C’est la fin des loukoums

Ça fait déjà presque deux mois que nous avons quitté notre appartement à Antalya. Il nous restait alors quinze jours avant la fin de notre visa turc. Nous avions envisagé de dépasser la date limite avant de quitter la Turquie pour Chypre et finalement sommes partis le dernier jour encore en règle, et nous ne le regrettons pas car nous avons découvert que l’amende est élevée même pour un court dépassement. Notre ami Fede a eu l’agréable surprise d’une amende de plus de 400 lira lorsqu’il a voulu quitter la Turquie (c’est 400 lira dès le premier jour, puis ça monte tout doucement).

Ces derniers quinze jours en Turquie ont été plutôt mouvementés car nous avons du combiner nos envies avec celles des gens qui sont venus nous visiter, et tout ça dans un temps limité.

En partant d’Antalya avec Flo qui transite par la Turquie pour rejoindre l’Iran, nous quittons aussi le soleil pour se taper cinq jours de pluie non stop sans entracte. Et il a fallu attendre sept jours et la ville de Mardin pour apercevoir le soleil à travers les nuages. Pendant ce temps nous avons l’occasion de nous réfugier dans le magnifique château d’Anamur, où nous échangeons plus amplement avec Flo. Nous perpétuons la tradition de l’appartement à Antalya et prenons le luxe chaque soir d’allumer la chicha contre vents et marées, cette fois abrités dans l’une des grottes du château.

Flo nous quitte rapidement pour retourner à Olympus, là où le Winter Hitchgathering, une rencontre d’autostoppeurs, a eu lieu. Nous restons donc 24 heures seuls avant de retrouver Mathilde, une amie de Grenoble à Adana. Si la ville abrite la plus grande mosquée de Turquie de la galaxie, Adana est surtout connue pour avoir les meilleurs kebabs de la Turquie et donc du monde. Avant que Mathilde arrive, nous y passons deux nuits, une dans le parc de la mosquée et l’autre dans un appartement grâce au réseau ultra-efficace d’hébergement turc, accueilli par le pote du mec qui vend son pain à la grand-mère du gars qui ne pouvait pas nous accueillir. Ou un truc du genre. Mathou restera dix jours avec nous, fera un tour au Kurdistan dans les villes d’Urfa et de Mardin, s’occupera de Fil Topo comme il se doit et supportera notre bon goût pour la franche rigolade.

Urfa sera la première ville du Kurdistan dans laquelle nous faisons étape. Abraham, ou Ibrahim pour les musulmans serait né à Urfa et est l’un des principaux personnages des trois religions monothéistes (chrétienne, musulmane et juive). La ville lui a érigé une grande et très belle mosquée et est un lieu de pèlerinage pour beaucoup de croyants. Selon la légende, le roi d’Assyrie Nimrod aurait tenté de le jeter dans une fournaise qui se transforma tout de suite en un bassin rempli de carpes qui sont toujours là aujourd’hui. Quiconque tentera de les pêcher deviendra aveugle. Nous campons comme des princes entre cette mosquée et le château qui domine la ville. Puis la route reprend après un court arrêt à Göbekli Tepe qui est le vestige du plus vieux temple connu.

A Mardin nous avons un hôte, Ibrahim, qui nous fait visiter la ville et les monuments des alentours avec son pote Ibrahim, puis les deux nous invitent ensuite au restaurant. La vieille ville posée sur une grande colline rocailleuse est magnifique. Mais plus que les visites et la nourriture, nous avons eu la chance de découvrir le point de vue de nos hôtes Kurdes concernant leur culture, le PKK, le reste de la Turquie et Atatürk.

Lors de son année d’étude en Australie, Arthur était en colloc avec Natacha, une Grenobloise, et Antonia de Santiago au Chili. Antonia en tour d’Europe devait passer par la Turquie, alors autant se voir. Quant à Natacha, mettant en pause son compteur carbone, elle a sauté dans un avion. Mathilde et nous les retrouverons donc dans une Cappadoce recouverte par la neige (Cappadocia) dans le petit village de Göreme. Deux nuits passés en auberge pour cause de neige et de ‘glaglailfaitquandmêmeunpeufroid’ et une soirée feu de camp et dodo dans une des caves. Wikipédia vous expliquera sûrement tout aussi bien que nous l’histoire de ce lieu unique, mais ne retranscrit pas vraiment l’ambiance de ce jeu d’enfants pour adultes que nous visitons les pieds mouillés. Voir la Cappadoce sous la neige est vraiment une chance, les parties non enneigées formant des veines dans la neige immaculée.

Nous quittons après quatre jours ce lieu à la fois mystique et touristique. Et oui, avec Istanbul et Pamukkale, c’est probablement le lieu le plus visité de Turquie. Alors que personne, ou pas loin, ne parle anglais en Turquie, le village de Göreme a une densité d’anglophones un peu déstabilisante. On se sent presque mal à l’aise avec nos dix mots de turc ! C’est néanmoins un endroit superbe et relativement déserté au milieu de l’hiver, et il tout à fait possible de squatter l’une des innombrables caves qui composent le lieu tout au long de l’année pour échapper aux autres touristes.

En une seule journée nous passons de la neige au short en arrivant dans la marina de Mersin. Les gens du port nous disent qu’en hiver, presque personne ne part de Turquie pour rejoindre Chypre. C’est à ce moment que nous décidons de prendre un ferry. Nous passons notre première nuit dans une mosquée, qui est d’ailleurs un assez bon plan pour les voyageurs, étant donné qu’il y fait assez chaud, qu’il y a de l’eau, des toilettes et des tapis pour être bien calé. Le lendemain nous allons retrouver Fabian à Alanya avant de repartir pour le ferry de Taşucu. Fabian est un bon ami de Rémi qui vit à Leipzig dans une maison communautaire. Mais nous en avons déjà parlé plus longuement dans un précédent article !

