les civils ne sont pas épargnés autant qu’ils le devraient. Le déséquilibre des forces est flagrant, l’armée Israélienne est surpuissante, et même s’il paraît normal de se défendre contre des attaques terroristes, la vérité n’est souvent pas aussi simple. De nombreux civils palestiniens sont tués tandis que le nombre de morts côté israélien est ridiculement inférieur. Très souvent nous entendons dire que la faute est aux « terroristes » qui se serviraient des civils comme de boucliers humains et lanceraient leurs roquettes depuis des lieux habités (école, bâtiments publics,…). Même s’il est probable qu’ils utilisent ces méthodes et commettent de nombreux crimes de guerre, Israël ne fait pas tout le temps l’effort de protéger les civils comme les conventions internationales le prévoient. En lisant certains témoignages de soldats on se rend vite compte que l’armée israélienne, bien que considérée légitime, n’est absolument pas irréprochable. A titre d’exemple durant la dernière guerre contre Gaza en été 2014 (opération « bordure protectrice »), il y aurait eu selon l’ONU 1400 civils palestiniens tués contre 6 civils israéliens.

Mais le déséquilibre n’existe pas seulement dans le compte des morts de chaque camps. Le peuple Palestinien souffre, son pays n’est pas reconnu et est en train de se faire entourer d’un mur, leur liberté est réprimée. Et pendant ce temps-là, dans la bulle Tel-Aviv à une heure de voiture, David fait son footing et sa muscu à la plage. Un espèce de décalage sur-réaliste qui fait qu’on oublie assez facilement tout le reste après quelques jours passés à Tel-Aviv à jouer à la raquette au bord de l’eau.

« Ah c’est une ville d’Arabes ça. » nous dit un de nos premiers conducteurs.

« Hein ? Mais qu’est-ce-que tu veux dire par là ? » Nous sommes un peu choqués au début quand nous entendons les gens parler « des arabes là-bas ». Mais en fait la société israélienne est vraiment organisée comme ça : il y a des villages classiques, « juifs » et des villages arabes situés à quelques kilomètres l’un de l’autre et qui n’ont que très peu d’échanges entre eux. Une village arabe est différent d’un village palestinien car il est sur le territoire d’Israël et les Arabes qui y vivent ont la nationalité. Mais c’est aussi un autre monde, où les lois et l’organisation ne sont pas tout à fait les mêmes qu’autre part. Ce phénomène de ghetto, présent partout sur la planète, semble très fort en Israël. La société est divisée en une multitude de mini-groupes, les Arabes dans leurs villages, les colons dans leurs nouveaux lotissements barbelés, les Palestiniens entourés par des murs, mais aussi le quartier soudanais, les kibboutz et les villes de Druzes, un courant assez spécial de l’Islam. C’est presque comme s’il y avait une volonté de séparer les gens, mieux vaut que les différentes populations ne se rencontrent pas trop. Les Arabes israéliens par ailleurs sont exemptés de service militaire, leur allégeance à Israël ou Palestine pouvant être douteuse, mais ce qui au final sépare encore plus les deux peuples. Si au lieu de ne rien faire ils devaient faire un service civique pour s’intégrer plus au système global ?

Nous nous interrogeons sur les programmes inter Israël-Palestine qui existent vraiment. Les gens nous parlaient souvent des Arabes, qui sont comme ci, qui construisent leurs maisons comme ça et autres. Et comme bien des préjugés, il y a une part de vérité. « Mais tu y es allé en Palestine ? » « Euh non pas vraiment ou alors j’étais petit. » On a envie de le comparer aux banlieues en France, où les gens qui n’y ont jamais mis les pieds se permettent de les critiquer. Quand on ne vit qu’avec ses semblables et que les mélanges sont rares cela ne facilite pas la compréhension et n’aide pas vraiment la disparition de la haine.

« No English » nous répond un orthodoxe quand nous lui demandons notre chemin.