Nous passons donc la nuit dans la ville d’Alanya avant d’aller s’endormir sous les chauffe-eau solaires du toit de l’hôtel en construction. Nous sommes six à débarquer le lendemain entre les travailleurs qui nous saluent avec un grand sourire. La vieille ville d’Alanya part de la mer et s’étend sur la colline au travers de ses maisons qui menacent de s’écrouler si on les touche trop. Le coucher de soleil depuis la muraille est magnifique et nous redescendons dans l’obscurité pour nous séparer quelques heures plus tard, les filles rentrant à la maison. Seuls restent Fabian et nous, prenant un camion qui nous dépose au château d’Anamur que nous avions déjà squatté avec Flo. Très différent de la dernière fois où il tombait plusieurs centaines de millimètres de pluie à la seconde, nous prenons cette fois le café au soleil. C’est notre dernier jour des 90 passés en Turquie, et il a fallu attendre le marché de Taşucu pour trouver le meilleur fromage que nous avons mangé en Turquie. Ceci dit, les fromages turcs sont très honorables ! Nous remercions la Turquie de nous laisser l’opportunité de découvrir encore quelques surprises pour notre prochain passage dans quelques années, Inch Allah.

Nous faisons un tour du monde en stop sans prendre l’avion pour plusieurs raisons, et l’une d’entre elle est d’avoir un impact environnemental réduit. Nous tenons donc à remercier très fortement Mathilde, Antonia, Natacha et Fabian pour avoir pris des avions pour venir nous voir (alors qu’ils seraient restés chez eux à regarder des séries) et ainsi faire sauter notre bilan carbone.

Pour les infos pratiques, c’est possible de chercher un bateau à voile pour Chypre ou autre depuis plusieurs marinas. D’est en ouest : Fethiye, un peu au sud-ouest d’Antalya, Alanya, Mersin. Regardez ces deux sites pour des informations complémentaires hé hé : Wikipédia (anglais) et un autre site (en turc, mais c’est tout à fait compréhensible).

Poisson jambon pinard et confiture à vous tous.

Pour voir plus de photos faites un tour sur la galerie !

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On a pensé à un turc

Après avoir abandonné nos fans pendant deux mois pour cause de vagabondage intensif, nous prenons enfin le temps de vous parler de la Turquie.

Maintenant au sud de Chypre après 3 mois passés en Turquie, quelque chose nous manque : la bouffe ! Et ouais, pas facile de perdre du poids quand on est deux mois devant son ordinateur à enchaîner les ciğ köfte et les gözleme, avec de l’halva et des baklavas pour dessert, et le fameux mix tahin-pekmez en petit déj. Et encore, ce serait facile si Simona n’était pas aux aguets à chaque petite faim pour nous préparer un petit plat venus tout droit de Graisse avec les produits du marché. C’est d’ailleurs chaque semaine au grand marché couvert d’Antalya que nous faisions le plein de fruits, légumes, fromages et autres délicatesses locales comme le Redbull turc, la caroube. C’est si facile de se procurer des produits frais et locaux et bien souvent délicieux, qu’en trois mois nous ne serons allé au supermarché que pour faire le plein de PQ. Un rêve de débauche de nourriture, mais aussi un enfer quand la fille au fromage dégainait son sourire et ses yeux pour nous faire repartir avec notre tonne de fromton. « Did we buy some dates? No », ok let’s go pour de quoi tenir la semaine. Un arrêt chez Mister Olive pour la dégustation et on repart avec nos 2kg pour les apéros de la semaine.

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Enfin, apéros pas trop car si la bouffe est à des prix défiants toutes les concurrences, la bière est loin de faire la maline par rapport aux prix de sa voisine bulgare par exemple. En fait, on se demande comment les Turcs que l’on voit boire dans la rue font pour se payer de l’alcool plus cher qu’en France avec un salaire environ trois fois inférieur…

Avant d’aller se coucher, une tradition s’installe. L’alcool étant trop cher, et la ville d’Antalya un peu trop ennuyeuse, nous avons investit dans une chicha afin de pimenter notre quotidien. Nous nous asseyons sur notre terrasse installé dans nos duvets douillets, décapsulons une bouteille de Marmara, la bière la moins chère qu’on a pu trouver, nous nous essayons aux ronds de fumée de plus en plus parfait avec notre chicha, et regardons les Guignols sur l’ordinateur qui nous reconnecte directement avec le pays aux 300 fromages.

Lors des attentats chez Charlie Hebdo, nous suivons les événements depuis notre balcon. Et jusqu’en Turquie l’attentat aura eu des répercutions, la plupart des locaux ne savent pas exactement de quoi il retourne, il faut dire qu’un seul journal d’opposition a osé reproduire les caricatures de Mohammed. On ne peut pas dire que le gouvernement turc, de plus en plus conservateur et pro-islamique, soit très fort en terme de liberté de la presse, la Turquie étant d’ailleurs le pays au monde avec le plus de journalistes incarcérés. La façon de gouverner d’Erdoğan n’est pas des plus appréciées parmi les Turcs que nous avons rencontrés : il prône un retour à un Islam plus fondamentaliste, fait pousser des mosquées dans toutes les villes et même dans les universités, ce qui est un peu étrange de la part d’un des tout premiers pays laïcs.

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Quand Moustafa Kemal ‘Atatürk, littéralement « Père des Turcs » a bâti en 1923 la Turquie actuelle sur un Empire Ottoman en déclin, il a très vite entamé toute sorte de réformes relativement avant-gardiste, comme sur le droit des femmes et la laïcité. Depuis 12 ans maintenant, c’est l’AKP et Erdoğan qui gouvernent la Turquie et c’est un vrai retour en arrière pour tous les partisans d’Atatürk et de la laïcité. Les lois deviennent de plus en plus strictes, les taxes sur l’alcool augmentent (çok çok problem, grand grand problème), l’Islam reprend une part importante dans la société et dans tout ce qui est officiel. A Istanbul et dans les grandes villes, la tendance est nette : les gens sont contre ce gouvernement qui a toutes les chances de repartir pour un mandat aux prochaines élections. Dans les zones plus reculées, les efforts d’investissement pour le développement paient et les votes vont en faveur d’Erdoğan. Tous ces investissements se traduisent par un envahissement de la côte de milliers d’hôtels et dans les villes de magnifiques immeubles en parfait désaccord avec l’architecture traditionnelle et les superbes paysages turcs.

La Turquie est un pays remplie de paradoxe. Mais bon, c’est peut-être comme tous les pays au final ? Quand on voit Istanbul, tous ces bars, les squats qui se mettent en place depuis les manifestations de Gezi, on voit des gens ouverts sur le monde et on se sent comme dans beaucoup de villes européennes. Les campagnes elles sont toujours trente ans en arrière, un peu figées dans le temps. Les gens sont partagés entre une envie d’intégration à l’Europe et continuent d’avoir une culture turque très forte. Les jeunes mettent tous la ceinture de sécurité alors que cette dernière est parfois carrément coupée dans la voiture des vieux.

Il y a aussi une vrai différence entre l’est et l’ouest de la Turquie. Notre voyage nous a emmené brièvement au Kurdistan. Le Kurdistan est une région géographique et culturelle majoritairement peuplée de Kurdes qui se partagent entre quatre pays, la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, le Kurdistan Turc n’étant pas reconnu par le gouvernement. Depuis la création de la République Turque, les Kurdes sont victimes d’énormes discriminations; particulièrement sous la gouvernance de Kemal, mais encore maintenant. Lors de notre passage à Urfa et Mardin en Kurdistan turc nous avons pu en apprendre beaucoup sur ce peuple et son combat. Les villes que nous avons visitées ont tout de suite dénoté avec ce que nous avions vu dans le reste de la Turquie, plus authentiques, plus orientales et moins européennes. Et elles étaient clairement les plus belles villes que nous avons vu en Turquie, les autres n’étant qu’un entassement de vieux et nouveaux immeubles construits à l’arrache.IMG_1038

Nous avons aussi beaucoup discuté du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation qui mène une guérilla armée contre la Turquie pour plusieurs revendications. Ils se sont récemment rendu célèbres pour avoir libéré la ville syrienne Kobané de l’occupation de l’État Islamique notamment grâce à leur régiment de femmes soldats. Là où dans le reste de la Turquie les statues d’Atatürk fleurissent de toutes parts, et où toute la population le porte comme une idole, ici en Kurdistan nous découvrons l’autre face du « Père des Turcs » qui a entre autres massacré les Kurdes durant sa présidence. Alors que les Turcs sont serviables et généreux, c’est encore pire au Kurdistan ! On a aussi l’impression que les Kurdes sont plus au courant de ce qui se passent dans le monde, peut-être grâce aux combats menés depuis des années déjà et qui les rend sensibles à différentes causes en les faisant réfléchir. Ce qui ne change pas, c’est l’imperturbabilité que ce soit des Turcs ou des Kurdes. On peut tout à fait faire du stop à cinq personnes, neige sur la route et avoir une voiture avec déjà deux personnes qui s’arrête ‘problem yok’ pas de problème, de même que l’on peut dormir à six sur le toit d’un hôtel en construction à Alanya et se réveiller le matin sous les sourires des constructeurs avec pour seule remarque du manager « vous êtes mes premiers hôtes », ou être trois mecs sur l’autoroute la nuit et arrêter un camion avec facilité. De manière générale les turcs sont vraiment hospitaliers et le stop est d’une simplicité exceptionnelle. Conseil du jour : si vous avez faim en Turquie, allez faire du stop ! Environ une personne sur deux qui nous prend en stop nous invite à manger au resto ou au moins à boire le çai.IMG_1146

Le çai (prononcer « tchaille »), thé en turc, est une véritable institution, peu importe où vous êtes en Turquie vous trouverez un endroit où en prendre un. Et même de nombreux vendeurs ambulants passent un peu partout tenant leur plateau suspendu, rempli de verres de çai, se balançant au rythme de leurs pas. Les verres de çai sont typiques, exactement les mêmes dans toute la Turquie, en forme de tulipe, probablement étudiés pour qu’ils ne se renversent pas.