S’il y a bien une communauté étonnante, pour ne pas dire étrange, en Israël, ce sont les Juifs ultra-orthodoxes, les Haredim. Ce sont des personnes qui vouent leur vie à la religion et l’étude de la Thora et qui suivent la Halakha, la Loi Juive, à la lettre. Il existe différents courants dans cette communauté. L’homme adulte ultra-orthodoxe classique se balade en costume noir, chapeau noir à bord large et chemise blanche. Bien souvent il porte une longue barbe, a des genres de longues nattes en tire-bouchon qui poussent au niveau de la tempe (des papillotes) et porte les tsitsits, genre de fils tressés qui pendent au niveau du pantalon, afin de leur rappeler les commandements de Dieu. On ne peut pas les louper. Les femmes ont aussi un style vestimentaire officiel, plutôt pas sexy, agrémenté d’une coiffure assez moche. Elles passent leur temps à pousser des poussettes. Des poussettes, des poussettes, des poussettes partout, les Juifs orthodoxes font énormément d’enfants et les fratries de plus de dix frères et sœurs ne sont pas rares. Ils vivent reclus dans des quartiers ou dans des villes entières, les enfants vont dans des écoles spéciales. Ils ne rencontrent que des personnes de leur milieu et ne font qu’apprendre la Thora, et oui pas de mathématique ou d’anglais pour les petits orthodoxes. Il devient alors difficile de sortir de ce milieu dans lequel leurs pensées sont complètement tournées vers une seule étroite direction, et les gens qui en ont le courage se retrouvent complètement en marge, pour trouver un travail par exemple car ils manquent cruellement de compétences. Alors entendre quelqu’un nous dire « no English » dans un pays où tout le monde parle parfaitement anglais, c’est un peu bizarre.

Avec un mariage jeune et un nombre d’enfants par couple démesuré, on s’imagine bien comment la population de Juifs orthodoxes croît et à quel point il devient important pour le gouvernement israélien de gagner les votes de cette communauté.

Cette part de la population qui voue leur vie à Dieu et à la lecture de la Torah est un problème qui touche le reste des Israéliens. Comme ils ne travaillent pas, ils (sur)vivent des aides de l’État, notamment des allocations familiales, et en faisant des arrangements au sein de leur cercle très fermé. Avec une petite signature du rabbin, ils sont aussi exemptés de service militaire. Mais bon, ils ont déjà une bonne dose de lavage de cerveau dû à leur mode de vie et de la religion, c’est déjà ça.

A la ghettoisation dont nous avons parlé plus haut avec les Arabes, il faut bien sûr rajouter les ultra-orthodoxes qui en sont une superbe illustration !

« Ne montez pas en stop avec un Arabe. » nous disent environ 10000 Israéliens.

Les Israéliens ont peur, ils ont peur des Palestiniens, ils ont peur des roquettes. Souvent quand nous parlons de notre voyage et que nous disons que nous voulons nous rendre en Palestine, en Jordanie ou en Égypte, ils nous prennent pour des fous, nous disent que nous allons nous faire exécuter. Tous les Israéliens nous répètent qu’il ne faut absolument pas monter dans une voiture arabe quand nous faisons du stop, ces même Israéliens qui ne sont jamais allés en Palestine.

Cette peur nous fais souvent rire et est en décalage complet avec nos expériences de stop en Israël, où il n’est pas rare qu’un jeune femme prenne en stop les deux barbus que nous sommes, de nuit, sur une petite route. Ce qui n’arrive pas ou très rarement en Europe.

« Aujourd’hui on fête le jour où Jérusalem a été capturée. On dit capturée ou délivrée ? » « Bin ça dépend du point de vue. » répondons-nous à un ado Israélien qui hésite sur son Français.

Jérusalem est un des points de discorde majeur du conflit. Haut-lieu de bon nombres de courants religieux, Jérusalem accueille des touristes et pèlerins du monde entier. Depuis 1967 suite à la Guerre des Six Jours, Israël contrôle l’intégrité de la ville, et tous les ans les Juifs ultra-nationalistes se font une joie de se le remémorer avec une gigantesque manifestation lors de Yom Yeroushalayim, la Journée de Jérusalem. Bien sûr, les Palestiniens ne sont pas d’accord avec cette occupation. Alors que Jérusalem pourrait être un lieu où toutes les religions vivent en paix, elle est plutôt la démonstration de cet incapacité de certains hommes à gérer leurs différences.

C’est quand nous demandons un garçon dans la rue lors de Yom Yeroushalayim, l’air de rien savoir, quel est l’origine de cette agitation qu’il nous répond cette superbe phrase. Pendant des heures, nous allons faire une indigestion de drapeaux bleus et blancs et de nationalisme exacerbé. Des Juifs de tout le pays sont venus pour suivre le cortège dans les rues de Jérusalem. Des adolescents balancent des prospectus réclamant l’expulsion des Musulmans du dernier bastion de la vieille ville qu’ils contrôlent encore vraiment, le Mont du Temple. Nous étions prévenus, la police et l’armée est présente en masse et c’est d’ailleurs assez normal quand on voit que la marche passe par le quartier musulman en s’égosillant avec des slogans niveau CE2 comme le trop classique « Mort aux Arabes ! » Un peu d’originalité aurait été appréciée. Les altercations sont nombreuses avec les pro-Palestiniens, et la contre-manifestation de ces derniers est bien entendu mise à l’écart par les forces de l’ « ordre ».

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Et dans tout ce bordel, une petite dizaine de personnes transportaient des roses pour les offrir à la foule afin de calmer les ardeurs. Que ce soit côté pro-Palestinien ou pro-Israélien, les manifestants demandaient une fleur avec un grand sourire avant de la détruire pétale par pétale en face de leur visage et de leur jeter dessus. C’est assez difficile d’exprimer la folie humaine que nous avons vécue cet après-midi là. Ce n’était plus des hommes, mais seulement des moutons enragés s’abreuvant à chaque slogan, en attente de la prochaine petite friction pour se donner une raison de détester encore plus l’autre côté, et si possible de se battre un peu.

Les femmes quant à elle ont un tracé différent de celui des hommes et que nous n’avons pas suivi, donc nous ne saurions vous dire si elles aussi ont osé détruire les roses.

En fait, c’était une journée assez triste pour nous et nous sommes rentrés le cœur lourd. Mais ceci étant dit, nous avons vu la ville pendant des journées plus normales, et Jérusalem est une ville vraiment chouette !

Nous avons fait une petite vidéo pour montrer à quoi Yom Yerushalayim ressemble.

« Le meilleur humus c’est ici. » On a toujours pas compris où c’était, chaque Israélien a une adresse différente.

Les Israéliens sont fiers de leurs quelques spécialités. Ils connaissent tous la meilleure adresse en Israël pour manger des falafels ou du humus, et ils ont tous la meilleure recette pour faire une shakshuka ou préparer le tahini. Au final, et ils l’admettent, ces plats sont des plats arabes qu’ils ont intégrés à leur culture. Quand on commence à se familiariser avec les deux cultures, cela devient un jeu de noter tous les points communs entre les Israéliens et les Arabes. La langue est un bon exemple, la majorité des mots hébreux est d’origine arabe.

« Make hummus not walls» (faites du humus pas des murs), la solution est toute trouvée pour ce tagueur sur le mur de séparation de la Palestine à Bethléem.

« Ah mais en France vous avez pas peur de la montée de l’extrémisme?! » nous disent de nombreux conducteurs.

En Israël, et surtout à Tel-Aviv, on entend tout le temps parler français. De nombreux Juifs français, souvent parisiens, ont émigré en Israël profitant de la loi du retour pour obtenir la nationalité israélienne. Beaucoup d’entre eux ont déménagé car ils pensent être plus en sécurité en Israël. Nous avons souvent eu cette même discussion avec des Israéliens nous expliquant qu’ils ont vu à la télé qu’il est très dangereux d’être Juif en France et que celle-ci est remplie d’islamistes et d’antisémites. Nous tombons un peu des nues et devons chaque fois expliquer que non, les extrémistes islamiques ne font pas la loi en France, et que non il n’est pas vraiment dangereux d’être Juif en France. Notre connaissance limitée de la question nous fait nous poser des questions mais nous avons quand même l’impression que la communauté juive française, fermée sur elle même, tend à exagérer l’antisémitisme et les problèmes que les Juifs auraient à faire face dans l’Hexagone.