Les Turcs ne parlent en général pas un mot d’anglais, ne connaissent même pas le mot « no », ou alors ils savent juste dire « where are you from ? ». En faisant du stop, on apprend à imiter le bébé pour demander s’ils ont des enfants, et on apprend petit à petit le turc, langue plutôt facile. En 3 jours de stop, on apprend beaucoup plus qu’en étant un mois à Antalya à quitter l’appart seulement pour acheter du pain. On s’est donc débrouillé pour avoir des conversations, certes souvent basiques, mais pas tout le temps. En fonction du talent explicatif de notre conducteur et d’un peu d’internet sur le smartphone, on pouvait même aller très loin. Et lorsque qu’une personne s’arrêtait et parlait anglais, là c’était un peu un truc de malade, la surprise totale quoi, et l’on se permettait de poser toutes nos questions jusque là restées sans réponses. Ce qu’on a aussi remarqué, c’est que la radio avait beau jouer souvent les mêmes musiques, c’étaient rarement celles de nos radios. Et que la télé, allumée dans toutes les maisons et tous les snacks, jouait principalement des séries de production turque entre les émissions d’information et vidéos d’accidents de voiture. La Turquie a une sorte de culture locale de masse en fait. Premier producteur de série au monde, et oui, avant les États-Unis, elle jouit aussi d’une scène musicale énorme, à Istanbul ou ailleurs. Les gens savent chanter et le font, que ce soit dans la rue ou dans les voitures qui nous prennent. Les bars ont souvent des soirées live avec Monsieur Moustache jouant sur son bağlama. De même pour la nourriture, bien que les super pains de mie et le Nutella arrivent dans les supermarchés, les Turcs restent fidèles aux simits et aux œufs-tomates-concombres du matin.

Voici donc les quelques réflexions et impressions générales que nous avons eues en Turquie. On a vraiment aimé voyager en Turquie, pays dans lequel nous avons encore beaucoup à découvrir. Tout particulièrement nous aimerions explorer plus en profondeur le Kurdistan, région dans laquelle notre bref passage nous a laissés sur notre faim. Au retour de notre voyage nous irons dans la forêt nous entraîner un peu avec un régiment du PKK.

Dans un prochain article nous vous parlerons un peu plus du trajet qu’on a fait en Turquie, à base de squat de château en ruine, chicha dans des hôtels en construction et camping dans la neige. Tout ça agrémenté d’incroyables nouveaux protagonistes, que nous sommes sûr que vous adorerez !

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Sous le soleil de la Turquie

Je tenais à vous raconter ce petit épisode de stop qui m’est arrivé après avoir passé le nouvel an à Istanbul. Arthur et moi nous avions décidé de se séparer pour rentrer à Antalya. Alors qu’Arthur fait un croché par l’ouest de la Turquie, je rentre directement, en repassant par le même chemin que celui qu’on avait pris à l’aller.

Le matin, on se sépare à Kadikoy. Je met environ 20 minutes à comprendre le système des bus d’Istanbul puis j’arrive, sans me tromper de bus, à une aire de repos sur le bord de l’autoroute. En deux ou trois mouvements je rejoins une plus petite route, qui traverse la Turquie du Nord au Sud, d’Adapazarı à Antalya, une genre de grosse nationale.

J’enchaîne les petits trajets assez rapidement, à chaque fois les voitures me déposent vraiment au milieu de rien, mais l’efficacité Turque fait encore une fois ses preuves, et à chaque fois je n’attends pas trop longtemps.

Bon les voitures s’enchaînent bien, mais le problème c’est qu’il fait froid, la route monte en altitude et je m’approche dangereusement de la neige. Puis un camion me prend pour plusieurs heures jusqu’à Afyon, cette fois ça y est, le paysage est complètement blanc, je ne m’attendais pas à voir autant de neige en Turquie.

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Bon c’est cool deux minutes les bonhommes de neige, mais le problème c’est qu’on peut pas dire que j’ai l’équipement adéquat pour survivre dans ces températures. Arrivé à Afyon, il neige, il fait froid, il fait nuit. Je décide de ne pas m’arrêter pour trouver un endroit pour dormir, mais de continuer coûte que coûte. Je rentre dans les toilettes d’un centre commercial, et je met le plus d’habits possible sur moi, en mode cosmonaute. Quadruple couche en haut, doubles chaussettes plus sac plastiques pour l’isolation aux pieds, bonnet, écharpe, et les gants que papa m’a filé juste avant de partir de Grenoble. Ouf même s’ils sont fins ils m’ont bien servis.

Hop de retour sur le bord de la route je me sens invincible, je lève mon pouce et fais des signes à tout les camions qui passent, espérant que l’un d’eux ira jusqu’à Antalya. Pendant ce temps la neige s’accumule sur mon sac posé juste à côté.

Finalement un camion s’arrête, et il va à … Antalya ! Youpi ! Je suis sauvé, et à l’abri. A l’intérieur du camion, il fait chaud et la seule chose qu’on aperçoit dans l’obscurité, sont les flocons de neige qui virevoltent autours de nous, je me sens comme dans un vaisseau spatial qui traverse une champ de météorites de neige.

Le camion monte, monte sur une route couverte de neige. Par moment j’ai un peu peur que le camion dérape, mais le conducteur à l’air de savoir ce qu’il fait. Mais finalement ça arrive, le camion glisse légèrement sur la neige, une fois, deux fois. Plus le choix, il faut mettre les chaînes. Nous sortons du camion et la chute de neige s’est transformé en tempête. Je remonte mon écharpe pour couvrir mon visage, et me protéger des flocons qui m’assaillent, emportés par de violentes bourrasques. Dans le chaos de la tempête mon conducteur me tend une lampe de poche et me fait comprendre qu’il faut que je l’éclaire, il ouvre un coffre situé sur le côté du camion , nous sortons des chaînes pour les accrocher aux énorme roues du semi-remorque. Après vingts bonne minutes de galère nous finissons le travail, et j’ai vraiment l’impression qu’il n’a pas l’habitude de faire ça, le résultat semble douteux. En effet nous remontons dans le camion et essayons de redémarrer, nous ne faisons que 100m avant d’être stoppé à nouveau, puis nous devons ressortir encore deux fois pour arranger le bricolage, avant que le camion veule bien avancer. Doucement.