En essayant de tout résumer, nous avons fini par un truc assez long et nous n’avons pas du tout parlé de notre expérience en tant que voyageurs (qui fut un délice), et ce sera chose faite dans un prochain article.

Hummus à tous,

Arfer and Raymi.

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Israël, Palestine 2/3 – Encore des murs ?

Voici le deuxième article sur nos réflexions à propos d’Israël. Si vous n’avez pas lu le premier c’est par ici.

« Je me suis fait casser la fenêtre de ma voiture par un gamin qui m’a jeté une pierre. » nous dit une femme qui a voulu s’arrêter pour prendre un jeune Palestinien en stop.

Avant d’arriver, nous avions quelques problèmes pour comprendre vraiment ce qu’est la Palestine. Les territoires palestiniens sont composés de la Cisjordanie (West Bank in English) et de la bande de Gaza.

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La Cisjordanie, la plus grande partie de ces territoires, est plus ou moins occupée par l’Israël qui ne reconnaît pas l’existence de la Palestine. Il y existe trois zones, A, B, et C. On a beau lire dix fois à quoi correspond chaque zone puis oublier, la différence devient très nette une fois sur place. Les zones A sont contrôlées par les Palestiniens, et les Israéliens n’ont pas le droit d’y aller, même si des soldats s’y rendent lors de raids ou d’opérations. Dans les zones B les Palestiniens sont en charge des affaires civiles et la sécurité est partagée entre les Israéliens et les Palestiniens. L’armée Israélienne y est omniprésente. En zone C, entièrement contrôlée par Israël, de nombreuses colonies se sont installées depuis 1967. Une colonie est en fait un petit village créé de toute pièce et entouré de barbelés avec un check-point à l’entrée, habité par des Israéliens souvent très sionistes. Une technique du gouvernement pour coloniser le territoire qui rend de plus en plus difficile une résolution du conflit. Les colons qui vont s’installer en Palestine considèrent que c’est leur droit de vivre ici en Terre Promise, et ce malgré le climat de terreur que les extrémistes peuvent leur inciter. Ils profitent par ailleurs des subventions du gouvernement pour les inciter aux joies de la colonie en famille.

L’autre partie de la Palestine, la bande de Gaza, est une petite région dans le sud-ouest de l’Israël. D’abord occupée militairement par ce dernier jusqu’à sa partielle gestion par l’Autorité Palestinienne en 1994 décidée par les Accords d’Oslo, la bande de Gaza s’auto-gère pleinement depuis la rétractation des colonies en 2005. Avec l’arrivée au pouvoir du Hamas en 2007 et le blocus israélo-égyptien, les rapports se sont fortement dégradés et de grands affrontements ont eu lieu. Entre blocus, état de guerre et attaques armées, le peuple de la bande de Gaza subit de graves crises humanitaires et sanitaires. De plus le Hamas a mis en place un régime très islamique où il existe très peu de libertés et dans lequel on apprend aux plus jeunes à être prêt à mourir en martyr dans des attentats suicides contre Israël.

Avec les récents affrontements, Israël a décidé de se protéger des attaques, comme les jets de pierre dont nous parle cette femme, et s’est rapidement équipé avec tout un arsenal de dispositifs anti-terroristes. La bande de Gaza a été complètement entourée par un mur empêchant les contacts avec le monde extérieur, d’où les tunnels de trafic qui se sont créés au fil des années. Les villes en zone A sont pareillement isolées avec assez peu de considération pour les enfants qui reviennent le soir de l’école et trouvent en face de leur maison un mur de 12 mètres de haut. Les routes à risques sont longées par un mur anti jet de pierre et les Israéliens n’y vont pas avec le dos de la main morte quand il s’agit de grillage et de barbelés. Un peu partout en Palestine, des check-points viennent fleurir les prairies.

« Pouvez-vous ouvrir vos sacs ? » nous demande un soldat armé à l’entrée de chaque lieu public.

A l’entrée de tous les centres commerciaux, universités et autres, les voitures doivent ouvrir leur coffre, nos sacs sont ouverts régulièrement pour une vérification plutôt superficielle et nous traversons tout le temps des portiques beep beep.

« On est obligé d’avoir un mur pour se protéger des terroristes. » Toutes les mesures de protection et de contrôle de la population sont justifiées par la lutte anti-terroriste. Et ça marche ! Les attaques subies par les Israéliens ont largement diminué tandis que les gens sont de plus en plus convaincus que ce sont des mesures inévitables. Pourtant ces techniques qui sont efficaces, peut-être même nécessaires, ne sont qu’une solution à court terme. Comment espérer que les Palestiniens vont se calmer alors qu’ils se sentent parqués comme des animaux ? Le gouvernement croit-il vraiment qu’il œuvre pour la paix quand il entrave la liberté de mouvement des Palestiniens ?

Lors d’une discussion avec un ami, nous nous sommes posés la question du terrorisme. Si le terrorisme est la création et l’emploi de la terreur, il est normal de se demander qui créé la peur. Pour les civils Palestiniens, c’est très largement le Tsahal, l’armée israélienne considérée comme légitime. Car en effet Israël est venu s’imposer de force là où les Palestiniens vivaient et ne se prive pas de tuer des civils pour leur cause. Alors que pour les Israéliens, ce sont les organisations internationalement déclarées comme « terroristes ». Alors est-il possible de parler de groupes terroristes et d’armée légitime ?

Les moteurs de la terreur dans ce conflit et les groupes qui les alimentent sont très présents des deux côtés. En Palestine par exemple nous voyons sur des affiches de propagande des photos de jeunes soldats avec leur plus belle mitrailleuse.

« De temps en temps y’a une vache qui explose dans le plateau du Golan. » nous dit un pote autour d’une bière. Ou deux. Je me souviens plus très bien.

Alors que la Jordanie et l’Égypte ont signé un traité de paix, l’Israël est toujours en guerre avec deux pays frontaliers, le Liban et la Syrie. Les frontières avec ces deux pays sont complètement fermées et opaques. Le plateau du Golan, une zone dans le Nord toujours disputée avec la Syrie et témoin de différents affrontements, est parsemé de mines bien pratiques pour empêcher les Syriens de passer. Et de temps en temps une toute gentille vache, totalement perdue dans ce conflit, se fait exploser le ciboulot alors qu’elle broutait tranquillement son herbe.

« L’été dernier on voyait souvent des missiles au dessus de la ferme. » nous disent nos amis bergers à Nes Harim.

Quand on voyage en Israël il est facile d’oublier que c’est un pays en guerre et même s’il arrive qu’il ne se passe pas grand-chose pendant de longues périodes, un climat de tension est présent dans la tête des Israéliens et de nombreux détails nous rappellent quotidiennement la situation. On voit des avions de chasse qui passent les uns après les autres au-dessus de la plage, on voit des militaires faire des courses avec leur fusil d’assaut, on voit des voitures blindées tous les jours, on voit des gens avec un flingue qui sort de la ceinture et des bunkers dans les immeubles. Il n’est pas rare d’entendre parler de « l’été dernier » quand des missiles volaient tout le temps. Nous avons aussi été témoins d’une simulation de guerre, un jour durant lesquelles des sirènes sonnent à travers le pays, prévenant d’une attaque combinée d’à peu près tous leurs ennemis.

Dans la même lignée que les protections anti-terroristes, Israël est reconnue pour son « Dôme de Fer » (Iron Dome), installation ingénieuse qui intercepte les missiles extérieurs si ceux-ci menacent de tomber en zone peuplée, et qui a un très bon taux d’interception (pour un coût en accord avec l’efficacité).

Israël est en fait une île entourée de terres, position pas facile à tenir en ces temps.