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Nous arrivons enfin à un semblant de civilisation sous la forme d’une station essence, où le camionneur décide de s’arrêter. Nous rentrons dans un espèce de café resto, où de nombreux autres camionneurs sont là, coincés comme nous par la tempête. Nous buvons çai après çai, ils ne parlent pas Anglais, je ne comprends pas vraiment de quoi ils discutent, mais ils finissent par m’expliquer que nous allons passer la nuit là. Mon camionneur m’offre une soupe de lentille, puis me laisse dormir dans la cabine de son camion, équipé d’une deuxième couchette, et surtout d’un chauffage !

Le lendemain je me réveille, tout est blanc, et par certains endroit au moins trente centimètres de neige se sont accumulés. Nous retournons dans le café, le conducteur me dit qu’on ne peut pas partir avant 10h. Sûrement le temps que les routes soient dégagés ou que la neige fonde un peu. J’aurais le droit à une énorme assiette de tahin et pekmes accompagné de çai pour un petit déj turc classique. Finalement nous partirons vers 12h, la neige a quand même bien fondue, après une demi heure de route, nous pouvons retirer les chaînes. Sur la route plusieurs voitures et camions sont dans le fossé, je me sens chanceux que mon camionneur ait été prudent. J’arrive à Antalya en fin de journée. Sacré trajet !

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Calé à Çanakkale

Premier article débarrassé de la relecture de Rémi !

D’habitude, nous écrivons nos articles à deux, 500 mots chacun. Arthur corrige les fautes d’orthographe de Rémi pendant que ce dernier enlève les parenthèses à gogo d’Arthur et lui explique en quoi son paragraphe n’était pas tout à fait compréhensible. Cette fois, c’est la liberté  !

Départ de Bougetonboule après une nuit de trois heures pour cause de petite soirée tranquille et histoire de profiter de la collocation de Kadıköy une dernière fois. Rémi part vers l’Est pour Antalya et je me dirige vers l’Ouest afin d’aller voir l’oncle et la tante de Gizem, une amie rencontrée à Istanbul. C’est la première fois que nous nous séparons depuis le début du voyage et bien sûr nous pleurons, nous avons peur, mais nous décidons de surmonter cette épreuve tout en gardant l’espoir que l’autre arrive à survivre.

Je descends dans les profondeurs du Marmaray, le métro sous le Bosphore. Je somnole tout le long mais une dizaine d’arrêts avant le mien, le Marmaray s’arrête et tout le monde descend. Aaaah, les rails en pointillés sur le plan veulent donc dire que la ligne est en construction, et non pas que le métro devient aérien comme je le pensais. Comme quoi c’est toujours bien de lire la légende sur les cartes, j’aurais dû écouter mon papa.

Je reviens en arrière, nouveau métro, puis « metrobüs », bus express avec voie réservée sur l’autoroute qui traverse Istanbul d’Ouest en Est. A chaque fois je dois sortir et repayer, je m’en sors donc pour quatre fois le prix initialement prévu mais j’arrive après 2h à l’endroit de stop repéré sur hitchwiki.org.

Istanbul s’étend sur tellement de kilomètres qu’il est irréaliste de vouloir sortir en une fois. J’ai l’impression que la meilleure technique est tout simplement de se mettre sur le bord de l’autoroute, là où les voitures peuvent plus ou moins s’arrêter, et d’avancer voiture par voiture à coup de dizaines de kilomètres. Les Trucs ne sont pas vraiment gênés pour s’arrêter au milieu de l’inarrêtable, l’autoroute ne pose donc pas vraiment de problème, toute proportion gardée bien entendue !

En début d’après-midi je suis à Tekirdağ, qui semble bien loin du metrobüs bondé d’Istanbul. Il fait froid, mais le grand soleil rend la chose très supportable. Posé devant l’usine de rakı, eau-de-vie de raisin aromatisée à l’anis, ça pue bien la mort ! J’attends un long moment, et finalement me rend compte que je n’attends pas sur la route que je voulais prendre. Je rejoins cette dernière à pied et me fait prendre en cinq minutes. Comme une grande partie des Trucs, mon chauffeur ne parle pas un mot d’anglais. Il tente de m’expliquer quelque chose, et croyant m’arrêter pour une pause pipi, je me retrouve dans la mosquée du village à prier. Ensuite il me paie le Balıkçı, restaurant de poisson. Et bien sûr, après le repas, un autre petit coup de prière.

Bien qu’agnostique et tout de même spirituel, l’acte de prier sans conviction ne me dérange pas vraiment, je le prends comme une expérience. Cependant, en sortant de la mosquée, il fait nuit et ça c’est pas cool. J’essaie tant bien que mal d’expliquer à tous les fidèles encore présents « otobüs yok, OTOSTOP« . Je veux pas prendre le bus, je veux faire du stop. Non, je vais pas me faire attaquer par les chiens. Et non, je veux pas que tu me donnes tes chaussures, j’ai ce qu’il faut. C’est peine perdue, et le chauffeur me ramène à Tekirdağ, insiste pour me payer le bus. Impossible de négocier quoi que soit, alors je monte dans le bus et je m’endors. Je me réveille lorsque le bus monte dans le ferry qui me fait passer de l’Europe à l’Asie, je vais prendre l’air sur le pont. Sur le port, Sedat, Nürsel et une amie arrivent en trombe pour me prendre et m’amènent chez eux. Anglais limité de leur côté, « turkçe çatpat », « un peu turc » du mien, mais à force de dessins nous nous laissons dériver sur tous les sujets autour d’un petit plat chaud.