« Qu’est-ce-que c’est que ça ? Tu fêtes tes 18 ans et on te met un flingue dans la main. C’est comme ça que tu commences ta vie d’adulte. » nous dit une jeune conductrice qui, elle, pour une fois, est déjà allée en Palestine.

Premier jour en Israël, on voit un militaire avec un énorme fusil dans une librairie à la recherche d’un livre pour sa petite sœur. Et puis on n’arrête pas d’en voir partout, et puis on s’y habitue un peu. Israël est un petit pays, mais avec un service militaire de trois ans (selon le grade, l’unité ou autre, c’est deux ans ou bien des fois cinq), presque tous les citoyens, même les femmes, sont des soldats potentiels. Les gens que nous rencontrons nous disent qu’ils sont pilotes d’avion de chasse, qu’ils apprenaient aux recrues à conduire un tank, ou encore servaient dans un sous-marin. Régulièrement, les anciens du service militaire doivent revenir pour une petite période. Un bon moyen de faire rentrer dans la tête de jeunes ados de 18 ans le message du gouvernement. L’argument utilisé ? « On a besoin que tout le monde soit un soldat vu notre position ». Bien que le service militaire ne soit pas aussi dur que l’armée professionnelle, une fois fini, les jeunes Israéliens s’en vont envahir l’Inde et l’Amérique du Sud pour décompresser.

Le service militaire est très efficace pour contrôler les esprits des jeunes israéliens. Il n’est qu’un moyen parmi tant d’autres qui font que de nombreux Israéliens ne sont au courant que de la moitié de ce qui se passe, remettent rarement en question la légitimité de l’Israël et ne réalisent pas à quel point Israël impose son pouvoir et sa volonté sur le peuple palestinien.

Israël a besoin d’une armée, c’est indéniable pour l’instant. Mais a-t-elle vraiment besoin que toute sa population soit des soldats ? Que se passerait-il si la moitié d’entre eux faisaient un service civique œuvrant pour la résolution de conflit ?

« Ce sont des soldats solitaires. » nous dit un barman désignant une table.

Comme les Juifs sont présents un peu partout dans le monde et certains se sentent très proches d’Israël, des jeunes non Israéliens viennent aussi faire le service militaire sous la pression sociale, répondant à des obligations familiales par exemple. Ce sont les « lonely soldiers » (soldats solitaires), souvent Américains, qui font leur service en Israël mais qui n’ont pas de famille sur place avec qui passer leur permissions. La loi du retour, un des principes de l’État d’Israël, garantit à tout Juif le droit d’immigrer et donc d’obtenir la nationalité israélienne. Un melting-pot de cultures et d’opinions se rencontrent donc partout dans le pays, de même qu’une certaine tolérance.

« Non mais je m’en fous moi, je préfère leur donner pleins de terres et qu’on fasse la paix. » nous dit un jeune.

Les Sionistes ne seraient sûrement pas d’accord et pas du tout prêts à lâcher la Terre Promise. Cependant une très large partie de la population préférerait que le conflit soit résolu et faire deux pays complètement indépendants. C’est d’ailleurs la solution la plus soutenue au niveau international plutôt que l’intégration de la Palestine à Israël qui ne semble plus une option possible depuis longtemps.

Et bientôt, la troisième et dernière partie qui va vous transcender, vous émerveiller, si vous arrivez à la lire en entier.

Amour à la pelle,

Nous.

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Israël, Palestine 1/3 – Terre Promise ?

Israël est un pays complexe qui nous a fait nous poser de nombreuses questions. Nous avons décidé de séparer cet article en trois parties, car il y a trop de choses dont nous voulons parler et qui nous semblent indispensables pour comprendre le pays. Nous écrirons plus tard un article sur notre passage en Israël, où nous avons adoré voyager. Vous pouvez aussi voir nos photos dans la galerie.

« Ne vous inquiétez pas c’est la procédure. » nous dit la fille de l’immigration.

Nous débarquons à Haïfa dans le Nord de l’Israël. Après deux heures d’un interrogatoire durant lequel on nous demande ce que nous venons faire en Israël, pourquoi nous venons en bateau, qui nous connaissons en Israël et leur adresse, combien de temps nous allons rester, où nous allons après, mais aussi comment nous finançons notre voyage, etc … vient la fouille des sacs, suivie d’une deuxième personne qui vient poser les mêmes questions, et finalement nous avons notre tampon, sur papier séparé comme voulu. On le comprend, Israël ne rigole pas avec ses frontières et la peur du terrorisme les poussent à faire ces recherches en profondeur sur les voyageurs entrant le pays. D’autant plus que nous sommes deux petits Français arrivant par bateau avec une histoire de voyage peu orthodoxe, on ne rentre pas dans leurs cases et ils trouvent ça louche. On était prévenu, Israël est un pays assez spécial. A nous de le découvrir !

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« Qu’est ce que vous pensez de ce miracle ? » nous demande un orthodoxe à l’allure cool.

«Quel miracle? » répondons nous. «Mais, ÇA!! » – en nous montrant le paysage – « Israël! ». Oh oui l’Israël, je vois. Pour comprendre ce pays nous avions besoin d’une petite remise à niveau historique.

Depuis la fin du XIXe siècle, les Juifs d’Europe subissent la montée de l’antisémitisme avec son apogée lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Les Juifs alors éparpillés dans le monde désirent créer un État Juif en retournant sur la Terre Promise décrite dans la Bible. Le Sionisme est la philosophie et le mouvement politique qui soutient l’existence d’un état pour le peuple juif en terre d’Israël, mais sur laquelle la Palestine s’était installée entre temps. Depuis le début du XXe siècle la communauté juive achète petit à petit des terres en Palestine. Après la Deuxième Guerre Mondiale la création d’Israël est rendue possible grâce au gouvernement britannique qui remet son mandat sur la Palestine aux Nations Unis.

En 1948, Israël fait sa déclaration d’indépendance qui entraîne une guerre avec les états arabes environnants. Les Israéliens gagnent cette guerre et de nombreux Palestiniens sont contraints à l’exil. Dans un grand mouvement d’humanisme et de compassion, ce qui sera plus tard Israël est venu s’imposer de force là où des gens vivaient depuis des générations et le savait très bien. Ben Gurion, alors premier ministre israélien, dit en 1938: “Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. ” (Adressé au comité politique Mapai (7 June 1938) cité dans Flapan, Simha, Zionism and the Palestinians)

Durant vingt ans le peuple israélien ne cesse de croître et l’aide économique de la diaspora permet à Israël de se développer rapidement. Cependant les tensions avec les pays arabes voisins ne disparaissent pas, ceux-ci continuent de voir d’un mauvaise œil la présence des Juifs dans la région, et des attentats meurtriers ont lieu à l’intérieur du pays. Le 5 juin 1967 les pays arabes voisins, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie attaquent simultanément Israël durant la « guerre des Six Jours ». L’armée israélienne, le Tsahal, riposte et écrase l’offensive arabe. Au terme des six jours, la guerre se termine et Israël, en plus de se défendre, a conquis la péninsule du Sinaï, Jérusalem-Est, la Bande de Gaza et le plateau du Golan, prouvant par la même occasion au monde sa supériorité face aux armées arabes.

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En 1979 un traité de paix est signé avec l’Égypte, et en 1982 Israël se retire du Sinaï.

En 1982, Israël envahit le Liban dans le but de faire cesser les attaque de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), 17000 Arabes contre 670 soldats israéliens meurent. Pour certains, Israël a agit contrairement aux lois internationales et les Nations Unis ont considéré le massacre de Sabra et Shatila comme un génocide. Lors de ce massacre, les phalanges, un parti libanais de droite chrétienne, attaquent des camps de réfugiés et déciment de nombreux Palestiniens sous les yeux de l‘immobile armée israélienne.

Puis en 1987 la première intifada (soulèvement en arabe) éclate et s’étalera sur 6 ans en opposant des militaires sur-armés à des manifestants jetant des pierres. 1162 Palestiniens contre 160 Israéliens meurent.