Le lendemain, visite de Çanakkale et de sa réplique merveilleuse du cheval de Troie, utilisée dans le film américain de 2004. Çanakkale est fière d’avoir été le lieu où les troupes et bateaux français, anglais et australiens ont été stoppés pendant la Première Guerre Mondiale, et ça se voit. Je me balade hors des sentiers battus et me retrouve vite dans une sorte de ghetto, plein de couleurs, d’ordures et de robes roses en séchage grâce aux barbelés du camp militaire voisin. Le soir, je participe à la répétition de chants folkloriques turcs avec mes hôtes ! Sedat me montre la météo des prochains jours sur la route que je veux prendre. Il n’y a que des températures négatives jusque Antalya et des pointes à -10°, voire -14° la nuit. C’est une vague de froid globale sur toute la Truquie. J’ai pour tout équipement un pull et une veste de pluie légèrement coupe-vent, no problem pour les guerriers de l’extrême.

Quand je pars le lendemain, ils me donnent des fruits mais surtout ils me présentent à mes nouveaux amis : gants, bonnet et écharpes d’un magnifique gris très tendance du temps de l’URSS. J’essaie de refuser et je rendrai compte par la suite que j’aurai eu tort d’avoir réussi à les convaincre. J’arrive à Troie grâce à mon pouce, mais l’entrée est trop chère et même mon admirable capacité de persuasion ne fera pas chavirer le cœur du guichetier en ma faveur.

Alors je continue et me retrouve sur la route de campagne d’Alexandrie de Troade et d’Assos, villes « antik » comme tous les Trucs s’efforcent de me faire comprendre. Probablement très visitées en été, les routes sont maintenant vides. Toutes les demi-heures, une voiture. Mais à chaque fois elle s’arrête, et une fois sur deux m’offre un « çai » – un thé ! Il doit faire aux alentours de 0° mais le soleil brille sans aucun nuage, Renaud et Massilia Sound System vont m’accompagner grâce à quelques paroles de chansons imprimés auparavant. Je marche, je chante, je visite les ruines sur le côté de la route jusqu’à ce qu’une voiture passe et m’amène un peu plus loin, et de là je me remets à marcher et chanter. Le paysage est sublime. Imaginez un gazon bien vert sur lequel des géants auraient joué à la pétanque avec des rochers de toutes les tailles et auraient oublié de range leur bordel ensuite. De temps en temps, une vue imprenable sur la mer, le soleil de fin d’après-midi se reflétant dedans. « Çok güzel, doğa dağ denize güzel » – Très beau, nature montagne mer beau.

Peu après la tombée de nuit, je me fais poser sur la route principale. Une fois le soleil parti, fini la caresse du vent. Ce dernier devient agressif, mais j’arrive à rejoindre une route encore plus grosse qui mène à Izmir, la grosse ville de la côte Ouest. Je suis toujours à 200km de la ville, je n’ai aucune idée où dormir et il commence à neiger. Je me dis qu’il serait temps de trouver un coin où passer la nuit au chaud, quand sorti de nul part, un vieux papi me prend et me dépose 200km, un kebab et une çorba plus loin au milieu de l’autoroute. Il est trop tard pour aller toquer aux portes des maisons, je décide de continuer inch’Allah. A l’embranchement, je trouve en 5 minutes encore une voiture puis un camion pour Aydın. Ici il ne neige pas et je trouve refuge sur le balcon d’un appartement à vendre du rez-de-chaussée. Nuit fraîche, mais très supportable, -4° apparemment.

Impossible de se lever avant 11h30, j’étais beaucoup trop bien dans mon duvet, mais il est temps de repartir. Au fur et à mesure des voitures, les montagnes enneigés se dessinent, et je me retrouve bientôt les pieds dans la neige. Je croyais ne pas revoir la neige avant un moment, et cette douce vague blanche est un bonheur visuel ! Petite galère à la sortie de Denizli, je commence à me dire que je n’ai pas envie de repasser une nuit dehors, et qu’il est toujours possible de rejoindre Antalya ce soir. Alors je prends mon turc à deux mains et je me place au feu rouge, sautant de voiture en voiture et après dix minutes je suis hors de la ville.

Nous attaquons la grimpette de la montagne tandis que sur notre droite se trouve une file de camions, bloqués le temps de mettre les chaînes. Bien qu’étant une route principale, la voie n’est pas du tout déneigée, elle est à peine tassée. Je suis posé au niveau du col à l’intersection entre deux routes, loin de tout village et il fait nuit. Une fois le coucher de soleil sur la neige admiré, je me dis qu’il serait quand même bien temps de trouver une voiture. J’avais repéré une station essence juste avant au cas où, mais je commence par allumer ma lampe frontale, clignotant rouge en marche (t’as vu maman je fais attention). Vu l’état de la route, les voitures roulent lentement, et ce n’est qu’une question de quart d’heure avant de trouver un chauffeur. Finalement, à 170km d’Antalya, je trouve mon champion qui me dépose à cinq minutes à pied de l’appart.

Enfin, l’aventure n’est pas finie. Car la porte de la montée d’immeuble est fermée, et je n’ai aucun numéro de téléphone. Je vois de la lumière qui sort par la fenêtre du 3ème et je demande donc à un jeune « telefon internet var ? » pour envoyer un email tout en lui montrant la porte fermée. Celui-ci me répond en anglais, imaginez ma surprise après quatre jours sans avoir rencontré un seul Turc anglophone ! Il m’invite dans sa collocation d’étudiants pour un café turc en attendant la réponse des mes indignes amis. Mais bon, ce sont des geeks, alors ils ne tardent pas à répondre à mon email et après avoir promis à mes nouveaux coupains que l’on ferait un repas turc-dessert français, puis la revanche repas français-dessert turc, je retourne dans mon chez-moi. Il y a deux nouveaux habitants temporaires, mais qui repartent le lendemain !

Alors, c’était bien cet article sans Rémi ?

Görüşürüz, n’oubliez pas de faire du ski pour moi et si vous pouviez me faire parvenir une veste d’hiver ce serait parfait !

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On a un turc à vous dire

Nous sommes de retour à Istanbul pour passer le Nouvel An ! Nous nous y étions déjà arrêtés quelques jours après nos aventures dans les Balkans puis étions descendus dans le Sud de la Truquie pour se sédentariser deux mois.

En effet pendant deux mois Rémi participe à un projet pour le meilleur site web du monde, hitchwiki.org, un site web collaboratif pour les autostoppeurs. Existant depuis 2006 il a changé et grossi, de façon plutôt désorganisée. Avec son acolyte Mikael, ils décident de se mettre au boulot pour refaire une version toute belle toute neuve du site. Petite page de donation, et assez d’argent est récolté pour louer un appart et payer la bouffe. Ça sera dans le sud de la Turquie, car il y fait plus chaud qu’en Europe et que c’est sur la route d’Arthur et Rémi.

Mais revenons à Istanbul. Ici pour les touristes, ces expressions sont courantes. « Je vais en Asie », « -C’est où ça ? -C’est en Europe », « Waaaah on passe de l’Europe à l’Asie ». Les Trucs, eux, se contentent de dire qu’ils vont « de l’autre côté ».

Et pourtant pour nous, bien que la séparation géographique soit distincte, Istanbul n’est pour nous ni Europe ni Asie. En fait c’est un peu des deux, c’est une ville-jonction posée entre l’Est et l’Ouest qui s’est nourrie au fil du temps de toutes les influences. C’est peut-être banal, mais lorsque que l’on dit qu’Istanbul est au carrefour des civilisations, c’est vrai. Alors que nous entendons les minarets chanter dans une langue étrange à nos oreilles, nous reconnaissons des morceaux de vieux rock joués par des jeunes dans la rue. Plus loin, c’est une mélodie turque qui crée un cercle, plusieurs gens dansant au milieu, le tout devant un Starbucks Coffee.

Nous avons la chance de passer pour des turcs, Arthur avec ses yeux semi-bridés et Rémi avec son teint mat et ses cheveux noir de jais. Les gens nous demandent dans la rue où trouver le metrobüs ou le stadyum, nous répondons « turkish yok »; « pas turc » avec notre plus bel accent. Mais au moins, on ne se fait pas harceler comme les touristes allemands, proies potentielles repérables à deux kilomètres par les yeux aiguisés des vendeurs de döner.

Nous nous attendions à un choc culturel plus important, mais Istanbul n’est pas tout à fait représentative du reste de la Truquie, elle est alternative et conservatrice, ancestrale et moderne. Nous logeons à Kadıköy, district d’Istanbul, chez Mathieu, Lena et Alican (prononcer Alijan), un trio germano-franco-turc de choc. Mathieu s’est posé pour quelques mois à Istanbul avant de repartir voyager, Lena est en Erasmus et Alican travaille en tant que développeur informatique. C’est un appartement actif et activiste dans lequel nous sommes arrivés, la sonnette retentit tout le temps, apportant son lot de surprises et de visiteurs. Nous ne sommes pas les premiers hébergés dans cet appartement, loin de là, car la porte est toujours ouverte aux voyageurs et aux amis.

Pendant notre premier séjour, nous avons visité les coins touristiques bien sûr, la Mosquée Bleue et Hagia Sophia ou Basilique Sainte-Sophie, le Grand Bazar (non on ne parle pas de ta chambre), l’avenue Istiklal toujours bondée. Nous avons juste échappé à la place Taksim, centre des manifestations en 2013 suite à un projet de centre commercial, manifestations rapidement devenus un mouvement de mécontentement général en réponse à un gouvernement de plus en plus conservateur. (Plus de lecture sur Wikipedia.)

Mais nous avons aussi participé à la vie nocturne d’Istanbul, dans les bars bien cachés des rues perpendiculaires à Istiklal. Une montée d’immeuble presque classique, mais à chaque étage un bar différent, et au dernier étage dans le bar le plus haut perché, une terrasse. Nous participons donc en tant que spectateurs à une jam session, séance d’improvisation musicale. Nous nous rendons vite compte que la bière est chère, et notre budget va vite exploser pendant ces quelques jours à Istanbul.

Le samedi, nous participons à Food Not Bombs avec nos hôtes. Le principe de Food Not Bombs est de récupérer de la nourriture qui irait normalement à la poubelle, de cuisiner des plats végétariens ou végétaliens et de l’offrir à tous. L’organisation se veut complètement indépendante, et chaque groupe de Food Not Bombs est libre de s’organiser comme il le souhaite. Nous rejoignons le squat Don Quichotte, qui n’a ni eau ni électricité, et nous nous mettons à nettoyer et préparer les fruits et légumes dans la rue. A 18h, quand le repas est prêt, diverses personnes viennent partager un moment ensemble autour du dîner. Il y a plusieurs Food Not Bombs à Istanbul, mais celui-là vient de se lancer et il reste un peu de chemin et d’organisation avant que le projet ne décolle vraiment. C’est un plaisir de voir l’investissement de toutes ses personnes pour lutter à petite échelle contre le gaspillage mondial. C’est aussi une manière de recréer les liens sociaux et d’intégrer toute sorte de population dans un quartier. La rue est à nous, il faut l’utiliser !!