Durant les années qui suivent différent traités assurant plus d’autonomie au peuple palestinien, notamment Gaza et certaines villes de Cisjordanie qui deviennent indépendantes, mais les tensions avec les Palestiniens restent très vives et Israël continue de se protéger. En 2000 une seconde intifada éclate, entraînant à nouveau la mort 4400 Palestiniens et 1000 Israéliens et c’est durant ces conflits qu’Israël entame la construction d’un mur de séparation entre Israël et la Palestine.

Jusqu’aujourd’hui différentes guerres et opérations militaires se succèdent opposant Israël aux groupes armés palestiniens, comme le Hamas qui a en 2006 pris le contrôle de Gaza lors d’une élection législative palestinienne. Des civils palestiniens sont tués à chaque fois pendant qu’Israël améliore la défense de son territoire assurant une baisse drastique du nombre de civils israéliens tués.

Pour les Sionistes comme notre orthodoxe, tout ce qui s’est passé est un miracle, Israël s’est imposé et le peuple juif a conquit la Terre Promise. Tout est rentré dans l’ordre !

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Pendant tout ce temps, les premiers Juifs immigrants ont fait pleins de petits marmots, qui eux sont nés Israéliens, avec un passeport israélien et pas forcément celui de leur ancêtres. Alors bien que le conflit se soit enlisé, on ne peut pas les renvoyer ‘chez-eux’, il faut trouver une autre solution.

Sur la route, on passe devant de nombreux de bâtiments et parcs « généreusement offert par… »

Comment Israël a-t-il pu résister si longtemps et si efficacement alors que ce n’était qu’un état en construction ? En fait, Israël reçoit des sous qui viennent de partout : les Juifs autour du monde ont compté dans leurs rangs de très riches familles, beaucoup dans les places importantes de la société. De ce fait Israël a très largement bénéficié de l’aide économique de la diaspora. Les États-Unis sont le partenaire économique numéro un d’Israël et offre une grosse aide financière au pays.

Entre-temps le pays s’est modernisé rapidement et est maintenant à la pointe dans des domaines comme l’agriculture ou l’armement lui offrant une longueur d’avance au niveau des moyens sur ses voisins arabes.

« Êtes vous juifs? » nous demandent deux conducteurs sur trois.

« Euh non. » Une des questions que l’on nous a le plus posée. « Oh donc vous êtes Chrétiens? » Non toujours pas. Au début, nous ne comprenions pas très bien car certaines personnes nous disaient être juives mais n’étaient pas religieuses, ou n’avaient pas la foi. Ce n’est qu’après plusieurs semaines que nous avons eu le déclic. Pour faire court, être juif c’est se faire circoncire quand on a huit jours et avoir une maman juive et on ne peut pas vraiment y échapper. On ne perd pas son judaïsme comme on peut perdre sa chrétienté, et l’on peut être juif (appartenir au peuple juif) et à la fois être athée.

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C’est bien sûr aussi une religion, mais c’est surtout une culture, avec pleins de rites et de règles que les gens suivent plus ou moins à la lettre. Le Sabbat, notre équivalent du dimanche, est un jour où l’on n’a pas le droit d’utiliser de boutons, ce qui inclut l’usage du téléphone, de l’ascenseur ou de la gazinière. On n’est aussi plus autorisé à se déplacer loin de chez soi.

Toutes ces règles amènent avec elles leur lot de choses étranges et de contournements. Par exemple, tout autour des villages, on voit une sorte de fil aérien à 4m de hauteur, comme un poteau électrique, mais qui sert juste à délimiter le village : en jour de Sabbat, on n’est pas censé le dépasser car on ne doit pas passer de la sphère privée (village ou quartier) à la sphère publique (le reste du monde). Hum. Il y a aussi le compteur électrique pour allumer automatiquement les appareils dans la maison sans avoir à toucher de boutons, ou bien l’ascenseur qui s’arrête à tous les étages pour la même raison.

L’État d’Israël est un état juif et qui respecte donc la loi juive du Talmud.

A suivre bientôt, le prochain zépisode.

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