Après ces cinq jours à Istanbul, il est temps pour nous de nous remettre en route, direction Fethiye dans le Sud. Nous rejoignons cette petite ville en deux jours de stop avec une nuit sur le côté du péage vers Izmir. Là, nous retrouvons Mikael et Simona, que Rémi connaît depuis un an, et nos deux hôtes iraniennes. Nous cherchons à nous poser pour deux mois, et nous voulons donc une ville avec un peu d’activité. Fethiye a un environnement magnifique et certains quartiers, enchevêtrement d’escaliers et passerelles, nous attirent. Malheureusement, les cinq bars du centre ne suffiront pas à nous convaincre que nous voudrions passer deux mois ici. Nous arrivons donc à Antalya où nous rencontrons Federrico, un acolyte autstoppeur, et Ceylan sa copine/future femme turque. Pendant trois jours nous restons dans la maison de Ceylan avec sa mère et sa sœur qui nous accueillent comme des rois, surtout Arthur, devinez pourquoi. Impossible d’aider pour quoi que ce soit et nous goûtons à notre première grosse tranche d’hospitalité turque. Grâce à une efficace technique de spam de Mikael et à Ceylan notre interprète officielle, nous trouvons rapidement un appartement qui nous plaît. Première visite, l’appartement est sale et pas très accueillant, mais nous en faisons dès notre arrivée notre petit nid en refaisant l’organisation et la décoration, à base de cartes de tous les pays sur les murs ! Nous avons accès au toit pour les petits cafés ensoleillés, entre 15 et 20° en décembre quand il ne pleut pas, nous n’avons pas à nous plaindre.

Antalya, bien que beaucoup plus grande que Fethiye, n’a cependant rien à voir avec Istanbul. Ville touristique côtière, l’activité est relativement nulle en hiver. Beaucoup de gens dans la rue, mais pas du tout la même ambiance alternative qu’à Istanbul. Ici, c’est le tourisme avant tout. Nous organisons donc notre quotidien assez rapidement. Rémi et Mikael codent une bonne partie de la journée, Simona travaille à distance sur son ordinateur, et Arthur lit, joue un peu d’harmonica et s’entraîne pour faire de la magie, investissement pour la suite du voyage afin de faire disparaître des pièces de monnaie sur les terrasses des cafés.

Un week-end nous décidons de faire une excursion en dehors d’Antalya avec deux nomades de passage. Nous marchons trois jours et 20 km sur les 500 qui forment la voie Lycienne de Fethiye à Antalya. Sac à dos, tente, réchaud, enceintes et nous voilà partis. Nous crapahutons de plage en plage et établissons nos campement sur deux d’entre elles. Feu de camp pour lutter contre l’humidité nocturne, bain de nuit au milieu du plancton luminescent, bain de matin pour bien commencer la journée et cueillette de champignons. De retour à la civilisation nous traversons un étrange village, la quasi-totalité des inscriptions en russes, déserté des touristes estivaux, nous laissons ici Monsieur Chien, le cleb’s qui nous a suivis jusque-là pendant trois jours. Puis nous faisons du stop pour rentrer à Antalya, où nous reprenons notre train-train jusqu’à ce que Noël arrive.

C’est un bonheur absolu d’être loin des magazines de Noël, des décorations de Noël, de la pub de Noël. Ici, en pays musulman, rien de tout ça. En fait, ce n’est tellement pas dans leur culture que les Trucs disent « Christmas » pour désigner le Nouvel An, et l’on ne voit des Pères Noël que le jour du 31 décembre ! Mais tout même fidèles à nos racines chrétiennes, nous invitons le 24 nos divers connaissances à partager des mets venus de tous horizons, avec une grosse île flottante en dessert, ouaiiiiiiis !

Nous décidons de passer le Nouvel An à Istanbul, tandis que Mikael et Simona restent à Antalya. Après une journée de stop, peut-être la meilleure session de notre voyage jusque-là, 700 kilomètres, une guimbarde et un téléphone de perdus, plein de nourriture offerte dont de délicieuses saucisses cuites au feu d’huile de moteur et de sacs plastiques, nous sommes déposés au pied de l’escalier de l’appartement à 23h. C’est ça la classe

Des Germains, tout droit venus de Germanieland, sont venus visiter Lena et nous acceptons donc de partager notre salon avec eux. Oui, le salon nous appartient un peu depuis que nous sommes venus la première fois. Nous sommes à Istanbul, alors nous décidons de faire la fête, enfin c’est plutôt la fête qui nous tombe dessus. Cette fois, nous passons par la place Taksim, et c’est là que nous réalisons que nous avions échappé à cette visite la dernière fois.

Le Nouvel An, c’est pas moins de 25 personnes dans l’appartement, 12 personnes dormant dans le salon, d’autres un peu éparpillées dans les chambres et une grosse araignée de mer que Rémi et Arthur partagent pour commencer la soirée, pour le plus grand plaisir des végétariens présents. Désolé Mère Nature.

Nous refaisons une session de Food Not Bombs, dont l’organisation a bien changé depuis la dernière fois. Maintenant ce n’est plus au squat que la nourriture se prépare, mais dans un café marxiste.

Istanbul est une ville superbe sur pleins d’aspects, mais il est temps de rentrer à la maison. Arthur part d’abord explorer Çanakkale tandis que Rémi rentre directement à Antalya.

Bon à nez à tous, j’espère que le père Fouettard vous a gâté, n’oubliez pas de prendre vos résolutions, j’ai confiance en vous, cette année vous arriverez à les tenir, pas comme l’année dernière.

Cette année, vous allez faire du sport, perdre du poids, vous mettre à la guitare, apprendre l’españolito, arrêter de fumer et de boire de la bière. Oui, c’est promis. Et si vous le faites, promis on s’y met aussi.

Pour plus de photos allez faire un tour dans la galerie.

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